Vous n'êtes pas membre (devenir membre) ou pas connecté (se connecter)
Guy Wagner

Guy Wagner

Je suis chief economist à la Banque de Luxembourg.

Dans mon blog, je commente les derniers développements sur les marchés financiers ainsi que mes évaluations sur leur future évolution.
Ces pages s’adressent aux investisseurs dans des fonds et actions avec un certain intérêt pour les marchés boursiers.


Mon parcours

Licencié en Sciences Economiques de l'Université Libre de Bruxelles, je rejoins la Banque de Luxembourg en 1986, où je fus successivement responsable des départements analyse financière et Asset Management. Depuis 2005, je suis administrateur-directeur de BLI - Banque de Luxembourg Investments.

La surprise suisse

Audience de l'article : 1848 lectures
Nombre de commentaires : 0 réactions
Quelques réflexions à la suite de la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d'abandonner le taux plancher EUR/CHF :

1. La décision de la BNS ne témoigne certainement pas d'une grande confiance dans les perspectives de l'euro. L'abandon du taux plancher de 1 euro pour 1,20 franc suisse signifie par ailleurs la disparition d'un acheteur 'naturel' d'euros (même si la BNS devrait périodiquement intervenir dans le marché pour éviter une appréciation trop forte/rapide de sa monnaie). Ceci devrait renforcer la tendance haussière du dollar par rapport à l'euro.

2. Il sera à cet égard intéressant de voir ce que la Banque centrale européenne annoncera cette semaine. Tout laisse à croire qu'elle va progressivement s'engager sur la voie d'un assouplissement monétaire quantitatif. Si tel est le cas, l'euro deviendra une monnaie faible qui ressemblera plus à celles des pays du Sud qu'au mark. Une après l'autre, les monnaies des principaux pays industrialisés sont en train de perdre leur valeur. Ceci sera favorable à l'or.

3. L'appréciation du franc suisse peut être considérée comme un resserrement monétaire et renforce les tendances déflationnistes. Nonobstant la bonne tenue des marchés boursiers hors Suisse, la décision de la BNS n'est dès lors pas une bonne nouvelle pour les actifs à risque, d'autant plus qu'elle augmente la possibilité d'un accident dans un système financier où l'effet de levier est très important et où les cours de beaucoup d'actifs sont arbitrairement déterminés par les actions des banques centrales (tel que l'était le cours de change entre l'euro et le franc).

4. Les avis alarmistes qui déferlent actuellement sur l'impact de la hausse du CHF sur l'économie et les entreprises suisses doivent être relativisés. Tout d'abord, la Suisse est habituée à vivre avec une monnaie forte. Depuis 1970, son cours par rapport au dollar est passé de 0,2 à 1 (avant la hausse de la semaine dernière). Cela n'a pas empêché le pays de prospérer sur le plan économique et de connaître un des niveaux de vie les plus élevés dans le monde. En encourageant les gains de productivité, une monnaie forte crée de la prospérité, contrairement à une monnaie faible qui n'est qu'une solution de facilité. Plus récemment, l'appréciation de 30 % du franc entre mai 2010 et juillet 2011 avant la mise en place taux plancher n'a pas durablement entamé la compétitivité de la Suisse ainsi qu'en témoigne l'énorme surplus de sa balance courante. 

Evolution du franc suisse par rapport aux monnaies de ses principaux partenaires commerciaux



5. En ce qui concerne les grandes entreprises, l'impact à court terme est généralement négatif étant donné qu'elles réalisent la très grande majorité de leurs résultats en dehors de la Suisse. Là aussi, il faut cependant noter qu'elles sont habituées à travailler avec une monnaie forte. L'impact de la forte hausse du franc en 2010/2011 sur leurs résultats a finalement été limité et dès la mise en place du taux plancher, la croissance de ces résultats a largement dépassé celle de la plupart de leurs homologues européens. Il est à cet égard également utile de rappeler que les actions constituent un investissement à long terme et que le cours de bourse d'une entreprise est censé refléter une actualisation des bénéfices que cette société sera à même de réaliser sur un grand nombre d'années à venir (et non pas uniquement durant l'année en cours ou l'année d'après).  

6. Ce qui précède ne signifie toutefois pas que la baisse des valeurs suisses constitue déjà une opportunité d'achat majeure. Le marché suisse avait beaucoup monté depuis 2011 et était devenu relativement cher. Malgré sa chute des derniers jours, il reste le marché le plus fort depuis le début de l'année dans toutes les monnaies hormis le franc suisse. Il faudra pour le moins attendre que ce dernier se soit stabilisé.


GUY WAGNER
Poster un commentaire