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Henri Dumas

Henri Dumas

Libéral convaincu,  je tire des expériences de ma vie une philosophie et des propositions.
Le tout sans prétention de vérité.
Mon blog : www.temoignagefiscal.com

 
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La réponse

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Dans mon billet du 17 Août, je soumettais à votre sagacité cet extrait d’un ouvrage :“Or, le citoyen n’est pas seulement un plaideur qui défend son droit contre l’empiétement des autres citoyens; il n’est pas seulement un justiciable qui, coupable d’une infraction, en répond devant la société. Il est aussi un individu qui se débat au centre d’un implacable réseau d’interdits et de commandements que dicte au nom de la loi – parfois en la trahissant – l’administration. Il est enfin une personne physique qu’empoigne tout le long de sa vie cette personne morale colossale, écrasante qui s’appelle l’Etat.”

Je vous proposais de me donner le nom de l’auteur et de l’ouvrage, je vous promettais de vous donner la réponse à l’occasion du billet suivant. Je ne l’ai pas fait, jugeant que finalement la réponse méritait un billet complet.

Deux lecteurs ont répondu. Les deux ont proposé Friedrich Hayek, “La route de la servitude“, réponse parfaitement cohérente.

Je suppose que bien d’autres ont eu le même réflexe. Ceux qui, comme eux, ne savaient pas ont dû globalement penser de la même façon. Ceux qui savaient se sont bien gardés de répondre.

Ce texte est tiré de l’ouvrage de François Mitterrand “Le coup d’Etat permanent”,paru en 1964. Et oui….

Vous voyez bien que cela vaut un billet.

D’abord je vous conseille la lecture de ce livre. Mitterrand fait preuve d’une lucidité et d’une intelligence hors du commun. Le livre se lit d’un trait, comme un thrilleur.

Charles De Gaulle, sa stratégie, sa personnalité sont passés au scanner. Mitterrand se dresse face à la dictature et aux mensonges de De Gaulle, avec lucidité et brio. Il fait preuve d’une pensée libérale certaine et probablement sincère.

Ensuite, vous vous projetez 17 ans plus tard, en 1981, Mitterrand prend le pouvoir, et là…plus rien ne colle.

Le libéral que vous venez de découvrir va nationaliser à outrance, réinstaller le contrôle des changes, amplifier jusqu’à son paroxysme la planification inventée par De Gaulle…. Que s’est-il passé ?

Deux hypothèses sont possibles.

Première hypothèse, ce type était un escroc, un gros démagogue pour qui tout mensonge était justifié s’il permettait l’accès au pouvoir. Un menteur plus menteur que celui qu’il dénonçait dans son ouvrage. Un politicard de la pire espèce, uniquement guidé par sa quête de pouvoir. Effectivement cette hypothèse pourrait être une explication.

J’ai vécu cette période, la réalité ne colle pas à ce raisonnement. La pensée libérale de Mitterrand s’est effectivement exprimée, par la suppression de la peine de mort, la libéralisation de la presse, de la radio, par la décentralisation, etc… Pour ma part, je pense qu’il était vraiment libéral et sincère.

Alors, les nationalisations ? La planification ? La ruine par l’économie collectiviste ?

Deuxième hypothèse, une incroyable inversion des priorités sociales, du lien social. Mitterrand pensait que la politique pouvait primer sur l’économie, que d’une politique libérale découle automatiquement une économie juste. Il croyait que le souci d’égalité et de justice politique était en mesure de contraindre l’économie. Quelle erreur !!! Nous en payons aujourd’hui les conséquences, plein fer.

Explication

Pour éclairer le débat prenons comme exemple la décentralisation. Mitterrand avait analysé le rôle de la bureaucratie, dans sa dimension de vecteur de force pour imposer la volonté des gouvernants dans le système Gaullien qu’il qualifiait, à juste titre, de dictature.

Il était tout particulièrement remonté contre les préfets qui maillaient le territoire à cet effet. Aussitôt élu, il a anéanti les préfets. En parfait libéral il a réellement donné le pouvoir aux élus locaux, maires, présidents de départements etc…

Mais, il a fait une erreur majeure, il a négligé la composante économique de son projet politique, il a donné aux élus les cordons de la bourse, sans leur en donner la responsabilité. Il a créé les conditions d’une dépense publique incontrôlée qui nous a amené à la faillite d’aujourd’hui, le mal ayant métastasé à tous les niveaux.

Règle immuable

Il a négligé ce fait incontournable : “ce n’est pas la politique qui crée le lien social, l’équité, c’est l’économie”. Pas de politique équitable possible sans économie saine.

Tout bon libéral sait cela, ses clients le lui rappellent à chaque instant à travers la concurrence, qui n’est qu’un aspect de la démocratie. Tout socialiste-planificateur l’ignore, les usagers qu’il prétend servir n’ont pas le droit à la parole dans ses monopoles, c’est d’ailleurs pourquoi on le baptise socialo-communiste et qu’il génère des dictatures.

L’économie prime, Mitterrand n’avait pas la formation qui convenait pour comprendre cette règle toute simple, alors qu’il était équipé d’une intelligence et d’une lucidité hors du commun. Cela fait réfléchir, quand on pense à nos abrutis de technocrates qui reçoivent la même éducation, et qui détiennent le pouvoir politique sans même avoir l’intelligence de Mitterrand.

L’Europe

Je pense à tous les détracteurs de l’Europe, à ceux qui voient en elle une machine économique qu’il faut politiser. Je leur propose de réfléchir à la question.

Iront-ils jusqu’à comprendre que la chance de l’Europe, jusqu’à ce jour, est justement de n’avoir pour ciment que l’économie, c’est ce qui fait qu’elle est encore debout.

L’Europe restera-t-elle une machine économique qui s’auto équilibre tant bien que mal, où, sous les coups de boutoir de ses fonctionnaires, de ses détracteurs politiques, deviendra-t-elle une machine guidée par la seule politique, situation qui la tuera inévitablement, qui plus est dans d’atroces souffrances.

Conclusion

Pour bien comprendre que le résultat d’une société n’est pas lié à l’idéal politique de tel ou tel homme, mais à l’organisation structurelle de cette société. Pour percevoir que cette organisation structurelle passe par la liberté économique qui génère la prospérité. Pour accepter l’idée que le romantisme politique, fut-il sincère et idéaliste, se fracasse s’il n’est pas précédé d’une économie libérale forte, ou s’il affaiblit une économie forte. Lisez Mitterrand, personne d’aussi brillant ne s’est autant trompé.

Bien cordialement. H. Dumas
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