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Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

Conquérir la bourse

"Faire payer les riches", ça ne paie pas

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Nombre de commentaires : 20 réactions

A chaque épisode de crise budgétaire, le thème de l'augmentation des impots pesant sur les plus riches revient en force.

A tel point que certains riches demandent à ce que l'on augmente leurs impôts. Comme si l'état pouvait faire de cet argent un meilleur usage qu'eux mêmes... Bon, il y a certainement une grosse part d'hypocrisie dans l'expression d'amour de l'impôt de certains d'entre eux, mais cela donne du crédit à ceux qui, parmi les politiciens, prétendent qu'il "suffirait de faire payer les riches" pour, comme par magie, redresser les comptes de la nation, "sauver" les retraites, etc...

Cette affirmation ne résiste pas à un examen sommaire. Et comme le thème est récurrent, je me contenterai de recycler un article déjà paru ici même il y a 18 mois, centré sur la France (le problème est à peu près le même aux USA, d'où est repartie l'idée). A quelques mots près, ce qui suit est donc du recyclage: c'est tendance !

Les riches paient déjà !

L'INSEE livre dans cette étude (PDF) une étude statistique des plus hauts revenus en 2007. Les ordres de grandeur n'ont pas beaucoup évolué depuis, ils peuvent servir de base à la réflexion.

L'étude est difficilement exploitable seule, car elle moyenne les revenus par "unité de consommation(1)" selon la définition de l'INSEE, ce qui ne facilite pas les comparaisons, et non par personne dans le foyer, mais en la croisant avec les statistiques des déclarations de revenu de la même année, publiées par le ministère du budget, j'ai pu tirer le tableau suivant avec quelques arrondis grossiers, les pourcentages des colonnes en italique  sont à +/-10%  près (un pourcentage indiqué à 8% se situera entre 7,2 et 8,8).

%age de personnes les plus riches Gagnent plus de...  (euros)* par UC Gagnent en moyenne (Euros) par UC Nombre de déclarants individuels
(milliers)**
Pourcentage du total des revenus déclarés à l'IRPP
Taux d'imposition moyen Pourcentage total des impôts sur le revenu  payés.
10%*** 36 000 48 000 4800 23% 10% 47%
1% 84 500 149 000 480 8,2% 20% 23%
0,1% 225 000 335 000 48 1,8% 25% 8,1%
0,01% 687 000 1 269 000 4.8 0,7% 25% 3,1%
* Tous revenus confondus, 2007
** Mon estimation du nombre de déclarants peut être faussée par des doubles comptes que je n'ai pas les moyens de détecter. Environ 48 millions de déclarants individuels, dont 25 millions déclarant en couple. Voir également note (1) en bas de page.
*** précaution de lecture: les moyennes d'une ligne "incluent" les gens des lignes situées en dessous.
Les lignes ne s'additionnent donc pas.

A noter: produit fiscal IRPP 2007 # 49 Mds€, total des revenus déclarés, environ 820 Mds€, mais il s'agit du revenu "fiscal de référence" - incluant certaines déductions- qui n'est pas le revenu exact (Source WP). Les chiffres sur le site de Bercy, qu'il faut additionner soi même à la main, donnent plutôt 870Mds.


Quelques remarques


Tout d'abord, savoir que le seuil pour appartenir aux 10% des meilleurs revenus est de 3 000 Euros par mois en dit long sur la nullité des salaires, et la platitude de leur échelle, dans ce pays. Et que le seuil des 1% se situe à  7000 Euros par mois prouve qu'à l'évidence, la France n'est pas un pays ou beaucoup peuvent s'enrichir. Et c'est très dommage, car les enrichis sont un bon indicateur du dynamisme de l'économie: des entrepreneurs et cadres supérieurs riches en grand nombre indiquent qu'il y a plus d'entreprises qui marchent, et donc plus de cadres moyens, plus d'employés très qualifiés, de commerciaux bien commissionnés, etc...

Ensuite, s'il est connu que seuls 50% des ménages (environ) paient la totalité l'impôt sur le revenu, le fait que les 10% les mieux dotés en paient à eux seuls 47% (soit 4,7 fois plus que leur part de la population adulte), ou que les 4800 super-riches paient 3,1% du total, soit 310 fois plus que leur part de la population, montre que l'impôt sur le revenu est extrêmement progressif. Et encore les chiffres ci dessus ne concernent que l'IRPP et donc n'incluent pas l'ISF.

Notez au passage que les "0,01%" (super-riches) réussissent à ne pas augmenter leur pression fiscale moyenne par rapport aux "0,1%" (très-riches): Les niches fiscales leur sont certainement très familières...

Un matraquage fiscal supplémentaire des "riches" ne rapporterait rien

Enfin, si on doublait l'imposition des 10% les plus riches (soit toute personne à plus de 36000 Euros/an... ce qui donne une définition particulièrement basse de la "richesse"), ce qui serait énorme, en supposant que miraculeusement, aucun d'entre eux ne partirait de France ou ne diminuerait son revenu malgré ce matraquage, le surcroît de produit fiscal serait de 23 milliards, soit à peine plus de 1,1% du PIB. Notre déficit 2011 devrait tourner autour de 110 (#6%), après 150 en 2010 (#8%) et les prochaines années verront les déficits de l'assurance vieillesse exploser bien au delà de ce niveau si rien de significatif n'est entrepris pour arrêter l'hémorragie. On voit donc que même dans le cas "idéal" totalement utopique où l'augmentation de pression fiscale n'inciterait pas les plus aisés à échapper à tout prix au fisc, faire payer les riches ne ferait rentrer dans les caisses que 1/6 ème du déficit actuel de l'état, où même uniquement la moitié des déficits constatés avant la crise: "faire payer les riches" ne résout rien.

Mais surtout, l'effet "Laffer", déjà largement commenté dans ce blog, et empiriquement souvent vérifié (exemple) jouerait de façon négative dans ce cas. Même un chercheur peu suspect de sympathies libérales comme Thomas Piketty reconnait qu'une hausse des taux marginaux supérieure à 10% sur les très hauts revenus provoquerait un effet Laffer négatif (exode fiscal -également ici-, moindre appétence au travail rentable) tel que le surcroît de rentrées fiscales résultant serait au mieux très décevant, au pire... Négatif. Des recherches indépendantes ont montré que l'ISF coûte sans doute 4 à 8 fois plus que ce qu'il rapporte à cause de tous les impôts non perçus sur les revenus des capitaux délocalisés à l'étranger depuis son instauration.

Enfin, à long terme, des taux marginaux trop élevés tueraient tout espoir de croissance en décourageant l'investissement productif, l'esprit d'entreprise et la formation de capital. Il y aurait moins de très riches, mais aussi et surtout moins de"petits" riches, alors qu'une société fonctionnelle devrait au contraire donner au plus grand nombre la possibilité d'atteindre une certaine aisance matérielle. Et une société qui encourage l'égalité dans la médiocrité n'est en rien préférable à une société permettant un bon espoir d'élévation individuelle au fur et à mesure que la vie avance.

Notre classe politique doit cesser de considérer celui qui s'enrichit comme un accapareur à qui il faut faire rendre gorge, mais un symptôme de réussite dont la multiplication est non seulement un signe, mais une condition sine qua non de bonne santé économique et d'harmonie sociale. Punir le succès est le plus sûr chemin vers une société de la médiocrité.

Conclusion

"Faire payer" les plus riches (2) plus qu'ils ne le font déjà ne permettra pas de résoudre nos déséquilibres budgétaires, et accentuera à long terme des effets tout à fait désastreux déjà observables pour l'économie de ce pays, à commencer par un exode massif des meilleurs diplômés, les plus mobiles, qui manqueront cruellement pour apporter au pays le sang neuf et les gains de productivité dont il a tant besoin.

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(1) Le "revenu par unité de consommation" est obtenu en divisant le revenu du foyer par le nombre d'UC du foyer, qui n'est pas égal au nombre de personnes. En effet, l'INSEE considère que la seconde personne consomme la même salle de bains, la même télé, etc... et donc elle pondère le second membre du couple à 0,5 UC, ainsi que les ados. Puis elle compte les enfants pour 0,3 UC. Le revenu par personne "non à charge" dans chaque foyer est donc différent du revenu par UC, mais on peut considérer que les ordres de grandeur sont assez proches. En effet, en auscultant les données du fisc, on peut approcher le nombre d'unités de consommation de la population française entre 46 et 47 millions, or,  le nombre de personnes déclarant un revenu est de l'ordre de 47 à 48 millions. Assimiler revenu moyen par UC et revenu moyen par personne déclarant un revenu est donc, faute d'accès à des données plus détaillées, une approximation acceptable, que par conséquent je m'autorise.

(2) Pour être clair, je précise que je ne fais pas partie du top 1%, de très loin. Je suis à des années lumières de l'ISF, et je ne défends donc pas ici ma situation personnelle.

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Lire également :

Et ailleurs :

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20 commentaires

  • Lien vers le commentaire sacha Pouget samedi, 27 août 2011 10:01 Posté par sacha Pouget

    Bonjour Vincent,

    le gros problème, et c'est là ou tous nos politiques tombent dans le panneau, c'est qu'en France on ne "fabrique" pas de mega-riches.

    C'est simple: on compte 51 Milliardaires en France. Savez-vous combien sont partis de rien il y a dix ans ? Xavier Niel. C'est le seul.

    Il y a un manque de brassage des classes les plus aisées. Comme le dit F. de Closets: "Pouvoir entreprendre, s'enrichir, c'est le moteur de la société capitaliste. Mais pour être accepté, cet enrichissement doit être accessible à tous ceux qui ont la motivation et le talent. Et surtout, il faut qu'il rémunère un risque, pas des des privilèges acquis."

    Un constat:

    -En France, seuls 30% des plus hauts revenus sont des "Nouveaux riches",

    -En Angleterre et aux Etats-Unis, c'est tout l'inverse: 70% sont des nouveaux riches! (source: Challenges, 7 Juillet 2011).

    Lorsqu'on aura réussi à fabriquer des riches, par une politique volontariste, ce débat n'aura même pas lieu d'exister. Encore faut-il pouvoir réunir les conditions pour y parvenir ce qui n'a toujours pas été rendu possible...

  • Lien vers le commentaire Vincent BENARD mercredi, 24 août 2011 14:28 Posté par Vincent BENARD

    Mais selon l'Insee, seulement 5800 personnes gagnent plus de 687 000 Euros en 2007

    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/REVPMEN10e.pdf

    Il y en a donc un des deux qui se trompe... ;-)

    Ou alors le nombre de "millionnaires" a explosé entre 2007 et 2010, mais tout de même, cela se saurait...

  • Lien vers le commentaire yves mercredi, 24 août 2011 13:19 Posté par yves

    Selon cet article, il y aurait 30 000 foyers avec des revenus > 1 000 000 € ... http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=e3b2dbdf5b3bb1638f4ad94d70d7e8c3

  • Lien vers le commentaire balthazar mardi, 23 août 2011 13:28 Posté par balthazar

    un article qui vient un peu completer le sujet :

    http://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Appel-de-patrons-francais-en-faveur-d-une-hausse-de-leur-impots--13764562/?countview=0

    J'adore la fin : "Les quelque[s] 30.000 ménages concernés verseraient ainsi un total d'environ 300 millions d'euros d'impôts supplémentaires l'an prochain selon les calculs du rapporteur UMP du budget à l'Assemblée, Gilles Carrez"

    > 300 millions ... La France est sauvée !

    Ils ne peuvent pas croire eux-mêmes à l'utilité de cette mesure, en tout cas pas si elle est isolée.

    A mon avis c'est un calcul : en prenant les devants, et en se mettant du côté des "gentils", ils doivent penser pouvoir influer dans la décision et éviter une taxation trop idiote.


  • Lien vers le commentaire helios mardi, 23 août 2011 09:06 Posté par helios

    Il semble admis aujourd'hui, aussi bien en France qu'aux Etats-Unis, que les "très riches" payent en impôts une proportion de leur revenus moins importante que les plus pauvres. Dans la réalité la progressivité de l'impôt n'existe que jusqu'à la classe moyenne supérieure.
    Au point que la "flat tax" réellement appliquée pourrait être revendiquée par la gauche.

    Un autre problème de nos sociétés est la part de plus en plus importante de l'héritage dans la constitution des patrimoines. Il semble que cette part n'ait cessé de baisser jusque dans les années 60 pour remonter ensuite et tendre vers la situation au XIXième siècle. Nous redevenons une société de rentiers, qui inéluctablement, c'est l'histoire qui nous l'apprend, se feront tondre.

  • Lien vers le commentaire amaury mardi, 23 août 2011 06:22 Posté par amaury

    Tres bon article. La betise de ceux qui nous gouvernent est sans limite. Ils n'ont absolument aucun pragmatisme. Quel est l'interet d'instaurer de nouvelles taxes purement symboliques pour prendre le risque de voir des milliards d'euros de patrimoine sortir de France?

    La solution intelligente serait de faire un audit de toutes les finances publiques, de revoir totalement notre modele social, de faire la chasse au gaspillage et de lutter efficacement contre la fraude fiscale qui nous coute chaque annee entre 40 et 50 milliards d'euros (selon la commission europeenne).

    Je crains que les politiques ne prennent les decisions qui s'imposent que lorsque nous aurons le couteau sous la gorge. Et la tout le monde paiera la note.

  • Lien vers le commentaire jctrader56 lundi, 22 août 2011 13:01 Posté par jctrader56

    vu les innombrables anomalies existant dans notre fiscalité directe et indirecte, vu les effets de seuil pour les attributions sociales, etc...revenir à des notions simples restent une solution : toutes les entrées financières, on taxe à un % fixe (12...15% ?). pas de limite , pas de seuil. C'est basique mais plus juste.

    Pour l'ami Warren, il peut faire un chèque à l'état américain. La fondation est aux US un moyen de gérer ses avoirs post mortem sinon l'Etat se sert goulument...(ces gars là ne lâchent jamais l'affaire ...)

  • Lien vers le commentaire popaldebaran lundi, 22 août 2011 10:14 Posté par popaldebaran

    Quel bonheur de vous lire. Et quelle tristesse de constater qu'aucun grand media national ne reprenne votre position et votre article. Avez-vous pu les approcher, seraient-ils prêts à publier enfin un avis différent du matraquage idéologique permanent dont nous sommes victimes ?

    Le cas Buffett est probablement très particulier. D'aucuns envisagent même que sentant arriver le plus grand marché baissier de son histoire, il préfère une hausse des plus-values (qui freinera les ventes pour de bon à la différence des interdictions de VaD européennes) à une fonte totale de son portefeuille.

    Sinon, ce serait la négation de sa vie d'investisseur. Comment croire que l'Etat pourrait créer plus de richesse (y compris pour la société en général) qu'un bon investisseur ?

  • Lien vers le commentaire Vincent BENARD lundi, 22 août 2011 07:33 Posté par Vincent BENARD

    à Sgrnsg: Quelques considérations sur l'imposition aux USA:
    [
    http://www.objectifliberte.fr/2007/09/politique-fisca.html->http://www.objectifliberte.fr/2007/09/politique-fisca.html]

    Plus de détails sur le site de la national taxpayer union.

    Si Buffet signifiait: "garder des taux bas et supprimer toutes les niches fiscales", je serai OK. Mais vu qu'il parle d'augmenter les impots et n'évoque guère les "tax loopholes" dont il semble allègrement profiter... Je me méfie

    Une proposition de taxe "sans loopholes" ici pour les USA:
    [http://market-ticker.org/akcs-www?post=192372

    ->http://market-ticker.org/akcs-www?post=192372]

  • Lien vers le commentaire Loic ABADIE lundi, 22 août 2011 05:01 Posté par Loic ABADIE

    Tout à fait d'accord Vincent. La taxe projetée sur les "super-riches" (30000 ménages) rapporterait 0,3 milliards d'€ (d'après le parti socialiste de "droite" actuellement au pouvoir qui propose cette mesure), à comparer à un déficit de 159 milliards en 2010. Et elle provoquerait sans doute bien plus de pertes par évasion fiscale ou démotivation.

    Malheureusement, on peut compter sur les états pour taxer à fond dans les années qui viennent. La psychologie des foules devient très négative en situation de crise, la réussite n'est alors plus une valeur sociale reconnue.
    Le taux marginal d'imposition aux USA était passé de 25% à 63% en 1932, puis 79% en 1936 !

  • Lien vers le commentaire balthazar lundi, 22 août 2011 01:55 Posté par balthazar

    Excellent article à l'argumentation brillante ... comme toujours.