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Bourse et peur liée au stress post traumatique

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Le cerveau de l’investisseur est un champ de mine dont les cratères sont les empreintes de ses peurs

Pour un swing trader, la surprise et l’incompréhension de voir son capital partir lentement en fumée sur une série de positions malchanceuses, est une épreuve qui s’apparente à une rage de dents … c’est horrible, indicible, et tant qu’on ne l’a pas vécu, il est bien difficile de comprendre, bien plus ardu encore de se mettre dans une situation d’empathie.

Les pertes continues, encaissées par certains investisseurs durant des périodes baissières qui s’éternisent sur plusieurs années, ont eut des effets ravageurs sur leur personnalité, comme la perte de confiance ou la dépression par exemple.

La peur est le compagnon qui étreint tous les days traders dès lors qu’ils entrent sur le marché, et ce, jusqu’à ce qu’ils coupent leurs positions en catastrophe.

Le simple fait de vous raconter ce qui précède vient d’affoler au centre de votre  cerveau une zone nommée : amygdale, le centre de la peur.

A votre insu, et c’est le cas pour la plupart des individus, mais peut être l’avez-vous ressenti, votre tension a augmentée, la conductivité électrique de votre peau s’est accrue, les muscles de votre nuque se sont tendus, votre pouls s’est accéléré, des souvenirs rejaillissent, vos pupilles se sont dilatées, vos jambes se sont agités, vos glandes endocrines fusent d’hormones …

Indépendamment du style de trading, du profil de l’investisseur, de la nature des risques, ou des montants en jeux, investir c’est être confronté rapidement aux émotions les plus destructrices dont la nature nous ait pourvue.

Ces émotions sont d’une violence inouïe.

Confrontés à l’horreur, nos fluides internes  creusent de profonds sillons dans nos encéphales, et ils épuisent nos organes internes.

« Exposez-vous à vos peurs les plus profondes ; après cela la peur ne pourra plus vous atteindre » dixit Jim Morrison le mythique chanteur des Doors.

Cela ne lui a pas réussit : on sait ce qu’il advint de lui !

Et, c’est tout aussi vrai pour l’ensemble de la communauté financière.

Vivre les émotions de la finance pendant des années, c’est à l’instar d’Icare,  exposer des ailes d’angelot faites de cire et de duvet de poussin à la fission thermonucléaire du soleil.

Nous risquons l’atomisation !

Pour tout un chacun, le problème n’est pas de savoir si cela arrivera, mais plutôt quand ! Je vais vous en expliquer les raisons biologiques.

Plusieurs décennies d’expériences comportementales, réalisées sur des animaux il est vrai, ont conduit au constat que la peur modifie l’architecture cérébrale.

Mais, une équipe de chercheurs de l’Université Rockefeller vient d’étendre ce résultat à l’homme.

Elle a montré que le stress chronique agit de manière destructive, comme de l’acide qui rongerait une plaque de métal, et cela,  dans deux zones critiques du cerveau.

Les zones impactées sont : le cortex préfrontal médian, et l’amygdale cérébrale.

 Ces différentes zones sont engagées respectivement : dans la mémoire de travail et les fonction exécutives pour la première ; et enfin dans la perception de la peur et des émotions intenses pour la seconde.

Ces recherches prouvent que le stress chronique réduit d’environ 20% la longueur des  bras, nommées dendrites, qui s’étendent d’un neurone vers un autre au sein du cortex préfrontal.

 Cela possède un impact direct sur la capacité à déplacer son attention de manière fluide d’un sujet à un autre, et surtout, sur la capacité d’apprentissage.

Ainsi, on comprend mieux pourquoi les day traders sont incapables de se concentrer valablement sur un second sujet en parallèle de leur travail.

Rappelons que les individus qui font du day trading regardent les cours plusieurs dizaines de fois par heure, quand ils ne se sentent pas contraints de fixer leurs graphes continûment.

Les neurones de l’amygdale, quant à eux, ne se contractent pas sous l’influence de la peur, mais au contraire prolifèrent … ce qui est plus grave encore !

En effet, ce développement entraîne une hypervigileance et un sentiment incessant d’angoisse.

Les conséquences métaboliques en sont : de l’hypertension, des maladies cardio-vasculaires, des embolies cérébrales, des états d’hébétude, de l’anxiété chronique, puis de la déprime.

Essayez de vous souvenir des photos, et des images télévisées du désormais célèbre Jérôme K. de la banque Société Générale. Que vous suggèrent, comme interprétations de son état mental, les postures, et le faciès de ce trader ?

A cela, se superpose la suspicion d’un grave dysfonctionnement d’une autre zone nommée le cortex cingulaire antérieur. C’est là une affaire à suivre compte tenu de l’avancement des travaux.

 Mais, il semble bien que cette masse de neurones en forme de banane au cœur du cerveau voit son activité réduite sous le joug du stress de l’amygdale.

Cet aspect est particulièrement inquiétant car c’est à cet endroit que s’opèrent les choix contradictoires.

Par exemple : mon amoureux m’aime-t-il ou mon amoureux ne m’aime-t-il pas ? Les cours chutent … je coupe, ou je ne coupe pas ?

 L’apprentissage du trader et de l’investisseur semble ne jamais en finir.

Même après 20 années passées dans la sphère financière, on continue quasi-quotidiennement à être surpris par certaines réactions et évolutions du marché.

Notamment, les chutes de cours laissent de mauvais souvenirs récurrents et traumatisant au sein de nos encéphales.

On mesure bien les coups de griffes à notre matière grise, par la survenue de conduites d’évitement, ainsi que par un niveau d’activation psychophysiologique élevé, entraînant des perturbations de l’humeur et du sommeil.

L’investisseur professionnel, entrain de liquider lentement à perte ses actions, connaît bien ces jours où l’on est à bout de nerf , accompagné de ces nuits ou l’on dort si mal et si peu.

Le trader débutant, quant à lui, sait la difficulté à revenir à court terme en position sur une valeur qui a laissée de profondes cicatrices lors d’une revente à perte.

Jane Wagner, est une scénariste Américaine relativement connue aux Etats-Unis. Elle  a laissé bien peu de traces dans la mémoire de ses contemporains du vieux continent Européen.

Mais, elle a couchée sur le papier une réflexion particulièrement bien adaptée aux expériences d’investissement : « La réalité est la cause principale du stress  pour ceux qui la vivent ».

C’est en effet le différentiel entre « ce que nous croyons » et « ce qui est » qui meurtri si profondément nos corps et nos âmes.

Pour ne pas souffrir, pour ne pas avoir peur, pour ne pas être blessé, il suffit donc d’accepter avec humilité le sens des mouvements des actifs financiers, et cela, le plus rapidement possible. Sinon, l’autodestruction est au bout du chemin !

Pas facile de couper ses pertes quand les opérateurs sur le marché sont en pleine panique … et que les cours finissent au trente sixième sous sol sous les coups de butoirs des vendeurs … car le danger vient des autres 

William  Shakespeare le savait déjà à son époque.

Ne disait-il pas une vérité de toujours concernant les hommes et leurs agissements : « C'est de ta peur que j'ai peur ».

 

Christophe Gautheron

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