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Gilles Lerat

Gilles Lerat

Ingénieur de formation, j’ai sauté dans le bain de la création d’entreprises dès ma sortie de l’école. Je me suis spécialisé dans la sécurité informatique. Après avoir revendu ma société à un groupe informatique, je me suis dirigé vers le cinéma, ce qui n’est peut-être pas la meilleure option, compte tenu de l’environnement économique actuel.

Je suis à la fois émerveillé en permanence par les prouesses technologiques actuelles et extrêmement inquiet des défis qui nous attendent sur les plans énergétiques, économiques, et surtout sur le plan démographique.

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Entreprendre dans le milieu du cinéma - Les métiers d'avenir

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Les métiers d’avenir.

Dans cette catégorie, je range toutes les entreprises qui utilisent Internet et les nouvelles technologies de la numérisation pour proposer une offre innovante sur le marché.

Cet article est donc celui que les entrepreneurs en devenir vont consulter en priorité.


La télédistribution.

Aujourd’hui, les films sont pratiquement tous dématarialisés. On les retrouve donc sous forme d’un « package » logiciel, le DCP qui est transporté soit sur un petit disque dur externe, soit numériquement par Internet. La télédistribution concerne le transport de ce film, avec toutes les précautions d’usage, s’agissant de films à sortir prochainement (chiffrement, authentification,..)

Plusieurs sociétés se partagent ce secteur : principalement Smartjog et Globecast.

Smartjog : le leader mondial du secteur (je crois) est français ! Il s’agit d’une filiale à 100% de TDF (issue de l’ORTF).

Globecast : une filiale de France Telecom. Il s’agit du deuxième acteur de poids sur ce créneau, et il est donc français également.

Cette catégorie nécessite de gros moyens pour s’imposer. Pas vraiment à la portée de bourse des petites sociétés.


Les sociétés de mesure d’audience.

Dans cette catégorie, on va retrouver Rentrak et CBO Box Office.

La mesure d’audience est un point très important : le succès en salles est le benchmark des négociations futures pour la vente aux chaînes (si la vente n’était pas déjà effectuée au préalable), et donc les sociétés de comptage sont des fournisseurs essentiels.

Sur ce créneau, la société américaine Rentrak est le leader incontesté. L’acquisition de Nielsen, leur a offert une situation presque monopolistique.

CBO Box Office est un (petit) concurrent basé en France qui interroge directement les distributeurs pour connaître les chiffres en salle.

Je me prends parfois à rêver d’une société qui arriverait à se relier en temps réel aux caisses du CNC de manière à connaître instantanément les chiffres de fréquentation du mercredi à 14h00, la fameuse tranche horaire à partir de laquelle, parait-il, on peut déduire infailliblement le succès ou l’échec du film en salles.


Le crowdfunding.

C’est une catégorie à priori très prometteuse, car elle touche à une matière première dont l’industrie du cinéma est en manque permanent : l’argent.

Plusieurs entreprises se partagent ce créneau : Peopleforcinema (racheté par Ulule.com), Touscoprod sont les deux plus connues.

On peut également citer KissKissBankBank.

Aux Etats-Unis, Kickstarters.com est le leader du segment, et a déjà permis de financer plusieurs opérations d’ampleur (dont le dernier film de Paul Schrader « The Canyons »).

Peopleforcinema était initialement tourné exclusivement vers la distribution. Devenu Ulule.com, il ajoute à son catalogue la production de courts et long métrages.

Touscoprod a eu une démarche différente en s’orientant en priorité à la production. Ils couvrent également l’ensemble du spectre.

Même si tous ces sites reposent sur l’argent des internautes, le principe de fonctionnement est différent selon chacun d’entre eux.

Ulule et KissKissBankBank définissent un objectif de levée de fonds. Si cet objectif n’est pas atteint, l’argent versé par les internautes leur est remboursé.

Chez Touscoprod, les internautes sont directement intéressés à la rémunération de l’oeuvre. Il n’y a pas de quota minimum à atteindre.

Le marché du crowdfunding à destination des internautes (en B2C) semble désormais bien installé. Peut-être y a-t-il encore de la place pour d’autres formes de financement encore plus originales et participatives. Je pense en particulier au crowdfunding à destination des entreprises (cf. plus bas).

Malheureusement, l’initiative récente de Fleur Pellerin visant à fortement encadrer ce secteur (voire à l’euthanasier comme dirait H16) n’augure rien de bon pour son développement.


Places de marché en ligne.

Je crois beaucoup aux places de marché en ligne… lorsqu’elles sont bien construites et répondent à un vrai besoin.

Cinando : Cinando est un exemple de place de marché réussi qui met en relation les ayants-droits (producteurs, sociétés de vente internationales,…) avec les distributeurs. Elle offre un espace sécurisé propice à la consultation de bandes annonces et de films.

Olffi : Olffi n’est pas vraiment une place de marché, mais plutôt un outil recensant l’ensemble des aides accessibles pour les producteurs.


Services de VoD.

Les solutions de vidéos à la demande sont déjà bien structurées. Il serait difficile aujourd’hui pour un nouvel entrant d’y faire son nid.

Videofutur : il s’agit de l’offre VoD de la société Glowria racheté par VideoFutur, propriété du groupe Netgem.

VideoFutur a récemment lançé une offre de box donnant accès à la télévision par Internet en plus d’une offre de VoD à 10 € par mois sans engagement.

Canal Play : c'est bien évidemment une solution de VoD du groupe Canal+. Elle est accessible à partir de 6,99 € sur PC/Mac et tablettes.

En France, le marché de la VoD fait de la résistance. Les géants américains du secteur (Apple, Netflix, Google,…) ne s’y sont pas encore engouffrés, tout simplement parce que la chronologie des médias (donc la législation française) ne s’y prête pas bien.

Mais le marché est trop gros pour ne pas susciter leur intérêt, … ce qui revient à dire qu’il est trop gros pour l’investisseur lambda.

Cette chronologie des médias est encore ce qui protège très artificiellement la France, et sert de repoussoir au moins partiel à des entreprises comme Netflix.

Le jour où Google proposera l’équivalent de ce qu’il vient de proposer avec Google Music, il sera temps pour les petits acteurs (s’il en reste) d’aller voir ailleurs.

Pour le moment, la tendance est aux petits équipements que l’on connecte à sa télévision (sur le port HDMI) pour diffuser des flux en provenance d’Internet captés par Wi-Fi. C’est ce qu’a lancé Apple avec son Apple TV, Google avec la Chromecast. Aux dernières nouvelles, il se murmure qu’Amazon s’apprête à lancer un dispositif équivalent.


Autres métiers annêxes.

Citons encore quelques tentatives dans des genres spécifiques :

BS2BO : Best Seller To Box Office est né du constat que l’adaptation de succès littéraires en films est une activité à priori moins risquée pour les producteurs et plus susceptible de connaitre le succès. L’un de mes amis producteurs en a fait le sésame lorsqu’on démarre dans le secteur. Pour l’instant, le succès financier de BS2BO semble encore compromis. Cela illustre surtout le fait que la France ne prend pas les mêmes risques que les Etats-Unis pour le développement d’un projet, et que l’essentiel du budget continue d’aller vers les acteurs.

Cinego : Cinego propose des solutions permettant aux distributeurs de gérer tout le système de distribution : génération des clés pour les KDM, gestion de la remontée des recettes et donc de la facturation, etc…
Le modèle de Cinego est bien adapté aux spécificités du marché français. La société est apparemment rentable, et son marché B2B est suffisamment de niche, pour qu’il ne soit pas intéressant de vouloir l’attaquer.


Idées de business.

ØFavoriser l’implantation de produits dans le milieu du cinéma.
Je l’ai dit, le cinéma est un secteur en manque chronique d’argent. La publicité dans les films n’est pas très présente car, en France, le réalisateur n’aime pas cette intrusion dans son espace créatif.
Mais si on lui explique que c’est soit la publicité, soit on ne peut pas financer le film,…je suis convaincu que tout s’arrangera très vite.

Ø Lutter encore plus efficacement contre le piratage.
La récupération de films en torrent ou en téléchargement direct est un vrai fléau pour l’industrie. Pas si important que cela quand même. Je suis persuadé que la plupart des gens qui téléchargent n’iraient pas voir le film en salles de toute façon. Mais cela reste un problème d’image et un manque à gagner.

La lutte contre le piratage passe par des attaques ciblées contre les plateformes de téléchargement, et par des « hameçons » qui présentent des faux films de qualité dégradée.

Il y a des sociétés qui travaillent sur ce créneau, mais il s’agit d’un problème international, donc qui devrait concerner avant tout le producteur. Dans les faits, c’est le distributeur qui est bien évidemment le plus impacté par ce problème. Or le distributeur est lié à un territoire : il ne peut pas se permettre de payer uniquement à son niveau, pour une action qui profiterait à tous.

Ø Utiliser le « big data » pour faire des études sur ce que vont voir les spectateurs.
Clairement, le « big data » est un serpent de mer. Personne ne sait ce que cela veut dire vraiment. Pour autant, il y a la place pour des logiciels capables d’interpréter dans la durée l’évolution des sentiments des spectateurs, l’impact des différents médias, et de modifier les efforts marketing en conséquence.

Ø Créer une place de marché des scénarios : le scénario représente en moyenne moins de 3% du budget du film en France, contre plus de 12% aux Etats-Unis. Pour autant une bonne histoire est le premier élément que réclament les spectateurs (ok, le deuxième élément après les acteurs peut-être). Il y a là une forte marge de progression, surtout que la plupart des critiques de cinéma se focalisent avant tout sur le

Ø  Développer en ligne les « sequels» et « prequels » des histoires racontées sur le cinéma : si le film est bon, les spectateurs vont avoir envie d’en connaître davantage sur les protagonistes. Voire de rejouer le film sur un autre angle. On peut imaginer un film de superhéros, et un volet à priori plus confidentiel qui raconterait la même histoire sous l’angle du vilain. On peut imaginer une enquête policière racontée du point de vue de la police, puis des truands.

Ø Créer un site de consultation de « making of » : les «making of » sont maintenant classiquement attachés en tant que bonus aux DVDs/Blu Ray du film. Il n’existe pas encore (à ma connaissance) de site Web dédié permettant de vendre des « making of » des principaux films du monde entier. Cela ne serait sans doute pas facile : les studios et les sociétés de production gardent jalousement ces images. Malgré tout, si un partage intelligent est effectué, elles seraient sans doute prêtes à les monnayer avec une société spécialisée.

Ø Lancer une solution de crowdfunding en B2B : le crowdfunding actuel à destination des consommateurs finaux (en B2C, donc) fait appel à l’émotionnel. Le crowdfunding à destination des entreprises devrait davantage présenter les avantages concrets que celles-ci peuvent en retirer : présentation du film en avant-première, rencontre avec les artistes, opérations de mécénat, …


En guise de conclusion.

Il y a certainement encore plein d’idées à creuser pour améliorer la production de films, rendre le marketing plus performant, faciliter le financement et l’internationalisation des ventes, gérer les produits dérivés,…

Une bonne partie de ces solutions verra le jour sous forme de places de marchés dédiées.


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