Vous n'êtes pas membre (devenir membre) ou pas connecté (se connecter)
Michel Delobel

Michel Delobel

Gestionnaire de portefeuille sous mandat via une société de gestion agréée, trader pour compte propre et formateur au trading et à l'investissement en bourse, je suis aussi fondateur du site Fenêtre sur Cours et de la société ACGest, via laquelle j'accompagne également mes clients dans la constitution et le développement de leur patrimoine, la préparation de leur retraite ou encore l'optimisation de leur fiscalité.

Vous pouvez prendre contact avec moi par email

emails

promospeciale

Doit-on se focaliser sur la Grèce et s’inquiéter d’un possible Grexit ?

Audience de l'article : 1158 lectures
Nombre de commentaires : 0 réactions
Le sujet phare du moment est bien sûr le dossier grec, les possibilités d’un Grexit (j’allais écrire les chances, car de mon point de vue, ce serait peut-être la meilleure solution, même s’il est très difficile d’avoir une idée claire sur les conséquences), et donc les conséquences sur l’Europe et l’euro selon l’issue retenue.

Nous avons eu sur Objectif Eco les points de vue de Loïc Abadie ou Charles Gave ces dernières heures. Le point de vue que je vais vous donner aujourd’hui n’est pas un point de vue économique, mais graphique. Même si j’ai bien sûr un minimum de connaissances en économie, je ne suis en effet pas économiste, mais gérant de portefeuille sous mandat et analyste technique. Quoiqu’il en soit, même si je l’étais, est-ce pour autant que je détiendrais la vérité ? Il n’y a qu’à voir le nombre d’économistes plus éminents les uns que les autres qui participent au débat depuis de longs mois, pour constater à quel point leurs positions et avis peuvent diverger… Je crois tout simplement qu’il n’est pas possible de savoir si une solution est meilleure qu’une autre, et quelles en seraient les conséquences réelles, tout simplement car il s’agit d’une première, que les données sont bien trop nombreuses et qu’il est impossible de savoir comment chacun réagira. Et puis tout dépend aussi de l’unité de temps considérée. Une bonne solution à court terme peut s’avérer désastreuse à long terme, et inversement.

La seule chose que l’on peut dire en fait avec certitude, c’est qu’au moment où j’écris ces quelques lignes (lundi 29 juin après-midi), le marché est loin d’être réellement inquiet.

Ce que dit le marché

CAC-290615-MT

Certes, l’Eurostoxx 50 chute actuellement de 3%. Mais la situation s’est déjà améliorée depuis la réaction épidermique de l’ouverture (-4.8%), et il faut surtout mettre ce repli en perspective avec la hausse enregistrée la semaine dernière (+4.8% également) sur de simples espoirs de solution (poursuivre l’aide en est-elle pourtant vraiment une viable à long terme ?). Les marchés restent encore en très nette hausse depuis le début de l’année, et nous ne sommes graphiquement que dans une phase de consolidation.

Pourtant, la nouvelle avait de quoi provoquer un mouvement d’une bien plus grande ampleur, tant le consensus allait vers un accord imminent. C’est d’ailleurs sans doute ce qu’avaient dû jouer bon nombre de spéculateurs de court terme en fin de semaine dernière, espérant un scénario similaire à celui de lundi dernier. Il n’en a rien été, et ces investisseurs, pris à contre-pied, ont participé à la petite panique de ce matin.

Mais compte tenu de l’ampleur de la surprise (car il ne faut pas se leurrer, il n’y avait personne la semaine dernière pour évoquer un tel scénario – même si j’en vois déjà sortir du bois pour vous claironner et dire « je vous l’avais bien dit » J), le mouvement aurait pu être bien plus important.

Mais non. Après quelques chutes de 8 à 10% ce matin sur certains titres, suite au déclenchement d’ordres stops (je reviendrai d’ailleurs un jour sur ce sujet des ordres stops…), rares sont les titres en ce milieu d’après-midi qui baissent de plus de 5%. Il y a même quelques titres en légère hausse, comme Kering ou Vallourec. Pourquoi je vous parle de ces titres-là ? Car ce sont des titres qui ont connu un parcours particulièrement difficile ces dernières semaines, à contre-courant du marché. Si nous étions dans une situation de craintes profondes, ces titres-là souffriraient également aujourd’hui, dans un mouvement de défiance généralisée. Il n’en est toutefois rien, preuve que les ventes du jour sont avant tout des prises de bénéfices. Rien de plus.

Le marché ne croit-il donc pas à un Grexit et mise-t-il toujours sur une solution de dernière minute ? Ou considère-t-il finalement que ce ne serait pas une si mauvaise chose à terme ? Toujours est-il qu’il ne semble en tout cas pour l’instant pas vraiment s’inquiéter de la situation. L’euro, qui avait ouvert hier soir (les échanges sur le Forex reprennent à 23h le dimanche soir) sous les 1.10$, est déjà de retour sur ses plus bas de vendredi à 1.1130$.

La situation pourrait malgré tout rester compliquée encore quelques jours, et on ne peut exclure un retour sur les 4700, voire les 4500/4600, car le marché n’aime pas l’incertitude (cf. également mon graphique ci-joint). Mais pour ce même marché (lire bien sûr les opérateurs qui font le marché), il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter plus que cela en l’état actuel des choses, et le trou d’air de ce matin était finalement peut-être plus une opportunité d’achat que de vente.

Pour autant, la vigilance reste malgré tout de rigueur. Pourquoi ? Car le dossier grec pourrait bien masquer d’autres facteurs de risque.

D’autres sujets d’inquiétudes

Si la Grèce ne semble donc pas devoir être considérée comme un réel sujet d’inquiétude aujourd’hui, elle focalise en tout cas clairement l’attention des investisseurs du monde entier. Et dans ces cas-là, on a vite tendance à oublier le reste.

Presque personne ne parle en effet d’un possible krach en cours sur le marché Chinois, qui a perdu plus de 7% en séance ce matin, après déjà un repli de 7% vendredi, et un repli cumulé de plus de 20% en deux semaines.

Presque personne ne parle non plus de la chute continue du prix des matières premières depuis de longs mois. C’est certes une très bonne nouvelle pour beaucoup d’entreprises, mais c’est malgré tout le signe d’une baisse de la demande et donc de la croissance.

D’ailleurs, si on regarde aujourd’hui la situation de la croissance économique mondiale, elle n’est guère réjouissante (sans être non plus catastrophique, attention. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), avec un ralentissement (et non une baisse) aux US, en Chine et dans les pays émergents. En fait, la seule zone dans laquelle la croissance accélère, c’est en Europe… Eh oui. Bon d’accord, on part de très bas, et on accélère à la vitesse d’un paresseux tétraplégique (ou presque). Mais on accélère. Et c’est sans doute ce qui contribue à la relative résistance du marché ces dernières semaines et à sa bonne tenue de ces derniers mois : tout le monde (de New York à Tokyo en passant par Shanghai) joue la recovery européenne. C’est bien, mais attention quand même. Car pour l’heure, rares sont les entreprises qui voient vraiment la recovery en question. Et même si le marché est connu pour anticiper, gare quand même au retour de bâton en cas de déception.

Attention également à la Grande Bretagne, et après le risque d’un Grexit, le risque d’un Brexit comme certains disent.

Enfin, dernier facteur de risque : la situation sur le marché des taux, et le risque de krach obligataire. On en a un peu parlé ces dernières semaines, et après deux sérieuses alertes début mai et début juin, la situation s’est un peu calmée. Avec des taux qui restent malgré tout particulièrement faibles, proches de zéro ou même de temps à autre négatifs pour certains, nous restons dans une situation que je considère comme anormale et donc potentiellement à risques. Si le fait que de plus en plus de personnes évoquent ce risque de krach obligataire en diminue la probabilité, il s’agit malgré tout d’un sujet à surveiller.

S’il ne faut donc pas forcément trop s’inquiéter du cas grec, attention malgré tout aux autres facteurs de risques évoqués, qui pourraient nous valoir d’autres secousses. Plus que jamais, il est donc important de suivre de près l’évolution de vos portefeuilles, ne serait-ce que pour pouvoir profiter des opportunités qui ne manqueront pas de se présenter, à l’achat comme à la vente, compte tenu d’une augmentation sensible de la volatilité, et éviter au final de trop se faire balloter dans tous les sens.
Poster un commentaire