Vous n'êtes pas membre (devenir membre) ou pas connecté (se connecter)
Michel Delobel

Michel Delobel

Gestionnaire de portefeuille sous mandat via une société de gestion agréée, trader pour compte propre et formateur au trading et à l'investissement en bourse, je suis aussi fondateur du site Fenêtre sur Cours et de la société ACGest, via laquelle j'accompagne également mes clients dans la constitution et le développement de leur patrimoine, la préparation de leur retraite ou encore l'optimisation de leur fiscalité.

Vous pouvez prendre contact avec moi par email

emails

promospeciale

Quels seront les facteurs clés de 2016 sur les marchés ?

Audience de l'article : 1114 lectures
Nombre de commentaires : 0 réactions
L’idée n’est pas de vous livrer mes prévisions pour 2016. Je sais que c’est la tradition en début d’année. Chaque analyste ou économiste y va de son anticipation. Parfois, avec beaucoup de réussite (et parce que dans l’éventail très large des prévisions, il faut bien que certains tombent juste), certains seront dans le vrai. Mais la boutade qui dit d’un « économiste ou un analyste est un expert qui vous expliquera demain pourquoi ce qu’il avait prévu hier ne s’est pas réalisé » est bien la preuve que l’exercice est des plus délicats, et, si ce n’est pour faire vendre du papier, ne sert pas à grand-chose.

On le sait, les risques anticipés n’ont en général que peu d’effet, car justement, ayant été anticipés, chacun a pris ses dispositions pour éviter des conséquences trop néfastes. Ce qui provoque en général des dégâts (ou au contraire des envolées), ce sont les évènements qui n’ont pas été anticipés, et prennent les marchés par surprise, comme l’abaissement du Yuan et les craintes appuyées sur la Chine, ou le scandale Volskwagen en 2015.

Alors certes, on pourrait chercher quels pourraient être les évènements inattendus susceptibles de venir faire bouger les marchés en 2016. Mais la liste risquerait d’être longue, sachant que peut-être aucun de ses risques ne se matérialisera, et pour quoi faire ? Se faire peur et trembler avant chaque investissement en se disant que peut-être demain, ce sera le krach ? Et si ces évènements inattendus étaient des évènements positifs ? Car on a tendance trop souvent à regarder les facteurs de risques. Pourtant, il ne faudrait pas oublier que les marchés restent sur le long terme le meilleur support d’investissement qui soit (malgré des risques récurrents et permanents). Et c’est encore plus vrai aujourd’hui dans un environnement de taux et rendements particulièrement faibles, alors que les livrets et le monétaire ne rapportent plus rien, que les obligations offrent un rendement/risque désastreux, et que l’immobilier, sauf quelques niches, ne rapporte plus grand-chose.

Pourquoi alors vouloir lister les facteurs clés sur les marchés en 2016 ? Car avant d’effectuer quelque investissement que ce soit, il me semble primordial de bien connaître l’environnement dans lequel nous nous trouvons, les facteurs auxquels notre investissement sera sensible, les préoccupations et effets de mode du moment, etc… Lorsque j’accompagne un client dans un investissement immobilier, on regarde tout d’abord l’environnement, à la fois géographique (le fameux « emplacement »), mais également économique et démographique. Il en est de même en bourse : avoir identifié le contexte général et les facteurs auxquels les investisseurs sont sensibles permet de mieux cibler ses investissements.

Je n’ai bien sûr pas la prétention de vous livrer une liste totalement exhaustive et détaillée de tous ces fameux facteurs clés (on pourrait en faire un livre), mais avec les éléments ci-dessous, vous aurez déjà une première base de travail qui j’espère vous sera utile. Vos commentaires et ajouts sont bien sûr les bienvenus.

Le contexte général

Le contexte général dans lequel nous nous trouvons est un contexte inédit, avec un environnement de taux particulièrement faibles (voire même négatifs, ce qui reste pour moi une anomalie qui n’est pas saine), une divergence entre la politique monétaire de la FED (remontée progressive des taux) et celle de la BCE (poursuite/renforcement du QE), et des matières premières au tapis, sur des plus bas historiques et très loin des prévisions pourtant relativement récentes (souvenez-vous du « pic oil » et du baril annoncé au-delà des 200$) .

A cela s’ajoute un dollar fort, face à un euro faible (tout comme bon nombre d’autres devises), et une croissance mondiale molle. Enfin, on ne peut occulter la politique et la géopolitique, qui ne manqueront pas d’influer sur l’économie et les marchés, entre les élections US, la Grèce, la Russie, les tensions au moyen orient et la lutte contre le terrorisme.

Un cocktail particulièrement complexe, où chaque élément ou presque peut être vu comme un facteur positif ou négatif selon la zone économique considérée ou tout simplement le point de vue retenu. Voyons cela de façon plus détaillée.

Les facteurs positifs

Du côté des facteurs positifs et susceptibles de soutenir les marchés, je commencerais par le niveau du pétrole et des matières premières. Certes, ce n’est pas bon pour un certain nombre de sociétés, mais cela reste malgré tout positif à la fois pour le pouvoir d’achat des ménages, mais également pour les coûts de la grande majorité des entreprises.

L’euro faible est également un facteur positif, du moins pour les entreprises européennes et l’attractivité de l’Europe, que ça soit d’un point de vue investissements (faible coût pour des investisseurs dollar), tourisme, ou tout simplement compétitivité de nos entreprises. N’oublions pas non plus l’important potentiel de rattrapage des marchés européens face aux marchés américains, alors que nos entreprises sont de plus en plus internationales.

Le maintien du QE (Quantitative Easing) européen et les interventions de la BCE sont également un facteur de soutien pour les marchés. Certes, on peut considérer qu’il est quelque part artificiel, temporaire, et malsain, mais il a malgré tout fait ses preuves aux Etats-Unis, permettant de soutenir les marchés et permettant à l’économie de progressivement se reprendre.

Le faible rendement des autres classes d’actifs et supports d’investissement déjà évoqués plus haut est également un facteur de soutien pour les marchés actions (en cas de krach obligataire, n’oublions pas l’impact que pourrait avoir une réallocation d’actifs des obligations vers les actions). Certes, cette réallocation semble se faire un peu par défaut pour certains aujourd’hui, mais cela pourrait aider à une meilleure ambiance générale et soutenir la reprise économique.

Ce qui m’amène d’ailleurs au dernier facteur positif identifié : le potentiel de reprise économique justement, en Europe notamment, mais également au niveau mondial. La situation aujourd’hui n’est guère reluisante, avec un environnement particulièrement déprimé et une croissance molle. Pas de quoi s’attendre à une reprise. En même  temps, cela confère un réel potentiel de bonnes surprises et de redémarrage, aidé en cela par un environnement de taux favorable, des matières premières au tapis, une économie de plus en plus mondialisée, et une population qui continue de croître. N’oublions pas non plus les injections massives de liquidité de ces dernières années, qui pourraient bien un jour se transmettre à l’économie et provoquer un retour de l’inflation. Au moins dans un premier temps, ce serait vu comme une bonne nouvelle.

Les facteurs de risque

En face de ces facteurs de soutien existent toutefois un certain nombre de facteurs de risque.

Je commencerais par le niveau très bas des matières premières, qui témoigne non seulement d’une demande pour l’instant toujours atone, mais fragilise également bon nombre d’entreprises du secteur. 2016 pourrait être le théâtre de quelques faillites retentissantes, qui pourraient avoir un impact non négligeable sur les marchés, notamment par effet domino. Des fonds d’investissement pourraient également se retrouver en grande difficulté, et peser sur les marchés. Enfin, cette pression sur les prix des matières premières pourrait avoir des conséquences au niveau politique et géopolitique, certains pays étant très dépendants de ces fameuses matières premières.

Le deuxième facteur de risque concerne l’économie chinoise, ou plutôt la politique monétaire de la Chine : les deux dévaluations consécutives du Yuan du mois d’août n’étaient sans doute qu’un coup d’essai, et devraient être suivies d’autres dévaluations. De quoi probablement à nouveau secouer les marchés, tandis que l’économie chinoise poursuit son réajustement, d’une économie de production et d’exportation vers une économie de consommation intérieure et de services, se rapprochant petit à petit des économies dites développées. Reste à savoir si ce réajustement se fera en douceur, ou de façon plus heurtée.

Comment non plus ne pas évoquer la remontée des taux aux Etats-Unis, et le niveau du dollar. Quel sera le rythme de cette remontée ? Quel en sera l’impact sur l’économie et les marchés ? Autant d’incertitudes qui devraient venir rythmer l’évolution des marchés au cours de l’année 2016 à chaque publication de statistique économique. Quant au niveau du dollar, en impactant les entreprises américaines, il impacte directement Wall Street, qui reste quoiqu’on en dise encore le marché directeur.

Côté taux toujours, même si les taux aux US semblent sur une pente ascendante, l’environnement de taux bas dans lequel nous restons au niveau mondial témoigne d’un réel risque de déflation, dans un scénario à la japonaise. En même temps, avec un potentiel de repli supplémentaire des taux quasi nul et un potentiel plutôt à la hausse se pose le problème du risque de krach obligataire. Depuis des dizaines d’années (depuis au moins les années 80), et même s’il y a eu des hauts et des bas, nous vivons dans un environnement de baisse générale des taux. Avec des taux proches de 0 voire négatifs dans certains cas, ce grand mouvement semble arriver à son terme, avec en filigranes un réel risque sur les obligations (mais qui pourrait à terme soutenir les marchés actions par le jeu des vases communicants).

Comment non plus ne pas évoquer le risque politique et géopolitique. Au-delà des incertitudes sur l’élection US, qui ne devraient finalement que peu impacter les marchés, comment ne pas évoquer le cas grec qui ne manquera pas de revenir sur le devant de la scène, le risque de Brexit, la Russie, ou encore la situation au moyen-orient et le terrorisme.

Pour terminer, et car j’ai appris à me méfier des consensus, il faudra malgré tout rester vigilant sur les marchés européens. S’il y a de bonnes et réelles raisons de les privilégier aujourd’hui, je ne peux m’empêcher d’apporter, du fait de ce consensus, un petit bémol à cet optimisme presque unanime. Je ne sais pas si couac il y aura, et d’où il pourrait venir (remontée de l’euro ? pays d’Europe du sud ? BCE ? absence de reprise économique ?), mais je n’aime pas par principe quand tout le monde est d’accord sur une idée d’investissement donnée.

Conclusion

Bref, 2016 s’annonce a priori comme une année compliquée, le plus délicat étant que nous nous trouvons dans un contexte en grande partie inédit. Il n’est donc pas simple de se raccrocher à des évènements passés pour savoir où nous allons. Mais 2016, du fait de ces incertitudes attendues, sera aussi une année d’opportunités.

Une chose est a priori sûre : il ne faudra pas rester immobile. Evitez du coup les fonds d’investissements et trackers indiciels (sauf à être actif et réactif, mais attention aux frais de courtage et/ou d’arbitrage, souvent élevés), et évitez les gestions « pépères » des banques, souvent peu actives et callées sur les indices, ainsi que les allocations d’actifs figées (comme les profils prédéfinis, avec une part définie de monétaire, d’obligataire, et d’actions). Privilégiez au contraire des allocations d’actifs flexibles (à discrétion de votre gérant), une gestion en titres vifs et du stock picking (c’est possible même sur assurance vie – me contacter à ce sujet).
Poster un commentaire