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Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

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Retraites : Répartition vers capitalisation, l'impossible transition?

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Résumé des épisodes précédents : Après avoir montré sans grande difficulté que notre actuel système de retraite par répartition à prestations définies était incapable de faire face à ses engagements (ep.2), qu'un système de retraite par points, à répartition et à cotisations définies, pouvait résoudre bien des problèmes (solvabilité, équité, liberté du choix de l'âge de fin d'activité) mais ne ferait pas de miracle en terme de montant des pensions servies si notre croissance démographique et économique restait atone (ep.3), après avoir vu qu'une retraite par capitalisation promettait des montants de pension raisonnablement plus importants, avec un niveau de risque plus élevé (ep. 4), vous vous demandez légitimement, cher lecteur (cher, car rare !), s'il serait d'une part possible, ensuite souhaitable, de passer d'un système de retraite par répartition à un système par capitalisation.

 

 

Avouons le tout de suite, cette partie est souvent mal traitée par la web-sphère libérale française. Entre des hypothèses de taux de rendement parfaitement insoutenables à long terme (nous l'avons vu lors de l'épisode précédent et en rajouterons une couche plus loin), et l'argument choc comme quoi "ils l'ont bien fait au Chili !", certains partisans de la capitalisation intégrale sombrent en général dans le Yaka-Fokon de bas étage dès lors que l'on touche au problème de la transition. "La transition est un faux problème", nous disent ils.

 

 

Ah bon. Voyons ensemble en quoi consiste ce "faux problème", avant de voir comment le Chili l'a effectivement, résolu.

 

 

Le fondement du problème

 

 

Si, du jour au lendemain, tous les cotisants au système par répartition se mettent à capitaliser, alors les retraités actuels n'auront plus de recettes pour payer leurs pensions, et les personnes entrant dans la capitalisation en milieu ou en fin de carrière ne mettront que peu d'argent de côté, ce qui ne leur permettra pas de disposer d'une retraite digne de ce nom.

 

 

Même si la capitalisation ne concerne que les nouveaux entrants, la baisse régulière des la base de cotisants pose le problème du paiement des pensions des dernières générations de retraités avant le basculement d'un régime à l'autre: il arrivera un moment où des pensions devront être versées à des personnes qui ont « cotisé pour les autres », alors que les génération suivantes ne cotiseront que pour elles mêmes.

 

 

Les adversaires de toute forme de capitalisation en déduisent qu'en cas de changement de système,  les futurs cotisants doivent payer deux fois: pour eux mêmes et pour les retraités actuels et retraitables dans un futur plus proche que le leur, ce qui pourrait amener leur taux de cotisation à des niveaux tout à fait insupportables.  Autrement dit,  la génération qui supporterait le changement de système devrait payer deux fois.

 

 

Ce à quoi les pro-capitalisation répondent : "Le Chili, le Chili, le Chili, vous dis-je". Confronté à cette difficulté, comment le Chili a-t-il réussi en s'en accommoder ?

 

 

Transition au Chili

 

 

Tout d'abord, afin d'éteindre tout de suite une polémique que ne manquerait pas de lancer un éventuel très rare lecteur de gauche (donc très très cher !), oui, la réforme des retraites au Chili a été organisée sous le régime autoritaire tout à fait détestable par bien des aspects du général Pinochet. Cela n'empêche en rien que cette réforme ait eu des effets économiques positifs, surtout à long terme, et que les gouvernements démocratiques qui ont pris la suite se soient bien gardés de la remettre en cause. Bref, une réforme intéressante ne devient pas interdite d'évocation simplement parce que le régime qui l'a promulguée était tout sauf enviable. Fin de la parenthèse.

 

 

Dès le milieu des années 70, les économistes qui travaillaient avec Pinochet se rendirent compte que le système de retraite par répartition, qui fonctionnait à peu près sur le même mode que le système que nous connaissons aujourd'hui en France, allait dans le mur, pour les mêmes raisons démographiques. Dès 1980, il fut donc décidé d'en changer pour une capitalisation. Toutefois, même le plus autoritaire des régimes savait que la retraite était un sujet sensible qui pouvait provoquer la chute du régime si la réforme proposée créait trop de mécontentement.

 

 

Il fut donc décidé que d'une part, tous les droits à retraite acquis seraient honorés, et d'autre part, que les personnes ayant déjà commencé à cotiser dans le cadre du système par répartition auraient le choix entre continuer dans ce système, ou changer et intégrer le système par capitalisation nouvellement créé. Afin que ceux qui intègrent la capitalisation en milieu de carrière ne soient pas pénalisés, l'état Chilien leur remit une créance appelée « bon de reconnaissance », un à-valoir correspondant aux droits acquis dans l'ancien régime par répartition, rémunéré par l'état à 4% net, que l'état s'engagea à payer quoiqu'il arrive. L'état dût donc provisionner un fonds pour tenir cet engagement. Celui ci fut abondé à la fois par une taxe de 10% sur les salaires, correspondant à un maintien à l'identique du coût total employeur, les nouvelles cotisations salariales nécessaires pour financer la retraite par capitalisation étant plus faibles que celles prélevées dans le cadre de la répartition. Comme cela n'aurait pas suffi, l'état Chilien s'est lancé dans un grand programme de privatisations, dont les produits ont alimenté la caisse de garantie, et dans un vaste programme d'économies budgétaires, dont une partie des produits ont également abondé ladite caisse.

 

 

En quelque sorte, au lieu de financer uniquement sur les cotisations sociales le double paiement des retraites par répartition et par capitalisation, l'état a provisionné la transition sur son budget général, en mobilisant toutes les ressources qu'il pouvait trouver, de façon à ne pas augmenter le coût apparent du travail. Bref, il a fallu que l'ensemble des contribuables paie deux fois les pensions pendant la transition, ce qui n'a été possible que grâce à un plan d'économies drastique de l'état permettant de le faire sans augmenter les taxes.

 

 

Visiblement, le calcul était payant, puisque plus de  9 chiliens sur 10 ont, à ce jour, abandonné le régime par répartition ancien et opté pour une capitalisation dans un des fonds de pension en concurrence, juste encadrés par des lois minimisant les risques de fraude, de vol de l'épargne des salariés, etc... Ajoutons que les effets bénéfiques sur l'économie Chilienne  sont aujourd'hui reconnus, même si ceux ci ne se sont réellement matérialisés qu'après le départ du pouvoir de l'Auguste dictateur, qui provoqua une véritable libération des énergies créatrices... Simplement, la réforme des retraites, 10 ans plus tôt, avait permis de constituer l'épargne qui allait permettre de faire fructifier ces énergies.

 

 

A ce stade, nombreux sont ceux qui disent: « yapuka » faire pareil en France.  Hélas, si tout était aussi simple, ça se saurait.

 

 

Un casse tête à 172 Milliards... par an, au minimum.

 

 

Lorsque le Chili a entamé sa transition, l'âge de la retraite légal était de 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes, mais le nombre de femmes pensionnées était nettement plus faible que celui des hommes. Quant à l' espérance de vie au Chili en 1980, pour un homme de 65 ans, elle n'était que de quelques années. Bref, le fardeau de la transition n'était que de quelques points de PIB.

 

 

Ajoutons, et je clos sur cette question, que la nature autoritaire du régime et la liquidation des syndicats à laquelle il s'était livré a sans doute évité que la discussion sur les modalités de transition ne soit trop vive. La réalité fut elle aussi idyllique que celle que nous enseigne le bon docteur Jose Pineira, artisan principal de la réforme chilienne ? Si la réforme est aujourd'hui unanimement perçue comme positive, n'a-t-elle recelé aucun effet pervers dont la seule mise en avant, dans le débat politique français tel que nous le connaissons, perclus de conservatismes aigus, rendrait l'acceptabilité politique d'une telle réforme douteuse ?

 

 

Car la France de 2008 n'est pas le Chili de 1980. L'âge moyen de la liquidation des pensions est chez nous de 58,5 ans. L'espérance de vie à cet âge est supérieure à 22 ans. De fait, les retraites versées chaque année atteignaient 172 milliards d'Euros en 2006, et il est à craindre que ces chiffres soient plus élevés, et de beaucoup, dans les années à venir, puisque, vous l'aurez remarqué, 1946+60 = 2006, et donc les liquidations des pensions des générations nombreuses du  baby boom des années 1946-60 commencent tout juste à inonder les comptes des caisses de retraite...

 

 

Un double paiement des pensions actuellement dues aux retraités ayant liquidé leurs pensions, et à ceux optant pour une capitalisation, avec création d'un bon de reconnaissance équivalent à celui mis en place au Chili, sans augmentation des taxes, nécessite que l'état soit en mesure de trouver 10,5% du PIB d'économies sur l'ensemble des dépenses dont il a la charge, soit, si on enlève les collectivités et les opérations liées à la dette, entre le quart et le tiers des dépenses totales de l'ensemble état+sécu.

 

 

Ajoutons que le gouvernement chilien a pu privatiser de nombreuses entreprises nationalisées entre autres sous le régime d'Allende. La France a déjà privatisé une grande partie de ce qu'elle avait nationalisé en 1981 et avant, et n'a pas profité de ces ventes pour abonder des provisions permettant de faire face au problème des retraites. Le Fond de réserve des retraites, créé au tournant du millénaire par Lionel Jospin, ne compte à ce jour que 56 milliards d'Euros d'actifs, soit un quadrimestre de versements à peine. Et vu les déficits que l'état enfile comme les perles depuis 35 ans, il y a peu de chances pour que ce fonds, dont la création partait pourtant d'une très bonne intention, puisse atteindre une taille critique digne d'intérêt.

 

 

Vous pouvez retourner le problème dans tous les sens, le problème est insoluble, sauf révélation improbable d'un nouveau génie financier capable à la fois de transformer le plomb en or, et de se faire élire en France. Si la France avait voulu s'offrir une transition complète, elle aurait dû le faire bien plus tôt. Aujourd'hui, c'est injouable, sauf à ce que quelqu'un démontre le contraire avec des projections chiffrées réalistes.

 

 

Problème de l'état zéro du système

 

 

Au reste, le problème de la transition est le même que celui auquel de nombreux autres pays eurent à faire face au moment de la création de leurs régimes de retraites: la capitalisation n'aurait permis de servir des pensions honnêtes qu'au bout de deux ou trois dizaines d'années, pas de quoi intéresser le politicien moyen, qui remet en jeu ses mandats tous les trois à 7 ans, selon les pays. La répartition fut adoptée  au sortir d'une guerre qui avait, dans de nombreux pays, détruit de nombreuses familles, lesquelles constituaient jusque là la principale assurance vieillesse. La répartition a permis une « gratification » quasi immédiate des personnes âgées. Vous savez désormais pourquoi à peu près tous les états ont un régime de base par répartition, y compris les USA.

 

 

Lorsque Ronald Reagan arriva au pouvoir en 1981, il eut à faire face aux mêmes difficultés que celles que nous connaissions déjà alors. Il voulut pousser une retraite par capitalisation intégrale, mais recula devant l'énormité des problèmes soulevés... et le congrès à majorité démocrate. Mais il fit voter une loi programmant des augmentations régulières de l'âge minimal de liquidation des pensions à partir de l'an 2000. Mieux que rien, mais même Reagan n'a pas pu transformer le système américain, pourtant en nettement moins mauvaise forme que le notre aujourd'hui. Alors nos politiciens à nous, pensez donc...

 

 

Bref, parce que nous héritons des dettes laissées par des systèmes majoritairement créés pour permettre une résolution imparfaite mais immédiate de problèmes posés aux politiciens d'il y a 60 ans, et qui se poseraient avec la même acuité à ceux d'aujourd'hui, nous devons nous accommoder d'une solution peut être frustrante car elle, mais qui nous lie les mains. Ajoutons que vu le poids électoral acquis par les publics les plus âgés, toute évolution du système qui sacrifierait par trop les intérêts des retraités actuels et d'un futur proche serait tout à fait invendable électoralement.

 

 

Cela ne veut pas dire qu'aucune capitalisation n'est possible. Simplement, les conditions économiques actuelles rendent une transition intégrale de la répartition vers la capitalisation impossible. En revanche, des transitions partielles sont envisageables.

 

 

Problème de la liquidité des actifs

 

 

Jacques Bichot, économiste proche d'Alain Madelin, auteur de plusieurs essais sur le sujet, conçoit la capitalisation comme un complément d'un système de base par répartion. En revanche, il estime qu'une capitalisation intégrale est impossible, car si tous les salariés devaient accumuler assez de capital pour financer leur retraite, la somme des capitaux accumulés représenterait... Plus que les actifs du pays considéré.

 

 

Vous me répondrez que rien ne nous oblige à nous limiter aux actifs français, vive la mondialisation. Certes, mais imaginons que dans un avenir moyen, tous les pays du monde soient dotés d'une retraite par capitalisation. Nous aurons beau nous servir les uns chez les autres, il faudra bien que  chaque pays ait assez d'actifs capables d'entrer dans la composition des plans d'épargne retraite, si l'on veut pouvoir abonder ces plans. 

 

 

Le raisonnement de J. Bichot (qu'il n'étaye absolument pas par des chiffres dans son dernier ouvrage, dommage) me paraît à la fois exact et faux. Oui, je sais, j'entre dans la quatrième dimension, mais si vous n'avez pas décroché (quel héroïsme), attendez la suite.

 

 

Nous avons vu dans l'épisode 4 que le patrimoine moyen accumulé par les salariés pour se faire verser une retraite par capitalisation correcte était compris entre 350 et 450k€, en Euros d'aujourd'hui. Par conséquent, entre les capitaux en cours d'accumulation par la population active (environ 35 millions, selon mes hypothèses démographiques) et celui en cours de consommation par les retraités, le capital retraite, dans une quarantaine d'années, représenterait environ 8.000 milliards d'euros actuels.

 

 

Aujourd'hui, le patrimoine total des français est estimé à 9 000 milliards d'Euros par l'INSEE (fourchette basse). 40 ans plus tard, avec une hypothèse de croissance moyenne basse (2% nette), celui ci serait de 20.000 milliards. Avec une croissance moyenne de 3%, il serait de 30.000 milliards. Le montant de l'épargne retraite nécessaire pour financer la capitalisation  serait donc compris entre 25 et 40% du patrimoine total, ce qui est beaucoup, mais pas inenvisageable à première vue. A première vue seulement, car cela poserait deux problèmes.

 

 

(1) Là où le raisonnement de Jacques Bichot prend tout son sens, c'est que les 9 000 milliards actuels ne sont pas, loin s'en faut, constitués d'actifs dits « liquides », c'est à dire facile à écouler par petites quantités. En fait, les 2/3 de ce patrimoine sont constitués d'actifs non financiers, donc peu liquides: immobilier et terrains nus en sont les principales composantes. 

 

 

Par conséquent, une capitalisation intégrale suppose une « liquéfaction » importante des actifs patrimoniaux français. Pas gagné, j'y reviendrai.

 

 

(2) D'autre part, si une telle masse d'épargne va chercher des investissements en quantité globale limitée, il est probable que le prix moyen des actifs par rapport à leur capacité de rapport augmente dans d'importantes proportions, et donc l'épargne retraite subira une loi des rendements décroissants ramenant nos hypothèses de de l'épisode 4 vers leur fourchette basse...

 

 

 

Seule une hyper-croissance durable (3,5% et plus sur 40 ans...) permettrait de ramener le capital liquide nécessaire au financement d'une retraite par capitalisation intégrale à un niveau intellectuellement concevable (#20% du patrimoine total) qui n'obérerait pas les rendements servis aux pensionnés. Là, ce n'est plus de Ronald Reagan ou Margareth Thatcher  dont nous avons besoin, mais d'un croisement de Mart Laar et de Harry Houdini. Nous n'en prenons pas le chemin, mais j'espère vraiment me tromper !

 

 

Du liquide, du liquide...

 

 

La bonne nouvelle, c'est que nombreux sont les français qui capitalisent déjà sans le savoir. Vous possédez une maison ? Vous formez du capital. Vous êtes commerçant, vous revendrez votre pas de porte une fois l'heure de la retraite venue ? Vous formez du capital. Idem pour un cabinet médical, etc...

 

 

Simplement, ce capital existe sous une forme souvent difficile à transformer en rente viagère. Les ventes immobilières en viager sont marginales, et qui irait acheter un viager occupé de nos jours ? Les  contrats de rétro-hypothèque de votre bien immobilier (vendre votre maison en viager à un assureur plutôt qu'à un particulier) commencent à peine à voir le jour, et ne semblent pas être de francs succès.

 

 

Tous les obstacles, et notamment fiscaux, à la transformation de capitaux de nature diverses en actifs mobilisables auprès d'assureurs vie par le biais de pactes viagers, devraient être levés. Gageons que les assureurs, face à une demande croissante pour ce type de produit, sauraient y répondre, sous réserve que l'état ne leur attache pas les mains dans le dos, avec sa légendaire capacité à pondre des réglementations totalement contre-productives.

 

 

Le retraité aurait donc le choix entre manger son capital et jouir d'un niveau de vie meilleur, et le maintenir en entier et le léguer à ses enfants --- On ne peut pas espérer le beurre et l'argent du beurre.  On peut supposer qu'avec l'accroissement de l'âge moyen des héritiers, nombre de personnes âgées choisiraient au moins en partie la première solution, à condition là encore que la fiscalité sur les rentes viagères versées soit raisonnable, voire nulle.

 

 

Pour améliorer la retraite des vieux de demain (en clair, des gens comme moi...), l'état doit arrêter de surtaxer la formation de capital (taxation élevée des revenus marginaux, impôts sur le capital, etc...), et le marché doit répondre à la demande de transformation du capital, fut il « en dur », en liquidités de type viager.

 

 

Fonds de pension: la base des retraites complémentaires

 

 

Dans un système à cotisation définies par répartition et par points,  tel qu'il a été adopté, par exemple, en Suède, le taux de cotisations définies tourne autour de 15% du « salaire complet », autrement dit le « coût total employeur » qui apparaît sur les feuilles de paie des salariés, pour ceux qui arrivent à s'y retrouver. Ce taux est celui qui permet aux cotisants des régimes généraux d'aujourd'hui de retrouver des montants de pension proches de ceux qu'ils peuvent espérer aujourd'hui, éventuellement avec quelques années de retard.

 

 

La loi pourrait avec bonheur prévoir une cotisation « obligatoire » --- je sais, libéralement parlant, ça ne fait pas sérieux, mais l'idéalisme paie rarement --- égale à environ 15% du salaire complet, aux caisses de versement d'une retraite par points, 


et prévoir pour le contribuable la possibilité de déduire de 5 à 10% supplémentaires de son assiette imposable, qu'il pourrait à loisir placer sur des fonds de pension complémentaires, ou toute autre forme de capital « liquéfiable » le moment venu, en totale franchise d'impôt.


 


Toute la question serait de savoir si, à terme, le taux de 15% obligatoire ne pourrait pas être progressivement réduit pour laisser la place à plus de capitalisation. Je me suis livré à quelques simulations de « coin de table ». Il est possible, à condition d'accepter que les retraites servies augmentent avec l'inflation plutôt qu'avec les salaires, de réduire graduellement la part de la répartition au bénéfice de la capitalisation dans un tel système, mais le processus est très lent, et rien ne dit que les retraités « proches » , dont le niveau de vie dépendrait de la répartition, accepteraient de faire une telle fleur à leurs enfants. Vu leur poids électoral...


Conclusion: que faire ?


L'état devrait cesser de vouloir réformer le système actuel et ses 200 régimes particuliers, dont le moindre changement de paramètre nécessite plus de 100 modifications législatives, lesquelles provoquent des psychodrames syndicaux, et obligent le gouvernement à faire des concessions dont le coût à terme peut se révéler supérieur aux économies initialement projetées.


Une réforme « big bang » de nos retraites est plus que nécessaire. Toutefois, pour toutes les raisons que j'ai tenté d'évoquer, un « grand soir de la capitalisation » apparaît impossible à mettre en oeuvre, quel que soit l'attrait légitime qu'il exerce notamment sur les plus jeunes. Il paraît donc plus raisonnable de passer par une phase de transformation rapide d'une retraite à prestations définies à une retraite par répartition corrigée de ses défauts actuels, c'est à dire par points, à cotisation définies, et modulée par calcul actuariel, permettant un choix relativement libre de l'âge du départ pour le salarié, des possibilités de liquidation partielle pour convenance personnelles, etc... Ce qui aurait pour effet de lever l'hypothèque qui pèse sur l'absence de provisions du système actuel. Cette première phase s'accompagnerait de la mise en oeuvre de fonds de pension individuels destinés aux retraites complémentaires.


Puis il conviendrait, une fois les comptes des régimes par répartition assainis, et sous réserve que l'état se gère mieux qu'actuellement, de réfléchir à une transition progressive vers plus de capitalisation et une diminution croissante de la part de la répartition, sachant que cette étape nécessitera encore plus de pédagogie que la première pour passer le cap d'une échance électorale ou d'un référendum.


Pour ce faire, de véritables scénarios d'évolution de la retraite doivent être présentés aux français, par un ou plusieurs comités d'experts


mandatés par l'assemblée, pouvant livrer leurs conclusions HORS DE TOUTE PRESSION du pouvoir politique, sans langue de bois, sans dictature du politiquement correct. Les français doivent pouvoir entrendre, de la bouche d'experts plus reconnus que quelques modestes bloggueurs, disposant de moyens de modélisation de l'avenir plus aboutis, plus libres de s'exprimer que ne l'est le conseil d'orientations de retraites aujourd'hui, que nos retraites actuelles vont dans le mur, et que les solutions qui existent obligent à de déchirantes conversions culturelles: la retraite à 60 ans à taux de remplacement élevé, il faut l'oublier. Les prestations garanties 40 ans à l'avance, il faut oublier aussi.


 


Peut être certains de ces scénarios déboucheront ils sur des solutions innovantes plus réjouissantes que le tableau quelque peu pessimiste que j'ai brossé durant ces 5 épisodes parfois un peu roboratifs, je vous l'accorde, et qui s'achèvent ici. Merci à ceux qui ont eu le courage d'aller au bout, de commenter... Et n'hésitez pas à poursuivre le débat.


En tout cas, notre représentation nationale devra très vite se saisir du dossier en se libérant des schémas de pensée étriqués imposés par le système actuel et ceux qui sont incapables de s'en détacher intellectuellement (40 ans ou 41 ans de cotisations... Mais qu'est-ce que ça peut faire ?), sous peine de devoir, un peu plus tard, gérer la faillite du système.


Vincent BENARD

 

 

 

 

 

 

 

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