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Chroniques d'un entrepreneur expatrié : le monde de demain.

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Nombre de commentaires : 2 réactions
J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps et aussi un peu stressé... L'activité repart un peu plus tous les jours. Cela va de mieux en mieux mais je ne pense pas que nous rattraperons de sitôt l'activité perdue avec la crise sanitaire. Au final, j'aurai baissé ma capacité de production de 25-30%, tout en ayant une baisse de CA aux alentours de 10-15%, ce qui devrait faire remonter notre productivité de manière assez forte. Cela dit, les plans d'économie sont plus que jamais d'actualité, chez pratiquement tous mes clients. En l'état actuel des choses, seul le bâtiment a une visibilité jusqu'en fin d'année environ.

J'ai beaucoup lu ces dernières semaines. On nous bassine beaucoup (trop ?) avec le fameux « monde d'après ». Plus j'y réfléchis, et plus je me dis que cette crise ne va qu'accélérer des tendances qui étaient déjà à l'œuvre. En clair, pour moi, le monde d'après sera le même que celui d'avant mais en pire...

Dans mon secteur, ces tendances sont déjà connues :
  • Baisse des rejets de CO2 et de la pollution engendrée par l'industrie du transport (à tort ou à raison, c'est un autre débat). Pour le moment, les solutions se font rares pour notre activité en poids lourds, le problème est essentiellement lié au fait que les solutions alternatives ne sont pas développées de manière uniforme en Europe. Chaque pays fait un peu ce qu'il veut dans son coin. Difficile de choisir une énergie alternative si on n'est pas certain de pouvoir faire le plein dans un autre pays d'Europe...
  • Problèmes de recrutement d'ici 3 à 5 ans, bien plus importants que ce que nous avons connu ces dernières années, lié au vieillissement de la population. Avec la crise qui arrive, les grandes entreprises vont tout faire pour ne pas procéder à des licenciements secs, ne serait-ce que pour être certaines de ne pas faire la une des journaux, mais aussi (et surtout) pour ne pas avoir à se frotter à la règlementation et à l'administration françaises ! Il sera beaucoup plus simple de mettre les salariés qui sont quelques années de la retraite en pré-retraite. On oublie très souvent la démographie dans les équations économiques.
  • Le corollaire du point précédent, c'est le paternalisme, comprendre la manière gérer une entreprise (ce qu'on appellerait aujourd'hui la RSE). En clair, les salariés cherchent la sécurité, la reconnaissance et plus encore de bonnes conditions de travail et bien sûr de salaires ! Les jeunes ne sont plus prêts à accepter les conditions de travail des baby-boomers (ils veulent de l'éthique, de bonnes conditions de travail, un équilibre vie pro/vie perso) et je pense qu'ils ont raison ! C'est mon job d'entrepreneur d'implémenter cela dans ma gestion d'entreprise.
  • La gestion d'entreprises. Face aux incertitudes économiques et règlementaires, une PME devra encore plus travailler sur sa rentabilité. Les moins bons seront éliminés du paysage, c'est aussi simple que cela.
  • En parlant de règlementation, l'Europe va changer celle du transport routier. Les avantages concurrentiels que j'avais déjà vont s'en retrouver encore plus exacerbés. Les Pays de l'Est vont perdre une grande partie de leur compétitivité. Ce qui veut dire que le centre de gravité de mes activités transport reviendra vers l'Europe de l'Ouest du fait de la baisse de concurrence. Les Pays de l'Est verront, eux, une augmentation de la concurrence dans leurs économies, du fait des barrières imposées par l'Europe. A mon sens, la seule porte de sortie pour une entreprise roumaine est d'avoir une taille critique et se recentrer sur son marché intérieur, soit se professionnaliser et nouer des partenariats avec l'Ouest, Allemagne en tête. En raisonnant à plus long terme (au moins 5 ans), je devrai OBLIGATOIREMENT me poser la question de la pertinence de ma présence en Roumanie. Un retour vers l'Autriche serait peut-être intelligent tout en me rapprochant de mes clients.


En parlant de monde d'après, ci-dessous un lien vers un billet que j'ai beaucoup aimé, et qui m'a bien fait rire.

https://unodieuxconnard.com/2020/05/26/le-monde-dapres-naura-pas-lieu

Ca m'a fait rire, mais je suis tout à fait d'accord avec l'auteur sur pas mal de points. Comment peut-on espérer que le monde change positivement alors que la première action de certains est d'aller attendre 3 heures pour un MacDo le premier jour de déconfinement ?... En voyant cela, on se dit que la meilleure chose à faire n'est pas d'espérer que les gens achèteront des produits bio locaux, mais d'ouvrir un MacDo !

Au final, j'en reviens (très) souvent à la même conclusion : penser à l'avenir collectif ne mène à rien. Même si c'est un peu triste, il faut penser à son avenir personnel d'abord, et agir pour le changer. Le reste n'est que bavardage inutile...

Jean-Noël
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2 commentaires

  • Lien vers le commentaire Jean Noel Heb mardi, 16 juin 2020 14:47 Posté par Jean Noel Heb

    Bonjour,

    Deux choses principalement: le salaire ainsi que tous les avantages de la convention collective du pays devra être appliqué pour tous les conducteurs. En clair, une entreprise roumaine, allemande ou  danoise devra payer au conducteur le salaire et toutes les primes du pays dans lequel il travaille (français si travail effectué en France, etc). Ce qui revient à dire qu'un roumain travaillant en Autriche coûtera la même chose qu'un salarié autrichien. Il y aura cependant quelques exceptions.
    De plus, toutes les règles limitant aujourd'hui la concurrence déloyale (un espagnol travaillant en permanence en France par exemple) seront durcies. Certaines de ces règles augmenteront considérablement les coûts de production dans les pays de l'Est.

  • Lien vers le commentaire Fabrice mardi, 16 juin 2020 09:37 Posté par fabulousfab

    Bonjour Jean-Noël,

    En quoi la nouvelle règlementation va rééquilibrer les choses avec les entreprises de transport à l'ouest ?