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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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« Taux négatifs au Japon ! La glissade vers l’abîme se poursuit… »

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Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Bon je vous préviens, cet article est un peu long !!! Mais le sujet est compliqué donc difficile de l’exprimer et de le comprendre en 140 caractères ! D’abord mes commentaires et mes réflexions puis une excellente dépêche des Chinois sur les vicissitudes des Japonais… A lire pour tout comprendre !!

J’entends encore les « zoptimistes » béats me hurler dessus, « mais ça ne va pas de faire peur comme ça hein »… ce titre est trop « alarmiste »…

Il n’est pas du tout alarmiste. Pourquoi ?

Parce que factuellement le Japon enfin la Banque centrale japonaise vient d’annoncer qu’elle allait imposer des taux négatifs et que je n’y suis pour rien et mon titre non plus.

Oui me répondrez-vous, mais le coup de « la glissade vers l’abîme se poursuit » c’est pour faire « peur », c’est pour effrayer…

D’abord je n’ai pas peur. Ensuite, n’ayez pas peur, ça ne sert à rien. En revanche, je confirme qu’à force d’imprimer des billets gratuits à partir de rien et qu’en mettant des taux d’intérêt négatifs on est à peu près sur du résultat que nous obtiendrons : un immense feu de joie monétaire avec VOTRE argent.

Mon objectif est de vous permettre de penser…

Penser… un mot simple. Mais qu’il est dur de penser aujourd’hui, et qu’il est encore plus difficile d’aider les autres à penser.

Pour penser il faut raisonner.

Pour raisonner il faut poser des constats et tirer des conclusions, analyser. Vous pouvez ne pas être d’accord !

Alors allons-y ! Ensemble, essayons de penser un peu.

Ils ne sont pas fous ! Ils sont parfaitement rationnels !

Ils savent parfaitement ce qu’ils font.

La question à ce stade est « que font-ils » et pourquoi ?

Depuis l’effondrement boursier du Japon au tout début des années 90 c’est la déflation économique au pays du soleil levant.
Pourquoi ? Parce qu’en réalité le Japon est en déflation démographique et que le Japon (ni bien, ni mal) a décidé de maintenir l’homogénéité de sa population. Il n’y a pas de migrants au Japon. Les Japonais sont charmants avec les touristes… avec les immigrés c’est nettement moins le cas. Il n’y a donc aucun relais possible pour contrer la déflation démographique japonaise.

En fait les Japonais ont décidé de tout miser sur la robotique pour gérer leur déflation démographique et il y a de fortes chances que cela fonctionne plutôt bien.

Il est même fortement probable que Honda avec ses humanoïdes vendra bientôt plus de R2D2 du futur que de voitures !!

Mais pour le moment le Japon est en déflation démographique. Sa population vieillit, il faut financer la dépendance des plus anciens, il faut aussi payer les soins. Le Japon est endetté officiellement à plus de 250% du PIB… or qui détient les obligations d’Etat du Japon ? Essentiellement les Japonais eux-mêmes avec plus de 90% !!!

Cela veut dire que si les Japonais sont structurellement vendeurs des obligations de leur propre pays pour financer leur vieux jours… il n’y a personne en face pour les leur racheter… et pire encore, qui peut acheter les nouvelles obligations émises pour financer les nouveaux déficits ?

Vous comprenez bien j’espère que ce que je viens de décrire là et qui correspond en tout point à la réalité, est un mécanisme typique d’insolvabilité !!!

Le Japon fait donc tout ce qu’il peut non pas pour relancer la croissance (il n’y a que les benêts optimistes béats pour y croire encore par un processus d’aveuglement volontaire. C’est les mêmes qui hurlent à la lecture de mes titres), non, le Japon fait tout ce qu’il peut pour éviter l’insolvabilité !!

Que faire pour éviter l’insolvabilité ?

Etape 1 on baisse les taux pour tenter de stimuler consommation et investissement ce qui resolvabilise tous les acteurs économiques.

Comme ce n’est pas suffisant on passe à l’étape suivante.

Etape 2 on met les taux à zéro, et comme il n’y a pas assez de monde pour acheter la dette japonaise la Banque Centrale du Japon la BoJ sert d’acheteur en dernier ressort, annonce des quantitative easing qui ont pour objectif de racheter directement la dette japonaise et d’assurer la liquidité du marché obligataire japonais.

Hélas, les Japonais continuent à vieillir encore plus, il y a Fukushima et aussi une immense crise mondiale… bref, le Japon souffre. Alors ce n’est pas suffisant. On passe à l’étape suivante.

On imprime de plus en plus et on rend même les taux négatifs, en rendant les taux négatifs, on vient en réalité imposer une taxe sur l’ensemble de l’épargne. C’est une forme de vol, un vol doux mais un vol quand même, c’est l’euthanasie des rentiers, et des épargnants !!

On espère que cela va obliger les épargnants à investir, à dépenser… mais pourquoi faire ? Pour acheter le 4ème écran plat de la famille ? Le 10ème frigo ? Tout cela n’a évidemment plus aucun sens !

En Europe aussi les taux sont négatifs et aux USA ils ne vont par rester longtemps positifs !

Évidemment dès l’annonce des taux négatifs, le yen part en chute libre face au dollar… cela veut dire que les produits en dollars sont d’autant plus chers au Japon ! Ce n’est donc pas bon pour la croissance américaine.

En Europe c’est la même chose, Draghi a dit qu’il irait aussi loin qu’il le faudrait dans le grand n’importe quoi. L’Euro baissera donc par rapport au dollar et ce n’est pas bon pour la croissance américaine non plus.

A chaque fois que les autres grandes monnaies baissent, cela a le même effet sur l’économie US qu’une augmentation de taux de la FED… qui voudrait encore augmenter ses taux ? Absurdité économique.

Combien de temps cela va-t-il durer ?

Je persiste donc à dire que nous sommes dans une lente glissade vers l’abîme. Combien de temps tout cela teindra-t-il encore ? Autant de temps que la majorité des gens resteront des zoptimistes benêts béats heureux de voir leur épargne se réduire comme peau de chagrin…

Le risque c’est qu’un jour la lassitude gagne les épargnants et qu’ils souhaitent tous partir de leur placement ruineux… d’où l’idée en vogue à Davos de supprimer les espèces… Il ne vous restera plus la possibilité que « d’investir » pour ne rien gagner, ou de ne rien faire en perdant… sombre perspectives, et ça, c’est dans le meilleur des cas.

Ci-dessous l’article complet de nos amis Chinois !

En attendant mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT

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Les remèdes anti-déflation de la BoJ pourraient entraîner des dévaluations compétitives

TOKYO, 30 janvier (Xinhua) — La Banque du Japon (BoJ) a créé la surprise vendredi en annonçant qu’elle allait désormais suivre une politique “avec taux d’intérêt négatif” afin de montrer sa détermination à lutter contre la déflation. Mais ce remède ne semble guère suffisant pour traiter les maux structurels dont souffre l’économie nippone et risque de pousser d’autres pays à pratiquer des dévaluations compétitives.

Un tel schéma entraînerait en fin de compte une chute des cours au Japon et pourrait inhiber les investissements, soit l’exact opposé de l’objectif réflationiste de la banque centrale.

Le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, a expliqué vendredi lors d’une conférence de presse qu'”en nous dotant d’une option d’assouplissement en matière de taux d’intérêt, nous utiliserons ces mesures d’assouplissement de façon optimale dans trois dimensions : quantitativement, qualitativement et au niveau des taux” de dépôt.

Bien que M. Kuroda se soit montré réticent quand la Banque centrale européenne (BCE) avait annoncé un taux de dépôt négatif en 2014, il a cette fois dit espérer que cette “mesure choc”, qui entrera en vigueur en février et sera révisable, redonnera vie aux prêts bancaires et par conséquent aux dépenses.

Par cette mesure, la BoJ veut s’assurer que les banques commerciales seront davantage incitées à prêter aux entreprises, relançant ainsi les investissements et la croissance. Cela permettrait aussi de revenir sur une trajectoire d’inflation autour des 2%, même si nul ne sait quand cet objectif pourra être atteint.

Mais le danger de ce type de pari est que la banque centrale nippone n’a aucun moyen de s’assurer que les fonds sortant des banques commerciales seront bien injectés dans l’économie réelle. Si tel n’est pas le cas, les gains enregistrés sur les marchés après l’annonce surprise de la BoJ seront vite effacés et les cours repartiront à la baisse.

Ce scénario, sans même parler de la “mentalité déflationniste” affectant toujours entreprises et consommateurs ou encore d’un repli des autres devises face au yen, ce qui entraînerait une chute des cours, va pénaliser lourdement les exportations japonaises. En retour, cela entraînera un impact sur la production et pousser les entreprises à faire moins de dépenses.

De plus, cette politique tend dans une certaine mesure à montrer que les précédentes mesures d’assouplissement de la BoJ ont échoué à aider à soutenir les efforts réflationnistes des banques. Par ailleurs, la faible hausse du taux d’inflation en 2015 et le délai sans cesse repoussé pour parvenir à son objectif de 2% d’inflation prouvent que le pays est peut-être bien retourné dans sa spirale déflationniste bien connue.

La BoJ a parallèlement décidé de continuer d’accroître sa base monétaire à un rythme annuel de 80.000 milliards de yens (environ 674,48 milliards de dollars) via des acquisitions agressives d’obligations d’Etat.

Mais les analystes notent que cette politique “avec taux d’intérêt négatif” montre que la capacité de la banque centrale nippone à acquérir ces obligations a atteint ses limites car les banques commerciales vont être réticentes à déposer des fonds à la BoJ, ce qui rendra difficiles de telles acquisitions.

La décision de la BoJ a certes temporairement arrêté la hausse du yen, entraînant une dévaluation de la devise japonaise qui s’échange désormais à 121 yens contre un dollar, contre 1/118 auparavant. Mais un yen constamment dévalué risque au final de déprécier les avoirs détenus par les ménages nippons.

Par ailleurs, un autre aspect de ce taux de dépôt négatif doit être étudié, celui de la hausse du taux directeur de la Réserve fédérale américaine, tandis que la BCE laisse entendre un prochain assouplissement pour ce printemps.

Au final, la décision de la BoJ qui entraîne un recul du yen devrait pousser les autres banques centrales à dévaluer leurs devises respectives. Le résultat pourrait se traduire par un sévère coup porté à la lente reprise de l’économie mondiale.
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