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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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« Arabie Saoudite, la fin du pétrole en 2020 ?… » L’édito de Charles SANNAT

Audience de l'article : 2014 lectures
Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

On pense souvent, pour ne pas dire toujours, les choses immuables. Il en est ainsi des réserves de pétrole saoudiennes forcément éternelles et pourtant, et pourtant, les signes avant-coureurs sont tous là et la stratégie américaine est également cohérente.

La question qui se pose, vous le verrez, est : “sommes-nous à l’aube d’un basculement économique et géopolitique majeur ?” Je pense que oui car ce que nous vivons depuis le 11 septembre 2001 ce sont évidemment des guerres pour l’accès à l’énergie, à savoir le pétrole.

Néanmoins, ces derniers mois, tout a changé ou presque.

Il semblerait que la crise syrienne ne soit plus en phase paroxystique entre la Russie et l’Occident, voire même que les relations puissent entamer leur détente.

L’Iran est en cours de réintégration dans le jeu mondial alors qu’il y a encore un an, tous les observateurs se demandaient si nous n’allions pas faire la guerre à Téhéran pour l’empêcher d’avancer dans son programme nucléaire. L’Iran c’est presque le dernier pays ayant des réserves de pétrole et de gaz facilement exploitables et pour des niveaux de prix assez bas ! Rien à voir avec les coûts d’extraction des gaz de schiste. Enfin, l’Iran, c’est l’ennemi séculaire saoudien et réciproquement.

Alors que la Russie et les États-Unis se sont disputés durant des décennies le Moyen-Orient, il semblerait que ces deux superpuissances se retirent de cette zone dans une action qui semble relativement concertée et coordonnée.

Alors que l’Arabie saoudite était un élément cardinal de la stratégie d’approvisionnement en pétrole de l’Amérique, il semble que les relations de proximité qui unissaient ces deux pays se soient plus que considérablement dégradées et cela n’est pas du tout étranger aux attentats du 11 septembre qui ont endeuillé les États-Unis et transformé le monde.
Mais ce n’est pas tout : alors que Barack Obama vient à peine de quitter Ryad pour se rendre en Allemagne, l’Arabie saoudite vient de présenter un vaste plan de transformation de son économie.

En réalité, ce n’est pas une transformation de l’économie saoudienne dont il est question, ou d’une simple évolution. Il s’agit de la reconnaissance presque officielle de la fin du pétrole saoudien et donc de l’obligation d’une Arabie saoudite, lâchée définitivement par son allié historique l’Amérique, de trouver et très vite un nouveau “business model” comme on dit dans le langage commercial, un “nouveau modèle économique”. Autant dire que ce dernier ne sera pas facile du tout ni à trouver ni à mettre en place.

La fin du pétrole saoudien et le plan du prince pour éviter la faillite !

Voici ce que dit cet article fort passionnant du Figaro :

“L’Arabie saoudite, première économie du monde arabe et premier exportateur de brut, se prépare à l’après-pétrole. Le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a dévoilé lundi un vaste programme de réformes, présenté comme «une feuille de route» pour le développement du royaume durant les 15 prochaines années. Ce plan est destiné à diversifier l’économie saoudienne qui dépend à plus de 70 % du pétrole au moment où les prix du brut sont en chute libre depuis environ deux ans. Il devrait, selon le fils du roi saoudien, transformer le royaume en puissance d’échelon mondial dans le domaine des investissements et l’affranchir de sa dépendance vis-à-vis de l’or noir d’ici 2020.”

«Je pense que d’ici 2020, si le pétrole s’arrête nous pourrons survivre», a déclaré le prince Mohammed, qui détient les portefeuilles de ministre de la Défense et de chef du conseil économique du royaume lors d’une interview télévisée. «Nous en avons besoin, c’est un fait, mais je pense qu’en 2020 nous pourrons vivre sans pétrole.»

« Je pense que d’ici 2020, si le pétrole s’arrête nous pourrons survivre »

Voilà la phrase clef, la phrase importante, tout le reste n’étant que du simple verbiage. Les mesures annoncées sont en réalité insignifiantes puisque l’Arabie saoudite n’a que deux projets pour s’en “sortir”. Le premier est de privatiser en partie sa grande compagnie pétrolière, sauf que l’on peut se demander qui va être assez stupide pour acheter une compagnie qui dans moins de 5 ans n’aura plus grand-chose à extraire ?

L’autre grande idée saoudienne est de renforcer leur fonds souverain, qui prend des participations ailleurs et achètent des sociétés à ‘étranger… Super ! Quel programme… Il est peu probable que l’économie saoudienne puisse avoir une existence propre, saine et autonome en dehors du pétrole avant bien longtemps car il n’y a aucune industrie (à part pétrolière) en Arabie saoudite, ni lourde, ni légère et de services, enfin ce pays ne brille pas par sa place dans les classements de dépôts de brevets ou de R&D…

L’avenir dans la région appartient donc sans conteste à l’Iran, avec sa population jeune et nombreuse mais aussi un bouillonnement intellectuel, une culture persane millénaire et une maîtrise réelle des sciences.

Ce basculement de leadership risque de ne pas se faire uniquement dans la douceur et la félicité.

C’est le monde entier qui va changer dans les quelques années qui viennent.

N’oubliez jamais que la croissance économique mondiale repose uniquement sur l’accès à une énergie abondante et bon marché. Sans pétrole, il n’y a pas d’économie moderne, ni de développement, encore moins de croissance et le rêve d’une économie “décarbonée” n’est pas encore accessible, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas le chemin à prendre, mais le compte n’y est pas.

Pour le moment, point de salut sans pétrole. Vous imaginez le cours du pétrole sans l’Arabie saoudite ? Les 40 dollars vous sembleront bien loin !! Évidemment, nos économies sans croissance sont en incapacité de supporter un baril à 200 dollars.

Surveillez les banques centrales, mais surveillez aussi l’énergie : c’est l’une des clefs essentielles de la compréhension de la crise économique actuelle.

En attendant, mes chers amis, préparez-vous, il est déjà trop tard !

Charles SANNAT

“Insolentiae” signifie “impertinence” en latin
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Source Le Figaro ici
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