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Michel Delobel

Michel Delobel

Gestionnaire de portefeuille sous mandat via une société de gestion agréée, trader pour compte propre et formateur au trading et à l'investissement en bourse, je suis aussi fondateur du site Fenêtre sur Cours et de la société ACGest, via laquelle j'accompagne également mes clients dans la constitution et le développement de leur patrimoine, la préparation de leur retraite ou encore l'optimisation de leur fiscalité.

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L’or, valeur refuge ?

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Souvenez-vous… C’était il y a 4 ans, à l’été 2011, en plein cœur de la première crise grecque, et alors que les marchés dévissaient une nouvelle fois, moins de 3 ans après le krach de 2008. A la télévision et sur internet, les publicités se multipliaient pour vous inciter à investir dans l’or, la valeur refuge, tandis que le nombre de boutiques vous proposant d’acheter votre or se multipliait.

Il faut dire qu’avec un cours multiplié par plus de 2 depuis 2008 et par plus de 7 en 10 ans, il y avait de quoi attirer du monde et faire rêver, ou tout au moins rassurer face aux risques apparents des marchés boursiers et même immobilier.

Mais comme cela se passe à chaque fois (cf. les bulles et krachs précédents, des tulipes en 1637 à la bourse chinoise en 2015, en passant par la bulle internet en 2001 et tant d’autres), lorsque Mr-tout-le-monde, alléché par de beaux gains potentiels, se met à spéculer en croyant avoir déniché la bonne affaire, lorsque les médias non spécialisés se mettent à parler d’un investissement, le krach n’est jamais bien loin.

4 ans plus tard, le cours du métal jaune a perdu 40% de sa valeur. Et si dans le cas présent, il est difficile de parler d’un krach, compte tenu d’une baisse finalement relativement régulière, le résultat est malgré tout là, et a sans doute déjà fait mal aux investisseurs imprudents qui se sont laissé griser par l’ambiance de l’époque.

Pourtant, à 1100$ environ, l’once d’or reste encore au-dessus de ses niveaux de la crise des subprimes de 2008-2009, et ceux qui avaient acheté à ce moment-là sont sans doute encore gagnants. Pour combien de temps ? Et l’or est-elle toujours une valeur refuge ?


L’or, un investissement qui n’en n’est pas un

Revenons tout d’abord sur les raisons qui font que l’on considère l’or comme une valeur refuge. La première raison est liée au fait que les quantités d’or sur terre sont limitées. On estime qu’entre 165 et 170.000 tonnes d’or ont été extraites dans le monde depuis la préhistoire (soit un cube de seulement vingt mètres de côté), et qu’il n’en resterait que 120 à 125.000 tonnes aujourd’hui, le reste ayant été perdu en route. Même si l’exploration permet d’accroître quelque peu les quantités chaque année, de l’ordre de 2.500 tonnes par an (chiffres en baisse), on estime les réserves exploitables à environ 50.000 tonnes.

Les quantités sont donc limitées, et même si on pourrait imaginer trouver de nouveaux gisements, les coûts d’extraction seraient probablement un facteur limitant. Rien à voir en tout cas avec notre monnaie papier, dont la valeur est toute relative compte tenu des propensions marquées des banques centrales à imprimer chaque jour un peu plus de billets… C’est la seconde raison qui fait que l’or est considérée comme une valeur refuge, car ne pouvant subir de dévaluation comme c’est le cas sur les autres monnaies d’échange.

Enfin, l’or étant un métal recyclable, il est toujours possible de trouver des acheteurs pour un usage ou pour un autre.

L’or rassure donc, les quantités limitées disponibles sur Terre lui assurant une valeur certaine (ou une certaine valeur ?). Reste à savoir quelle valeur naturellement, mais c’est un autre débat.

Pourtant, les fortes variations des cours de l’or ces dernières années n’ont pas grand-chose à voir avec ce que l’on pourrait attendre d’une valeur refuge. Celui qui a acheté en 2011 ou 2012 est aujourd’hui en perte, et de façon sensible (l’or a perdu plus de 40% depuis ses plus hauts).

N’oublions pas non plus que l’or ne rapporte rien, aucun rendement. Il est donc difficile de le considérer sur un pied d’égalité par rapport aux autres types d’investissements. Tout au plus l’or vous permettra de stocker une partie de votre patrimoine de façon temporaire (pour autant que vous soyez à l’abri du vol), mais vous ne serez pas à l’abri d’une perte de valeur, pouvant même être importante.

En effet, si l’once d’or est montée à  plus de 1900$ le baril en 2011, n’oublions pas qu’elle ne s’échangeait qu’entre 250 et 300 dollars au début des années 2000… De quoi donc relativiser les cours du moment, et son statut de valeur refuge. L’or a d’ailleurs poursuivi son repli ces dernières semaines, en dépit des craintes sur le dossier grec. L’or ne fait donc plus recette en termes de protection de capital.

Mais qu’est-ce qui fait donc bouger l’or ? L’or serait-il devenu une matière première comme les autres ? L’or serait-il devenu un simple objet de spéculation, avec la multiplication ces dernières années de produits dérivés et trackers, pas toujours couverts d’ailleurs ?

Sans doute un peu de tout ceci, avec une plus étroite corrélation avec la situation économique mondiale. Mais une chose est sûre, l’offre et la demande en or dépend en très grande partie de l’Asie et du Moyen Orient. En effet, au-delà du fait que le marché de l’or se partage à égalité entre la joaillerie et l’investissement (45% chacun), il faut savoir que plus des trois quart de la demande mondiale vient de l’Asie et du Moyen Orient (et plus de la moitié de l’Inde et de la Chine).

Les cours sont donc devenus très dépendants de la situation de ces pays. Or si la demande de ces pays a augmenté sensiblement pendant de nombreuses années, justifiant une partie de l’envolée des cours, il semble que nous assistions à un retournement depuis 2 ou 3 ans. Quand je dis « il semble », c’est qu’il n’est pas toujours facile d’avoir des statistiques fiables. La Chine, par exemple, reste très secrète sur le niveau de ses stocks. Ainsi, aucune publication officielle n’avait été faite depuis 2009… jusqu’à ce lundi matin.

Une publication très inférieure aux estimations des analystes, à laquelle est venue s’ajouter une contraction de 4% de la demande en bijoux, ce qui a provoqué un flash-krach, le métal jaune chutant de 70$ en quelques minutes, cassant au passage ses plus bas de ces derniers mois… De quoi provoquer le déclenchement de nombreux ordres stops, et expliquer la violence du mouvement.

Quel avenir pour l’or ?

Je n’ai bien sûr pas de boule de cristal pour vous dire où va l’or, mais l’analyse technique peut nous donner un certain nombre d’informations et nous aider à cadrer l’évolution des prochains mois. Voyons cela sur un graphique long terme, en bougies mensuelles.

Gold-210715

On y voit la très nette tendance haussière entre 2002 et 2011, qui permet déjà d’émettre quelques doutes sur le soit disant caractère de valeur refuge de l’or, quand on voit que l’or a triplé entre 2002 et 2007, et a chuté durant l’année 2008, au moment de la crise des subprimes… Puis, depuis 2012, nous avons assisté à une décrue progressive, au sein d’un canal orange de « faible » pente. Pour autant, depuis la première accélération baissière de début 2013, et l’absence de réel rebond, il existe une autre option : celle d’une consolidation plus marquée au sein du canal baissier rouge.

Avec l’accélération baissière de ce lundi, et la cassure des plus bas de ces derniers mois, nous pourrions en tout cas être fixés relativement rapidement quant au canal à suivre pour les prochains mois : le rouge ou le orange ?

Si la zone des 1040, correspondant à la base du canal orange, est préservée et permet un rebond digne de ce nom, idéalement au-delà de l’oblique baissière rouge, alors nous pourrons considérer que c’est bien au sein du canal orange que se déroule le repli de ces dernières années, qui s’apparenterait d’ailleurs à MT/LT plutôt à ce qu’on appelle une consolidation.

Mais si les 1040 sont enfoncés, avec confirmation sous la zone horizontale des 1000$, alors le repli devrait se poursuivre, et sans doute même s’accélérer en direction de la base de ce canal rouge, pourquoi pas vers 800$ d’ici quelques mois, et pourquoi pas jusqu’à l’horizontale des 690/700$ à horizon fin 2016.

Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, je n’ai pas spécialement envie d’y mettre ne serait-ce qu’une partie de mon patrimoine (ni celui de mes clients), et cela au moins tant que nous ne serons pas revenus à des niveaux historiquement plus acceptables (comme la zone des 700$), d’autant plus que l’or est côté en dollar, et que le dollar s’est considérablement apprécié ces derniers temps face à l’euro. Bien sûr, dans une optique court terme ou de trading, il est tentant de jouer un rebond sur la zone des 1000/1040, mais attention malgré tout au risque de quelques tentatives sous les 1000 histoire de faire sauter quelques stops trop rapprochés…

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2 commentaires

  • Lien vers le commentaire Mathcom mardi, 21 juillet 2015 19:21 Posté par mathcom

    "Mais si les 1040 sont enfoncés, avec confirmation sous la zone horizontale des 1000$, alors le repli devrait se poursuivre, et sans doute même s’accélérer en direction de la base de ce canal rouge, pourquoi pas vers 800$ d’ici quelques mois, et pourquoi pas jusqu’à l’horizontale des 690/700$ à horizon fin 2016"

    Je ne rentrerai pas dans les détails de ma technique, mais c'est précisément la cible que j'anticipe.

  • Lien vers le commentaire Sebastien mardi, 21 juillet 2015 12:26 Posté par imhotep

    "l’or ne rapporte rien, aucun rendement. Il est donc difficile de le considérer sur un pied d’égalité par rapport aux autres types d’investissements"

    ca doit être la 657 ème fois que je lis ça sur le net depuis des mois et des mois ...

    répétez apres moi : "je suis un mouton servile, je pense ce qu'on me dit de penser, je crois ce qu'on me dit sans réfléchir, je suis ignorant et j'aime ça ..."