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Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

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CO2: “Ne rien faire” est la meilleure des politiques publiques, même si vous n’êtes pas climato-sceptique (1)

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Première partie :
Hausse des températures à l’échelon 2100: les rapports du GIEC moins pessimistes que les synthèses médiatiques

Article en 5 Parties

Partie 1 : Hausse des températures: les rapports du GIEC moins pessimistes que les synthèses médiatiques

Partie 2 : Les dépenses publiques climatiques: exorbitantes, contreproductives, et à faible impact

Partie 3 : Les politiques pro-développement économique seront bien plus profitables que celles bridant l’accès à l’énergie          

Partie 4 : Les études les plus récentes et l’attitude des grands pays émergents renforcent le point de vue non-interventionniste

Partie 5, conclusion : Le politique doit changer d’attitude face à la question climatique           


Cette analyse a pour but de trancher la question suivante: un décideur politique doit il dépenser dès aujourd’hui des milliards pour tenter très hypothétiquement de changer ce que sera le climat dans 80 à 100 ans, ou doit il se préoccuper de ses problèmes immédiats, et parier sur les progrès technologiques et  les capacités d’adaptation des humains d’aujourd’hui et de demain pour régler les éventuelles conséquences d’un changement climatique ?

Avertissement: Bien que l’auteur soit ouvertement “climato-sceptique”, les éléments qui suivent seront développés comme si l’on pouvait faire confiance aux conclusions et aux marges d’incertitudes figurant dans les sous rapports 1,2, et 3, du rapport complet du GIEC de 2013, mais pas aux “synthèses pour décideurs”.

Malgré les incertitudes encore nombreuses sur l’influence réelle du CO2 sur le climat, de nombreux politiciens, dans le monde occidental, ont choisi de faire comme si ces incertitudes n’existaient pas, et ont décidé d’adopter en totalité le point de vue exprimé par les dirigeants du GIEC (organe émanation de l’ONU en charge de la promotion de la lutte contre les émissions de CO2), à savoir la nécessité d’agir maintenant à coups de centaines de milliards, pour "décarboner" notre économie, c'est-à-dire réduire considérablement et dans un délai court nos consommations de combustibles fossiles.

Nous allons voir qu’il existe de nombreuses raisons de penser que, même si vous croyez les postulats du GIEC concernant la relation entre CO2 et température, et même si vous croyez les rapports scientifiques du GIEC plus exacts que les points de vue concurrents, la meilleure conduite à tenir, pour les gouvernements français et européens, serait, surtout, de "ne rien faire", c'est-à-dire ne pas dépenser d’argent public pour réduire nos consommations d’hydrocarbures au-delà des gains d’efficacité énergétique "normaux" que toute économie libre engendre par simple progrès technologique.

Autrement dit, un décideur politicien européen qui choisirait d’analyser le problème la tête froide, et prendrait le temps de se faire lire et décrypter l’intérieur des rapports du GIEC et pas uniquement les résumés ultra-alarmistes destinés aux médias, arriverait à la conclusion qu’agir contre le CO2 aujourd’hui est inutile.

Elévation des températures: le GIEC reconnaît des incertitudes significatives, et des fourchettes d’évolution probables modérées

Au lieu de prendre pour argent comptant les communiqués alarmistes du GIEC, un décideur politique en charge de budgets se chiffrant en milliers de milliards devrait au moins s’assurer que ces communiqués sont conformes avec l’esprit des 3 sous-rapports scientifiques (Working Groups 1,2,et 3) qui en fournissent la matière. S’il ne peut lui même comprendre ces pavés scientifiques arides, il peut en demander une lecture objective à ses conseillers. Que découvrirait il ?

Surprise : il y a des divergences subtiles mais tout à fait substantielles entre les sous rapports WG1 et WG2, et la synthèse pour décideurs qui fait les délices des médias en mal de sensationnalisme climatique.  Les médias ont claironné lors de la COP21 que la hausse de température en cas de doublement du CO2 à la fin du siècle (ce qui correspond peu ou prou au scénario “on continue comme avant et aucun progrès technologique majeur ne change la donne”) serait comprise entre 1 et 4.5°C. Or, c’est faux, le rapport WG1 du GIEC ne dit pas cela, même si le jargon employé est de nature à entretenir la confusion.

Le GIEC distingue deux températures “cible” pour un doublement du CO2 entre 2080 et 2100: la “TCR” (traduisible par “réponse transitoire du climat”) et l’ECS (“Hausse de température stabilisée à l’équilibre”). La TCR est la hausse de température au moment ou le doublement du CO2 est constaté. Mais l’ECS est une température obtenue plusieurs centaines d’années voire mille ans après (on ne sait pas très bien quand, d’ailleurs), une fois que tous les mécanismes d’adaptation très lents (océaniques notamment) de la terre se sont stabilisés.

Et si la rapport du GIEC évoque bien une fourchette de 1-4.5°C, il le fait pour l’ECS, qui correspond à une évolution à plusieurs centaines d’années… Mais la TCR,  elle à l’échéance de la fin du siècle,  n’est comprise “que” entre 1 et 2.5°C. Toutes ces fourchettes sont évoquées avec un “intervalle de confiance de 95%”, façon de dire que la probabilité pour que cette TCR soit supérieure à 2.5°C n’est que de 2.5%.

Le politicien doit il, tout d’abord, agir en fonction de la hausse possible de la TCR ou de l’ECS ? Compte tenu de la vitesse des progrès technologiques envisageables sur 1 siècle (pensez à tout ce qui n’existait pas et n’était même pas concevable en 1915…), il va de soi que l’horizon de la TCR, évalué vers 2080 à 2100 selon plusieurs scénarios du GIEC, est le seul à pouvoir être pris en considération d’un point de vue politique. Ne serait-ce que parce que l’ECS est purement théorique, puisque le cycle du CO2 ne s’arrêtera pas une fois le doublement du taux de CO2 atteint. Mais aussi parce que personne ne peut dire quelle sera la technologie disponible en 2100 et son “intensivité” en dégagement de CO2.

Prétendre agir aujourd’hui sur le monde tel qu’il pourrait être en l’an 2500 en plantant des éoliennes dont la durée de vie est de l’ordre de 20 ans est donc une absurdité qui fera beaucoup rire les philosophes des siècles futurs. La question peut d’ailleurs se poser à horizon bien plus proche, mais n’anticipons pas.

Toutefois, même en s’en tenant aux variations possibles de la TCR, le politicien est bien ennuyé à ce stade. Car 1°C ou 2.5°C, ce n’est pas la même chose. Dans le premier cas, son instinct lui dira que ce serait un non événement : une variation moyenne de température de 1°C en 70 à 100 ans serait exactement du même ordre que celle vécue depuis 1880 par la planète, et rien ne permet de dire que l’humanité ne s’y est pas adaptée, à en juger par l’évolution de notre espérance de vie, de nos conditions matérielles d’existence, et ce malgré une explosion démographique sans précédent. En revanche, même si ces satanés sceptiques affirment que les conséquences négatives sont exagérées par le GIEC, une hausse de température plus élevée peut faire peur. Après tout, même si 2.5 °C en 8 décennies ne représentent que 0.3°C tous les 10 ans, serons nous (et nos descendants) capables de nous y adapter, vu que ce n’est pas un rythme d’évolution habituel ? Même le plus acharné des climato-sceptiques peut admettre que le politicien humble se pose la question.

Fort heureusement, la lecture attentive des travaux du GIEC permet d’obtenir des réponses intéressantes.

=> Deuxième partie: Les dépenses publiques climatiques: exorbitantes, contreproductives, et à faible impact

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