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Jean Aubignat

Jean Aubignat

Jean AUBIGNAT, ancien directeur juridique d’une multinationale et actuellement avocat d’affaires, est conseil dans de très nombreux dossiers dans les domaines de l’eau, de l’électricité, des déchets et des infrastructures en Europe et en Afrique. Il observe avec attention l’actualité financière et les tendances de fond de l’économie.

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DE GIRO 2

LA FIN DES CLASSES MOYENNES OCCIDENTALES

Audience de l'article : 2590 lectures
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Je viens aujourd'hui vous parler d'un phénomène que chacun d'entre nous peut ressentir confusément pour soit même ou dans son entourage et qui a été calculé et établi précisément par le cabinet MC Kinsey dans un rapport récent.

Je parle ici de l'appauvrissement généralisé de la population du Monde Occidental et de la disparition, à terme, de la notion de "classe moyenne" dans le sens entendu jusqu'alors dans nos pays.

La synthèse du rapport Mc Kinsey peut être consultée sous ce lien (en anglais) :

En bref, il est établi que le revenu réel des deux tiers de la population des 25 pays les plus développés (incluant donc une partie de l'UE, les USA, le Canada, l'Australie et le Japon) est soit inchangé soit en baisse depuis 2005.

Depuis 1995, seule une très faible proportion de la population (2 %) a connu une amélioration de ses conditions de vie.

Il s'agit d'un phénomène de masse pratiquement sans exception. Cela concerne entre 540 et 580 millions de personnes. La baisse généralisée des revenus d'une population aussi importante est un phénomène qui n'a existé que dans l'immédiat après-guerre.

Les enfants ont donc vocation à être plus pauvres que ne l'ont été leurs parents, et potentiellement à le rester. L'ascenseur social est réellement en panne.

Certes, la crise de 2008 est passée par là, mais on peut voir que le phénomène était né quelques années auparavant.

Tous les pays occidentaux sont concernés mais pas d'une manière égalitaire :

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L'Italie se distingue négativement : 97% des familles sont, à la fin de la décennie 2005-2015, restées au point de départ ou sont plus pauvres qu'il y a dix ans.

La seconde place du podium revient aux Etats-Unis : la stagnation ou le retour en arrière concerne 81 % de la population. Puis viennent la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la France.

Mc Kinsey a ensuite calculé la situation après prise en compte de la redistribution étatique des prestations sociales et le lissage des revenus via la fiscalité.

Cela change considérablement la donne.

Les pays dont les politiques sociales publiques de nature à atténuer le phénomène sont soit inexistantes soit inefficaces n'atténuent pas l'impact négatif mais l'accentuent : voir par exemple l'Italie où 100 % de la population est finalement concernée, une fois que les impôts ont été ponctionnés aux rares qui ont conservé un peu de cash et que rien n'a été redistribué efficacement par le système des aides sociales :

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Etonnons-nous, dans ces conditions, du fait que les banques italiennes soient au bord du gouffre car les emprunts ne sont pas remboursés et que le mouvement M5S, du comique Beppe Grillo, soit en passe de gouverner.

Avec de tels chiffres, on ne voit pas comment ce pays peut s'en sortir.

Rappel : il s'agit d'un des plus importants pays de l'UE et sa dette publique est gigantesque.

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Bonne chance à nous tous ceux qui pensent que l'UE va bien ...

Le modèle « social » français ou nordique attenue considérablement le choc : seuls 10 % de la population française reste appauvrie après redistribution sociale.

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Mais ne crions pas victoire pour autant.

D'abord parce cela conduit la France a compter, en 2013, 8 648 000 personnes ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté (compté à 60 % du niveau de vie médian), soit 14 % de l'ensemble de la population. Si on place le seuil à 70 % du niveau de vie médian, on arrive à 13 601 000 personnes, soit 22 % de la population.

On ne peut pas vraiment dire que le système assure la prospérité pour tous.

Ensuite, parce qu'il convient de se poser la question essentielle d'un point de vue politique : lorsque l'Etat assure le revenu de la partie la plus importante de la population, est-ce que nous sommes toujours dans un régime libéral ?

Enfin, d'un point de vue économique, in fine, qui paye le "repas gratuit" ?

C'est la fiscalité pesant sur les agents économiques (ménages et entreprises), qui est en France une des plus lourdes du Monde :

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Source : Le Figaro

On comprend tout de suite que tout le baratin sur les baisses d'impôts est de la poudre aux yeux en attendant les prochaines élections.

Le système actuel fait qu'il ne tient qu'avec une pression fiscale haute, et qui a vocation à être de plus en plus haute.

Mais cela ne suffit pas !

Ce qui fait flotter le bateau qui coule, c'est la dette, qui ne cesse de croître !

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Source : Insee

Jusqu'à quand cette fiction de la (relative) propérité française durera, alors qu'elle est alimentée par une fiscalité intenable et une dette non maîtrisée ?

Question à 2000 milliards d'euros de dettes rien que pour la France !

 
Nous avons donc sous les yeux la mise en œuvre d'une fuite en avant par laquelle les gouvernements des pays occidentaux tentent, par tous moyens, de maintenir artificiellement le niveau de vie passé de leurs populations par des programmes sociaux non financés, qui fonctionnent plus ou moins en fonction des pays.


D'un coté de la balance, il y a ceux qui s'inquiètent de voir gonfler la dette de manière incontrôlée et se plaignent d'une confiscation croissante des richesses privées via la fiscalité. Ceux qui peuvent quittent la France et généralement l'Occident vers d'autres cieux.
 
D'un autre coté de la balance, on voit la montée de mouvements de rejet des élites politiques et économiques en place, qui ne satisfont plus les besoins du plus grand nombre (Podemos en Espagne, M5S en Italie, l'Aube Dorée puis Syriza en Grèce, le Brexit en UK et le Front National en France) ainsi qu'un rejet concomitant du capitalisme, de la mondialisation et de l'UE telle qu'elle fonctionne actuellement. Que proposent-ils comme solution ?

D'un point de vue conceptuel, c'est très intéressant à regarder et je suis curieux de savoir où cela nous conduira.

D'un point de vue concret, je suis inquiet.
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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire hftrade mardi, 23 août 2016 11:14 Posté par hftrade

    continuez votre raisonnement SVP


    La vache a lait de Bercy, qui finance l'etat providence, ce sont les classes moyennes, en voie de disparition


    La France est le premier etat providence au monde et le deuxieme enfer fiscal (taxe en % du PIB) sans parler du plus grand nombre de fonctionnaires par habitant en europe (hallucinant !) . Le systeme va imploser ! CQFD