Vous n'êtes pas membre (devenir membre) ou pas connecté (se connecter)
Henri Dumas

Henri Dumas

Libéral convaincu,  je tire des expériences de ma vie une philosophie et des propositions.
Le tout sans prétention de vérité.
Mon blog : www.temoignagefiscal.com

 
What do you want to do ?
New mail


 
What do you want to do ?
New mail


 
What do you want to do ?
New mail


 
What do you want to do ?
New mail


 
What do you want to do ?
New mail

promospeciale

Marius, Honoré, MAZAUD

Audience de l'article : 758 lectures
Nombre de commentaires : 0 réactions
Le 2 Août j’aurai 76 ans. Que le temps passe vite. Je prends conscience que justement le temps va me manquer pour clore le débat que j’ai engagé sur l’idée de l’Etat, pour parfaire ma démonstration du fait que l’Etat n’existe pas, qu’il n’est qu’une abstraction au service exclusif de ceux qui disent le représenter.

Je vous propose, en toute simplicité, de partager avec vous la vie ordinaire d’une famille ordinaire, la mienne, et de constater les interférences entre les individualités et le groupe, y compris lorsque celui-ci se fait appeler “l’Etat” pour s’octroyer le droit d’employer la force – souvent disproportionnée – contre les hommes qu’il prétend défendre mais qu’il massacre.

L’action va concerner quatre familles, toutes originaires du plateau des mille vaches, dans le massif central. Le lien sera Marius Honoré Mazaud, né en 1900 à Saint Germain Lavolps et décédé en 1976 à Sète, donc à 76 ans.

A 18 ans, le jeune Marius — appelé Honoré son deuxième prénom — va être incorporé à l’armée française alors en fin de conflit avec nos voisins allemands. Pour des raisons que j’ignore, le jeune paysan du plateau des mille vaches va être muté dans la marine, à Rochefort sur mer. Il n’ira pas au front la guerre se terminant pendant ses classes.

Ce déplacement à Rochefort-sur-mer sera son premier voyage, jusque-là il n’a pas quitté la ferme familiale. A cette occasion il rencontrera la famille Serre, elle aussi issue du plateau des mille vaches, mais ayant fait fortune depuis une cinquantaine d’années dans la peau de lapin et la ferraille, à Rochefort-sur-mer. Il poussera un après-midi le landau de la petite Hélène Serre juste naissante, dans les allées du rugby-club dont le père de la petite est un généreux donateur. Honoré a en effet été reçu par les “pays”, comme il se doit, à l’occasion de son obligatoire séjour à Rochefort.

Libéré de ses obligations militaires, le goût du voyage ne le quittera plus, la ferme familiale ne l’attirera pas.

Suivant les traces d’un oncle initiateur, il va tenter sa chance dans la vente de vin de Bordeaux dans le nord de la France. Il y réussira brillamment, puisqu’entre les deux guerres il roule en Hotchkiss, séjourne l’été à Andernos sur le bassin d’Arcachon et y possède une pinasse. Il s’est créé un solide réseau de clients et d’amis dans le Nord de la France, son négoce s’épanouit.

Il épouse une jeune femme, prénommée Marie, évidemment elle aussi du plateau des mille vaches, ils ont trois garçons.

Quand l’Etat français déclare une nouvelle fois la guerre à nos voisins allemands, son négoce de vin dans le nord s’effondre en quelques jours, évidemment. L’Etat donc ruine instantanément Honoré Mazaud pour une guerre qui prétend mettre en jeu des Etats, donc des abstractions, mais une guerre que subiront en réalité des individus, des hommes, qui seuls en supporteront les conséquences.

C’est la première rencontre, connue de moi, entre l’Etat et ma famille, aux conséquences extrêmement dommageables.

Lorsque le 30 Septembre 1939 l’abstraction France déclare la guerre à l’abstraction Allemagne, l’entreprise de Marius Honoré Mazaud est instantanément rayée de la carte. Vingt ans de son travail sont anéantis.

Il fait comme tout le monde, il fuit. Il rentre chez lui, dans la ferme familiale qu’il a entre-temps rachetée à ses parents et à ses sœurs. Elle est sur le plateau des milles vaches, toute proche d’Ussel, en zone libre, sous administration de Vichy.

Il a trois garçons, Jean, Jacques et Robert. L’aîné a vingt ans, les deux autres se suivent rapprochés. Intellectuellement et pratiquement tous entrent en résistance.

La propriété familiale a été plantée de sapins il y a quelques dizaines d’années. Une partie de ces bois est à maturité, prête à être abattue. Désireux de trouver preneur pour ces bois, Marius Honoré Mazaud a l’idée de contacter les mines d’Alès. Il se déplace à Alès, où l’ingénieur des mines qui le reçoit lui passe commande de 4.000 m3 de bois de soutènement. Muni de cette commande il va non seulement exploiter sa propriété, mais aussi acheter aux marchands de bois du massif central pour revendre aux mines.

L’entreprise de bois MAZAUD et fils est créée, elle ira croissante jusqu’à devenir une des principales entreprises de bois du massif central.

Mais le 11 Novembre 1942, la zone libre est occupée par les allemands. Marius Mazaud est arrêté dès leur arrivée à Ussel, probablement dénoncé. Il s’évade des bureaux allemands où il est retenu, le soir même de son arrestation. Il doit fuir. Une nouvelle abstraction, un Etat envahisseur, vient bousculer les individus, Marius Mazaud est une nouvelle fois pris au piège, victime individuelle de décisions collectives irresponsables, induites par des motifs fumeux, comme toujours.

Les opportunités de fuite ne sont pas légion.

Il se trouve que la mère de Marius Mazaud a un frère qui s’appelle Pierre Dumas, elle est une Dumas. Ce frère à un fils qui s’appelle Jacques Dumas, c’est donc le cousin germain de Marius Honoré Mazaud. Ce cousin germain est Huissier à Gaillac dans le Tarn.

Éloignée de 270 Kms cette destination parait suffisamment lointaine pour échapper aux allemands et suffisamment proche pour pouvoir continuer à gérer la nouvelle entreprise.

Jean, le fils aîné, assume l’intendance de l’entreprise sur place à Ussel, de front avec son engagement en 1943 dans le réseau résistant Phalanx.

A Gaillac, chez son cousin germain, Marius Honoré Mazaud retrouve la petite Hélène SERRE, dont il a poussé le landau en 1918 à Rochefort sur mer à l’occasion de son service militaire, elle a 24 ans.

Le couple Hélène Serre épouse Dumas et Jacques Dumas ne fonctionne pas. Alors que ses parents tenaient un restaurant place de l’hôtel de ville à Paris, le petit Jacques Dumas a été élevé par ses grands-parents maternels, les Majoux, tous deux instituteurs au village d’Alleyrat, sur le plateau des mille vaches.

Le grand-père, plus chasseur qu’instituteur, a fait de son petit-fils un chasseur addict. Il chassera toute sa vie au mépris de ses responsabilités professionnelles et familiales.

Le couple Dumas ne fonctionne pas, Marius Honoré Mazaud va voler le cœur de sa cousine par alliance, et je vais être le fruit de cette amourette.

Je nais de cette union adultérine le 2 Août 1944. Ce jour là des situations basculent, l’opinion publique s’empare de ma naissance.

Enfin, l’opinion publique est un bien grand mot. Je veux dire la rumeur, dont les sommes font l’opinion publique. Les rumeurs, ces émotions populaires qui dirigent tout, qui sacralisent ou ravagent les individus, sans vraie logique, qui font la vie de chacun de nous, mais aussi de nous tous. Cette opinion publique sur laquelle surfent les hommes de l’Etat, qu’ils cajolent quand elle leur est favorable, qu’ils tentent de contraindre quand elle leur est défavorable.

Ici commencent deux histoires, celle que je crois vivre et celle que je vis.

Je vais vous raconter ces deux histoires en espérant vous convaincre par ce biais des forces qui s’opposent à nos libertés, au fait que ces forces doivent être combattues et qu’il n’est qu’une solution : la protection absolue et sans concession, pour aucune raison, des libertés individuelles.

Sans cette protection, les abstractions que sont les rumeurs, l’opinion publique leur somme, et l’Etat leur traduction en pouvoir par les peu scrupuleux hommes de l’Etat, mettent immédiatement les hommes en esclavage.

C’est ainsi que se créé la servitude, sans avoir besoin de l’aide des marchands d’esclaves qui ne sont que des commerçants opportunistes.

Première histoire, la mienne, vécue par moi

En ces temps-là, les divorces sont sinon impossibles du moins très difficiles. Je vais donc m’appeler Dumas et vivre huit ans une famille tuyau de poêle, dans un foyer à deux têtes. Une pour la galerie amenée par l’huissier Dumas, un autre qui assume l’ensemble de façon relativement occulte – sauf pour les initiés – dont Marius Honoré Mazaud prend la responsabilité.

Honoré Mazaud a donc un instant quatre garçons, trois d’un mariage officiel, un d’une alliance occulte.

Les allemands fusillent son aîné, lâchement, en même temps que 41 autres otages.

Pour ma part — je ne sais pas pourquoi — j’imagine que c’est cette disparition épouvantable qui a amené Honoré Mazaud à avoir souhaité un enfant, moi, pendant sa planque à Gaillac.

Je suis admiratif d’une telle décision, des contraintes qu’elle va lui imposer. Respectueux aussi de son engagement pour mon éducation, je suis perméable à son amour immodéré pour la liberté.

Mais, nous avons une grande différence d’âge, et très vite il est sur le recul, pour finir rapidement presque reclus avec ma mère, qui vit cette situation difficilement.

Il se fâche avec les enfants de son premier lit, tergiverse pour divorcer et n’épouse ma mère qu’en 1962. Nous sortons peu et fréquentons personne. Il décède trop tôt pour moi, qui n’ait alors que 32 ans.

Je le sens prisonnier, mais je ne comprends pas de quoi.

Deuxième histoire, la mienne, probablement telle que vécue par les autres.

Je suis né le 2 Août 1944, Jean l’aîné de Marius Honoré Mazaud a été fusillé le 14 Août 1944. Dans des conditions absurdes, totalement imprévisibles.

Le débarquement est terminé, les allemands vont perdre la guerre, ils le savent. Jean Mazaud n’est pas un prisonnier de la plus haute importance, il aurait été normal qu’il survive au conflit. Son assassinat est le résultat d’une basse vengeance d’imbéciles perdant le pouvoir qu’ils n’auraient jamais dû avoir, qui ont abattu 42 personnes pour rien…dans un champ à 5h du matin. Qui peut donner un tel ordre ? Qui peut l’exécuter ?

Hélas, un très grand nombre d’hommes….

Mais, pour la rumeur publique, au niveau de Marius Honoré Mazaud, l’idée qu’il s’agit d’une punition directe à son acte de procréation illégitime s’impose sans doute.

Une telle fatalité, pour la rumeur, pour la pensée imbécile, ne peut pas être juste ordinaire, justement du niveau des rumeurs. Il faut une explication à l’inexplicable. Là, le destin ne peut plus être un hasard, il lui faut un motif, ce sera la punition du péché.

Il est probable qu’Honoré Mazaud est vaincu par le jugement des autres, par sa propre culpabilité, elle-même induite aussi par les autres.

Il perdra son statut social, son fils Jacques, joint à sa première épouse sa mère, va l’évincer de l’entreprise de bois qu’il a créé, avec en filigrane la faute, le pêché…

Quant à moi, je n’ai eu connaissance de ces dates vertigineuses que récemment…

Aujourd’hui je comprends que mon enfance, distante de tous et de tout, n’était que distante des autres. Qu’ils étaient l’enfer pour Marius Honoré Mazaud, qu’ils sont l’enfer pour nous tous. Ils lui ont volé durablement, jusqu’à ce que mort s’en suive, sa liberté d’homme, en évoquant une faute irréelle, conventionnelle.

Les autres, leurs opinions, leurs rumeurs, leurs Etats, ne sont que des abstractions mortelles.

Conclusion

D’abord, j’espère ne pas vous avoir trop envahi avec mon histoire, j’espère que vous aurez pris la liberté d’arrêter de la lire si elle vous a gavé.

J’espère aussi qu’elle fait la démonstration que la liberté individuelle doit être protégée indéfectiblement, que sa mise en cause ne peut avoir aucune excuse, que la rumeur, l’opinion publique, sont toujours prêtes à lui sauter sur le poil, à la terrasser, les excuses ne manquent pas à ce sujet.

Dès que la liberté déserte un cerveau, un corps, c’est l’étiolement et la mort qui s’en suivent, à plus ou moins long terme.

Il faut haïr les abstractions, Etat ou opinion publique, qui prétendent avoir en charge un droit légitime d’entraver les libertés individuelles. Il faut haïr les jugements qui soumettent, qui tuent au nom de l’Etat.

La religion Catholique n’aura laissé qu’un seul capital, mais de taille, c’est l’idée d’aimer son prochain comme soi-même, ce qui interdit tout jugement de pensée. C’est en effet la seule solution pour protéger la liberté individuelle.

Bien à vous. H. Dumas
Poster un commentaire