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Michel Delobel

Michel Delobel

Gestionnaire de portefeuille sous mandat via une société de gestion agréée, trader pour compte propre et formateur au trading et à l'investissement en bourse, je suis aussi fondateur du site Fenêtre sur Cours et de la société ACGest, via laquelle j'accompagne également mes clients dans la constitution et le développement de leur patrimoine, la préparation de leur retraite ou encore l'optimisation de leur fiscalité.

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Méfiez-vous des médias

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Cela ne fait que quelques semaines que j’interviens sur Objectif Eco, et mis à part ceux qui me suivaient déjà auparavant, vous ne me connaissez pas encore très bien. Pour résumer ma position et avant d’aborder le sujet du jour, et même si c’est peut-être un peu caricatural, je suis contre tous ceux qui cherchent à vous mentir, vos spolier, à vous arnaquer, faire de l’argent sur votre dos ou encore tirer parti de votre crédulité, et je suis pour le système gagnant-gagnant, qui est à mes yeux le seul mode de fonctionnement qui me semble viable sur le long terme et permet à tout le monde d’y trouver son compte.

Ainsi, je suis globalement contre ces banques qui ne font plus leur travail, ne prennent plus aucun risque, ne savent plus vous conseiller et ne sont intéressées que par leur profit. Je suis contre ces sociétés de défiscalisation qui vous forcent la main pour vous faire investir dans un appartement au rez-de-chaussée orienté nord et situé à l’autre bout de la France (pour que vous ne puissiez surtout pas aller le voir), en vous faisant croire qu’il ne s’agit que d’un investissement purement financier destiné à payer moins d’impôts. Et je suis aussi contre ces médias trop politiquement corrects, qui véhiculent une sorte de pensée unique qui ressemble plus à du lavage de cerveau qu’à de l’information, et minent le moral de nos concitoyens pour mieux les tenir et mieux leur vendre leur soupe (partant notamment du principe qu’une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle… car elle ne fait pas vendre). Comment voulez-vous que nous allions de l’avant, que les français entreprennent et que nos entreprises investissent quand on nous rabâche à longueur de journée que tout va mal ?

Même si je suis conscient que tout est loin d’aller bien, que nombre de nos concitoyens ont du mal à trouver un emploi et à boucler les fins de mois, il me semble malgré tout que nous vivons globalement  mieux que ce n’était le cas il y a 50 ou 100 ans.  Et puis il ne faut pas oublier qu’il y en a aussi beaucoup qui s’en sortent et réussissent. Et au lieu de les ignorer ou les montrer du doigt, peut-être pourrions-nous nous en inspirer ou au moins montrer qu’il est possible d’envisager l’avenir avec un peu plus d’espoir ?

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si j’ai décidé de publier sur Objectif Eco il y a quelques semaines de cela, malgré un emploi du temps particulièrement chargé. Non pas pour vous dire que tout va bien et qu’on vit dans le meilleur des mondes, mais pour vous livrer mon point de vue en toute franchise et en toute liberté, et vous montrer que tout n’est toujours pas aussi noir que les médias veulent bien nous le faire croire, et qu’il y a des solutions pour avancer, s’en sortir, investir, etc….

J’ai en effet apprécié sur Objectif Eco le ton décalé de la plupart des interventions, la liberté d’expression et l’absence de politiquement correct. Un discours vérité auquel j’adhère sur le principe, même si bien sûr, cela n’implique pas d’être forcément d’accord avec tout ce qui y écrit. Vous ne serez d’ailleurs pas forcément d’accord avec mes points de vue, et je vous invite dans tous les cas à ne pas hésiter à laisser vos commentaires sur mes articles. Car c’est en confrontant des points de vue différents qu’on arrive à se forger une réelle opinion et à progresser.

Toujours est-il qu’après cette longue introduction, et comme je vous invite à toujours garder un regard critique sur ce que j’écris, j’aimerais vous mettre en garde contre les médias en général, et les médias généralistes en particulier, en prenant l’exemple d’un article traitant des marchés financiers retrouvé il y a quelques jours.

Bien sûr, un exemple n’est pas suffisant pour tirer quelque conclusion que ce soit. Mais vous vous doutez bien que si je me permets d’écrire une telle critique, c’est que cet article n’est pas le premier de ce style à me faire bondir et me pousser à réagir, loin s’en faut ! Depuis plus de 15 ans que je suis sur les marchés, je ne compte plus les articles du même acabit. A tel point que j’ai fortement réduit depuis déjà un moment la lecture (et l’écoute) des médias en général. Mais je digresse à nouveau. Revenons-en donc à nos moutons.

Des articles truffés de fausses idées et d’erreurs

Avec la hausse des marchés ces derniers mois, de nombreux médias généralistes se remettent à parler de bourse et d’économie. Attention danger, car les fausses idées, approximations ou même erreurs grossières sont légion ! Est-ce la traduction du faible niveau de culture économique des français (et donc des journalistes) ?  Peut-être, et cela fera sans doute d’ailleurs l’objet d’un prochain article.

Toujours est-il que cela m’énerve au plus haut point à chaque fois que je relève erreurs, contre-vérités ou idées reçues. Combien de personnes se sont faites avoir, car mal conseillées ou désinformées ? Pour ne prendre qu’un exemple, en rangeant quelques papiers la semaine dernière, j’ai retrouvé un article tiré d’un journal régional à grand tirage, que j’avais mis de côté il y a un peu plus d’un an dans l’idée d’en faire quelque chose (c’est désormais chose faite J ). Un article qui traitait des dividendes et d’une bourse qui avait tourné la page de la crise (comme si d’ailleurs, implicitement, cela voulait dire qu’il était temps de revenir en bourse).

Au passage, vous noterez que dans les mois qui ont suivi cet article, les marchés ont reperdu plus de 15% (avant de se reprendre toutefois depuis). C’est d’ailleurs très fréquent et presque symptomatique des cycles boursiers et du caractère moutonnier des médias généralistes. Quand des médias qui n’ont pas l’habitude de parler bourse et économie se mettent à aborder le sujet, soit il est temps de fuir (si les marchés sont hauts), soit d’y revenir (si les marchés sont déprimés). Dans le cas présent, difficile bien sûr d’en tirer quelque conclusion que ce soit, car rien ne dit que tous les médias à cette époque-là parlaient de revenir vers la bourse, et le rebond des marchés depuis fait qu’un investissement il y a un an n’était finalement pas forcément une si mauvaise idée.

Mais là n’est pas le sujet, et revenons-en à notre article, qui titre « record de 2008 battu », et explique qu’à 4419 pts, le CAC 40 a rattrapé son plus haut niveau de 2008... Première erreur, puisqu’il suffit d’un rapide regard sur les graphiques pour constater que début 2008, le CAC avait marqué un point haut sur 5665.94 pts, et qu’en mai 2008, le CAC était encore au-delà des 5000 pts. L’article se poursuit en expliquant que le CAC a effacé par là même ses pertes enregistrées pendant la crise. Ah bon ? Avec un plus haut en 2007 à plus de 6000 pts, ce n’est pas tout à fait ce que j’appelle effacer la crise (même si pour bien faire, il faudrait tenir compte des dividendes).

Pour celui qui poursuivra un peu sa lecture, le journaliste expliquera en fait que le CAC n’a fait qu’atteindre un nouveau sommet depuis septembre 2008. Mais pourquoi alors parler de pertes de la crise effacées et titrer « record de 2008 battu » ? Le journaliste a-t-il bâclé son travail ou a-t-il simplement été malhonnête et voulu attirer le chaland ?

L’article se poursuit par l’interview d’un professionnel reconnu des marchés financiers, et par la constatation d’une forte hausse des dividendes, signe là encore, selon notre journaliste, que la bourse a effacé la crise. Est-ce pourtant un lien de cause à effet si évident ?

Si une reprise économique se traduit en général (mais ce n’est pas systématique non plus) par une hausse des dividendes, l’inverse n’est pas forcément vrai. Une hausse des dividendes peut aussi correspondre à un manque de visibilité et de confiance, se traduisant par un manque d’investissements. Cela peut aussi être le signe d’une économie plus mature, avec de moins en moins d’entreprises de croissance et en phase d’investissement. Ce n’est donc pas forcément une bonne nouvelle… Ne vaut-il pas mieux en effet une entreprise qui utilise son cash pour investir et se développer (avec potentiellement un effet de levier sur chaque euro investi), quitte à ne rien reverser à l’actionnaire, plutôt qu’une entreprise en phase de « plateau », et qui n’a d’autre perspective et ambition que de rémunérer ses actionnaires ?

Mais notre journaliste n’est pas le seul à devoir être mis en cause. C’est cette fois notre expert qui s’y met, avec une comparaison entre l’économie allemande et l’économie française, et notre expert de conclure que le retard du CAC par rapport au DAX (le CAC était alors 50% inférieur au DAX) est imputable à l’absence d’action politique en France. Certes, il est clair qu’une partie du retard du CAC est à mettre sur le compte d’une économie française moins dynamique que son homologue allemande. Mais notre expert devrait savoir que le CAC est impacté par les dividendes, là où le DAX est lui corrigé des détachements de dividendes. Ce qui signifie en d’autres termes que chaque année, le CAC prend du retard par rapport au DAX à hauteur du niveau de rendement des marchés actions, niveau que l’on peut estimer entre 3 et 4%. En 7 ans de crise, le retard uniquement du aux dividendes peut donc être estimé à environ 25%. Ce n’est pas rien. Et si on regarde même depuis la création du CAC et du DAX fin 1987, tous deux à 1000 pts, nous sommes globalement sur les mêmes niveaux entre le DAX et le CAC 40 dividendes réinvestis, soit environ 12000 pts. Et que l’on ne me fasse pas croire que notre financier n’est pas au courant, ou alors c’est inquiétant…

Mais notre expert ne s’arrête pas là, en affirmant que les indices boursiers progresseront de 5 à 10% en 2014. Comment être aussi affirmatif sur un sujet aussi incertain ? Pour info, le CAC a finalement terminé 2014 en repli de 0.54% et l’eurostoxx50 n’a gagné que 1.20%...

Il nous apprend également que réaliser des allers-retours peut s’avérer risqué sur certaines valeurs. Ça c’est de l’information ! A moins qu’il cherche à justifier son immobilisme ? Evidemment, toute opération en bourse peut s’avérer risquée, comme réaliser des allers-retours sur « d’autres valeurs » peut s’avérer très profitable J ! Comment parler pour ne rien dire, sachant qu’au final, les oscillations du second semestre 2014 auront sans doute permis à ceux qui ont fait des allers-retours de tirer leur épingle du jeu, plutôt que de se laisser « bêtement » balloter par le marché.

Enfin, le voilà qui affirme qu’il est sans doute déjà trop tard pour revenir en bourse. Même s’il était effectivement préférable d’attendre quelques mois pour investir – ce que notre spécialiste s’est bien gardé de nous dire – qu’est-ce que cela veut dire ? Tout dépend de l’horizon d’investissement, et si on considère la bourse comme un investissement long terme, comment considérer qu’il est trop tard ? Pour moi, un investissement en bourse doit se faire dans la mesure du possible de façon régulière, en épargnant petit à petit, mois après mois. Mais c’est un autre sujet, qui fera d’ailleurs sans doute l’objet d’un article à part entière. Je note en tout cas qu’un an plus tard, le CAC se situe à plus de 5000 pts et près de 15% au-dessus des sommets atteints au printemps 2014, date de l’article en question…

Pour être totalement honnête, le journal se rattrape toutefois en partie par la suite, en donnant la parole à un économiste, qui explique qu’on n’est pas encore sortis de la crise, et qu’il y a un effet pervers qui incite les entreprises, même mal en point, à verser des dividendes plutôt que d’investir. Mais combien de lecteurs se seront arrêtés aux grands titres, et combien auront lu jusqu’au bout (et auront compris ce qu’ils ont lu et su se montrer critique ?).

D’un autre côté, je suis vache : pour une fois qu’un journal essayait de ne pas trop noircir le tableau, je lui tombe dessus… J

Sachez garder votre sens critique

Je vous invite en tout cas plus que jamais à garder votre sens critique et prendre du recul par rapport à tout ce que vous pouvez lire ou entendre dans les médias. Quand on est spécialiste d’un secteur quel qu’il soit et qu’on voit les énormités qui peuvent être écrites ou dites dessus, cela doit nous mettre en alerte par rapport à tout le reste, tous ces domaines au sujet desquels nous avons tendance (et c’est tout naturel) à nous reposer sur ce qu’en disent les médias…

N’hésitez en tout cas pas à partager avec nous d’autres exemples d’articles ou fausses idées couramment véhiculées par les médias. Je reviendrai par ailleurs dans quelques temps sur ces fameux dividendes et sur les « actionnaires qui s’enrichissent sur le dos des travailleurs », et toutes les idées reçues qui tournent autour. A bientôt.

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