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Chroniques d'un entrepreneur expatrié: la crise...

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La crise du coronavirus m'amène à réévaluer ma stratégie.

Avant propos: L'objet de cet article n'est pas de savoir à qui profite le crime ou si cette crise a été organisée ou non. Premièrement, je n'ai pas l'information à ma disposition, et deuxièmement, cela n'apporte rien à la réflexion sur MA situation, qui est la seule que je puisse influencer.

La crise du coronavirus, je ne l'ai pas vu venir... Comme beaucoup. Je connais de plus en plus de gens concernés par le virus. Certains sont malades, d'autres à l'hopital, d'autres en suspicion. Là non plus, n'étant pas médecin, il n'y a pas grand chose à faire pour moi, si ce n'est respecter les règles de confinement.
En revanche, ce que je peux faire, c'est mettre à profit le temps qui m'est donné pour réfléchir et anticiper l'avenir dans le domaine qui me concerne, à savoir le domaine économique.

Ma situation est simple, j'ai 90 à 95% de mon activité arrêtée pour la simple et bonne raison qu'une grande partie était liée soit à l'automobile soit au bâtiment. Deux secteurs qui prendront de grosses claques, comme le tourisme, la restauration ou le transport aérien.

Je ne suis pas inquiet pour MA situation économique, puisque ma société est saine avec de grosses réserves. Nous nous apprétons d'ailleurs à doubler notre trésorerie via des crédits de trésorerie proposés par nos banques. Nous tiendrons facilement six mois à un an, même en ne faisant que 10% de l'activité habituelle.
La véritable question pour moi est plutôt d'anticiper la reprise de l'activité, qui ne va pas être drôle du tout à mon avis...

Le but de cette remise en question est de réévaluer TOUTE ma stratégie, Y COMPRIS ma stratégie de vie et pas seulement celle de mon entreprise, le tout en s'efforcant de voir des FAITS déformés le moins possible par MA vision et mon affect. J'ai vu trop de gens avoir des difficultés dans la vie parce qu'ils ne pouvaient, ou pire ne VOULAIENT pas, voir la réalité des choses.
D'abord, je vais essayer de rassembler les différentes informations que j'ai en ma possession et qui sont vérifiables. D'abord la big picture:
  • De ce que j'ai pu lire, on estime la future récession dans une fourchette de 5 à 15%. Ce qui fait tout de même entre 3 et 5 fois celle de 2008. Je peux vous dire par expérience que celle de 2008 avait déjà été difficile à surmonter...
  • Sur les dix dernières années, deux secteurs économiques ont tiré les volumes de transport en Europe: l'automobile et le bâtiment. Ces deux secteurs sont liés à l'investissement. je vois mal les français et européens acheter des voitures et investir dans l'immobilier s'ils ont subi des pertes de revenus importantes.
  • Il est pour moi évident que l'on assistera en Europe à une relocalisation de certaines industries pour réduire la dépendance à l'Asie. Cependant, on oublie que l'Europe est un immense marché, où certains pays (comme la Roumanie par exemple) sont bien plus accueillants que la France pour y implanter une usine. A mon avis, la France ne récupérera qu'une petite part de ces retours d'industries.
  • Je suis bien d'accord avec certaines analyses: l'Union Européenne a montré son impuissance à gérer la crise. Ce n'est pas étonnant, puisqu'elle n'avait pas été prévue pour cela. Je suis de plus en plus convaincu, n'en déplaise à certains, que cette crise engendrera, non pas l'explosion de l'Union Européenne mais au contraire son renforcement. Encore une fois, je ne juge pas si cela est bien ou non. Cette crise donnera une raison irréfutable aux dirigeants pour renforcer encore le rôle de l'Europe (et abandonner encore un plus de souveraineté, mais c'est un autre débat).
  • A mon sens, si l'Allemagne n'a pas (encore?) de problèmes avec son sytème hospitalier et qu'elle peut beaucoup plus soutenir son économie que la France, c'est parce qu'elle n'a que peu de dettes et pas de déficit public. En clair, la boutique est beaucoup mieux gérée qu'en france, en Espagne ou en Italie. Ce n'est pas nouveau...
  • Suite du point précédent, les pays européens sont les premiers clients de l'Allemagne. Il va donc de soi que les Allemands ne POURRONT pas laisser tomber les autres pays. Nous arriverons probablement à des eurobonds ou une solution dans le style. Par contre, je connais assez bien les Allemands pour faire du business avec eux depuis 15 ans maintenant: ils n'accepteront JAMAIS de signer un chèque en blanc et imposeront le même traitement que ce qu'ils ont fait subir à la Grèce.D'ailleurs, je comprends un peu leur point de vue, voudriez-vous être solidaire des dettes de votre voisin qui va tout les week-ends au casino et qui jette l'argent par les fenêtres, pendant que vous trimez pour rembourser les conneries?? La réponse est évidemment non, sauf si vous êtes le propriétaire du casino...
  • Je rappelle que quand il s'agit de gros sous: ON SE FOUT DES CONSEQUENCES POUR LE PEUPLE. Tout ce que le peuple peut faire, c'est essayer de comprendre ce qu'il va se passer et AGIR en conséquence.
  • J'ai du mal à imaginer que les peuples se rebelleront, pour la simple et bonne raison qu'ils ont du CONFORT, en particulier en Europe de l'Ouest. Quand on a du confort, il n'est pas difficile de renoncer à ses principes... Le jour où le confort disparait, c'est une autre histoire.
La crise à mon niveau:
  • La crise sera bien plus douloureuse en Roumanie qu'en France. J'ai déjà entendu parler des premiers licenciements cette semaine, et pas seulement dans l'industrie. Les secteurs qui recrutaient et payaient très bien comme l'IT sont touchés aussi, alors que la main d'oeuvre formée était très compliquée à trouver.
  • La Roumanie n'a pas les mêmes amortisseurs sociaux que la France par exemple, et encore moins les moyens d'emprunter. Logiquement, on assistera à une baisse générale des salaires et donc du niveau de vie, ce qui amène plusieurs conséquences:
  • Les pays comme la Roumanie vont bénéficier en premier des relocalisations d'usine puisque les coûts de productions sont déjà faibles. Ils le seront encore plus après la crise.
  • L'immobilier prendra un coup sévère. Il faut rappeler que la croissance des pays l'est est liée à deux choses: les délocalisations depuis l'ouest de l'Europe et la spéculation immobilière qui a tiré les prix vers le haut.
  • Très logiquement, la fuite des cerveaux en Roumanie va encore s'accentuer. La destruction de capital sera encore plus importante qu'en France.
  • Dans le même temps, l'Europe va continuer durcir les règlementations du travail. C'est déjà en cours dans le transport avec la règlementation qui doit entrer en vigueur d'ici deux à trois ans. Mais le mouvement va se durcir, puisque toutes les entreprises de l'Ouest viendront dire que les Roumains et Polonais leur font de la concurrence déloyale. Ce qui n'est pas faux, mais c'est encore une fois un autre débat.
  • N'oublions pas que les pays ouest-européens (en particulier l'Allemagne et l'Italie) ont un grave problème démographique, qui emmène inexorablement les systèmes de retraites européens vers la faillite et qu'il y aura, en plus, les dettes de cette crise à payer. Il serait donc intelligent d'amener des populations des Pays de l'Est à payer les systèmes sociaux de l'Ouest. Et pour cela, la SEULE solution est de tuer la concurrence entre les pays européens via des règlementations contraignantes.
  • Dans le transport routier européen de marchandise, le secteur est très atomisé et est constitué majoritairement de très petites entreprises. Les dix plus grandes entreprises en Europe ne représentent même pas 10% du marché! Ces petites entreprises vont d'abord subir la vague de la crise avec une guerre des prix qui sera incroyablement forte et, dans un deuxième temps, un durcissement des règlementations qui tuera leurs parts de marchés en Europe.
Conclusion:

Mon placement est idéal et devient encore plus important qu'avant la crise. Cette crise devrait encore accentuer les différences entre les pays. J'ai de nombreux avantages:

  • Mon expérience européenne, je maitrise les règlementations dans trois pays européens en plus de la règlementation européenne. Je parle 4 langues.
  • Je suis dans un pays où la récession et logiquement la reprise seront plus fortes mais aussi plus courtes qu'en France.
  • La législation et la fiscalité y sont beaucoup plus souples et légères.
  • Je bénéficie des avantages de plusieurs pays (par exemple, un coût de financement bas en France, en comparaison de la Roumanie).
  • Il y aura encore moins de concurrence à l'avenir, au niveau des entrepreneurs, que ce soit en Roumanie ou en France. Il faut juste tenir la distance.
En clair, on ne bouge pas une oreille, on reste proches des clients et ON ATTEND LES OPPORTUNITES.

Et vous que pensez-vous de cette réflexion? Je suis preneur de tout commentaires!


Jean-Noel

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