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Guillaume Rondan

Guillaume Rondan

Entrepreneur depuis plus de 10 ans, je suis expatrié en Asie. Installé à HCM-Ville au Vietnam depuis 7 ans, j'accompagne les chefs d’entreprise, sociétés et acheteurs internationaux qui souhaitent faire levier sur l’Asie, et en particulier au Vietnam. Création de société, assistance au sourcing et services de market entry.

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Vietnam–Pays-Bas : une relation stratégique au cœur des nouvelles chaînes de valeur entre l’Asie et l’Europe

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Entre le Vietnam et les Pays-Bas, la relation dépasse aujourd’hui largement le cadre du commerce bilatéral. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large, à la croisée de la diplomatie économique, de la transition durable, de la transformation industrielle et du repositionnement des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Une récente discussion organisée à la Dutch Business Association Vietnam, avec la participation de MoveToAsia, a remis en lumière cette relation particulière. L’échange portait notamment sur le rôle croissant du Vietnam dans les exportations vers l’Europe, sur la présence des entreprises néerlandaises au Vietnam, ainsi que sur le programme Ready to Export, conçu pour accompagner les PME vietnamiennes vers les marchés néerlandais et européens. Mais au-delà de cette initiative, c’est toute l’évolution des liens entre les deux pays qui mérite d’être analysée.



Une relation diplomatique ancienne, devenue économique et stratégique

Le Vietnam et les Pays-Bas entretiennent des relations diplomatiques depuis 1973. En un peu plus de cinquante ans, cette relation s’est progressivement transformée. D’abord fondée sur la coopération au développement et les échanges diplomatiques, elle s’est élargie à des domaines beaucoup plus structurants : commerce, investissement, gestion de l’eau, agriculture durable, logistique, énergie, innovation et chaînes d’approvisionnement responsables.

Les deux pays partagent un point commun souvent mis en avant dans leur coopération : ce sont deux pays de deltas. Les Pays-Bas ont bâti une expertise internationale en matière de gestion de l’eau, de prévention des inondations et d’aménagement des territoires côtiers. Le Vietnam, de son côté, fait face à des défis croissants dans le delta du Mékong et le delta du fleuve Rouge, entre montée du niveau de la mer, salinisation des sols, pression sur les ressources en eau et transformation des modèles agricoles.

Cette proximité géographique et climatique dans les enjeux, bien que les contextes soient très différents, explique pourquoi la coopération Vietnam–Pays-Bas s’est fortement structurée autour de l’eau, de l’agriculture et de l’adaptation au changement climatique. Les partenariats signés autour de la gestion de l’eau, de l’agriculture durable et de la sécurité alimentaire ont donné une base concrète à la relation bilatérale.

Les Pays-Bas, porte d’entrée européenne pour les exportateurs vietnamiens

Sur le plan commercial, les Pays-Bas occupent une place stratégique pour le Vietnam. Le pays n’est pas seulement un marché de consommation ; il est surtout l’un des principaux hubs logistiques et commerciaux d’Europe. Grâce au port de Rotterdam, à ses infrastructures de distribution et à son rôle de plateforme d’entrée vers le marché européen, les Pays-Bas jouent un rôle central dans la circulation des produits asiatiques vers l’Union européenne.

Pour les entreprises vietnamiennes, cette position est déterminante. Exporter vers les Pays-Bas signifie souvent accéder plus largement aux chaînes de distribution européennes. Les produits vietnamiens qui transitent ou entrent par les Pays-Bas peuvent ensuite être redistribués vers l’Allemagne, la Belgique, la France, les pays nordiques ou d’autres marchés européens.

Les chiffres récents confirment cette importance. En 2025, le commerce bilatéral entre le Vietnam et les Pays-Bas a atteint 14,3 milliards de dollars. Les exportations vietnamiennes vers les Pays-Bas représentent l’essentiel de ce flux, avec 13,5 milliards de dollars, tandis que les importations vietnamiennes depuis les Pays-Bas atteignent 825 millions de dollars. Cette structure fait des Pays-Bas le plus grand marché d’excédent commercial du Vietnam en Europe.

Les exportations vietnamiennes vers les Pays-Bas couvrent plusieurs grandes familles de produits : électronique, téléphones et composants, machines, textile, chaussures, produits agricoles, produits aquatiques, bois et produits transformés. Les produits agroalimentaires ont notamment connu une dynamique positive, avec une croissance importante pour le café, les noix de cajou, les fruits et légumes, les produits de la mer ou encore le poivre.

Une complémentarité industrielle de plus en plus visible

La relation Vietnam–Pays-Bas repose sur une complémentarité claire. Le Vietnam dispose d’une base manufacturière en forte croissance, d’un tissu de fournisseurs de plus en plus diversifié et d’un rôle renforcé dans les stratégies de diversification industrielle en Asie. Les Pays-Bas, de leur côté, apportent une expertise avancée en logistique, agriculture de précision, technologies propres, gestion de l’eau, innovation industrielle, durabilité et commerce international.

Cette complémentarité se retrouve dans plusieurs secteurs:

  • Dans l’agriculture et l’agroalimentaire, les Pays-Bas sont reconnus pour leur productivité, leur technologie agricole, leur maîtrise des chaînes du froid, leur expertise en horticulture et leur capacité à structurer des filières à forte valeur ajoutée. Pour le Vietnam, qui cherche à monter en gamme dans ses exportations agricoles, cette expertise est particulièrement pertinente. L’enjeu n’est plus seulement d’exporter davantage, mais d’exporter mieux : avec plus de traçabilité, plus de qualité, moins de pertes post-récolte et une meilleure conformité aux exigences européennes.
  • Dans la logistique, les Pays-Bas représentent un modèle de hub international. Pour le Vietnam, dont les exportations continuent de croître, l’amélioration des infrastructures logistiques, des ports, des entrepôts, de la chaîne du froid et des services de distribution reste un enjeu majeur. Les synergies entre les deux pays peuvent donc soutenir une meilleure connexion entre la production vietnamienne et les marchés européens.
  • Dans l’industrie manufacturière, le Vietnam devient une base de production de plus en plus attractive pour les entreprises européennes. Les secteurs comme le textile, les composants industriels, les machines, l’électronique, les équipements techniques, les industries de soutien et, progressivement, les semi-conducteurs, ouvrent de nouvelles possibilités de coopération. Pour les entreprises néerlandaises, le Vietnam peut être à la fois un marché d’investissement, une base d’approvisionnement et un partenaire industriel dans une stratégie de diversification asiatique.

Investissements néerlandais : une présence européenne majeure au Vietnam

Les Pays-Bas figurent depuis plusieurs années parmi les principaux investisseurs européens au Vietnam. Les projets néerlandais couvrent des domaines variés : énergie, transformation industrielle, fabrication, semi-conducteurs, commerce, services, logistique et entreposage.

Cette présence reflète l’évolution du Vietnam dans les stratégies des entreprises européennes. Le pays n’est plus seulement perçu comme une destination à faible coût de production. Il devient progressivement une plateforme industrielle régionale, capable d’accueillir des projets plus techniques, des fournisseurs spécialisés et des chaînes de valeur plus complexes.

Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : la stabilité macroéconomique relative du Vietnam, son intégration dans de nombreux accords de libre-échange, sa position au sein de l’ASEAN, sa main-d’œuvre industrielle, son réseau croissant de zones industrielles et la volonté des groupes internationaux de réduire leur dépendance à une seule base de production asiatique.

Pour les Pays-Bas, cette dynamique est d’autant plus intéressante que leur économie est fortement tournée vers l’international. Les entreprises néerlandaises ont besoin de partenaires fiables, capables de répondre à des standards européens en matière de qualité, de délais, de conformité et de responsabilité environnementale. C’est précisément sur ce terrain que les PME vietnamiennes peuvent se positionner, à condition de renforcer leur préparation.

Le défi de la conformité européenne

L’un des grands enjeux de la relation Vietnam–Europe, et donc Vietnam–Pays-Bas, concerne la montée des exigences réglementaires. Les entreprises vietnamiennes qui souhaitent exporter vers l’Europe doivent désormais composer avec un environnement plus strict : traçabilité, responsabilité sociale, environnement, documentation, transparence des chaînes d’approvisionnement, émissions carbone, origine des matières premières et conditions de production.

Des réglementations comme l’EUDR, liée à la déforestation, ou la CSDDD, portant sur le devoir de vigilance des entreprises, ne concernent pas uniquement les grands groupes européens. Elles ont un impact indirect sur leurs fournisseurs, y compris en Asie. Un fabricant vietnamien qui travaille avec un acheteur européen peut être amené à fournir davantage de preuves sur l’origine de ses matières premières, ses pratiques sociales, ses procédés de production ou ses sous-traitants.

Ce changement crée à la fois une contrainte et une opportunité. Les entreprises vietnamiennes les mieux préparées pourront se différencier. Celles qui investissent dans la qualité, la documentation, les certifications, la traçabilité et la durabilité auront davantage de chances de devenir des partenaires de long terme pour les acheteurs européens.

Ready to Export : préparer les PME vietnamiennes à l’Europe

C’est dans ce contexte que le programme Ready to Export, également connu sous le nom de R2E Vietnam, prend tout son sens. Le programme vise à aider des PME vietnamiennes à renforcer leurs capacités d’exportation, à mieux comprendre les attentes du marché européen et à devenir des partenaires fiables pour les entreprises néerlandaises et européennes.

Pour la période 2026–2027, le programme prévoit d’accompagner des PME dans trois secteurs principaux : agriculture, textile-habillement et manufacturing. Ces domaines correspondent à la fois aux forces actuelles du Vietnam et aux besoins des chaînes d’approvisionnement européennes.

L’intérêt d’un tel programme ne réside pas seulement dans la formation. Il s’agit aussi d’aider les entreprises à passer d’une logique de production à une logique de partenariat international. Cela implique de savoir présenter son entreprise, structurer une offre export, comprendre les attentes des acheteurs, préparer les documents nécessaires, anticiper les exigences réglementaires et construire une relation commerciale durable.

Une relation appelée à se renforcer

La relation entre le Vietnam et les Pays-Bas s’inscrit également dans un contexte géopolitique plus large. L’Union européenne cherche à diversifier ses chaînes d’approvisionnement, à renforcer ses liens avec l’Asie du Sud-Est et à sécuriser des partenariats avec des économies industrielles en croissance. Le Vietnam, de son côté, cherche à réduire sa dépendance à certains grands marchés, à monter en gamme et à attirer des investissements plus qualitatifs.

Dans ce paysage, les Pays-Bas jouent un rôle particulier. Ils ne sont pas seulement un investisseur européen parmi d’autres. Ils combinent une expertise sectorielle forte, une position logistique stratégique et une culture d’affaires orientée vers le commerce international, l’innovation et la durabilité.

Pour le Vietnam, cette relation peut contribuer à accélérer la montée en gamme des exportateurs locaux. Pour les Pays-Bas, elle offre un accès à l’un des marchés manufacturiers les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est. Pour les entreprises des deux pays, elle ouvre la voie à des partenariats plus structurés, plus responsables et mieux intégrés aux nouvelles attentes du commerce mondial.

Au fond, la relation Vietnam–Pays-Bas illustre une évolution plus large du commerce international. Les échanges ne se limitent plus à vendre et acheter des produits. Ils reposent de plus en plus sur la confiance, la conformité, la transparence, la capacité industrielle et la vision de long terme. C’est précisément sur ces dimensions que les synergies entre les deux pays semblent aujourd’hui les plus prometteuses.
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