Vous n'êtes pas membre (devenir membre) ou pas connecté (se connecter)
Loic Abadie

Loic Abadie

Je vis à la Réunion. Je suis ingénieur de formation. Actuellement, j'enseigne en classe primaire. Entre 2003 et 2010, j'ai multiplié par 9 la valeur de mon PEA, en jouant sur des petites valeurs et sur les trackers CAC40 type BX4 pour me couvrir dans les marchés baissiers. En 2011, ce PEA fait plus de 425.000 euros. Il a stagné pendant deux ans, car j'ai préféré jouer la sécurité, l'essentiel de mes économies étant investi dedans.

2013 et 2014, les incertitudes européennes se sont calmées avec le QE. J'ai repris un peu plus d'initiatives. Fin 2014, mon PEA touche un nouveau plus haut à 580.000€.

==> Suivre en direct l'évolution de mon PEA


==> Suivre en direct l'évolution de mon portefeuille Rendement et Dividendes

 

Loic-Abadie

Faire une recherche
Trouver un article
Trouver un auteur
cryptopassion

L'euro : l'irresponsabilité a trouvé son étalon monétaire !

Audience de l'article : 5496 lectures
Nature de contenu : Edito
Nombre de commentaires : 12 réactions
Votez pour cet article
(12 Votes) - Note : 4.67
Partagez cet article avec vos connaissances
J’écris cet article en réponse à une tribune de Jesus Huerta de Soto, prenant la défense de l’euro, décrit comme un « étalon or imparfait » supposé inciter les pays membres de l’eurozone à plus de discipline en matière de politique économique et budgétaire comme le ferait un vrai étalon or.

L'auteur néglige à mon avis dans son essai seulement deux points, mais ils sont essentiels :

1) Contrairement à l’euro, la valeur de l’étalon or ne dépend pas du comportement économique des états qui l’ont choisi.

Si un état se met à pratiquer une politique budgétaire laxiste, il sera sanctionné par le marché, mais l’or lui conservera toute sa valeur. Dans le cas de l’euro, si un gros état membre de l’eurozone pratique une politique laxiste, il peut remettre en cause tout le système financier de l’eurozone, donc la valeur de cette monnaie, et même son existence. Nous le constatons aujourd’hui avec l’Espagne et l’Italie.


2) Conséquence directe de ce premier point, l’euro va agir comme un facteur de déresponsabilisation des états membres, qui préfèreront renflouer à n'importe quel prix un état en difficulté pour garantir l'existence de l'euro, là où l’or force au contraire à la responsabilité. C’est le problème essentiel de l’euro que nous allons détailler maintenant.

La responsabilité est une idée centrale du libéralisme. Elle permet aux êtres humains de recevoir une sanction positive ou négative de leurs choix de vie, et de pouvoir améliorer ensuite ces choix en fonction des expériences et résultats accumulés. Les systèmes socialistes échouent d'abord parce qu’ils suppriment toute responsabilisation : Les acteurs économiques, ne recevant plus de signal positif ou négatif résultant de leurs choix ne peuvent plus savoir quelles décisions sont bonnes pour eux, et se réfugient alors dans des comportements infantiles ou parasitaires qui conduisent à la faillite du système.

Un bon étalon monétaire doit donc responsabiliser au maximum les acteurs économiques, en particulier les gouvernements.

L’or est à ce titre un excellent choix, puisque sa valeur est impossible à manipuler, et que toute politique laxiste (déficit public, consommation à crédit excessive générant une balance des paiement déficitaire sur une trop longue période) sera sanctionnée par le marché.


Les monnaies nationales sont un moins bon choix, puisque leur valeur se manipule bien plus facilement, mais elles restent malgré tout responsabilisantes dans la plupart des cas (à l’exception du cas très particulier des USA que nous allons détailler dans un autre article) : Un pays pratiquant une politique trop laxiste et vivant au dessus de ses moyens verra la valeur de sa monnaie chuter et ses réserves de change s’épuiser. La population de ce pays ressentira rapidement les effets négatifs de ce choix (chute du pouvoir d’achat, inflation, chômage, impossibilité d'importer dans les cas extrêmes), et pourra sanctionner le dirigeant qui a conduit cette politique.

Qu’en est-il de l’euro ?


La construction de l’eurozone fait que tous les signaux du marché visant à responsabiliser les états et les décideurs économiques sur leur politique économique et monétaire sont supprimés méthodiquement au nom de la "stabilisation" :

1) Au niveau des échanges internationaux, le système de paiment automatisé TARGET2 permet aux états membres présentant un déficit excessif de leur balance commerciale et de leur balance des paiements de continuer à vivre au dessus de leurs moyens indéfiniment, en supprimant toute contrainte liée aux réserves de change : Les banques privées des autres pays ne font plus confiance à l’Espagne et ne veulent plus financer ses importations à crédit ? Les capitaux fuient ce pays à grande vitesse (voir cet article de FT Alphaville) ?



Avec une monnaie nationale, l’Espagne aurait reçu depuis longtemps (sans doute dès 2009) la sanction du marché et l’équilibre aurait été rétabli via une dévaluation de sa monnaie et l’obligation pour sa survie économique d’entreprendre de profondes réformes structurelles.
Avec l’euro, il n’y a plus aucun garde-fou : Grâce au système TARGET2, la Bundesbank prête à la BCE, qui reprête ensuite à l’Espagne tous les fonds dont elle a besoin. Il n’y a aucune limite supérieure prévue pour ces transferts de fonds, qui s’effectuent bien entendu sans le moindre contrôle démocratique, et les déficits deviennent totalement ingérables.

Balance TARGET2 de l'Espagne : la dette vis à vis de la BCE s'accroît actuellement de 40 milliards d'€ par mois (graphique : querschuesse.de), et le rythme ne cesse d'augmenter.

spaintarget

 

2) Au niveau du système bancaire, un état souverain qui pratique une politique laxiste (par exemple en manipulant ses taux à la baisse pour favoriser excessivement le crédit) fragilisera ses banques privées qui seront trop endettées. Si il persiste, il risque de recevoir, comme l’Islande, une sanction du marché, via un bank run. Avec l’euro, les banques sont au contraire soutenues de façon illimitée par la BCE et divers « fonds de stabilisation » et n’ont ainsi plus à subir les conséquences de leurs excès…jusqu’à implosion totale du système, parce que les miracles ne durent jamais éternellement en économie.

Résultat : nos banques européennes sont aussi celles qui ont les leverage ratios parmi les plus élevés du monde, entre 20 et 40 en général, et peuvent continuer à prendre des risques inconsidérés en bénéficiant (là aussi sans limites) des fonds "LTRO" à 1% de la BCE.


 3) Au niveau des finances publiques, là aussi il n’y a aucun garde-fou réel :

Les critères de Maastricht ont été oubliés, tout comme le sera la « règle d’or ». Et il n’existe aucun dispositif prévoyant la sortie d’un état membre qui pratiquerait une politique totalement laxiste. Le leader de Syriza (extrême-gauche grecque), qui a failli être élu aux dernières élections l’avait parfaitement compris, en proposant à ses électeurs que la Grèce coupe tout effort de rigueur, tout en continuant à profiter des avantages de l'euro pour importer à crédit tout ce dont elle avait besoin.

Un état surendetté reçoit une flopée d’aides de l’U.E, qui ne font que retarder une restructuration inéluctable, en aggravant son surendettement. Avec une monnaie nationale, la Grèce aurait été restructurée dès 2008, et serait aujourd’hui bien avancée dans la voie du redressement, alors qu’elle est toujours en train de s’enfoncer dans une dépression de plus en plus grave.

Le dernier signal d'alarme responsabilisant encore existant sur l'eurozone, à savoir les taux des emprunts d'état des états membres, pourrait à son tour être coupé dans les trimestres à venir, si les eurobonds finissent par être adoptés (comme le souhaitent les partisans les plus enthousiastes de la construction européenne), ou si la BCE se met à acheter en direct et massivement la dette souveraine des pays d'Europe du Sud.


L’euro agit donc à la fois comme :

-          Une cause majeure de déséquilibre dans les échanges commerciaux entre états membres.

-          Un facteur de déresponsabilisation massif de l’ensemble des pays de l’eurozone, en éteignant tous les signaux d'alarme qui existent habituellement sur le marché dans le cas des monnaies nationales.

Toute l’eurozone est aujourd’hui victime de cette monnaie unique :

- L’Europe du Sud dont la compétitivité est détruite par une monnaie trop forte, et qui s’enfonce dans le surendettement sans recevoir les signaux d’alerte et de rééquilibrage indispensables. Résultat : la récession et le chômage s'envolent dans ces pays, mais l'euro écarte pour eux toute possibilité de nouveau départ via un processus de faillite budgétaire / restructuration sur le modèle argentin.

Taux de chômage en Grèce : le record de la crise 1929-1932 aux USA prochainement pulvérisé ?

chomgrece

- Mais aussi, nous le verrons dans les années à venir, les états les plus solides, comme l’Allemagne. Leur modèle de croissance actuel se résume à faire crédit à l’Europe du Sud pour pouvoir continuer à exporter des produits à des clients devenus insolvables, ce qui finira aussi par rendre insolvable le système financier allemand.

Voilà pourquoi le retour aux monnaies nationales est aujourd'hui plus que jamais nécessaire. Vu la gravité des déséquilibres accumulés, il ne suffira bien sûr pas à écarter la récession, mais il permettra ensuite un nouveau départ, avec des pays redevenus responsables de leurs actes. Le plus tôt sera le mieux, parce que maintenant chaque semaine qui passe signifie des dizaines de milliards d'euros de dette en plus à éponger pour les membres de l'eurozone.

  Vous pouvez suivre mes anticipations économiques, la composition de mon PEA et mes opérations avec ma lettre Boostez votre PEA ! .

Loïc Abadie


 

 

loic-investir-devenirrentier
Poster un commentaire

12 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Heedo jeudi, 23 août 2012 14:47 Posté par Golden

    Bonjour Loic,Merci pour vos contributions que je suis maintenant depuis qques années.D'une façon globale en France , on comprend aisément que vivant au dessus de nos moyens, (balances commerciales & deficit sont là pour le montrer) un retour à la réalité devrait s'opérer. Je me permet d'essquisser un scénario que je soumet à votre critique et celui des lecteurs :La sortie de l'euro ne se fera que quand on aura en quelque sorte tiré sur la corde au maximum (encore qques longs mois/années). Les sorties se feront plus ou moins de façon ordonnée , en commençant par les petits pays. L'euro devrait s'apprecier dans un premier temps puisqu'on aurait de moins en moins d'elements "faibles". ( on serait dans un douce déflation ? )A terme la France , retrouverait le Franc , et donc subirait si je comprends bien nécessairement une dévaluation , et comme vous le mentionnez , inflation et augmentation des taux.Cela rincerait les épargnants, toujours perdants et ferait les joies des acheteurs immobiliers endettés jusqu'au coup.Est ce completement farfelu comme scénario et dénué de sens ?  

  • Lien vers le commentaire Charles Dereeper dimanche, 29 juillet 2012 00:18 Posté par Charles DEREEPER

    Je signale à tous qu'il est désormais possible de publier un commentaire accompagné d'une image. exemple avec le graphique du CAC 40 :Snap47 

  • Lien vers le commentaire Loic Abadie mardi, 24 juillet 2012 03:53 Posté par Loic ABADIE

    A Sigsev, le solde TARGET2 est aussi affecté par la fuite des capitaux : Si un espagnol retire de l'argent de sa banque pour le placer en Allemagne par exemple, la banque espagnole manquant de fonds devra les emprunter à la BCE (ne trouvant plus de financements privés) pour honorer le transfert.
    Ce solde est représentatif des déficits et transferts de fonds vers l'étranger que les acteurs économiques espagnols ne parviennent plus à faire financer par les opérateurs privés (http://www.acting-man.com/?p=17155).

  • Lien vers le commentaire Loic Abadie mardi, 24 juillet 2012 03:43 Posté par Loic ABADIE

    A jojo : la principale contrainte viendra de la dévaluation de la devise, avec les conséquences associées (chute du pouvoir d'achat, difficulté d'importer des produits, inflation et hausse des taux d'intérêt, défiance des investisseurs vis à vis du système bancaire et financier du pays concerné). Le cas le plus extrême connu actuellement est le Zimbabwe.
    Mais il est vrai que les crises monétaires les plus graves se produisent presque toujours dans les systèmes à parité fixe (l'eurozone en est un), puisqu'avec les changes flottants, les ajustements interviennent plus vite.

  • Lien vers le commentaire Loic Abadie mardi, 24 juillet 2012 03:27 Posté par Loic ABADIE

    A Silex, pour le Japon, l'explication vient du fait que le déficit a pu être financé par les ménages japonais sans problèmes jusqu'ici, sans aucune dépendance vis à vis de l'étranger (les choses risquent de changer dans quelques années avec le vieillissement de la population japonaise). Par ailleurs, la balance des paiements courants japonaise est largement positive.(http://www.tradingeconomics.com/japan/current-account-to-gdp).
    Pour le R.U, il y a eu un début de sanction en 2008-2009 (chute du cours de la livre), le Royaume Uni disposait d'une marge d'endettement plus importante.

  • Lien vers le commentaire SIGSEGV lundi, 23 juillet 2012 21:00 Posté par sigsegv

    Juste un point technique; les soldes TARGET sont bien plus représentatifs des déficits commerciaux que des fuites de capitaux type "bank run"

  • Lien vers le commentaire Silex lundi, 23 juillet 2012 12:56 Posté par silex

    Article intéressant mais j'ai dû mal à croire que l'Espagne aurait reçu la sanction des marchés plus tôt si elle avait gardé la peseta.
    Le cas du Japon avec une dette publique supérieure à 220% et des taux à 10 ans à environ 2% montre que lorsqu'un pays émet sa propre monnaie les problèmes semblent pouvoir être repoussés bien plus longtemps que dans les unions monétaires.
    De même pour les USA ou le Royaume-Uni. Vous souhaitez aborder le cas des USA dans un prochain article, il serait intéressant de parler également du Japon et du Royaume-Uni.