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Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

Conquérir la bourse

Après avoir tout fait pour tuer l'automobile, l'état s'étonne qu'on en achète moins...

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Nombre de commentaires : 6 réactions
L’automobile française se meurt, se lamente-t-on dans la presse et dans les ministères. L’année 2012 a vu les ventes reculer au niveau de 1997 sur notre marché, alors que la population a entre temps gagné 5 millions d’âmes. Et 2013 promet d’être encore pire. Les dégâts économiques et sociaux de cette débandade font peur.

Bien sûr, la crise est passée par là. L’automobile s’achète souvent à crédit, et plus rares sont les candidats à l’endettement lorsque la crainte du chômage se fait plus forte. De plus, les coûts du logement se sont envolés, laissant moins de ressources aux Français pour se véhiculer. Mais sont-ce bien là les seules raisons qui détournent les français des concessions ?

Commençons par la bonne nouvelle : les nouveaux véhicules sont bien plus fiables que ceux vendus il y a trente ans. Point n’est besoin de les renouveler aussi souvent. Du point de vue du portefeuille de l’automobiliste, voilà qui est bon. Et cette tendance ne fera que s’accentuer à l’avenir : il vaut mieux s’y préparer plutôt que de s’en plaindre. Fin des bonnes nouvelles.

Car voyons ce qui attend l’automobiliste nouveau en 2013. Il sera traqué comme au coin d’un bois dès qu’il dépassera de 5km/h une limite fixée dans les années 70 et toujours poussée à la baisse par l’alliance des politiciens et de la technostructure qui les conseille. La justice, si lente à juger le cambrioleur et l’escroc (sans parler du politicien véreux), aura envers lui une efficacité toute particulière, qui ferait presque honneur au service public.

S’il veut aller en ville, l’espace viaire lui sera un peu plus grignoté chaque année au profit de bus à la circulation irrégulière et de vélos dont Mao Zedong aimait déjà vanter le côté populaire. Le stationnement de rue, qu’il a pourtant financé par ses impôts, lui sera toujours plus chichement mesuré mais de plus en plus largement facturé : il faut bien drainer les fous qui se hasardent en ville vers les parkings gérés par les grands groupes spécialisés dans leur gestion, qui tirent parti de nombreuses délégations de service publics que leurs octroient les politiques. Connivence, connivence, quand tu nous tiens.

Il sera dénoncé comme un fauteur d’embouteillages, vous savez, ceux qui empêchent les élites qui ne prennent jamais les transports en commun d’arriver à l’heure à leurs rendez-vous. Alors on lui martèlera qu’il doit prendre les transports collectifs, fussent-ils sales et peu sûrs, mais par ailleurs très fortement subventionnés, malgré un rapport coût-efficacité dramatiquement faible mais soigneusement caché au public.

Il sera dénoncé par la vulgate comme fauteur de réchauffement climatique, quand bien même les vrais scientifiques sont de plus en plus nombreux à affirmer que la farce du CO2 calorifère a assez duré. Mais “le CO2 qui chauffe”, c’est de la taxe qui rentre, mon bon monsieur ! Les gros “malus écologiques”, autrefois réservés aux grosses automobiles de luxe, rattrapent les petites familiales ou certains modèles low cost qui sont tout ce que certains peuvent encore s’offrir. Après quoi, les taxes sur le carburant n’épargneront pas son budget, sans parler du prix du pétrole aux humeurs capricieuses.

Et alors qu’autrefois, l’on pouvait rêver de grandes berlines et de multi-soupapes vrombissantes sans passer pour un dangereux écocide, aujourd’hui, la voiture qu’on présente comme l’avenir est infichue de parcourir plus de 150 kilomètres, et coûte un bras, au point que l’état se croit obligé de la subventionner fortement pour la faire vendre. Vous parlez d’un rêve ! Alors l’on préfère tirer sur son vieux Diesel, qui tourne encore comme une horloge, malgré ses 300 000 kilomètres.

Diesel ? Mais voilà que ce mode de propulsion autrefois favorisé par l’état devient le nouvel ennemi à abattre : à partir de chiffres hautement douteux de l’OMS, cet organisme officiel qui prévoyait que la grippe aviaire ferait des millions de morts, l’on affirme que “les particules tuent” ! De fauteur d’embouteillages, vous voilà promu au rang d’assassin de masse, et qu’importe si les moteurs modernes, équipés de filtres ad hoc, rejettent un gaz d’échappement relativement inoffensif. Naturellement, les ministres concernés ne s’en cachent même pas : puisque 80% des automobilistes, orientés par les choix fiscaux du gouvernement, ont choisi le méchant diesel tueur, ils seront désormais plus taxés !

Bref, entre discours culpabilisants, taxes expansionnistes, aménagements de voirie punitifs, et attentions particulières de la justice, l’automobiliste moyen est traité comme un ennemi de classe par le politicien et le haut technocrate. Lesquels voudraient pourtant que nous nous pressions dans les concessions pour sauver Peugeot et Renault. Vous avez dit “schizophrènes” ?

Il y a plus grave. La mobilité de point à point, pour laquelle la voiture est aujourd’hui imbattable, n’a pas pour seul enjeu les ventes de nos grands groupes. L’automobilité, c’est ce qui nous permet de mettre en concurrence un plus grand nombre d’employeurs, de rationaliser nos approvisionnements, de diversifier nos loisirs... L’auto-mobilité a été l’un des déterminants majeurs de l’accroissement de notre richesse au XXème siècle. En s’attaquant à cette mobilité, les Don Quichotte anti-bagnole qui sévissent dans les mairies et les ministères ne menacent pas que les emplois de la principale filière industrielle du pays. Ils menacent les fondements même de notre prospérité.

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Notes

Article initialement sur Atlantico

Si vous souhaitez approfondir les points qui y sont développés:

Le recul de la mobilité urbaine en France: Etude (PDF) de Rémy Prudhomme sur l'évolution de la mobilité dans plusieurs agglomérations françaises - Constat: plus une commune investit dans les Transports en commun lourds, plus la mobilité globale Auto+TC diminue

Métro Grand Paris: des coûts disproportionnés, des résultats potentiellement décevants (V.B.)

Infrastructures de transport, mobilité et croissance (PDF), par Rémy Prudhomme

Littérature américaine: nombreux documents sur le rôle de l'automobilité dans la prospérité nord-américaine au XXème Siècle

Vive la bagnole, un cri du coeur déjà ancien, où j'évoquais déjà la relation mobilité-prospérité.

>> La rubrique "transports" d'ob'lib' , mon blog "canal historique"

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6 commentaires

  • Lien vers le commentaire hftrade mercredi, 06 mars 2013 16:56 Posté par hftrade

    en fait ce qui ets dit dans cet article n'est pas tout a fait vrai
    il y a quelques annees, vous semblez avoir oublie la prime a la casse, reconduite d'ailleurs je crois. la prime a la casse est meme un gaspillage
    mais apres la crise de la dette souveraine, l'orientation politique  va vers une politique d'austerite generale en europe et France pour "sauver l'euro" et l'UE
    cet aspect des choses est un peu oublie comme on oublie trop souvent de faire des analyses purement politiques de certaines situations (n'oublions pas que dans certains regimes l'economie est une illusion, le communisme etant l'exemple le plus abouti ou les decisions sont avant tout politiques et ne repondant plus a une logique economique)
    actuellement en france le politique devient de plus en plus determinant en matiere decisionnel. 

  • Lien vers le commentaire Helios mardi, 05 mars 2013 11:38 Posté par helios

    Je pense que la raison principale n'est pas là, même si ceux qui ont conduit il y a 30 ans comme moi font la différence avec aujourd'hui.
    La raison principale est expliquée dans cet excellent article des Echos
    http://www.lesechos.fr/opinions/chroniques/0202617682098-il-faudrait-etre-fou-pour-epargner-moins-544073.php
    "Il faudrait être fou pour épargner moins"
    article qui ne contient que des banalités, mais aujourd'hui c'est rare de voir écrites ou même comprises des évidences.

    En ce qui me concerne, je pense que la prochaine voiture que j'achèterai coutera la moitié du prix de la précédente, en tous cas c'est l'objectif que je me suis fixé.



  • Lien vers le commentaire Math.ber mardi, 05 mars 2013 11:07 Posté par math_ber

    Quelques points : 

    "les nouveaux véhicules sont bien plus fiables que ceux vendus il y a trente ans"

     ah bon? il faudrait peut etre prendre en compte le cout moyen d'entretient plutot que le taux de fiabilité car il parait que les vieilles voitures se réparent aussi beaucoup plus facilement et avec des outils beaucoup moins chers (vive l'electronique!). J'ignore la réponse à cette question, mais ça m'étonnerait pas du tout qu'une voiture moderne coute bine plus chère qu'une bonne vieille 2CV.

    " malgré un rapport coût-efficacité dramatiquement faible"

     avec un cout élevé et une faible efficacité, le rapport évoqué semble élevé... c le rapport invers (efficacité / cout) qui est faible...

    à partir de chiffres hautement douteux de l’OMS"

    je concède que la qualité des chiffres annoncées est à remettre en question. MAIS, je suis chercheur à l'origine et je peux vous affirmer que les particules émises par les diesel (et seulement les diesel, et meme avec un filtre qui d'ailleurs n'a pas le temps de fonctionner puisque l'état a incité les gens à acheter des petites citadines diesel! le temps de roulage n'est pas suffisant pour rendre le filtre (FAP) opérationnel!!! FAP obligatoire qu'à partir de 2011 de toute façon) sont extrement dangereuses pour la santé! C'est connu depuis les années 1990 et a été plus approfondit vers les années 2000/2005 (par moi entre autres...) et cela devient à la mode à cause de tout ce qui est lié aux 'nanoparticules', thème très à la mode dans la recherche actuelle. Remettre en doute  la nocivité du diesel par rapport au sans plomb est totalement irresponsable!!! Ce n'est pas parce que "ça va faire chier tout le monde" qu'on doit continuer à étre le seul pays au monde ou on roule au diesel (et meme si on a une avance dans la motorisation diesel). Bref, le diesel, c mal pour les voitures particulières, mais peut etre pourrait-on faire évoluer les vieux diesel industriels qui relarguent bien plus de particules que les voitures ou encore les feu de chauffage...

    Sinon, bon article! merci

  • Lien vers le commentaire Vincent Benard mardi, 05 mars 2013 06:25 Posté par Vincent BENARD

    @Balthazar: Merci pour votre encouragement.

    Et désolé pour la rareté, mais je crains que cela n'évolue pas dans un avenir proche.

  • Lien vers le commentaire Balthazar mardi, 05 mars 2013 00:37 Posté par balthazar

    Toujours un régal à lire. Dommage que vous vous fassiez si rare.