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Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

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Loic Abadie - Le bouclier

CO2: “Ne rien faire” est la meilleure des politiques publiques, même si vous n’êtes pas climato-sceptique (2)

Audience de l'article : 1082 lectures
Nature de contenu : Edito
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Deuxième partie :
Les dépenses publiques climatiques: exorbitantes, contre-productives, et à faible impact



Article en 5 Parties

Partie 1 : Hausse des températures: les rapports du GIEC moins pessimistes que les synthèses médiatiques

Partie 2 : Les dépenses publiques climatiques: exorbitantes, contreproductives, et à faible impact

Partie 3 : Les politiques pro-développement économique seront bien plus profitables que celles bridant l’accès à l’énergie          

Partie 4 : Les études les plus récentes et l’attitude des grands pays émergents renforcent le point de vue non-interventionniste

Partie 5, conclusion : Le politique doit changer d’attitude face à la question climatique           

Quelles seraient les conséquences économiques de la hausse maximale des températures pronostiquée par le GIEC ? Quelles réponses leur apporter ?


Conséquences économiques d’une hausse des températures comprise entre 2 et 3°C

Le sous groupe 2 du GIEC, dans le chapitre 10 de son rapport, apporte des éléments très intéressants pour notre politicien. Ce chapitre cherche à estimer les impacts des hausses de températures sur le “bien être mondial”, converti en “équivalent de variation du revenu” (Equivalent income change). Le concept est alambiqué, mais l’approximation “% equivalent income change” = “évolution relative du PIB mondial” est raisonnable.

Ce chapitre affirme, tout d’abord, et en toute honnêteté, notons le, que les incertitudes sur les impacts du changement climatique sont très importantes, et que “les impacts économiques du changement climatique sont difficiles à estimer”. Il affirme également, je cite (chap 10, p662 du WG2), que «”l’impact du changement climatique [sur le PIB] sera faible par rapport aux autres déterminants de la croissance”, à savoir la démographie, le progrès technologique, l’efficacité des gouvernances”…  En outre, les auteurs estiment qu’il y aura de fortes disparités régionales, le chiffre moyen cachant de fortes disparités entre pays tempérés (où l’impact pourrait être même positif) et pays tropicaux (plus touchés).

Bref, les auteurs reconnaissent que le climat est un facteur parmi d’autres, et plutôt moins important que d’autres. Dans quelle mesure ?

Le rapport (p.690) estime les impacts en terme d’ “equivalent income change” (que nous assimilerons au changement de PIB par la suite) gagné ou perdu du fait de l’évolution des températures, à partir d’un petit nombre d’études (le sujet est complexe, rares sont ceux qui s’y lancent), en fonction de la température. Je nourris la plus grande méfiance vis-à-vis de ces études de futurologie dont les hypothèses relèvent souvent du doigt mouillé, et le GIEC lui même souligne le haut niveau d’incertitude de ces estimations, mais admettons qu’elles soient raisonnables, et que l’honnête homme, ou l’humble politicien, puisse s’y référer. Le graphe ci-dessous reproduit leurs résultats.

VB 3

Jusqu’à +2°C, les études les plus pessimistes n’imputent quasiment aucune influence au climat, reconnaissant ainsi que nos capacités d’adaptation à des variations habituelles "feront le job", quel que soit les développements désagréables que le GIEC entrevoit du fait de la hausse des températures : maladies, événement climatiques extrêmes, etc. En clair, rien ne permet de supposer que nous serions incapables de nous y adapter au XXIe siècle, alors que nous le fumes au XXe.

Entre 2.5 et 3.5°C, la plupart des études chiffrent la perte de PIB entre 0 et 3% du fait du climat, une seule étude arrivant à -12% pour une hausse de température de 3.25°C. Enfin, une unique étude fait état d’une perte de PIB de 6% du fait d’un réchauffement de 5.5°C, très loin hors de l’intervalle de confiance de la TCR donné par le GIEC.

Ces baisses de PIB seront évidemment à pondérer par les hausses liées aux gains de productivité que les progrès technologiques par nature inimaginables à ce jour (malgré quelques tentatives de futurologie hasardeuses), et aux variations (sens à déterminer) du fait de l’évolution de nos modes de gouvernance futurs, et notamment de l’influence de ces gouvernances sur la fréquence et l’intensité des conflits armés. Il faut donc comprendre les chiffres du GIEC comme “Le PIB global sera moins élevé de 0 à  3%, et dans le pire des cas de 12% par rapport à ce qu’il aurait été sans changement climatique”, et non “le PIB baissera de 0 à 12%”, comme on a pu le lire dans certains médias...

Que représentent 3% de perte de PIB d’ici 2100, soit l’hypothèse la plus pessimiste de toutes les études hormis une ? Très exactement une perte de zéro virgule trente quatre pour mille par an, cumulée année après année. Ou encore 0.034% de PIB en moins/an. Si les hausses de température incriminées sont atteintes en 2080 au lieu de 2100 (hypothèse très pessimiste), cela ne représente encore que 0.045% de PIB par an, sachant que nos mesures de PIB sont précises à 0.1% près…

Mais soyons humbles jusqu’au bout, imaginons que les économistes qui ont, dans une unique étude, chiffré la perte de PIB à 12% pour une hausse de 3.25°C aient raison. Et bien si ladite température est atteinte en 2080 (hypothèse toujours aussi pessimiste), cela ne représente toujours que 0.17% de PIB annuel. Mais cette étude parait tellement décalée par rapport à la masse d’études convergentes qu’il parait difficile d’en tenir compte, au moins en termes de choix politique immédiat.

Quel intérêt des dépenses climatiques ?

L’influence que l’on nous présente comme catastrophique du changement climatique est donc estimée par les auteurs des rapports dits “scientifiques” du GIEC lui-même à un ordre de grandeur très faible, très loin des hurlements catastrophés entendus lors de la COP21. Peut on pour autant le tenir pour négligeable ?

Pour un pays comme la France, aujourd’hui, il n'apparaît donc guère raisonnable de dépenser plus que la perte moyenne maximale de PIB mondial imputable au changement climatique, soit 0.045% de son PIB annuel (dépenses privées ou publiques) pour lutter contre le changement climatique, soit 990 millions d’Euros annuels, pour réduire nos émissions de CO2, et encore, à condition que les dépenses entreprises parviennent effectivement à réduire les rejets sous la limite permettant de maintenir la température en dessous de +2°C. Et même si l’hypothèse la plus "débridée" (-12% soit 0.17% par an) se révélait exacte, 0.17% ne représentent "que" 3.5 milliards annuels. Par contre, toute dépense qui est entreprise dans un autre but bénéfique avéré, dans un cadre rentable (non subventionné), et qui, incidemment, abaisse les émissions de CO2, reste bienvenue.

Il convient donc de savoir si, en France, les dépenses spécifiquement orientées vers la baisse des émissions de CO2 sont supérieures ou inférieurs aux montants ci dessus. Or la seule charge liée au financement des énergies renouvelables non naturellement rentables (principalement l’éolien et le photovoltaïque) représentera en 2016, 4.4 Mds d’euros, payés sur nos factures d’énergie au titre de la "CSPE" (source wikipedia). Et cela n’inclut pas les autres dépenses publiques "anti-CO2", directes, ou par le biais de crédit d’impôts, pour faire baisser les rejets de CO2, ni même les coûts imposés aux entreprises par le mécanisme des "crédits carbone", dont les effets pervers (fraudes, délocalisations) n’ont pas été chiffrés à ce jour pour la seule France, à ma connaissance. Mais un rapport récent estime que certains grands états, dont la Russie, fraudent massivement le système en vendant des “crédits carbone” correspondant à de fausses réductions d’émissions…


D’après ce rapport favorable aux politiques “vertes”, les investissements liés à la réduction des GES en France en 2011 se sont élevés à 22.2 Mds d’euros,", dont 60% pour le secteur privé et 40% pour le secteur public. Soit 9 Mds pour les contribuables, 10 fois plus que ce que la raison commande. Et le pire est que ces chiffres déjà stratosphériques sont amenés à augmenter, si les gouvernants poursuivent la hausse des investissements climatiques autant qu’ils prétendent le faire. Voici par exemple l’évolution prévue de la CSPE à 10 ans (source “les échos”):

VB 4
Il est impossible de dire quelles auraient été les dépenses d’amélioration de l’efficacité énergétique côté “consommateurs” sans subvention, mais ces dépenses ont représenté 8.4Mds en 2011 et ont été prises en charge à 75% par le secteur privé. Même en admettant que sans carotte publique, la moitié des dépenses privées n’auraient pas été entreprises (ce qui parait beaucoup), il parait peu concevable que ces dépenses purement privées descendent en dessous de 3 Mds annuels. Ces dépenses ne sont pas entreprises “pour le climat dans 100 ans”, dont tout le monde se moque bien dès qu’il s’agit de son argent, mais “pour améliorer notre efficience économique quotidienne”, et si, accessoirement, cela améliore les perspectives climatiques, c’est la “cerise sur le gâteau”. Ces dépenses se situent donc déjà au dessus du “maximum raisonnable” que l’on pourrait consacrer à la lutte contre les GES. Donc les dépenses faites “sans penser au climat” sont très largement suffisantes eu égard aux risques que le changement climatique nous fait courir, tel que le GIEC lui même les a quantifiés. Il est parfaitement inutile et improductif d’y ajouter des dépenses non rentables spécifiquement dirigées vers la lutte contre le CO2.

"Business as usual" semble donc une attitude tout à fait raisonnable pour un décideur politique sachant garder la tête froide.

Nous pourrions nous arrêter à ce stade mais il existe encore plein d’autres observations renforçant le raisonnement qui précède, et il serait dommage de vous en priver.

=> Troisième partie: Les politiques pro-développement économique seront bien plus profitables que celles bridant l’accès à l’énergie

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