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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

Charles-Sannat

« Les migrants sont une chance… on va quand même commencer par un nouvel impôt ! »

Audience de l'article : 1740 lectures
Nombre de commentaires : 1 réaction
Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Je ne suis ni pour ni contre les migrants, bien au contraire !

Les migrants, comme tous migrants, poursuivent leur propre logique en dehors de toutes les considérations personnelles que nous pouvons avoir.

Ils fuient pour des raisons diverses des misères ou des conditions diverses pour aller vers un meilleur avenir. Certains s’adapteront, d’autres pas, certains sont gentils, d’autres méchants. Dans tous les cas ils suivent leur logique de migrants.

Dès lors en termes humains, politiques, sociaux, et philosophiques se pose la question de notre logique de pays accueillant.

Loin des incantations de rigueur, ou des hurlements émotionnels dont la séquence autour du petit Aylan recelait déjà son pendant des viols collectifs de Cologne, en l’espèce, deux outrances se répondent.

L’une appelant à l’accueil sans condition, limite, ou réflexion, l’autre pouvant évidemment directement nous mener vers un rejet massif voir particulièrement violent lui aussi, sans condition, limite ou réflexion.

Ainsi en-est-il des émotions. Toujours excessives, toujours outrancières.

Nous devons nous demander quelle est notre logique ?

Pour le moment force est de constater que nous n’en avons aucune en tant que pays France, pas plus que notre voisine l’Allemagne ou collectivement à travers ce que l’on appelle encore (mais plus pour très longtemps à ce rythme) l’Union Européenne.

Je m’étais fait l’écho du souhait, il y a quelques semaines de l’un des pays du nord de l’Europe, qui voulait prendre aux migrants qui arrivaient sur son territoire, tous les objets de valeur qu’ils détenaient, ce qui revenait à détrousser légalement des gens que l’on invite et une mesure qui pour le coup nous rappelait vraiment cette fois selon l’expression consacrée par la bien-pensance…. « les heures les plus sombres de notre histoire ».

Aujourd’hui dans la même logique, on commence à voir poindre l’idée d’un impôt européen pour financer ces vagues migratoires, qui au moins sur le court et moyen terme ne pourront pas être des « chances financières pour l’Europe » et encore moins en prenant le problème à l’envers ou posant des actes fondateurs qui seront source de rejets mutuels très inquiétants.

Ce n’est pas en dépouillant le migrant à son arrivée et en imposant des impôts nouveaux aux « accueillants » que l’on va créer les conditions indispensables au « vivre-ensemblisme » que pourtant une classe politique dans son ensemble aux abois répète comme un mantra éculé.

Encore une fois, la question est quelle est notre logique d’accueil ?

Oser poser la question est encore pour le moment impossible dans le paysage actuel où plus personne ne veut penser. Or l’accueil d’une vague migratoire de cette ampleur doit être pensée collectivement pour être en mesure d’y apporter les réponses généreuses sans naïveté et dans la pondération. La situation à Calais et ailleurs montre notre incapacité collective à penser ce problème. Alors nos dirigeants, tous plus ineptes d’un pays à l’autre, apportent toujours la seule réponse qu’ils savent apporter à tous problèmes, à savoir le théorème de l’impôts public. « Il n’y a aucun problème qu’un nouvel impôt ne puisse résoudre ».

Et si venait le temps des « taxes humanitaires » ?

Voilà, pour une fois les abrutis qui prônent un nouvel impôt pour régler un problème qui n’a en aucun cas besoin d’impôt ou d’argent d’ailleurs pour être réglé mais d’une véritable réflexion menée en dehors de toute idéologie culculgnangnantesque étouffante, ne sont pas français mais allemands.

Hooo, rassurez-vous mes chers amis, votre répit et votre ouf de soulagement seront de bien courte durée car soit cet impôt sera européen soit la France finira par vous mettre le même pour financer la « jungle » de Calais, et toutes les autres qui se développent et se développeront de plus en plus.

Je reproduis ici les premières lignes de cet article de la Tribune parfaitement révélateur (et ce n’est pas une critique mais un constat général) de la grande confusion mentale régnant sur un tel sujet !

« Après Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des finances, qui envisage une taxe européenne sur l’essence pour financer l’accueil des réfugiés, au tour de l’ONU d’évoquer des taxes humanitaires sur les billets d’avion, les matches de foot, ou les concerts pour remédier aux maux de la mondialisation. Chiche !

Le monde n’a jamais été aussi généreux qu’aujourd’hui en terme de dons humanitaires. Mais jamais il n’a eu autant besoin d’argent pour remédier aux maux de la mondialisation, que sont pauvreté, épidémies, crise des réfugiés… D’où l’idée évoquée par l’ONU, inspirée de la taxe Tobin sur les transactions financières ou de la taxe Chirac sur les billets d’avion, de mettre en oeuvre une taxe de solidarité sur des biens de consommation de masse. Dans un rapport publié ce dimanche, l’ONU suggère une « contribution volontaire » sous forme de taxe sur les transports, les matches de football ou les concerts pour combler le fossé grandissant entre besoins humanitaires et dons ».

Les besoins humanitaires sont passés de 2 milliards de dollars en 2000 à 24,5 milliards quinze ans plus tard, sous l’effet de la multiplication des conflits et des catastrophes naturelles aggravées par le changement climatique, constate le rapport de l’ONU, rédigé par neuf experts sous l’égide de la Commissaire européenne Kristalina Georgieva et du sultan malaisien Nazrin Shah.

En 2015, l’ONU n’a recueilli que la moitié des fonds nécessaires. Les rations alimentaires de 1,6 million de Syriens ont donc dû être réduites, ce qui a contribué à un exode massif vers l’Europe. C’est tout le paradoxe : « jamais le monde n’a été aussi généreux (…) mais jamais non plus cette générosité n’a été aussi insuffisante », déplore Mme Georgieva. Aider les victimes de conflits et de catastrophes est « moralement juste mais aussi dans notre intérêt comme l’a montré la crise migratoire ». »

Confondre problème, financement, et réponse géo-économico-politico-sociale !

Essayons d’être clairs. Les Allemands voient leur problème dans lequel ils se sont mis d’ailleurs tout seuls comme des grands entraînant avec eux d’autres pays européens encore plus débordés qu’eux parce que beaucoup plus petits (je pense à l’Autriche par exemple ou certains pays du centre de l’Europe). Finalement avant de rapporter (pour autant que ce soit vrai) cette vague migratoire commence par coûter évidemment beaucoup !!! Alors il faut bien payer et le contribuable allemand est très gentil, très tolérant, super culpabilisé par son histoire, MAIS, il devient nettement moins sympa quand il faut qu’il ouvre son portefeuille pour payer pour les autres. Tout l’enjeu pour le gouvernement allemand devient donc de faire supporter par les autres (pays européens) son accueil de la vague migratoire…

L’ONU elle voit dans une taxe humanitaire la source de financement rêvée de son institution internationale et surtout de son autonomie budgétaire qui n’existe pas pour le moment puisque les pays doivent verser une contribution à l’ONU et qu’il suffit qu’un pays comme les Etats-Unis ne versent pas la leur pour que les Nations-Unis soient obligées de ralentir ou de cesser leurs opérations.

On voit donc des logiques complètement divergentes à l’œuvre.

Vous assisterez au retour des camps de réfugiés, mais cette fois, ils seront chez vous !

En l’absence totale de réponse géo-économico-politico-sociale, vous aurez juste une nouvelle taxe « parce qu’il faut bien être sôôôôlidaîîîîres » et les camps de réfugiés près de chez vous !

Pourquoi ? Parce qu’à un moment face à flux et flots il n’y aura pas d’autres solutions. On confond deux choses pourtant essentielles. L’immigration et le droit d’Asile pour répondre à une urgence temporaire.

Tous les processus d’accueil dans les pays européens ont été pensés et conçus pour des volumétries relativement faibles. On instruit un dossier, on fait appel à des commissions, on peut faire appel des décisions rendues, on peut même saisir un juge. On est logés, nourris, blanchis en attendant. Je ne critique en aucun cas cet état de fait car ce n’est justement pas le débat et que nous devons nous extirper de toute idéologie ou de tout raisonnement mené sous le coup d’une émotion positive comme négative. Les bonnes politiques ne sont jamais sentimentales.

Comme ces processus ne sont pas conçus pour les volumétries que nous affrontons nous ne pouvons pas utiliser les outils à notre disposition pour affronter l’arrivée non pas de quelques demandeurs d’Asile mais de la plus grande crise migratoire depuis la deuxième guerre mondiale.

Il faut donc penser de nouveaux outils qui préservent aussi bien « l’arrivant que les déjà-là » ! Si de tels nouveaux outils y compris dans leur acceptation économique ne sont pas pensés et vite alors nous aurons créé, par notre lâcheté et notre bêtise collective à affronter une réalité, toutes les conditions d’un immense rejet mutuel dans lequel nous aurons les ferments de nos plus grands malheurs communs.

Nous ne pouvons donc pas accueillir dans des pays froids l’hiver des millions de plus ou moins pauvres bougres sans penser une réponse collective.

A très court terme il doit donc s’agir pour des raisons d’abord humanitaires et ensuite de maîtrise des coûts (la générosité n’étant jamais sans limite sauf quand c’est un Etat qui se charge de faire cette générosité avec l’argent des autres) et dernière raison de sécurité pour tous, de mettre en fin en place à Calais comme partout où ce sera nécessaire des camps y compris de tentes, avec l’hygiène minimale nécessaire. Et c’est exactement comme cela que cela se finira à Calais.

A plus long terme se posera la question du retour de ces réfugiés chez eux pour une grande partie et de l’intégration de celles et ceux que nous auront accepté de garder. Pour que cela soit possible c’est à notre politique internationale de prendre la main et de créer non pas des conditions de conflits mais des situations de paix. Autant dire que nous n’y sommes pas.

Pour l’intégration, il ne faut en aucun cas se leurrer. Elle est impossible lorsque il y a une telle volumétrie et l’Allemagne en première ligne n’arrivera à rien et d’ailleurs son patronat commence à se faire tout petit… mais vraiment tout petit sur les « opportunités » en terme d’emploi que les entreprises allemandes sont en mesure d’offrir.

Recueillir n’est pas forcément accueillir!!

Si notre devoir humanitaire, notre simple humanité nous impose de recueillir tout le monde et de les sauver tous, en aucun cas ce même devoir humanitaire nous impose de garder pour toujours chacun d’eux. La seule réponse possible est de permettre d’accueillir tous ces gens pour les mettre à l’abri le temps nécessaire à la diplomatie et au retour de la paix. S’imaginer que nous puissions intégrer tout le monde et que ce serait dans l’intérêt des « arrivants et des déjà-là » de le faire est la plus grande des erreurs.

Cette erreur sera d’ampleur historique, je dirais même presque biblique car nous ne créerons pas les conditions d’un vivre-ensemble apaisé et merveilleux, mais celles d’une confrontation violente et redoutable.

Les choses ne sont jamais un « tout ou rien », il y a des alternatives. Rendre tous les migrants « allemands ou français ou autre » n’est pas la seule solution. Il y a toute une palette de décisions possibles. La réponse doit être collective, humaniste, pensée, réfléchie, et surtout pas naïve. Ce qui est certains c’est que les non-solutions actuelles ci-dessous en vidéo, sont évidemment à proscrire.

En attendant mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT

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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire zoulou2 mardi, 19 janvier 2016 10:59 Posté par zoulou2

    On dit pas migrant, mais clandestin, (migrant c'est le terme des bobo socialo-communiste). On migre en regle, avec des papiers, quand on ne le fait pas, on est un fraudeur, un clandestin.

    Il faut les virer.