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Michel de Poncins

Michel de Poncins

Ancien directeur de société, Michel de Poncins est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, et docteur en Économie.

Il est fondateur et président de l'association Catholiques pour les Libertés Économiques (CLE), qui organise régulièrement à Paris des conférences sur des sujets de société.

Il est administrateur du Cercle Renaissance

Dans ses livres, articles et conférences, il analyse principalement le dirigisme étatique qui est, à ses yeux, le phénomène économique le plus significatif de notre époque.

Michel de Poncins anime aussi deux magazines catholiques sur Internet : Tocqueville Magazine et Radio Silence. Il pourchasse le gaspillage des deniers publics, qui est pour lui une destruction pure et simple des ressources produites par les gens qui travaillent. Il a écrit un certain nombre d'ouvrages sur ce thème, donnant des exemples de dilapidations montrant les maux que cette dilapidation entraîne, ou montrant la voie d'un redressement possible.

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Michel de Poncins : La prime de 1000€ des dividendes et ses inductions néfastes

Audience de l'article : 2510 lectures
Nombre de commentaires : 3 réactions

Le socialisme consiste à tondre un mouton pour lui tisser un manteau à partir de sa propre laine, lequel s'avère généralement trop petit pour lui … 
 

LA PRIME DE 1000 EUROS 
 
Le projet d'une prime de 1000 € accodée aux salariés à cause de la distribution de dividendes est une véritable farce à la française telle que le pouvoir dirigiste, interventionniste et pour tout dire socialisant nous en offre régulièrement le spectacle. Tel que jamais dans sa configuration actuelle il ne pourra changer, le pouvoir en a donc décidé. Personne de raisonnable et connaissant les entreprises ne peut voir le rapport entre ces deux données mais peu importe. Notre leader bien-aimé a affirmé : « quand on peut donner aux actionnaires, on peut aussi donner aux salariés » ou, encore, « cette loi part d'un principe très simple : s'il y a des dividendes tant mieux mais il faut un plus pour les salariés. Cela s'appelle le partage de la valeur ».
Ces déclarations étant faites tous les courtisans se sont agités en tirant a hue et à dia.
François Baroin a confirmé le projet. Il veut donc spolier les actionnaires d’une partie de leurs revenus légitimes. Il néglige comme sans importance la négociation des salaires qui se passe de diverses façons dans une multitude d'entreprises, soit directement dans certaines PME, soit avec l'intervention de syndicats. Christine Lagarde, la patronne du précédent, a dit qu'il n'y aurait rien d'obligatoire.
Quant à Xavier Bertrand, ministre de l'emploi et du travail, il a promis une loi avant la fin de l'année : « Oui, la prime de mille euros aux salariés des entreprises distribuant des dividendes en hausse sera mise en place avant la fin de l'année et oui, cela se fera par le biais d'une loi », a-t-il répondu le mercredi 27 avril sur Canal plus. Cette fois-ci la condition est devevue « des dividendes en hausse ». Que peut signifier dans la langue économique précise un « dividende en hausse. ?
Les dégâts générés par de telles annonces sont si nombreux qu'il est impossible de tous les recenser.


 
UNE NOUVELLE USINE A GAZ


D'abord, c'est la promesse d'une nouvelle usine à gaz malodorante à souhait. Les journaux écrivent carrément : « les contours de la prime se dessinent » ce qui annonce une effroyable complexité et « il parait que l'on procède aux derniers  réglages du dispositif » Ces simples termes nous annoncent le pire. Baroin précise : « c'est en train d'être calibré » et ajoute cette énormité : « Mille euros, c'est peut-être un plafond et peut-être un plancher, on ne sait pas encore ». Il est question d'un seuil de 50 salariés en dessous duquel le système ne s'appliquerait pas sinon d'une façon volontaire et au-dessus duquel le système interviendrait : les entreprises connaissent déjà, pour d'autres raisons, ce seuil de 50 salariés qui les obligent à des gymnastiques juridiques pour ne pas le franchir et qui se surajoute à d'innombrables autres seuils. Obligation légale ou pas ? S'il n'y a pas d'obligation légale, il y aura des incitations fiscales ou sociales mettant un désordre supplémentaire dans le paysage fiscal et réglementaire déjà aussi obscur qu'une forêt vierge.
Si le projet voit le jour, ce que personne ne sait à présent, il s'ajoutera à au moins deux systèmes déjà formidablement compliqués d'intéressement et de participation aux bénéfices, auxquels le monde économique avait fini par s'habituer. Il va être nécessaire de raccorder tout ces ensembles : le raccord inévitable entre les usines à gaz conduit à de véritables galaxies.

 


L'OURAGAN DES LOIS


Nous avons souvent signalé l'ouragan des lois avec leurs dépendances en décrets-loi, circulaires et contentieux qui assassinent littéralement l'économie française et le fonctionnement de la vie nationale. À l'ouragan s'ajoute des temps interminables d'attente car l'on ne sait jamais par avance exactement comment l'ouragan se déclenchera et de quelle façon. Des centaines ou des milliers d'entreprises sont dans l'incertitude actuellement du fait de ce nouveau projet : l'effet de freinage de l'économie est évident.
A ces inconvénients majeurs s'ajoute d'autres calamités d'importance.

D'abord, volontairement, le pouvoir diffuse l'idée de la lutte des classes en se faisant le propagandiste d'un partage des profits prétendument plus équitable que d'autre ; or les gens commencent, lentement certes, à savoir que le capital et le travail sont étroitement liés dans un processus continu, l'un n'existant pas sans l'autre. L'emploi va forcément souffrir car il n'y a rien de pire en la matière que l'incertitude des entreprises. L'investissement va évidemment être touché : pourquoi un Français ou un étranger se risqueraient-ils à investir des fonds pour des gains hypothétiques dans un pays qui, ayant déjà un code du travail monstrueux, se permet des coups inattendus et ponctuels giclants tout soudain ?
Madame Laurence Parisot est souvent et d'une manière étonnante complice des diverses calamités d'origine publique tout en prétendant le contraire. Il faut lui rendre cette justice qu'en l'espèce, elle a vu tous les pièges et le dit. « Néfaste, ruineuse, incompréhensible » ce sont les qualificatifs employés au sujet de la prime. Et aussi : « Je ne connais pas un chef d'entreprise qui approuve ce projet ». Elle dénonce l'intrusion dans la gestion des entreprises : « ce sont aux assemblées générales de décider des bénéfices s'il y en a et de leur affectation » . Pour beaucoup de patrons, cette prime ressemble à la décision des 35 heures en 1997, qui a frappé de plein fouet l'économie française et dont celle-ci souffre durablement.
Également le patronat accuse la confusion entre les entreprises du CAC 40 et les trois millions d'autres entreprises. Faut-il ajouter que les adeptes de la lutte des classes qui se choquent des profits des entreprises du CAC 40 omettent de dire que celles-ci font leurs profits à l'étranger, ne laissant en France que le minimum d'activités et ceci pour échapper précisément à l'enchainement des « dispositifs » fous du type de celui qui s'avance.
 


LE POUVOIR D'ACHAT


Il reste que l'une des justifications officielles du cauchemar est le problème récurrent du pouvoir d'achat. Nous aurons à montrer une autre fois comment c'est le gouvernement lui-même qui est directement responsable de la dégradation.
En tout cas, comme tout « dispositif » public, l'idée folle se retourne déjà contre ses objectifs supposés : certains salariés auront la fameuse prime, d'autres pas et tous souffriront de la dégradation de l'économie.


Michel de Poncins

Tocqueville Magazine

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3 commentaires

  • Lien vers le commentaire philippe paillole mardi, 03 mai 2011 16:13 Posté par philippe paillole

    L'usine à gaz vient du fait que pour faire passer la pilule de cette mesure démagogique, les grosses têtes nous sortent tout un tas de conditions les unes plus stupides que les autres, et le résultat final n'a plus aucune logique, même si les ordinateurs ont suffisamment de puissance de calcul...

    Au delà de la "guéguere" liberalisme-keynesianisme-socialisme-cocomunisme qui n'a ni queue ni tête, la stupidité de cette mesure est quelle oppose salariés et actionnaires, comme si les salariés ne pouvaient pas être actionnaires !

    Ce sont bien sûr les vilaines entreprises du cac 40 qui sont visées parce qu'elles versent des dividendes en hausse : le seul petit problème auquel les hommes politiques de haut niveau n'ont pas pensé, est que si c'est si facile de se gaver avec les dividendes, rien n'est plus facile pour un salarié d'acheter des actions et donc de se gaver à son tour. (15 euros l'action france telecom c'est kdo pour un rendement de presque 10% : n'hésitez pas : gavez vous c'est si facile)

    D'ailleurs les entreprises du cac 40 ne se genent pas pour offir à leurs salariés des actions gratuites voir à bas prix : leurs salariés profitent donc bien des hausses de dividendes ! France Telecom va verser il me semble pour 300 millions à leur salariés en actions gratuite cette année.

    Et si une grosse tête de politique lis mon message, je lui demande qu'en cas de baisse de dividendes versés, le salarié verse une prime à la boite.

    signé Ph Paillole, un actionnaire qui achète ses actions.

    Je me souviens aussi d'un dicours où notre président de haut vol se lamentait que les français n'étaient pas assez actionnaires : je pense que nous devrions faire comme les belges et nous passer d'un gouvernement

  • Lien vers le commentaire pascal lundi, 02 mai 2011 21:00 Posté par pascal

    il faut tordre le cou à cet argument stupide d'usine à gaz: aujourd’hui avec l'informatique il n'y a aucune difficulté à calculer une prime qui dépendent de plusieurs paramètres (taille de l'entreprise, variation du dividende, âge du capitaine, etc). On peut donc ajuster la prime de façon juste et précise.