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Guy Wagner

Guy Wagner

Je suis chief economist à la Banque de Luxembourg.

Dans mon blog, je commente les derniers développements sur les marchés financiers ainsi que mes évaluations sur leur future évolution.
Ces pages s’adressent aux investisseurs dans des fonds et actions avec un certain intérêt pour les marchés boursiers.


Mon parcours

Licencié en Sciences Economiques de l'Université Libre de Bruxelles, je rejoins la Banque de Luxembourg en 1986, où je fus successivement responsable des départements analyse financière et Asset Management. Depuis 2005, je suis administrateur-directeur de BLI - Banque de Luxembourg Investments.

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L'or aurait-il définitivement perdu son éclat ?

Audience de l'article : 2762 lectures
La baisse du cours de l'or s'est accélérée au cours du deuxième trimestre, le prix du métal jaune perdant près de 25 % en $. A cet égard, il faut noter que le marché de l'or est de plus en plus divisé entre papier et physique. Tous les indicateurs montrent que la demande pour l'or physique reste soutenue, les banques centrales des pays émergents poursuivant notamment leurs achats. La dégringolade du cours de l'or s'explique dès lors par le recul de la demande pour l'or papier. Ce recul est lié aux sorties de capitaux massives enregistrées par les fonds indiciels adossés à des stocks d'or. Pour faire face à ces sorties, ces fonds ont dû procéder à des ventes massives d'or.

Les sorties de capitaux des fonds indiciels semblent pour l'essentiel être motivées par le sentiment de nombreux investisseurs que l'économie mondiale est sur la voie d'un assainissement durable et que les programmes d'assouplissement monétaire quantitatif touchent à leur fin. Si tel était effectivement le cas, l'or perdrait son caractère de valeur refuge, d'autant plus que les craintes d'un envol imminent de l'inflation n'ont jamais été fondées. Une normalisation des taux d'intérêt augmenterait en outre le coût d'opportunité d'uninvestissement en or, le métal jaune ne rapportant pas d'intérêts.

L'or comme assurance contre une perte de confiance dans l'argent-papier

Je continue à penser que l'économie mondiale reste très fragile et que les banques centrales vont poursuivre leurs politiques monétaires irresponsables. Si tel est le cas, il existera un risque réel que ces politiques vont progressivement détruire la confiance dans l'argent papier ou du moins dans les monnaies des principaux pays industrialisés. L'or a sa place dans un portefeuille en tant qu'assurance contre un tel risque. La raison pour acheter de l'or n'est donc pas la crainte de l'inflation dans le sens traditionnel du terme : la sous-utilisation des capacités de production, le niveau d'endettement élevé et le risque d'une 'trappe à liquidité' sont au contraire des tendances déflationnistes.

Dans un excellent article intitulé 'How gold lost its luster, how the all-weather fund got wet, and other just-so stories', Ben Hunt de Epsilon Theory (www.epsilontheory.com) écrivait récemment ceci : "In some periods of history gold is money. In other periods of history gold is not. But gold is always something, and that something is defined by the Common Knowledge of the day. To be an efficient gold investor in any period, I believe it is crucial to identify and measure the relevant Narrative that is driving the Common Knowledge regarding gold". D'après lui, et je partage cette idée, "buying gold today is a statement that you believe that global economic events may spiral out of the control of Central Bankers".

Quant à la question de savoir si le moment est déjà venu pour (r)acheter, autant jeter une pièce en l'air. Ceux qui préconisent d'attendre citeront l'adage boursier 'never catch a falling knife', ceux qui achètent dès maintenant parleront du niveau actuellement élevé des ventes à découvert. Certains investisseurs chercheront conseil dans l'analyse technique et observeront de près les seuils de résistance ou de support.L'évolution à court terme dépendra pour beaucoup des fonds indiciels mentionnés supra étant donné leur importance dans la balance offre/demande. D'acheteurs ils peuvent rapidement devenir vendeurs et vice-versa. C'est ainsi qu'au premier trimestre 2012, ils avaient acheté 53,2 tonnes d'or; au premier trimestre 2013, ils ont par contre vendu 176,9 tonnes.

Entreprises aurifères : une rentabilité remise en question

La chute du cours de l'or pose par ailleurs de graves problèmes aux entreprises aurifères. Pour beaucoup d'entre elles, les coûts de production ont fortement augmenté au cours des dernières années avec la hausse des coûts énergétiques et salariaux notamment. Il n'est dès lors pas étonnant que les actions des sociétés aurifères ont énormément souffert. L'indice des mines d'or a ainsi reculé de 65 % en $ depuis septembre 2011, sous-performant sensiblement le cours de l'or, le métal jaune n'ayant perdu 'que' 33 % sur cette période.
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Certaines entreprises ont déjà réagi à la baisse du cours du métal jaune en réduisant leur budget d'exploration et leurs dépenses d'investissement. Cette tendance devrait s'accélérer si le cours de l'or tombait en-dessous des 1.200 $/once pour une période prolongée. En  diminuant la production future, ceci aurait pour effet de soutenir le cours de l'or à plus long terme mais en attendant, les minières risqueraient de passer un mauvais moment.

Un environnement darwinien

La chute des cours des entreprises aurifères crée cependant également des opportunités. Certaines entreprises semblent en effet mieux positionnées pour résister à un prix de l'or moins élevé. Ces entreprises se caractérisent généralement par des coûts de production plus bas et un bilan très solide. Elles auront la possibilité de continuer à augmenter leur production ou à profiter des problèmes rencontrés par les petits ou moyens producteurs pour acquérir des actifs de qualité dans des régions à faible risque géopolitique. Dans cet environnement darwinien, les forts deviendraient ainsi plus forts.

Les entreprises de redevances aurifères (royalty companies) sont à cet égard également attrayantes. Celles-ci sont des entreprises qui financent des projets miniers en échange de la perception d'un pourcentage des recettes futures. Elles sont généralement bien capitalisées et disposent des capitaux nécessaires pour acquérir des redevances de producteurs de petite et moyenne taille qui peinent aujourd'hui à se financer.  

Guy Wagner
Source: http://www.guywagnerblog.com/fre/entry/p-la-chute-du-cours

Lire sur le même thème - " L'or : correction temporaire ou fin d'un cycle haussier ?"
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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Stifler vendredi, 09 août 2013 09:22 Posté par stifler

    Excellent billet. Dommage qu'il ait été écrit aussi tard. Il aurait dû être écrit quelques jours après le crash sur l'or...