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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

Charles-Sannat

« Réalité de crise, quotidien de misère, lendemains de colère… »

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Mes chères contrariennes, mes chers contrariens !

Dans l’édition du lundi 25 novembre, je relayais un article de La Tribune qui nous en apprenait un peu plus sur la réalité de la crise économique qui touche l’Espagne, avec des salaires très largement orientés à la baisse.

En Espagne, le chômage massif fait chuter les salaires

Voilà ce que j’en disais en quelques mots. « C’est un excellent article de La Tribune que vous devez lire pour bien comprendre les risques qui pèsent sur votre situation personnelle. En Espagne, les salaires des gens baissent y compris pour ceux qui sont en poste !

Entre 2008 et 2012, la baisse des salaires est d’environ 9,5 % ! On peut donc arrondir à 10 %. Le principe qui permet cela c’est évidemment le chantage à l’emploi. Soit on vous vire et vous ne retrouverez rien, soit vous acceptez des baisses de salaires substantielles… mais votre job est préservé… au moins pendant un temps !

Les mêmes mécanismes sont à l’œuvre en France et c’est évidemment des attitudes déflationnistes pour une économie nationale. Jamais baisser les salaires n’a permis de retrouver une croissance économique.

Vous assistez simplement à un réajustement compétitif vers le bas. L’objectif c’est que nous soyons tous aussi compétitifs que les Chinois… Vous recevrez donc bientôt en guise de 13e mois… un bol de riz avec les remerciements les plus sincères de l’OMC et de tous les pro libre-échange de la planète qui vous expliquent doctement que moins il y a de frontière mieux c’est pour vous…

L’essentiel c’est que vous le pensiez. »

Aujourd’hui, c’est l’un de nos camarades contrariens qui m’a fait parvenir ce lien du plus grand quotidien espagnol El Pais qui note l’augmentation alarmante (+233 %) de coupures de courant par les opérateurs électriques pour impayés de factures.

L’électricité coupée à 1,4 million de foyers en 2012 !

Donc d’après El Pais, « environ 1,4 million de foyers ont subi une coupure pour impayé l’an dernier en Espagne. C’est plus du double d’avant la crise en 2006 où la moyenne enregistrée était de 600 000 ». Effectivement, c’est largement plus que le double… et ce n’est pas une bonne nouvelle, mais c’est aussi cela la réalité concrète de l’austérité et de la crise.

« Le secteur est réticent à fournir des chiffres totaux, de sorte que vous ne pouvez pas définir un montant exact de l’ensemble des coupures pour impayé, mais les rapports de Iberdrola et Endesa, les deux sociétés représentent 80 % de l’offre, et sont les seules données publiées, et en extrapolant ce pourcentage à six millions de foyers qui ont contracté le service de fourniture d’électricité auprès d’autres opérateurs on devrait ajouter 300 000 autres déconnexions… » Ce qui nous conduit à un total approximatif de 1,7 million de foyers subissant des coupures d’électricité pour impayé.

Au niveau d’un pays comme l’Espagne, ce chiffre est énorme. Attention, cela ne veut pas dire que 1,7 million de foyers vivent au moment où j’écris ces lignes sans courant, cela veut dire au sens statistique du terme que 1,7 million de foyers ont eu les plus grandes difficultés tout au long de l’année 2012 à régler leur facture. Or l’électricité est quasi indispensable. C’est donc en général une priorité pour toute famille que de s’acquitter de sa facture. C’est dire si les difficultés quotidiennes du peuple espagnol sont réelles.

Portugal : sous les huées de la rue, le Parlement vote la rigueur

Au Portugal, les députés (sous les huées de milliers de manifestants) viennent d’adopter un nouveau budget d’austérité pour 2014 (ce n’est évidemment pas le premier), qui est censé permettre au pays de s’en sortir pour de bon cette fois, promis, juré, parole de politiciens… Ce à quoi les Portugais ne semblent pas croire fondamentalement vu que même les policiers ont tenté de prendre d’assaut le parlement. C’est presque dommage qu’ils n’aient pas poussé un peu plus fort !

Voici quelques petits exemples des mesures décidées par les mamamouchis portugais pour le plus grand bien du peuple qui ne le sait pas encore, puisque stupide comme il est, il ne comprend rien. Heureusement, les mamamouchis du monde entier sont là pour veiller sur nous, pauvres crétins (c’est la même chose chez nous).

Ce budget prévoit donc l’équivalent de 2,3 % du PIB de réduction de la dépense publique. Appliqué à la France, il faudrait couper dans nos dépenses à hauteur d’environ 46 milliards d’euros… Je peux vous dire que les couinements seraient intenses !

Donc :

Réduction de 10 % des retraites des fonctionnaires… mais il y a une bonne nouvelle, seuls les retraités les plus riches seront touchés par cette mesure (je précise que je suis bien évidemment profondément ironique dans mes propos). En effet, les baisses s’appliqueront à partir d’un seuil de 675 euros et non de 600 euros comme prévu dans un premier temps ! Comme quoi, même dans l’austérité, les mamamouchis ont l’impression dans leur immense mansuétude de nous faire plaisir en nous lâchant quelques miettes (mais alors de plus en plus petites les miettes).

Sans oublier que largement motivés par une belle diminution de salaire, les fonctionnaires portugais ont la joie inénarrable de voir l’allongement de leur temps de travail hebdomadaire de 35 à 40 heures.

Voilà, la vie est belle au Portugal, en Espagne, en Italie. En Grèce, je n’en parle pas, puisque ce sont des Grecs et qu’ils l’avaient bien cherché (c’était ce que l’on vous disait il y a encore quelques années, maintenant tout le monde ose moins tirer sur les Grecs, vu que la rigueur s’approche à grands pas de votre porte-monnaie), quant aux Chypriotes… ils sont tous morts (économiquement s’entend) ou presque.

Près d’un salarié sur cinq travaille à temps partiel

J’adore cet article des Échos qui découvre en même temps l’eau chaude et le fil à couper le beurre. En effet, un rapport du Conseil économique, social et environnemental pointe l’essor du travail à temps partiel. Alors pour ceux qui ne le savent pas, le Conseil économique et social est un immense machin dont le siège est à Paris et qui vous coûte un max en impôts chaque année pour payer, pour le coup, une bande de gros flemmards incapables de pondre autre chose qu’un rapport sur le temps partiel (quelle surprise) sans doute fait par un stagiaire (pas payé lui, pour le coup) grâce à des copier-coller des rapports de la DARES (c’est ceux qui comptent les chômeurs et font un vrai rapport tous les mois, y compris quand il y a un bug chez SFR).

Bref, le CESE (le machin qui coûte cher), chez qui l’on peut aller bosser à condition d’être nommé par un des grands mamamouchis pour services rendus à ces mêmes mamamouchis, vient en plus de remarquer que 80 % des emplois concernés sont occupés par des femmes… Ils sont quand même très forts !

Bon, en gros, voici ce qu’il faut retenir de tout ça car en fait ce rapport ne nous apprend rien mais au moins nous donne l’occasion de parler de la précarité dans notre pays.

Si vous allez consulter les chiffres du chômage et de l’emploi à la DARES (je vous remettrai un lien vers un beau dossier sans doute à la fin de la semaine puisque les chiffres du chômage dont la courbe ne veut pas s’inverser seront publiés jeudi), vous vous rendrez compte que globalement 80 % des créations d’emplois sont sous forme de contrats précaires (CDD, intérim), et que comme ce n’est pas l’industrie qui recrute mais le tertiaire, c’est-à-dire les services, on a surtout besoin de gens sur les pics d’activité.

Exemple classique, chez MacDo, on a besoin d’équipiers de midi à 14 heures, et de 19h00 à 21h00, ce qui vous donne de très beaux temps partiels. Idem pour toutes les boutiques de France et de Navarre, on a besoin de vendeuses… le samedi et de plus en plus le dimanche, ce qui donne des situations géniales du genre je travaille le week-end et je suis en week-end toute la semaine… Avec un hic, un salaire de deux cinquième qui ne permet même pas une véritable subsistance en zone urbaine.

L’austérité s’étend à toute l’Europe et ses conséquences sont concrètes !

Sauf pour ceux qui ont perdu leur travail et qui sont déjà en fin de droit assedic, qui n’ont pas retrouvé de poste, et qui ont dépensé toutes leurs indemnités de licenciement, personne n’a vraiment encore vu l’austérité en France. Certes les zimpôts augmentent très fortement et c’est assez révoltant tant la pression fiscale est déjà excessive dans notre pays, mais pour le moment la plus grande majorité d’entre nous n’a pas vu la crise.

Bien sûr que c’est difficile, qu’il faut plus compter, et que le budget familial devient difficile à tenir, mais pour le moment nous réussissons à nous maintenir à flot, on se chauffe, on mange, on se paye encore quelques loisirs (le budget fringue a été définitivement supprimé chez nous) et évidemment… on s’éclaire encore !

Mais pour combien de temps ? Chaque mois qui passe nous voyons bien que la situation empire et même Ayrault notre gentil « remetteur à plat de fiscalité » (on sent que le truc commence déjà à s’enliser et les journalistes à se lasser de servir trop visiblement la soupe) ne croit plus du tout au mythe du retour salvateur de la croissance éternelle. Il pilote donc à vue un appareil qui est tout simplement en train de s’écraser et, croyez-moi, nous resterons tous bien vivants… jusqu’à l’impact.

Alors vraiment, il faut que chacun imagine que ce qui se passe chez les autres (je sais, les autres sont toujours nuls et nous on est toujours les plus forts, hélas, la vie nous apprend en général que l’on ne réussit pas mieux là où le voisin a échoué) va se produire exactement ou presque de la même façon chez nous et que ce n’est qu’une question de temps. Ne comptez pas sur les mamamouchis pour vous dire que l’on va mourir, ils détestent parler des mauvaises nouvelles, nous sommes dans la société des gentils Bisounours qui voient la vie en rose.

Préparez-vous donc à être plus solides, plus résilients, plus débrouillards, sécurisez votre épargne, migrez vers les actifs tangibles, et préparez-vous un point de chute où la misère peut être moins pénible. Tant que vous avez un travail profitez-en, mais lorsque vous le perdrez, alors vous devez avoir une solution de repli car la réalité de crise, c’est un quotidien de misère et des lendemains de colère.

Restez à l’écoute.

À demain… si vous le voulez-bien !!

Charles SANNAT

Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Le Contrarien Matin est un quotidien de décryptage sans concession de l’actualité économique édité par la société AuCOFFRE.com. Article écrit par Charles SANNAT, directeur des études économiques. Merci de visiter notre site. Vous pouvez vous abonner gratuitement www.lecontrarien.com.
http://www.lecontrarien.com/en-espagne-le-chomage-massif-fait-chuter-les-salaires-25-11-2013-espagne

http://sociedad.elpais.com/sociedad/2013/11/25/actualidad/1385413127_290093.html

http://www.boursorama.com/actualites/portugal-sous-les-huees-de-la-rue-le-parlement-vote-la-rigueur-dc94d9d94f7d0a38f17ed395f7f31fa1

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0203147104977-pres-d-un-salarie-sur-cinq-travaille-a-temps-partiel-632332.php
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