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Michel Delobel

Michel Delobel

Gestionnaire de portefeuille sous mandat via une société de gestion agréée, trader pour compte propre et formateur au trading et à l'investissement en bourse, je suis aussi fondateur du site Fenêtre sur Cours et de la société ACGest, via laquelle j'accompagne également mes clients dans la constitution et le développement de leur patrimoine, la préparation de leur retraite ou encore l'optimisation de leur fiscalité.

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Dividendes, ou comment opposer actionnaires et « travailleurs »…

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Le mois de mai approche à grands pas, et avec lui la saison des dividendes. Vous savez, ces milliards qui sont déversés par nos entreprises pour enrichir les riches et méchants actionnaires sur le dos des bons et loyaux travailleurs… C’est en tout cas comme cela que la chose est souvent présentée dans la presse.

Avant d’entrer dans le vif du sujet et vous expliquer pourquoi tout ceci n’est que foutaise, j’aimerais faire un parallèle avec ce qui se passe aujourd’hui avec la loi El Khomri, au travers de laquelle on cherche à nouveau à opposer les méchants patrons capitalistes et les gentils travailleurs. Des patrons qui pourraient profiter de cette loi pour exploiter encore un peu plus les travailleurs, en les faisant travailler plus et en les payant moins. C’est en tout cas tel que c’est présenté par beaucoup.

Mais sur tous ceux qui manifestent contre cette loi, combien en connaissent vraiment les spécificités et les enjeux ? J’ai un peu parcouru le web et discuté autour de moi, et il est effarant de voir le nombre de fausses idées ou d’idées reçues qui circulent. Je ne prétends pas tout connaître de cette loi, ni être en mesure d’en appréhender les effets à court, moyen et long terme, mais j’aimerais ne donner qu’un seul exemple, pour illustrer mon propos.

J’ai pris il y a quelques jours de cela un auto-stoppeur (car j’ai beau être pour certains un « capitaliste », du fait de mon métier de gérant privé et conseiller patrimonial, je n’en suis pas moins humain et prêt à aider J ), et nous avons naturellement engagé la conversation, et nous en sommes arrivés à parler de la loi El Khomri. Il faut expliquer que cet auto-stoppeur était sans emploi, sur le point d’arrêter ses études pour tenter de vivre de la guitare. « Vous vous rendez compte », me dit-il, « avec la loi sur le travail, ils pourront obliger les gens à travailler 60 heures par semaine ! ».

Je ne lui ai pas dit combien d’heures par semaine je travaillais (et combien d’heures par semaine travaillent la plupart des entrepreneurs, patrons, et autres personnes à leur compte), car il aurait eu une syncope, mais cela est malheureusement très révélateur de la situation d’aujourd’hui. On veut un job, bien payé, sans trop d’heures, sans risque de se faire virer, et pas trop fatiguant.

Certes, cette loi est loin d’être parfaite, et il y aurait encore beaucoup à faire, notamment au niveau des ETI, pour lesquelles embaucher est vraiment un risque, et au niveau des charges qui grèvent la rentabilité ou compromettent même l’existence de très nombreux emplois.

Mais pour en revenir sur cette loi et sur mon exemple, outre le fait que le fait de pouvoir travailler 60 heures n’est pas nouveau, et existe déjà (sur autorisation de l’inspection du travail), il faut bien comprendre que ce n’est qu’une possibilité, et que cela restera exceptionnel. Et puis il ne faut pas se tromper d’objectif : l’objectif de cette loi n’est pas de presser les travailleurs et enrichir les patrons, mais bien de donner plus de souplesse et flexibilité aux entreprises, qui peuvent avoir besoin d’augmenter le temps de travail à certains moment et de le diminuer à d’autres. Il faut arrêter d’opposer les patrons et les salariés, comme si les premiers ne cherchaient qu’à entuber les seconds. Et n’oublions pas quand même que c’est un gouvernement de gauche qui nous propose cette loi.

Pour les patrons que je connais, licencier un salarié a toujours été parmi les choses les plus difficiles et pénibles qu’ils ont eu à faire, et je connais de nombreux cas où les patrons ont aidé leurs salariés bien au-delà de ce qu’ils étaient tenus de faire. Lors mon oncle, patron d’une PME familiale, est décédé il y a quelques années, de nombreux salariés de l’entreprise qu’il dirigeait avant de prendre sa retraite sont venus lui rendre hommage et expliquer tout ce qu’il avait pu faire pour eux. Et ce n’est clairement pas une exception.

Cela me fait marrer (enfin, façon de parler) de voir le nombre d’étudiants et chômeurs qui manifestent contre cette loi, dont l’objectif premier est pourtant de les aider à trouver du travail. Alors certes, il faudra peut-être qu’ils acceptent un peu plus de flexibilité, et de s’investir un peu plus que n’ont pu le faire les générations dorées précédentes. Sans doute ces chômeurs et étudiants préfèrent-ils rester tranquillement chez eux, au chaud, et indemnisés, plutôt qu’aller travailler 35, 40, 50 ou 60 heures ? Mais il ne faudra pas qu’ils viennent se plaindre lorsque l’état « providence » ne sera même plus en mesure de leur payer leurs indemnités, et que le chômage sera encore plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui, du fait d’entreprises dont l’écart de compétitivité se sera encore creusé avec le monde extérieur.

Bien sûr, dans un monde idéal, tout le monde aurait un CDI, avec un bon salaire (et encore, quand je dis tout le monde, c’est sans compter sur les patrons sans qui ces CDI ne pourraient exister), et des semaines de 4 jours…

Si je peux comprendre que l’on cherche à lutter contre un nivellement par le bas (c’est tout à fait naturel de chercher à préserver des acquis et notre qualité de vie), il faut je pense arrêter de rêver et de ne raisonner qu’à court terme. Car avec de tels raisonnements, on risque de passer par bien pire dans quelques années. Cela me fait penser au cas de Peugeot, qui voulait licencier il y a quelques années pour affronter des difficultés économiques. Les syndicats s’y sont opposés. Résultat, quelques années plus tard, au bord du gouffre, et rachetés par les Chinois, le groupe a été contraint de licencier bien plus qu’ils ne l’auraient fait quelques années plus tôt !

Outre un esprit très « fonctionnaire » d’une majorité de français (dans le côté caricatural du terme, loin de moi l’idée de vouloir taper sur tous les fonctionnaires), à des années lumières de l’entreprenariat (et pourtant, il y a 100 ans, il n’y avait en France que très peu de salariés et fonctionnaires), ce type de réactions dénote tout simplement d’une méconnaissance profonde du fonctionnement de l’économie aujourd’hui. Pour en revenir au sujet principal de cet article, après une digression bien plus importante que prévu au départ, les réactions suscitées chaque année par ces fameux dividendes qui enrichissent les actionnaires sur le dos des travailleurs ont en tout cas le don de m’énerver (comme si d’ailleurs les actionnaires n’étaient pas, pour la plupart, des travailleurs eux aussi – c’est en tout cas le cas de tous mes clients), et sont très révélatrices des idées reçues couramment véhiculées par les médias et la pensée commune.

Car celui qui a déjà détenu des actions et s’y est un minimum intéressé sait très bien que l’argent qu’il touche par les dividendes, il le perd en capital. Il n’y a donc aucun enrichissement lié aux dividendes. Pourquoi ? Tout simplement car lorsqu’une action détache un dividende (appelé aussi coupon), le cours de l’action s’ajuste d’autant à la baisse. Ainsi, une action qui vaudrait 100 euros au moment du détachement d’un dividende de 3 euros, passera automatiquement à 97 euros (toutes choses égales par ailleurs, hors variations du marché).

Pourquoi cela ? Pour deux raisons. La première en raisonnant par l’absurde : si ce n’était pas le cas, il suffirait d’acheter l’action en question à 100 euros au moment de la clôture, puis de la revendre à l’ouverture le lendemain matin juste après le détachement du dividende. Une fois les frais de courtage déduit, il resterait alors en bénéfice le montant du dividende en question ! Trop facile, à tel point qu’on ne trouverait personne pour vendre du coup à ceux qui voudraient acheter juste avant le dividende. Et on ne trouverait inversement personne pour acheter le lendemain matin.

La deuxième raison tient tout simplement à ce qu’est un versement du dividende. Cela correspond tout simplement à un versement de cash de l’entreprise à ses actionnaire. Ce cash, qui n’est plus dans les caisses de l’entreprise, mais dans les poches de l’investisseur (d’où l’idée commune d’un enrichissement de l’actionnaire), fait tout simplement baisser la valeur intrinsèque de l’entreprise en question. Il n’est donc pas illogique que l’action baisse d’un montant équivalent.

Bien sûr, si l’entreprise continue de générer des bénéfices au travers de son activité, le cours finira par remonter. Mais il existe bien des exemples de sociétés qui, malgré le versement de dividendes chaque année (EDF ou Engie par exemple), sont bien loin d’avoir enrichi leurs actionnaire, avec des cours de bourse qui n’ont cessé de baisser ces dernières années.

D’ailleurs, il est amusant de voir la réaction de ces personnes qui critiquent les actionnaires qui touchent leurs dividendes, lorsqu’on leur propose de devenir à leur tour actionnaire. « Ah non, la bourse c’est trop risqué ». Faudrait savoir… Encore d’ailleurs une idée reçue sur laquelle on pourrait revenir. Car si à court terme, il existe effectivement un risque indéniable, sur le long terme, et selon comment on s’y prend et comment on gère son portefeuille, c’est une toute autre histoire.

Et si un actionnaire prend des risques au moins à court terme, il permet aussi et surtout à une entreprise de se financer, d’investir, d’exister. Un actionnaire permet à des salariés d’avoir un travail. Je suis d’ailleurs totalement favorable au fait que les salariés soient aussi actionnaires de leur entreprise. Peut-être opposerait-on alors moins les uns et les autres.

En fait, il y a juste une chose contre laquelle je souhaiterais m’élever, et qui devrait rejoindre le point de vue de ceux qui s’oppose aux actionnaires : c’est le dictact du court terme par opposition avec une vision de plus long terme. Certains actionnaires demandent en effet des résultats immédiats, toujours plus de croissance, toujours plus de bénéfices à court terme, le plus souvent au détriment de l’investissement et de l’emploi. Mais c’est un autre débat.  

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