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Jean Christophe Bataille

Jean Christophe Bataille

Je suis le chroniqueur économique et financier : http://futures-trading.fr/

Mes faits d'armes : avoir conseillé d'investir largement sur le marché boursier en mars 2009 alors que le CAC 40 était à 2500 et avoir prévu le délitement actuel des monnaies.

J'anticipe une sortie de la crise actuelle par la stagflation."

promospeciale

Hausse de la pression fiscale : comment réagir ?

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http://photo.europe1.fr/finances/economie/impot-declaration-sur-le-revenu-pretexte-maxppp-930620-273493/3700508-1-fre-FR/impot-declaration-sur-le-revenu-pretexte-maxppp-930620_scalewidth_630.jpg

 

Une situation budgétaire dangereuse

Les socialistes au pouvoir ont mis en place une stratégie budgétaire qui est dans la droite ligne de leur idéologie : augmenter fortement le taux de prélèvements obligatoires et conserver un niveau de dépense publique élevé. Cela répond à un impératif de justice sociale et d'égalitarisme. Est-ce efficace ? Personnellement je ne le crois pas.

La masse salariale pléthorique du secteur public et le manque de productivité de l'appareil administratif, les dépenses incontrôlées des collectivités territoriales pour beaucoup passées à gauche ont conduit notre pays à un niveau record d'étatisme. Je suis loin d'être un ultralibéral. J'ai toujours pensé qu'un filet social efficace, raisonnable était un facteur de croissance économique et qu'un état plutôt fort pouvait être une des conditions du bonheur collectif. Le curseur de l'interventionnisme a toutefois largement dépassé son objectif en France et explique en grande partie la faible croissance économique que nous connaissons depuis 30 ans. Les interventions socialistes des années Mitterrand, Jospin-Aubry, sans vrai retour à plus de raison lors des mandats de droite aboutit à cet étonnant paradoxe : nous avons beaucoup plus de fonctionnaires que dans les années 80 alors que la productivité a considérablement augmenté dans tous les secteurs d'activité grâce à l'informatique et l'internet.

Sans vouloir asséner des chiffres trop complexes, l'état a une véritable propension à la dépense non productive avec une mention spéciale pour l'enseignement qui monopolise la moitié de nos dépenses en masse salariale.  Ce secteur, noyauté par de puissants syndicats fermés à toute évolution, affiche un niveau de productivité dans l'enseignement secondaire qui n'a fait que s'aggraver avec le temps. Les résultats obtenus par notre système scolaire ne sont bien sur pas à la hauteur de l'argent investi par le contribuable, en particulier dans les zones difficiles, véritables déserts culturels qui émaillent désormais tout le territoire :

 

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La masse salariale qui est depuis longtemps un facteur d'aggravation des comptes de la nation ne représente toutefois que 41.3 % des dépenses : 

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Les dépenses d'intervention en particulier dans le domaine social qui sont un des piliers de notre état providence ont largement contribué l'aggravation de notre endettement malgré une pression fiscale considérée comme une des plus fortes du monde. Rappelons que cet état providence est parvenu a démotiver une partie de la population à travailler, les revenus du travail étant parfois inférieurs à ceux de l'aide sociale bien comprise et constatons que la classe moyenne souffre d'une baisse de pouvoir d'achat sans aucune contrepartie.

Enfin la charge de la dette qui représente désormais 15.5% de nos dépenses exigerait que nous ne vivions plus au dessus de nos moyens, précepte manifestement ignoré par nos nouveaux dirigeants.

 

Des réponses politiques inadaptées

Ce rapide panorama montre que les socialistes au pouvoir vont démotiver et faire chuter le pouvoir d'achats des  populations les plus actives par une pression fiscale en forte augmentation à laquelle il faudra rajouter le financement d'un système social pléthorique avec une augmentation très significative de la CSG. Ils n'ont aucun projet de baisse drastique des dépenses de l'état. Le principe du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est en train de disparaitre. Cette philosophie n'aboutira qu'à un étouffement de l'économie.

Les français qui ont un patrimoine important et qu'on peut logiquement qualifier de productifs en terme d'emploi et de création de richesse pour le pays vont être lourdement sanctionnés au nom d'un égalitarisme d'un autre siècle après une communication électorale savamment orchestrée par l'ensemble de la gauche.

A un niveau de patrimoine dépassant le plafond estimé par la nomenclatura, votre fiscalité va beaucoup s'alourdir. Tout d'abord comme pour tous les français : augmentation de la CSG, nouvelle tranche d'imposition, augmentation des droits de successions etc .. Vous allez aussi avoir droit à un traitement particulier qui apportera peu en termes d’impôts pour l'état mais qui permettra aux socialistes au pouvoir de faire accepter à la classe moyenne française sa nouvelle politique de spoliation fiscale généralisée sans réduire le train de vie de l'état. Il s'agit tout simplement de dire "vous payez, mais les riches vont payer beaucoup plus !" Nouvelle doctrine, la richophobie est la potion qui permet de faire passer toutes les pilules fiscales à destination du grand public. Les barèmes de l'ISF, cette quadruple taxe qui n'existe nulle part ailleurs et qui vous est imposée si vous avez eu le malheur de créer de la richesse et de faire croitre l'économie, reviennent à leur ancien niveau. Nicolas Sarkozy qui a beaucoup manqué de courage durant son mandat pour abolir cet impôt marxisant, avait réussi toutefois à l'alléger.

Notons que quand l'ISF a été créé en 81, les taux obligataires étaient à 10 %. Un prélèvement fiscal de 1 % n'avait pas nécessairement de caractère confiscatoire. Aujourd'hui les progressions de patrimoines bien gérés dynamiquement ne dépassent pas 2.5 ou 3 % après impôt sur les revenus et les plus values. Les prélèvements de 0,75% entre 1,3 et 2,5 millions d'euros, 1% entre 2,5 et 4 millions, 1,3% entre 4 et 7,6 millions, 1,65% entre 7,6 et 16,5 millions ont vite un caractère confiscatoire. Si on tient compte d'une inflation officielle à près de 3 % l'an dernier, probablement plus officieusement, le gouvernement en rétablissant les anciens barèmes parvient à son but : faire régresser en euros constants la taille des patrimoines des plus gros financeurs de l’économie. Or il est une évidence de l'histoire que lorsque les capitaux ne sont plus rémunérés, ils fuient d'une façon ou d'une autre ...

 

Après ce préambule plutôt politique, ce qui nous intéresse sur Futures est de savoir comment réagir à cette attaque en règle contre l'investissement productif des épargnants qui possèdent un peu ou beaucoup de patrimoine.

 

Comment réagir ?

La réponse est complexe car elle dépend de la situation patrimoniale et personnelle de chacun :

Pour un patrimoine supérieur à 10 millions d'euros :

 

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1. Si vous avez un patrimoine supérieur à 10 millions d'euros et que vous ne ressentez pas /plus un attachement particulier à la France, il est préférable de délocaliser votre patrimoine. Les destinations sont nombreuses :

1. La Belgique pour les patrimoines très importants car il n'existe pas d'ISF et les plus values/revenus sont peu taxées.

2. La Suisse pour les hauts revenus car l'imposition de ceux-ci y est beaucoup plus acceptable qu'en France. Elle repose sur le régime du forfait fiscal. Le contribuable va négocier avec l’administration fiscale son assiette fiscale auquel sera appliqué le taux normal de l’impôt suisse. L’intérêt du forfait fiscal est qu’il ne tient ni compte des revenus, ni du patrimoine du contribuable. Il est basé sur son niveau de vie et ses dépenses.

3. La Lettonie qui est en train de devenir un paradis fiscal européen qui a l'avantage de n'imposer aucune condition de résidence. C'est le statut de résident fiscal par l'investissement. Il suffit d'y investir entre 150000 et 300000 euros.

Si vous parlez parfaitement une autre langue anglais, allemand, etc ... vous pouvez aller partout dans le monde, peu de pays infligent une pression fiscale aussi forte que celle de la France.

4. Singapour est une délocalisation particulière très intéressante pour les entrepreneurs grâce à un programme spécifique pour les résidents non habituels (NOR): il permet de ne pas être imposé sur la partie de ses revenus qui correspond à la période passée en dehors de Singapour au cours de l’année d’imposition. Cette période devant être de 90 jours au moins. Le taux d’imposition sur les revenus compris entre 0 et 20% et il n'y a pas d’imposition sur les plus-values et sur les dividendes. Pour vos affaires, l'impôt sur les sociétés est de 17%.

5. En dehors du monde de l'offshore, l'Angleterre, le Canada, les Etats-Unis, l'Australie ou même l'Allemagne et de nombreux pays présentent l'intérêt pour une population jeune n'ayant pas encore cotisé lourdement en France pendant de nombreuses années, de pouvoir développer leur activité ou leur entreprise dans un contexte plus dynamique et moins fiscalisé. Cette question se pose en dehors de toute idée de défiscalisation pour des gens qui n'ont pas un gros patrimoine mais qui sont tout simplement en désaccord avec le socialisme à la française.

Pour les patrimoines compris entre 1.3 et 10 millions d'euros

Pour un patrimoine compris entre 1.3 et 5 millions d'euros quitter le pays est très difficile, faute de moyens suffisants. Les frais de mise en place de ce départ sont importants.

Entre 5 et 10 millions, la décision de l'exil fiscal est une question d'âge et de projets personnels. A partir d'un certain âge, vous avez cotisé dans un système social français extrêmement coûteux mais généreux. Il est difficile de partir vers un pays ou les prélèvements sont très bas mais dans lequel vous ne bénéficierez d'aucune des prestations pour lesquelles vous avez cotisé une vie durant. Quitter un pays tard dans la vie n’est pas non plus facile. Les facultés d’adaptation sont moindres et les préoccupations deviennent plus successorales que fiscales. L’exil vers la Lettonie est à étudier de près car il n’impose pas de condition de résidence. Si vous êtres intéressé, contactez une société spécialisée dans la fiscalité internationale.

Que faire lorsqu'on reste en France ?

 

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L'optimisation fiscale n'est pas simple car le législateur prévoit tout pour que le contribuable ne puisse pas échapper à l'impôt. Il reste tout de même quelques mesures à prendre et quelques orientations à suivre.

Il faut tout d’abord prendre une mesure de rétorsion : ne plus financer la dette française. C'était une précaution salutaire, cela devient une question de principe. Je suis favorable à la vente de tous les supports en euros des contrats d'assurance vie. Ces supports truffés d'OAT iront trouver preneurs ailleurs, chez les bobos du 6e arrondissement. Les allocations d'actifs obligataires doivent être recentrées sur les dettes émergentes en monnaie locale ou la dette américaine via des fonds de placements mixtes comme Carmignac Patrimoine, Carmignac Portf Emerging Patrimoine A ou pures comme Amundi Fds Bd Global Emerging AU-C ou Pictet-Emerging Local Currency Debt. Il ne faut plus avoir que très peu d'actions françaises : quelques valeurs de rendement et un PEA de parapétrolières.

En ces temps de dévalorisation monétaire, l'or doit toujours tenir une part très importante dans l'allocation des actifs. La fiscalité ne s'est pas aggravée sur l’or physique.

L'assurance vie reste une enveloppe fiscale privilégiée pour loger les FCP malgré tous les prélèvements qui se sont greffés au fil du temps sous la droite comme sous la gauche. Le seul risque est celui des difficultés que pourraient connaitre certains assureurs. Le garde fou de Solvency 2 devrait nous prémunir de faillites. Je crois de plus qu’il sera peut etre plus facile de sortir des unités de compte que des support en euros en cas de blocage des rachats. Les restrictions contractuelles de sortie portent généralement sur les supports en euros. Et même en cas de blocage, la progression des unités de compte devraient etre bien meilleure que celle des supports en euros. Il suffit alors de laisser porter son investissement qui reste une dette de la compagnie envers son souscripteur.

La Suisse est à la mode et placer dans une banque helvétique une partie de son patrimoine sans le délocaliser est possible mais expose au contrecoup d'un franc suisse qui a beaucoup grimpé. Vous subiriez de toute façon dans ce cas la fiscalité française. Le seul intérêt pourrait être d'avoir beaucoup plus de liberté en termes de gestion monétaire en cas de crise systémique et d'instauration d'un contrôle des changes. Ce scénario n'est pas pour moi le plus probable.

Côté immobilier, fuyez l'investissement dans les appartements en revenu foncier. La fiscalité s'est aggravée avec Nicolas Sarkozy et va se dégrader encore avec la gauche. La notion d'amortissement du bien a totalement disparue des revenus fonciers et les propriétaires deviennent la vache à lait de l'état. Pour favoriser la construction, on a réservé les avantages fiscaux au neuf en ne faisant qu'enfler les prix, sans augmenter les rendements locatifs. Le Scellier est un piège que je dénonce depuis des années car un appartement neuf surévalué devient vite un appartement ancien trop cher à la vente. L'avantage fiscal est donc déjà intégré dans le prix et les emplacements de qualité sont très rares.

Seule la location en meublé jouit d'une fiscalité et de conditions de location acceptables et logiques. Les statut de LMNP et LMP sont attrayants. 

Privilégier l'immobilier d'entreprise bureau, boutiques. Leurs loyers sont indexés sur la construction et non pas sur l'indice des loyers.

Investissez dans l'immobilier étranger. De réelles opportunités existent dans les pays émergents : Asie, Amérique latine. L'Allemagne et les pays du nord pourraient avoir un attrait si l'on croit à une explosion de la zone euro. Il est préférable cependant d'avoir une connexion avec ces pays pour conduire une opération immobilière sans accroc. Si la Grèce sortait de l'euro nul doute qu'il serait possible pour les français d'y investir à des prix très intéressants dans des biens liés au tourisme.

Il y a bien sur d’autres suggestions à faire … A vos commentaires sur Futures ! 

J'espère que cette analyse et ces quelques conseils alimenteront votre réflexion dans la chaleur de l'été.

Bonnes vacances !
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