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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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Un salarié Air-France lecteur du site réagit et soutient la Direction du Groupe!

Audience de l'article : 1996 lectures
Nombre de commentaires : 2 réactions
Je reproduis ici le mail que j’ai reçu de notre camarade impertinent et lecteur Guillaume salarié de notre compagnie aérienne depuis 15 ans. Voici ce qu’il dit (je commenterai après).

« Bonjour Charles,

Lecteur assidu de vos articles depuis plusieurs années, je trouve regrettable votre manière de traiter les violences qui se sont déroulées lors du CCE de Air-France. Nombreuses sont les allusions faites à ce fait divers dans vos articles qui laissent à penser des choses qui sont, à mon humble avis, hors de propos.

Salarié de cette compagnie depuis 15 ans, je trouve regrettable que vous omettiez de rappeler la situation catastrophique de l’entreprise.

Au cours des 7 dernières années nous n’avons pas dégagé le moindre bénéfice, nous avons déjà été une fois en faillite technique (notre dette excédant nos capitaux propres) , ce qui est malheureusement de nouveau le cas. Si Air-France ne retrouve pas une situation économique saine dans les 2 ans, notre licence de vol nous sera retirée.

Nous sommes donc loin de l’entreprise alignant les bénéfices tout en licenciant / délocalisant à tour de bras pour gagner toujours plus en rentabilité.

Votre allusion dans l’édito du jour où vous mettez Air-France et Continental dans le même sac, passe sous silence cet état de fait pour Air-France.

Gagner en productivité ou mourir en laissant 63 955 personnes sur le bord du chemin.

Sans être naïf et sans angélisme, je ne peux que reconnaître à M. De Juniac sa volonté à sortir la compagnie de l’ornière. Nous pourrons toujours discuter les détails de certaines mesures à l’efficacité douteuse mais avant les conflits avec les pilotes, la trajectoire était bonne.

Attention à ne pas tomber dans les clichés des méchants patrons de grosses entreprises contre les pauvres employés / syndicalistes maltraités.

Cordialement,
Guillaume ».

Air-France est une compagnie condamnée et aucun de vos efforts ne sauvera quoi que ce soit !

Hein? Quoi Air-France est condamnée? Oui et c’est une évidence. La raison est très simple en réalité.

La compagnie Air-France est prise en tenaille par d’autres enjeux et ne joue pas avec les mêmes règles sociales.

Les autres enjeux c’est par exemple la place que l’on fait, pour d’autres raisons politiques, à Qatar Airways au détriment d’Air-France…. Ne jugeons pas cela… disons même que c’est rentable pour le pays France. Certes la France y gagne peut-être maintenant mais Air-France y perd.

Comme le dit le patron d’Air-France, au Qatar il n’y a pas de droit de grève… et les grévistes c’est en prison.

De l’autre côté nous avons des compagnies comme Ryanair qui réussissent à faire voler gratuitement des pilotes (le pay-to-fly)… il faut donc comprendre que dans un tel modèle même avec un plan tous les ans où le personnel baisse ses « avantages » pour rester « compétitif » il n’y a rien à faire.

Le match est perdu d’avance puisqu’un pilote payé, même mal, sera toujours plus cher qu’un pilote gratuit de Ryanair.

Les problèmes d’Air-France sont en réalité insolubles.

Le véritable souci, c’est la décision qu’il faut prendre. Fermer Air-France est un symbole dont personne ne veut ou presque, pourtant Air-France n’est structurellement pas viable et rien n’y fera.

Mon cher Guillaume, le fonds de ma pensée c’est pourquoi faire des efforts si cela ne sert à rien si ce n’est gagner du temps… vous allez rester dans une compagnie, vous investir, y laisser votre énergie pendant encore quelques années alors que la messe est dite. Air-France va mourir et si cette compagnie survie ce sera avec un périmètre tellement réduit que ce n’est pas 60 000 postes que l’on va « sauver » mais quelques centaines… et puis les pilotes de bus volant, c’est comme les chauffeurs de taxis… après la Google car automatique vous aurez rapidement les Google Planes… tout aussi automatiques et sans pilotes suicidaires enfermés dans les cockpits.

Ce qui arrive à Air-France est arrivé à toutes les industries françaises ou presque. Il ne s’agit pas de s’adapter. L’adaptation c’est ce que l’on vend aux couillons d’en bas pour faire les choses progressivement. La réalité c’est que dans beaucoup de secteur quels que soient les efforts l’ouvrier français ou européen à 1 000 euros, même à 400 euros par mois ne sera jamais compétitif face aux petits chinois des champs à 90 euros et deux bols de riz.

Pour les banquiers d’agences, ce sera la même chose. Ils vont tous se faire virer, ils sont 480 000 en France et ils ne servent presque plus à rien… d’ailleurs c’est quand la dernière fois que vous êtes allés à la banque?

Vous avez intégré le discours de la Direction mais il est faux. Il n’y a aucun espoir…

Les pauvres gens ne s’en rendent pas compte. Ils sont gentils et veulent y croire. Mais Air-France comme beaucoup d’entreprises est gérée en « extinction »… on réduit chaque année un peu plus la voilure. Petit à petit. Progressivement. A l’arrivée il ne reste plus rien. Il y aura un plan, puis un autre et encore un autre et cela fait des années que ça dure. Comme dans la sidérurgie autrefois ou dans les mines.

Vous avez intégré ce discours des directions sur « faites plus d’efforts » mais il ne fonctionne pas. Dans aucune entreprise. Dans aucun secteur. La boite ferme toujours à la fin. On pourra bien trouver une ou deux exceptions pour confirmer la règle. Guère plus.

Alors, tant qu’il en est encore temps, réfléchissez à titre personnel à ce que vous ferez après Air-France, car si vous avez 15 ans de boite et que c’est votre première boite, vous n’atteindrez jamais l’âge de la retraite avec cet employeur-là.

Charles SANNAT
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2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire titi mercredi, 21 octobre 2015 10:55 Posté par zetiti

    Je pense que vous caricaturez un peu trop.

    D'une part le secteur aérien a la spécificité de nécessité une très haute technicité. Même en Chine, ce n'est pas le chinois payé "90€ et 2 bols de riz" qui l'occupent. J'ai eu l'occasion de prendre 2 vols intérieurs en Chine sur des compagnies locales (en 2008) au départ d'aéroports de province (Kunming et shangri la), et outre le fait que tout était géré de façon aussi professionnelle que chez nous, le prix des billets ne sont pas particulièrement bon marché.
    Dans un pays où globalement tout coûtait (en 2008) à peu près 10 fois moins cher qu'en France, nous avons payé les places autour de 70€, ce qui est finalement assez comparable à des vols intérieur français (pt 2 à 2,5 fois moins cher). Je précise qu'on a acheté les billets sur place dans une agence de voyage. Tout çà pour dire que la compétition se fait sûrement sur les prix entre autres mais pas que sur çà et Airfrance ne me semble pas nécessairement bon pour la casse.

    Par ailleurs, parler du phénomène des pilotes payants, alors qu'il reste finalement marginal, me semble une escroquerie intellectuelle puisqu'il ne peut pas correspondre à une généralité. Ni être durable : qui ira payer pour voler si au bout le salaire n'est finalement pas si intéressant que çà et ne permet pas de rentrer dans ses frais?
    Je vois çà de l'extérieur, mais il me semble quand même que l'un des pb est le syndicat des pilotes tout puissant qui cherche à tout prix à maintenir les salaires exhorbitants des captains ainsi que leurs conditions de travail, beaucoup plus favorable, que chez leurs concurrents, et ce à une époque où il y a trop de pilotes par rapport au besoin, avec donc une pression à la baisse sur les salaires... Et probablement aussi un recentrage à envisager bien sûr.

    Et puis bon, Airfrance ne peut pas, pour des raisons évidentes, adopter la même stratégie qu'un Ryanair qui se fait subventionner son implantation dans plusieurs aéroport de province en profitant de l'égo surdimensionné de certains potentats locaux. Personnellement, je me passe des services de Ryanair, considérant le mépris total avec lequel ils considèrent ses passagers et le côté insupportable de Mr O'Leary. Pour aller à Dublin, j'ai pris Aer Lingus.

  • Lien vers le commentaire Aran mercredi, 21 octobre 2015 09:54 Posté par bidule

    Le petir chinois à deux bols de riz et 90euros est aussi en train de se faire remplacer... par des robots...

     

    Aussi sur la direction d'air france il y a un tres bon article sur contrepoint.org : air france la république des copains coquins en difficulté   (je vous présente mes excuses de citer un autre site web)