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Je suis naturellement grand, beau, j’ai le teint buriné par le soleil et le sourire enjôleur et des mocassins à gland, un très gros zizi et une absence totale de lucidité sur mes qualités et mes défauts !

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Quand des sénateurs luttent contre l’obsolescence (sauf la leur)

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Nombre de commentaires : 5 réactions
Sans doute émus par la récente mise à la poubelle d’un ministre du budget presque neuf, peu servi, cause double-langage, le sénateur verdâtre Jean-Vincent Placé et son homologue rougeaud Jean-Michel Baylet ont déposé récemment au sénat uneproposition de loi visant à lutter contre la méchante obsolescence programmée. Il était temps : des consommateurs étaient sur le point de renouveler leur frigo.

Ah, l’obsolescence programmée ! Vaste fumisterie.

Comment ? Vous ne savez pas ce qu’est l’obsolescence programmée ? Alors voilà qui est étonnant vu la publicité répétée qu’on a fait de ce concept, pardon, cette hypothèse économique fumeuse ! On en a, en effet, parlé un peu partout, de façon répétée. Des « reportages » (oscillant entre l’édutainment et la propagande la plus éhontée) ont été réalisés et ont été diffusés sur différentes chaînes permettant à chaque fois à un large public de se faire gentiment conscientiser à la question avec force images de décharges et autres dépotoirs gigantesques.

D’ailleurs, Contrepoints avait consacré, l’été dernier, un article à l’un de ces pénibles avatars de désinformation qui était passé sur Arté. Et comme d’habitude, il aura simplement fallu attendre quelques mois pour qu’une stupidité écolo-compatible se traduise par une effervescence législative.

imgscan-contrepoints511-Hollande 

Oh, on ne peut pas non plus écarter que nos deux sénateurs (et toute l’équipe de gratte-papiers derrière) aient été en contact avec Mario Draghi, l’actuel patron de la BCE, qui a certainement dû se plaindre d’incessants allers-retours sur le site marchand d’Epson pour réapprovisionner ses Stylus d’encre à prix prohibitif, ce fabricant ayant eu la bonne idée de limiter physiquement le nombre de pages d’impression de ses cartouches. Avec une telle loi, fini pour Mario les longues soirées à recommander, sur Cartouche.fr, les palettes entières de cartouches rouges, bleues et jaunes que l’impression des petits billets de la BCE engloutit tous les jours !

Mais écartons cette raison (un peu farfelue, je vous l’accorde) pour regarder l’exposé des motifs pondus par nos deux Jeans (Vincent et Michel) dans leur proposition : peut-être y trouvera-t-on quelque solide argument en faveur d’une action du législateur… Peau de balle, dès les premières lignes, on comprend qu’on va devoir pédaler à contre-courant comme un capitaine de pédalo sous amphétamines tant le déluge d’idioties est compact. Par exemple, s’il faut agir, c’est parce que, notamment,

« La France consomme actuellement 50 % de ressources naturelles de plus qu’il y a 30 ans et la production de déchets n’a jamais été aussi élevée. »

Stupeur ! 65 millions d’habitants font plus de déchets que 55 millions ! Consternation ! La France n’arrête pas de croître ! Effarement ! Les gens jettent une demi-tonne de cochonneries par an et par personne (ça fait 1.6 kg par jour, c’est dé-men-ti-el), ce qui est intolérable — on en conviendra aisément — surtout lorsqu’on compare avec d’autres humains qui, n’ayant à peu près rien, ne font aucun déchet. Partant de là, nos sénateurs nous apprennent qu’une théorie démontre que certains industriels emploieraient tous les moyens pour inciter les consommateurs à jeter encore plus ! Pire, certains capitalistes avides de profits mettent en place différentes stratégies pour accélérer artificiellement l’obsolescence des produits, comme une innovation technologique ou esthétique.

C’est, on peut le dire, scandaleux. Que le monde soit ainsi rempli de personnes suffisamment avides d’argent qu’elles emploient la plupart de leur temps libre pour concevoir des produits innovants ou plus jolis est, on peut le dire, parfaitement ignoble puisque ces personnes jouent sur le désir de certains consommateurs qui sont de petits êtres chétifs qu’il faut protéger de l’achat impulsif, ou (au choix, cumul possible) une ribambelle d’abrutis décérébrés incapables de comprendre que l’amélioration esthétique proposée ne justifie pas de se débarrasser du modèle d’objet précédent. S’y ajoute bien sûr les capitalistes cupides et sans coeur qui font exprès de faire tomber en panne certains matériels pour obliger au renouvellement : il faut bien comprendre, d’après les études poussées de Placé et al. [2013] que les industriels ont en effet la fâcheuse habitude de garantir deux ans des téléphones portables ou des vélos qui tombent en panne après la période de garantie. À l’évidence, le consommateur est lésé, bien sûr, c’est limpide. Vite, une loi !

Bien. Tout ceci est fort bon, à tel point qu’avant même de regarder les quelques articles de la proposition, l’exposé des motifs nous fait tomber dans le shamanisme habituel des cuistres improvisés sénateurs dont l’impérieux besoin d’excréter une loi ne sera contrebalancé par aucune sensation de ridicule ou de honte, nos animaux de cirque républicain ayant été débarrassés chirurgicalement très jeunes des organes nécessaires à ces sentiments. Comme je l’évoquais quelques lignes au-dessus, l’obsolescence programmée, ça n’existe pas.

D’une part, le mythe du « c’était mieux avant » n’est que ça, un mythe : soit les comparaisons avec les productions du passé ne sont pas à périmètre constant (typiquement, le prix en parité de pouvoir d’achat n’est pas le même), soit elles sont basées sur une vision romantique d’un passé largement idéalisé, voire souffrant du biais du survivant.

(En gros et pour prendre un exemple, si vous établissez votre sentiment sur l’observation des réfrigérateurs encore en fonctionnement après 50 ans de service, vous en arrivez à la conclusion que ces réfrigérateurs-là étaient bien plus solides que les actuels, fichus après quelques années seulement ; vous n’avez en pratique tenu compte que de celui que vous avez observé encore en service, en oubliant les centaines ou milliers d’autres qui sont partis à la casse avant d’avoir même pu espérer franchir la moyenne observée dans les réfrigérateurs actuels.)

D’autre part, sur le plan économique et dans n’importe quel marché concurrentiel, on comprend mal l’intérêt d’un industriel à proposer des produits qui périssent à une date arbitraire fixée. S’il le peut, n’importe quel nouvel entrant ou concurrent aura un intérêt énorme à fournir un produit directement concurrent, à un prix identique, avec une date de péremption supérieure, assurant ainsi à son produit un avantage comparatif évident. De concurrent en concurrent (et par régression logique de ce raisonnement), on en arrive à la situation où tous proposeront le produit qui, pour un rang de prix donné, tiendra le plus longtemps possible. L’alternative (le complot ourdi par tous les industriels) est parfaitement ridicule (pour la même raison : le premier qui brise le complot rafle la mise) ou délicieusement jamesbondesque … mais irréaliste.

Enfin, la durabilité d’un bien n’est qu’un critère parmi d’autres que les industriels doivent prendre en compte. Et celle-ci est donc arbitrée par le consommateur, arbitrage qui est d’ailleurs reflété dans le prix. Imaginer que les consommateurs d’un côté ou les industriels de l’autre se seraient naturellement entendus pour gaspiller leur temps, leur argent et leurs ressources pour produire des produits de durée arbitrairement moindre que ce qui est désiré de part et d’autre du marché, c’est simplement montrer qu’on ne comprend absolument rien aux mécanismes de marché dont le but est, précisément, de permettre à ses acteurs d’arbitrer ces choix possibles (durabilité, esthétique, praticité, facilité d’usage, etc…).

En cela, les deux sénateurs, s’ils n’ont à l’évidence absolument rien capté des mécanismes naturels de l’économie (un socialiste-écolo d’un côté, un communiste de l’autre, il eut été surprenant qu’il en aille autrement), il n’en reste cependant pas moins qu’ils ont très bien compris quel était leur intérêt de proposer une telle loi : faire parler d’eux, se placer sous les sunlights de la médiatisation facile.

jean-vincent-plac 

Et ce ne sera pas dur lorsqu’on lit les articles de la loi : le second et le troisième proposent en substance d’augmenter la durée des garanties (ce qui ne va pas se traduire par une augmentation de prix, mais non mais non, vous allez voir c’est très simple) ; le quatrième porte sur la durée de mise à disposition des pièces détachées indispensables au fonctionnement du produit (qui ne poussera pas les industriels concernés à faire des produits « black box », avec un nombre aussi réduit que possible de pièces détachées) ; le cinquième, pour faire original, tripote un peu la taxe d’éco-participation ; enfin, le sixième et le septième article, purement cosmétiques, demandent d’ajouter un peu plus de papiers légaux autour des produits vendus ce qui va directement dans le sens d’un rapetissement des polices de caractères (comme celle des notices de médicament, frisant maintenant la microphotographie).

Bref : on retrouve là le n’importe quoi habituel contre-productif de sénateurs aussi incultes qu’oisifs, bordel inutile dont les industriels français auraient bien pu se passer et qui va encore gréver la compétitivité des produits « Made In France » (et bisous à Arnaud). Bien malheureusement, la seule vertu de ce texte est de nous montrer qu’il existe bien une obsolescence déjà avancée sur laquelle les sénateurs ne se sont pas suffisamment penchés : la leur. 
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5 commentaires

  • Lien vers le commentaire alex6 jeudi, 11 avril 2013 22:40 Posté par alex6

    @G.
    Qu'il y ait une duree de vie dans les cahiers des charges, heureusement! Ca s'appelle faire un arbitrage marketing entre la duree de vie d'un produit et son cout car c'est ce dernier qui va piloter tout le developpement du produit (et ce dans strictement tous les domaines) et jamais un objectif de duree de vie (sauf eventuellement dans le business des pieces typiquement d'usures genre revetements industriels ou autres)
    De la a dire que l'objectif est de concevoir le produit dans le but qu'il casse a une date predeterminee, essayez de prendre contact avec des gens qui savent de quoi ils parlent plutot que des gens qui ne comprennent pas ce qu'on leurs demandent parceque c'est juste completement idiot.
    L'exemple de l'automobile est excellent. A perimetre technologique equivalent, les voitures modernes sont mille fois plus fiables que les voitures d'il y a 20 ans. Venez me prouver qu'il existe un seul cahier des charges pour une piece automobile mentionnant un objectif de duree de vie pour voir...

  • Lien vers le commentaire SIGSEGV jeudi, 11 avril 2013 20:25 Posté par sigsegv

    Je pense que l'étude des temps d'attente avant panne (via des Lois exponentielles pour tout ce qui est électronique) échappe à tous les pseudo économistes (c'est pas la première fois qu'on assiste à du négationnisme scientifique lorsque els faits ne correspondent pas au dogme, il vaut mieux renier les faits que le dogme, intellectuellement c'est moins fatiguant)

    Sinon le discours sur la non obsolencence programmée est très drôle; alors que tous les constructeurs d'imprimantes mettent un chipset programmé pour que l'imprimante cess d'imprimer après un nombre défini de pages (il suffit de reprogrammer la puce avec un soft pour certains modèles).

    Sinon même pas besoin d'introduire des vices de fabrication, la gestion des fins de support par les éditeurs/constructeurs suffit à forcer le renouvellement des parcs informatiques (à aligner de préférence avec les durées légales d'ammortissements des immos corporelles concernées)

  • Lien vers le commentaire Greg jeudi, 11 avril 2013 06:58 Posté par G.

    @ alex6

    J’ai des contacts bossant en ce moment en R&D/conception, et j’ai des confirmations très claires : les cahiers des charges mentionnent des durées de vie, qui sont à prendre non pas en « seuil minimum », mais souvent en objectif tout court. C'est-à-dire que, dans une distribution statistique « normale » (au sens mathématique) des durées de vie avant panne prévue, vous savez exactement de quelle durée la garantie produit doit être. Mais que passée cette durée, la probabilité de panne atteint rapidement un pic.

    L’exemple des ampoules est un BON exemple ! Si vous vendiez des ampoules durant toute une vie, non seulement vous tueriez le marché futur, mais vous rendriez le produit unitaire trop cher, seriez victime de vos concurrents misant sur le court-termisme des gens, vous feriez dépasser au niveau innovation et différenciation produit, etc… Bilan : rendre la durée de vie de l’ampoule « courte » rend ce produit consommable : les gens le remplacent souvent, peuvent se l’offrir, hésitent moins à en changer pour des raisons futiles, etc…

    Je maintiens l’ensemble de mes arguments. Et je maintiens que savoir si l’obsolescence programmée est « bien » ou « mal » n’est pas une question simple. Ce que vous pouvez reprocher aux fameux députés socialistes, c’est de trancher sans débattre en faveur du « c’est mal ».

  • Lien vers le commentaire alex6 jeudi, 11 avril 2013 06:15 Posté par alex6

    @G.
    C'est exactement ce qu'explique h16, il faut faire les comparaisons a PERIMETRE FINANCIER equivalent.
    Les vetements duraient plus longtemps avant ben oui, un gros pull en laine de 1cm d'epaisseur, ca dure! Et bien devinez quoi, rien de vous empeche d'acheter de tel pull encore aujourd'hui et a des prix raisonnables. C'est juste completement has been par rapport a un pull en laine de merinos, plus beau et confortable mais plus fragile aussi.
    Les exemples peuvent etre multiplies par milliers.
    Et pour avoir bosse dans la conception et le design dans de nombreuses boites dans plusieurs pays, je n'ai jamais entendu parle d'un debut de commencement de projets d'entente avec les competiteurs et encore moins d'inclure une clause de faible duree de vie dans les cahiers de charge.
    Par contre, j'en entends tres souvent parle lors des discussions de cafe ou des repas de famille. J'y entends aussi tres souvent que le socialisme, c'est genial. Comme quoi...

  • Lien vers le commentaire Greg mercredi, 10 avril 2013 11:56 Posté par G.

    Monsieur H16,

    Vos textes habituels sont souvent drôles et pertinents. Vous semblez hélas ici complètement à coté de la plaque. L’obsolescence programmée EXISTE. On peut la voir en bien, ou en mal, mais pas la nier.

    Je n’ai pas besoin d’exemples fumeux pour me prouver que les anciens produits ménagers et vêtements duraient bien plus longtemps qu’aujourd’hui : ma famille en a encore, et non nous ne sommes pas des exceptions à la règle. Les produits d’aujourd’hui sont infiniment moins durables, et ceci de manière VOLONTAIRE.

    D’une part, l’effet « prix » est devenu le paramètre crucial de nos sociétés. La société de Consommation donne à longueur de journée l’envie aux gens d’acheter des choses. Le problème, c’est que si ces « choses » sont trop chères, vous allez frustrer des hordes de pauvres. Solution ? Facile, réduire les prix. Mais qui dit réduire les prix, dit aussi forcément/souvent sacrifier autre chose. Cet autre chose est la résistance des composants, la durée de vie du matériel… Ainsi, la famille Lambda, avec papa smicard et maman au chômage, trois mouflets, peut s’acheter son écran Plasma haute défintion à un prix « abordable ». L’écran ne tiendra que 3 ans, mais ça c’est le « futur », l’important c’est que l’achat ait été effectué.
    A vouloir tout tout de suite, les gens ont bien tout tout de suite, mais tout de mauvaise qualité (basse durée de vie). Les politiques ont évidemment encouragé ces phénomènes, car une population frustrée risque de voter pour le camp adverse… Ajoutez à ça un accès plus simple au crédit à la consommation, et hop. Panem et circenses...

    Vous dites « S’il le peut, n’importe quel nouvel entrant ou concurrent aura un intérêt énorme à fournir un produit directement concurrent, à un prix identique, avec une date de péremption supérieure, assurant ainsi à son produit un avantage comparatif évident » .
    C’est complètement FAUX. Vous ratez complètement le principe de l’ENTENTE COMMERCIALE. C'est-à-dire le joyeux business qui consiste à plumer ensemble les clients, et à ne pas se tirer dans les pattes si cela tue la rentabilité du business. Un nouvel entrant se différenciera par un esthétique « flashy », un argumentaire bidon, mais ne jouera pas sur la date de péremption, car… ce faisant, il tuerait son propre business à court terme. Voir ci-dessous.

    Ceci m’amène au point principal. Si les clients changent leur télévision tous les 3 ans car elle « tombe en panne », vous renouvelez le pool de clients tous les 3 ans. Vous les rendez captifs de l’achat, car l’objet est « en panne ». Si par contgre vous faites une télévision durable, qui dure 15 ans, votre pool de clients risque de ne se renouveler que très anecdotiquement. Pour garder la même rentabilité que la télé de 3 ans, vous devrez augmenter beaucoup vos prix (sans parler du fait de mettre des composants qui tiennent la route, et donc pas si low cost que ça). Bilan : vous vendez des télévisions plus chères, trop chères, trop chères pour la famille Lambda de smicards. Cette famille Lambda peut être saignée par mille petites coupures budgétaires (micro crédits sur remboursement d’une télé pas chère), mais n’acceptera clairement pas de payer la « vraie valeur d’une télévision durable ». C’est un effet de contraste et de différé : payer 50 euros par mois pendant un an pour une télé de 600 euros, et refaire ça tous les 3 ans, est moins psychologiquement douloureux que payer 3000 euros une télé qui dure 15 ans.

    Bref, c’est donc tout bonnement la loi de l’offre et de la demande, la concurrence, et le court-termisme qui sont responsables du phénomène. Ajoutez à cela les « innovations technologiques », qui ne sont peut-être possibles et rentables que si suffisamment de gens achètent régulièrement les produits, et la boucle est bouclée. Voyons le bon coté des choses : votre matériel pas cher et peu durable sera régulièrement remplacé par un matériel meilleur technologiquement, et tout aussi peu durable…

    Pour la planète et la consommation des ressources, évidemment, cette situation est … génante. De même, importer des tonnes de produits asiatiques low cost qui dureront de 1 mois à un an (ou une seule utilisation : merci les pulls, vêtements, parapluies…), c’est de la con-sommation, pas de l’investissement. A ce jeu de dupes, l’Europe et les USA n’en ont certainement pas pour leur argent.