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Thibault Doidy de Kerguelen

Thibault Doidy de Kerguelen

Je suis président de la Compagnie Financière et Patrimoniale de Normandie. Vous pouvez me suivre sur mon site http://maviemonargent.info/

Et si nous effacions toutes les dettes d’Etat?

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La possible victoire de la gauche en Grèce engendrera un défaut

Qui détient la dette grecque?

Combien coûterait à la France et à l’Allemagne un effacement de la dette grecque? La question est relancée depuis qu’Alexis Tsipras, le leader du parti d’extrême gauche Syriza, en tête dans les sondages, réclame une restructuration unilatérale de la dette qui pourrait aboutir au non-remboursement de tout ou partie du principal – un «haircut». La dette publique grecque s’élève aujourd’hui à 320 milliards d’euros, soit 177 % du PIB. Elle est essentiellement détenue par les Etats de la zone euro, ainsi que le FMI et la BCE, c’est à dire vous et nous. Toute « restructuration » se fera aux frais du contribuable européen.

Jadis détenue par le secteur privé, la dette grecque l’est depuis les fameux plans de sauvetage à 85 % par les États membres de la zone, à travers le Fonds européen de stabilité financière (FESF), des prêts gouvernementaux bilatéraux, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales, qui détiennent 8 % de la dette grecque. Autant dire que non seulement les pays souscripteurs ne reverront pas un kopeck de l’argent prêté à la Grèce, mais il leur faudra remettre de l’argent au pot pour sauver toutes ces belles institutions européennes, qui ne sont qu’autant de cache-sexe de votre portefeuille.

Combien coûterait à la France un défaut grec?

Si la Grèce renonçait unilatéralement à rembourser sa dette, ce qui la placerait de facto en situation de défaut de paiement – et accélérerait sa sortie de la zone euro, le fameux «Grexit» -, cela se traduirait par une perte sèche pour les États membres de la zone euro.

En cas de restructuration, le FMI et la BCE seraient remboursés en priorité, car ils bénéficient du statut de «créanciers préférentiels». Resteraient les prêts bilatéraux (52 milliards d’euros) et les prêts octroyés à travers le FESF, soit 141,8 milliards d’euros pour la Grèce depuis 2010.

La France garantit 21,8 % des prêts octroyés à travers le FESF, soit 31 milliards d’euros, sans compter les prêts bilatéraux de 16,8 milliards d’euros. Soit une ardoise totale de 47,8 milliards d’euros pour la France, ce qui représenterait 735 euros par Français en comptant les inactifs, les enfants et les vieillards (soit 1592€ par actif dont environ 20% n’ont pas d’activité professionnelle).

Pour l’Allemagne, la facture serait de 63,6 milliards d’euros.

Et si tout le monde faisait défaut?

La structure de la dette est très différente d’un pays à l’autre. Pour un pays comme la France dont la dette est essentiellement privée et largement détenue par l’étranger, cela équivaudrait à abandonner toute velléité d’emprunter sur les marchés avant plusieurs années, avant que la confiance ne soit revenue. Donc, cela ne peut s’envisager que dans la mesure où nous avons un gouvernement qui fait de l’équilibre budgétaire sa « règle d’or ».

Une telle attitude de la part d’un pays qui doit plus de 2 000 milliards d’euros aurait aussi des répercutions considérables sur les institutions financières et sur un certain nombre de pays. Nous serions dans un jeu de dominos de dette publique qui tomberaient l’un après l’autre, créant la plus grande crise économique de l’histoire. Pour, à terme, connaître une situation assainie.

Ce scénario que d’aucun présentait il y a encore peu de temps comme « catastrophe » est actuellement sérieusement intégré dans les modèles de prospective des grands établissements financiers. « Etre Charlie » ne résout aucun problème de fond.
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