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Jean Christophe Bataille

Jean Christophe Bataille

Je suis le chroniqueur économique et financier : http://futures-trading.fr/

Mes faits d'armes : avoir conseillé d'investir largement sur le marché boursier en mars 2009 alors que le CAC 40 était à 2500 et avoir prévu le délitement actuel des monnaies.

J'anticipe une sortie de la crise actuelle par la stagflation."

La confiance dans la tendance est un élément essentiel de la performance en trend following

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Le dollar semble revenir en tendance et il est possible d’en profiter en multipliant les positions au fil de celle-ci. Ce trend following n’est toutefois pas facile car charger dans une tendance nécessite d’être sur qu’elle va durer.

La tendance haussière actuelle du dollar est-elle fiable? Autrement dit, peut-on augmenter rapidement les volumes investis et accepter dans les consolidations des pertes temporaires conséquentes dans le trend following, en étant, comme l’an dernier, assuré que la tendance repartira dans le sens des swings ?  Pour moi, la réponse est non, car il existe de nombreux éléments d’incertitude :

  • Les hésitations que nous venons de connaitre entre up et down sur le Forex peuvent revenir à tout moment. Si EUR USD a franchi le Kumo en D1 à la baisse, il peut encore évoluer en range. Il reste quelques supports notables, en particulier 1.0820.  Ensuite, quel est est le potentiel de chute du cross ?
  • Plus fondamentalement, la croissance américaine est là mais les statistiques sont loin d’être enthousiasmantes. Janet Yellen a reconnu récemment que la FED devait faire monter les taux courts américains cette année car ceux-ci était à zéro depuis 8 ans et qu’il fallait les augmenter pour disposer d’un volant de desserrement monétaire en cas de nouveau ralentissement économique. Cela signifie explicitement que les taux ne vont pas monter pour pallier un risque inflationniste lié à la reprise de la croissance mais qu’ils vont le faire pour une mauvaise raison. Cela augure une montée des taux très graduelle.
  • Certes, on pourrait avancer que les taux vont rester bas partout dans le monde alimentant un différentiel de taux avec les USA et que c’est haussier pour le dollar. On sait en effet qu’avec le maintien de la Grèce dans l’eurozone, l’Europe va garder une inflation très basse du fait des réformes de structures récessives qui vont continuer à être mises en œuvre dans les pays du sud. Les pays produisant des matières premières, comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande, subissent une baisse du prix de leurs ressources aggravée par l’accord avec l’Iran, et la désinflation qui l’accompagne. La baisse de l’immobilier et des actions chinoises va plutôt dans le sens d’une limitation de la croissance des prix de l’ensemble des biens et des services en Asie. Ces constats sont d’ailleurs les arguments principaux des banques, majoritairement dollars bulls. Mais les États-Unis peuvent-ils développer une inflation suffisante justifiant une vraie montée des taux ? L’Amérique n’est-elle pas contaminée par la désinflation qui règne partout dans une planète économiquement globalisée ? Le dollar n’a-t-il pas déjà beaucoup monté et suffisamment pris en compte les différentiels de taux à venir ?
Nous savons que l’opinion des banques est autoréalisatrice. Le suivisme est la règle sur les marchés. Il est d’ailleurs à l’origine de toutes les bulles. Je dis toujours qu’en investissement actif, il faut toujours suivre une idée, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Mais moins elle est fiable, plus le risque de reversal est important. Et si on accepte des pertes, ce reversal peut devenir mortel pour le compte. En l’occurrence, le jour où l’on comprendra que les USA ne peuvent pas faire d’inflation quand les autres pays n’ont pas commencé à en faire et que l’Amérique monte péniblement ses taux pour de mauvaises raisons, je suis pas certain que le dollar continue à s’apprécier contre toutes les monnaies. Cette prise de conscience peut se faire à tout moment.

Donc à la question, la tendance est elle fiable ? Je répond non.

C’est pourquoi, contrairement à ce que je faisais l’an dernier, lorsque je suis en position avec des volumes importants et que se produit un retournement de marché, je sors en stop break even, c’est à dire au point où je ne suis ni gagnant, ni perdant, même si je dois manquer les gains d’une reprise de la tendance. Le plus important en trading est de rester vivant et de ne jamais se mettre en position perdante avec de forts volumes. Tous les traders savent quelle douloureuse incertitude cela produit et les pertes colossales que cela peut occasionner. La question est ensuite de savoir s’il faut positionner des stops break even sur chaque position ou au barycentre des positions. L’expérience de cette semaine, qui tient compte d’une forte volatilité, me fera préférer un stop pour chaque position pour les jours à venir. Cela permet de conserver les positons hautes pour un retour dans la tendance.

La stratégie actuelle de Futures est donc de suivre la tendance haussière sur le dollar. Le compte comporte, à l’issue de cette semaine, 16 positions en USD contre EUR CAD AUD et NZD dont certaines sont déjà pyramidées. Mais la prudence reste de mise et il ne sera toléré aucune perte significative. Certes, cela nuit à la performance mais cela permet de protéger le capital. Les prises de bénéfices en stops wins doivent être moins systématiques que ces derniers mois car l’opinion des banques étant à l’unisson, haussière sur le dollar, et leur positionnement long beaucoup moins chargé que l’an dernier, les chances de voir certaines paires comme EUR USD évoluer sur plus de 500 pips a augmenté.

Quelles que soient les qualités d’un trader, il ne pourra gagner beaucoup d’argent que lors du développement d’une tendance prolongée reposant sur des fondamentaux suffisamment solides pour permettre de pyramider fortement en toute confiance. Ce n’est pas vraiment le cas actuellement.

Le vrai swing capable de multiplier les comptes aura probablement lieu bien avant la fin du QE de la BCE lors de la remontée de l’euro. Cette anticipation pourrait gagner les marchés plus tôt qu’on ne le pense, en particulier si l’euro poursuit sa baisse très vite et devient survendu. Il faudra alors être très réactif pour construire rapidement une position longue sur l’euro.

Bonne semaine !
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