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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

Charles-Sannat

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«Taux,Toto, Draghi, Monti,... Tutti quanti ! »

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Mes chères contrariées, mes chers contrariens !

Que n’a-t-on pas dit ces derniers mois avec la fin de la crise qui était déjà tuée et enterrée… Le problème de la crise c’est le même qu’avec les bêtes. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Encore une fois la sagesse populaire exprimée de façon simple et pourtant tellement vraie.

Nous avons donc droit depuis hier à un nouveau psychodrame européen.

Monti s’est fait sortir avec 10%

Premier enseignement du scrutin italien, Mario Monti le sortant qui je le rappelle a été désigné d’office par les autres gouvernements européens mais en aucun cas élu par son peuple a été tout simplement ratatiné.

Il faut dire, que les italiens en bavent et que l’austérité est un véritable calice en Italie. Augmentation d’impôts, contrôles fiscaux, chasse à l’évasion fiscale, même les riches ont été obligés de se débarrasser de leurs belles autos pour éviter tout simplement de se faire arrêter par les carabiniers qui vous demandent votre déclaration d’impôts pour comparer vos revenus au prix du véhicule possédé…. Gênant.

Bref, effondrement de la croissance, récession, baisse des revenus, explosion du chômage, tous les gouvernements d’Europe ayant pratiqué la rigueur se font sortir invariablement aux élections suivantes où l’opposition prend le pouvoir… pour mener exactement la même politique sous la pression de la Commission Européenne, des banques et bien sur des grands « zamis » allemands.

Grillo le populiste

Evidemment, on dresse vite un cordon sanitaire européen autour de Grillo, le comique italien comparé à Coluche chez nous qui avait eu en son temps la «décence» de se retirer de la course à la présidentielle. Il faut dire que « la mort accidentelle de plusieurs balles dans la tête » de son garde du corps de l’époque avait du motiver notre Coluche national parfaitement capable de venir troubler le jeu « démocratique » savamment orchestré par nos « zélites ».

Comme tout le monde le sait, la démocratie est beaucoup trop importante pour être laissée aux seuls peuples profondément immatures et incapables de s’occuper d’eux-mêmes.

Que disent Grillo ou Monsieur Bunga-Bunga (Berlusconi) dont le score électoral est plutôt bon.

Pas grand-chose à part qu’il faut sortir de l’euro pour retrouver des marges de manœuvres.

L’Euro peut-il seulement survivre ?

J’ai pris position à plusieurs reprises pour une reconfiguration de la zone euro avec une sortie de l’Allemagne de la zone euro, l’Allemagne laissant aux autres pays européens la possibilité de monétiser suffisamment pour atténuer le poids des dettes et de la rigueur fondamentalement nécessaire.

 A plusieurs reprises j’ai pu expliquer que l’euro, n’était pas une construction économique mais une construction politique répondant à des stratégies géopolitiques s’inscrivant dans le processus de réunification allemande et de fin de la guerre froide.

J’ai attiré l’attention des lecteurs sur le fait que les économies européennes sont hétérogènes et désormais pilotées par une politique monétaire unique qui se limite globalement quand tout va bien à la fixation d’un seul et unique taux directeur.

Une réforme indispensable des outils monétaires

Pas grand monde souhaite de nouveaux impôts européens qui permettraient la mise en place d’un budget européen.

Les riches ne se montrent pas pressés de payer pour les pauvres, je pense notamment aux allemands pour tout le reste de l’Europe et je les comprends fondamentalement.

Alors que pourrait-on faire ? Qu’aurions-nous pu faire ?

Je vous disais quelques lignes plus haut que globalement la politique monétaire que l’on rend très sérieuse, avec un Gouverneur de LA Banque Centrale, qui vient faire des conférences de presse tous les quatre matins en prenant le ton le plus docte possible, fait un job qui en gros se limite à dire s'il monte un peu ou baisse un peu le taux qu’il a lui-même fixé le mois d’avant. Mais comme le taux c’est très sérieux, il faut d’abord que se réunissent au moins 20 ou 30 mamamouchis, lors d’une réunion appelée « board » ou « conference board » ce qui crédibilise encore plus le machin.

Or cette politique et ces mécanismes sont tout simplement absurdes. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe qu’un seul taux pour 17 pays membres différents et tous secteurs économiques confondus…

Pourquoi n’existe-t-il qu’un seul taux ?

Ben….. on ne sait pas. Le système a été conçu comme ça. Parce que. Pourquoi vous posez cette question ? N’importe quoi. Vous n’y pensez pas…

Mais bien sûr que si que j’y pense. Depuis des années même.

La preuve par l’exemple de l'absurdité de la politique monétaire actuelle

Revenons quelques années en arrière quand tout allait moins mal à défaut d’aller vraiment très bien. Disons quelque part avant 2007 et le début de la fin de la crise qui je vous le rappelle est belle et bien finie…

A cette époque-là l’Espagne est en pleine croissance, c’est le miracle espagnol. Taux de croissance du PIB disons 7%. Il faut dire que l’on construit à tout va et que quand le bâtiment va, tout va.

Au même moment en Allemagne c’est la grande misère. Réformes structurelles, serrage de ceinture, quasi-stagnation du PIB disons avec une croissance autour de 1%.

A cet instant précis, à la BCE le Draghi de l’époque qui est Jean-Claude Trichet se réunit avec ses mamamouchis, mouille son doigt lors d’une réunion qui dure longtemps, prend une louche, et décide avec ses copains de couper la poire en deux et de fixer le désormais très célèbre et néanmoins stupide taux directeur à 4%.

Maintenant poursuivons. Toto, va à la banque et emprunte 100 euros (euros et Toto ça rime et puis ça nous rappelle nos problèmes d’algèbre). Toto l’espagnol emprunte donc 100 balles d’euros, et les place dans la construction à Madrid ou dans n’importe quelle province paumée de la péninsule ibérique.

Avec 7% de croissance, Toto l’espagnol va gagner 7€ sur son investissement alors que son crédit va lui coûter que 4€ (les fameux 4% de Trichet).

Au même moment Toto le germain, lui à Berlin refuse d’investir 100 balles d’euros à crédit puisqu’avec un taux de croissance allemand à 1% son investissement ne va lui rapporter que 1€ alors qu’il va devoir payer 4€ d’intérêt (à cause du taux directeur de Trichet).

Quelle est la conclusion de cet exemple ?

Elle est très simple. Un taux directeur unique ne permet pas de relancer l’économie là où c’est nécessaire quand, au même moment, il faut freiner certaines bulles spéculatives en train de se créer dans d’autres endroits.

Ce taux moyen pondéré (comme aiment dire les gens sérieux pour rendre incompréhensible au plus grand nombre les choses simples), n’était efficace ni pour freiner l’immobilier espagnol, ni pour relancer la croissance allemande.

Stupide n’est-ce pas vu comme ça. C’est justement mon avis.

Qu’est-ce qui empêche d’avoir plusieurs taux en fonction soit de la typologie du taux (immobilier, voiture, construction, réhabilitation etc) et du pays concerné.

Vers des outils monétaires plus fins et plus adaptés à une économie complexe et hétérogène

C’est donc la raison pour laquelle je plaide pour la mise en place de « grilles de taux » comme on dit simplement chez les vrais gens. Vous constaterez d’ailleurs que votre banquier vous prête à des taux très différents en fonction de l’usage de l’argent emprunté. Un crédit immobilier ? C’est du 3,5%, un crédit étudiant entre 2 et 3%, un crédit auto sous forme de prêt perso au moins 5 ou 6%, une fin de mois difficile et un revolving ? Entre 15 et 20%, je ne vous parlerai pas du découvert avec ses commissions de validation d’opérations…

Ce que fait une banque commerciale, la banque centrale se l’interdit.

L’arme des taux d’intérêt tétanise les autorités monétaires de tous les pays

Nous pouvons donc imaginer que le Gouverneur de la Banque Centrale européenne, soit en mesure de fixer des taux différents par pays et par secteur économique.

Un investissement industriel ? Taux symbolique à 0,1%.

Un investissement immobilier alors que le secteur entre en surchauffe ? 8%.

Résultat obtenu ? Vous évitez la formation d’une bulle immobilière d’un côté qui fera des ravages lors de son explosion inéluctable et vous évitez de pénaliser les autres secteurs économiques qui eux ne peuvent pas supporter une telle hausse des taux.

En dotant la BCE d’un pouvoir de ce type vous ne réglerez pas la crise actuelle, mais vous aurez un outil de pilotage et de gestion de votre économie vous permettant par la politique monétaire de prévenir la formation de bulles spéculatives sans nuire aux autres secteurs de l’économie.

Le meilleur moyen de ne pas avoir à se soigner c’est encore de ne pas se blesser. Nous nous blessons volontairement depuis des décennies par manque d’intelligence et de créativité également économique. Nous laissons grandir de multiples bulles spéculatives alors que nous pourrions nous doter d’outils très simples pour les prévenir.

Or les atermoiements des autorités monétaires sont avant tout liés à cette unicité du taux. Le monter pour enrayer une bulle immobilière éventuelle… c’est casser toute le dynamique de croissance de tous les secteurs économiques… la décision n’est donc jamais évidente.

Vous avez vu comme l’euro n’est plus aussi fort ?

Alors, comme prévu, je ne résiste pas à ce petit clin d’œil. J’avais voulu rassurer notre Président de la république et notre ministre de l’économie lorsqu’ils s’inquiétaient d’un euro trop fort il y a encore quelques jours. Bon, l’euro a beaucoup baissé ces derniers jours. C’est normal, c’est à cause des italiens. Mais ce sera sans doute demain à cause des espagnols…

D’ici là Berlusconi l’homme aux casseroles judicaires acceptera peut-être de donner ses voix contre son amnistie…et l’Italie sera gouvernable au moins un temps. 

Alors nous allons vivre pleinement notre nouveau psychodrame européen, nous allons continuer à ne pas réfléchir à ce que l’on pourrait faire et changer dans notre politique monétaire, l’Europe continuera à « violenter » économiquement les peuples plutôt que d’afficher une ambition de protection des peuples européens.

Le ressentiment continuera à grandir conduisant à de nouveaux rendez-vous électoraux ratés, et à de nouveaux psychodrames sur les marchés.

Rien ne semble pouvoir stopper ce processus infernal d’autodestruction car le rêve, l’imagination et l’altruisme ont quitté nos « zélites » depuis bien trop longtemps.

 

Charles SANNAT
Editorialiste et rédacteur du Contrarien Matin
Directeur des Études Économiques Aucoffre.com
http://www.lecontrarien.com/

 

 

 
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