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Loic Abadie

Loic Abadie

Je vis à la Réunion. Je suis ingénieur de formation. Actuellement, j'enseigne en classe primaire. Entre 2003 et 2010, j'ai multiplié par 9 la valeur de mon PEA, en jouant sur des petites valeurs et sur les trackers CAC40 type BX4 pour me couvrir dans les marchés baissiers. En 2011, ce PEA fait plus de 425.000 euros. Il a stagné pendant deux ans, car j'ai préféré jouer la sécurité, l'essentiel de mes économies étant investi dedans.

2013 et 2014, les incertitudes européennes se sont calmées avec le QE. J'ai repris un peu plus d'initiatives. Fin 2014, mon PEA touche un nouveau plus haut à 580.000€.

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Comment faire disparaître rapidement 750 milliards d'€...

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Je commencerai cet article par trois remarques primaires, populistes et d’un niveau intellectuel au ras des pâquerettes, bien incapable que je suis d’approcher la profondeur et la complexité de la pensée des eurocrates qui mettent en œuvre les dispositifs financiers qui « stabilisent » les finances de tous les états de l’eurozone.

 

Mon cerveau basique me dit donc ceci :

 

  • Lorsque un acteur économique est surendetté et incapable de régler ses dettes, le fait de lui prêter encore plus d’argent, et d’augmenter ainsi encore son niveau d’endettement, n’améliorera certainement pas sa situation sur le long terme, et ne l’aidera certainement pas à résoudre son problème.
  • Lorsqu’on prête (beaucoup) d’argent à un acteur économique incapable de payer les dettes qu’il détient déjà, il n'y a aucune chance de revoir la couleur du nouvel argent prêté. Cela ne s’appelle pas un prêt, mais un don inutile dans un puits sans fond.

     
  • Lorsqu’un pays présente un déficit structurel et massif de sa balance des paiements vis à vis de l’extérieur, dû à un manque de compétitivité, la valeur de sa monnaie doit baisser jusqu’à ce que le nouveau coût de sa main d’œuvre restaure un niveau de compétitivité suffisant sur le plan international. Si on empêche cet ajustement en imposant à ce pays une monnaie extérieure trop forte pour lui, il ne pourra restaurer sa compétitivité, et ses déficits s’aggraveront jusqu’à la faillite totale de son économie.

 

 

Tout le monde aura compris que je voulais parler de la Grèce (mais cela vaut aussi pour le Portugal et en partie l’Irlande).

 

Ce que nous devrions faire :

 

La Grèce a en effet passé depuis longtemps le point de non retour, à partir duquel se serrer la ceinture ne sert plus à grand chose (le déficit grec a augmenté de 13% sur les 5 premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2010), mais où il faudrait un plan similaire à celui mis en œuvre pendant la crise argentine :

 

- Restructuration pure et simple de la dette, avec réduction négociée mais massive des créances. Vu la situation financière de ce pays, il semble très difficile d’imaginer que plus de 30 % de la créance soient récupérables un jour :  La dette Grecque fait 150% du PIB, 30% de celle-ci feraient encore 45% du PIB grec, valeur qui doublerait une fois la monnaie grecque dévaluée de 50%. On peut peut-être espérer un peu mieux (40 à 50% du montant de la créance initiale ?) grâce au produit d’éventuelles privatisations, mais une chose est sûre : Plus nous attendrons,  plus le gouffre se creusera, et moins la part récupérable sera grande.

 

 - Une fois la restructuration accomplie, sortir de la zone euro, pour permettre une dévaluation suffisante de la monnaie grecque, de nature à restaurer l’équilibre de la balance des paiements et la compétitivité de ce pays.

 

Ce schéma de crise avait fonctionné en Argentine au début des années 2000 dans une situation assez similaire, et après une crise sévère mais de durée assez courte (un défaut de paiement d’un état ne constitue pas la fin du monde, même si c’est un événement très grave),  ce pays a aujourd’hui un budget équilibré et un niveau d’endettement raisonnable, et bénéficie d’un taux de croissance tout à fait honorable, un des meilleurs d'Amérique Latine, même si des problèmes subsistent et que l’inflation y reste élevée.

 


N.B : contrairement à la légende du schéma, il s'agit de taux de croissance trimestriels pour l'Argentine, si bien que ce pays présente des taux de croissance annuels moyens supérieurs à 6%. Un dossier sur ce redressement argentin est disponible, ainsi que cet article du NY Times (en anglais).
 

 

 

Si on l’avait appliqué à la Grèce en 2009, ce pays serait peut-être déjà sorti d’affaire aujourd’hui.

 

Ce que nous faisons

 

Les européens ont choisi une autre voie, plus conforme aux enseignements du keynésianisme  : Jeter le plus possible d'argent dans un gouffre pour reporter le problème de quelques mois ou quelques années, jusqu’à ce que leurs actions entraînent l’implosion totale de l’eurozone.  Ils y arriveront d’ailleurs très certainement (la disparition de l’eurozone et du machin bancal et non démocratique plus connu sous le nom d’« union européenne »  permettra au moins de repartir sur de meilleures bases après la grande crise qui nous attend).

 

Le coût estimé pour le contribuable, les résultats :

 

Le FESF (fonds européen de stabilité financière) représente un montant potentiel de garanties de 750 milliards d’euros (500 millions venant des états européens ou du budget européen, 250 milliards venant du FMI).

 

La part de la France dans ce dispositif vient d’être relevée de 111 à 159 milliards d’euros.

 

Dans ce cadre, un premier prêt de 110 milliards a été décidé en 2010 à la Grèce pour stabiliser la situation économique et financière. Bilan de cet « investissement » très particulier :

 

  • La dette Grecque est passée de 115% du PIB fin 2009 à plus de 150% du PIB aujourd’hui.
  • Le déficit budgétaire a augmenté de 13% , ce qui signifie que le gouffre se creuse de plus en plus vite.
  • La recession s’aggrave en Grèce : PIB en recul de 2% en 2009, 4,5% en 2010, et 5,5%  sur les premiers mois de 2011 par rapport à la même période de 2010.
  • Le taux d’intérêt des emprunts grecs à 10 ans est passé de 6,5% début avril 2010 à 17% aujourd’hui.

 

 

Résultats qui sont parfaitement logiques et en ligne avec mes trois remarques de début d’article.

 

Forts de ce premier bilan, les dirigeants européens ont décidé de poursuivre cette belle aventure et de lancer un nouveau prêt de 110 milliards d'€.

 

Un « Mécanisme Européen de Stabilité » ( !) va aussi être mis en place à partir de la mi-2013. Montant prévu des garanties : 700 milliards d’euros.

 

Part de la France probable : autour de 21%, soit de nouveau 150 milliards environ.

 

Je garde le meilleur pour la fin : afin de bien s’assurer que nous ne reverrons jamais la couleur de cet argent, nos dirigeants ont aussi décidé que ce fonds ne bénéficierait pas du statut de créancier prioritaire, pour « rendre plus attrayantes auprès des investisseurs les futures émissions de dette » de la Grèce, du  Portugal et de l’Irlande, comme l'explique ce site dédié à la gloire de la construction européenne.

En clair : nous allons garantir avec  l’argent du contribuable la solvabilité d’états en pré-faillite, pour que les opérateurs privés (banques et autres) puissent acheter sereinement leurs emprunts d’état en profitant de taux qui sont actuellement très largement supérieurs à 10%.
Et une fois que ces états seront en faillite (car ils le seront évidemment), le contribuable ne sera même pas prioritaire pour obtenir les quelques miettes restantes sur les prêts consentis.

 

Comme l'a dit Charles Dereeper, vous pouvez quand même tenter de récupérer une partie de l'argent jeté par la fenêtre en achetant de la dette Grecque sur des échéances courtes...Avec de la chance, et si l'eurozone n'implose pas trop vite, vous serez rémunérés par le FESF et le M.E.S (pour le M.E.S, il faudrait quand même que l'eurozone résiste au delà de juillet 2013, ce qui est loin d'être gagné).

 

Sinon, 159 milliards d’euros, cela représente un engagement proche de 2500 euros par français, ou de près de 10 000 euros pour un ménage standard formé d’un couple et de deux enfants.  

Si l’eurozone n’a pas réussi à imploser avant la naissance du M.E.S en 2013, il faudra ajouter 150 autres milliards à l’ardoise, soit de nouveau près de 10 000 euros pour notre « ménage standard ». Quoi qu’en disent les dirigeants actuels, la probabilité pour que nous revoyons un jour la couleur de l’argent prêté à des états comme la Grèce, le Portugal ou l’Irlande est voisine de O (pour l'Irlande il reste un faible espoir vu que ce pays garde un secteur privé assez compétitif). Considérez donc dès maintenant que l'"engagement" est une perte pure et simple.

 

P.S : Dans le domaine « la réalité bisounours dépasse la fiction », une agence de communication m’a contacté il y a quelques semaines pour m’inviter à signer un « manifeste  pour l’optimisme » écrit par Thierry Saussez, à répandre la bonne parole, et à essayer un nouvel outil de relance économique innovant :

 

Je me suis demandé un moment si je devais le prendre au premier degré, ou si nos élites, dans un rare éclair de lucidité, se lançaient dans l’auto-dérision...à vous de voir.

 

Vous pouvez suivre mes anticipations économiques, la composition de mon PEA et mes opérations avec ma lettre Boostez votre PEA ! .

 

Loïc Abadie

 

 

 


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8 Commentaires

  • Lien vers le commentaire balthazar lundi, 27 juin 2011 00:47 Posté par balthazar

    @london511

    "N’y a il pas un risque que la BCE fasse tourner massivement la planche à billet pour maintenir les taux longs à des niveaux bas ?"

    > le problème c'est le traité, qui l'empeche. Au moins en théorie.

    En pratique, on a déjà la BCE qui prête directement. Comme le fait la FED avec les QE. Et on a ces prêts étatiques qui ne sont rien d'autre que des grosses machines à créer de la masse monétaire. C'est en fait très comparable aux QE américaines dans les effets, sauf peut-être pour le moment dans l'ampleur.

    Mais ensuite, car il y aura forcément une suite ..
    Ensuite donc il va falloir payer pour l'Espagne, l'Italie, la France (la France n'a AUCUNE marge de manoeuvre puisque 55% du PIB est déjà confisqué, difficile d'augmenter tellement plus les impôts - il reste un marge de 15 points grand max), peut etre aussi l'Allemagne tout de même très endettée, très exposée financièrement et en depeuplement.

    Et là, à part modifier le traité et créer de l'argent , je vois pas comment on peut faire autrement.

    On pense souvent que la loi dicte les comportements. Mais dans les faits, c'est le contraire. Necessité fait loi comme on dit. Et la necessité, ça va être de payer les dettes à un moment donné.

    Exactement comme les USA.

    Donc à ce moment là, devant l'urgence, politiquement il sera possible de modifier le traité sans consulter le peuple et ce que vous dites deviendra possible.


  • Lien vers le commentaire london511 lundi, 27 juin 2011 00:41 Posté par london511

    L’inflation leur permettra de voler le peuple en toute discrétion , sans passer par des coupes budgétaires nécessaires.

  • Lien vers le commentaire balthazar lundi, 27 juin 2011 00:28 Posté par balthazar

    Moi je pense qu'on va vers une inflation en bonne et due forme. Tout ce fric sorti de nul part (car ce sont des prêts .. financés avec des emprunts !) , on va le retrouver bien vite sur notre marché (on = france, allemagne, ..). Et je me demande si ça n'est pas le but, ni plus ni moins. Contrairement à pas mal de gens, je crois que les technocrates savent ce qu'ils font et où ils veulent aller. J'ai toujours pensé que l'inflation viendrait, sans savoir comment car le traité européen empeche(ait) les manips sur la monnaie. Pourquoi ? Parce que depuis la nuit des temps c'est la solution de secours. J'imaginais plutot une solution à l'américaine type QE , ou meme une bonne grosse dévaluation type creation de cash ex-nihilo (solution que n'exlue d'ailleurs toujours pas pour les gros bébés que sont l'Italie, la France , l'Allemagne). En fait j'ai l'impression que tout ça est piloté confortablement, dans le calme. On notera que Merkel a pas l'air choquée plus que ça de tout ce qui se passe ...

  • Lien vers le commentaire london511 dimanche, 26 juin 2011 16:42 Posté par london511

    N'y a il pas un risque que la BCE fasse tourner massivement la planche à billet pour maintenir les taux longs à des niveaux bas ?

  • Lien vers le commentaire Loic ABADIE dimanche, 26 juin 2011 15:58 Posté par Loic ABADIE

    A Fabgrass, toute la difficulté viendra du timing.

    Pour l'instant l'argent "perdu" va en très grande partie dans les caisses des banques.
    Tant que ce ne sont que des états mineurs type Grèce / Portugal qui sont menacés, une stratégie associant cash et placements en valeurs décotées sur actif net tangible ET bénéficiaires (ou valeurs offrant un fort rendement sur dividende), et quelques shorts sur indices (à intensifier quand le retournement se confirmera) est un bon choix.
    Mais dès que les gros états seront à leur tour concernés par la crainte sur les dettes souveraines et que l'hyperinflation menacera, alors il faudra troquer son cash et son assurance-vie pour :
    - Les valeurs pétrolières et minières.
    - renforcer les métaux précieux.
    - Certaines foncières très endettées (pour profiter de l'éponge sur les dettes offerte par l'inflation).

    Le signal du changement d'orientation sera donné pour moi par le passage des taux longs au dessus de 5% (aux USA) ou au dessus de 6-6,5% en France.

  • Lien vers le commentaire Loic ABADIE dimanche, 26 juin 2011 11:09 Posté par Loic ABADIE

    A london511 : Pour moi la crise argentine n'a aucun rapport avec "l'ultralibéralisme". Cet terme "ultralibéralisme" ne veut d'ailleurs rien dire, sa seule fonction étant d'être un signe de reconnaissance et de ralliement de divers adversaires du libéralisme authentique (celui de l'école autrichienne).

    Les données existant sur les différentes grandes économies mondiales (USA et Europe) montrent [sans contestation possible->http://tropicalbear.over-blog.com/article-27587725.html] que la part de l'état dans l'économie n'a cessé de s'accroître depuis des décennies (USA compris, où elle atteint aujourd'hui 50% du PIB).
    Et pourtant on ne peut même pas parler d'états forts, vu que ceux-ci dépensent sans règlementations et sans rien contrôler, juste pour "relancer" par la fuite en avant dans la dette.

    [Pour ma part->http://tropicalbear.over-blog.com/article-quelques-propositions-globales-en-reponse-a-la-crise-44410258.html] (je me considère comme un simple libéral, mais conscient de la nécessité de l'état), je suis pour un état fort et ferme dans ses domaines, mais qui reste à un niveau de dépenses de 35 à 38% du PIB, et qui garde un contrôle total sur ce qu'il dépense (sans mélange des genres douteux entre public et privé).

    Sur la crise argentine, elle a été provoquée par un élément essentiel (qui n'a aucun rapport avec le "libéralisme") : L'arrimage du peso au dollar et le système de currency board, qui fait que ce pays avait perdu son autonomie monétaire, et se trouvait totalement à la merci des fluctuations de cours d'une monnaie étrangère. La situation de la Grèce, arrimée à l'euro est similaire.

    Quand la valeur du dollar est devenue trop élevée, l'argentine a perdu sa compétitivité internationale, et les flux d'investissements étrangers qui allaient avec, et le système a explosé, parce que l'Argentine avait perdu la possibilité de restaurer sa compétitivité via l'ajustement du cours de sa monnaie.
    A ce problème principal s'est ajouté celui d'un état incapable de collecter les impôts et de lutter contre l'évasion fiscale (là encore, je suis libéral, mais considère que l'état doit être en mesure de faire appliquer fermement ses lois, y compris pour la fiscalité : état de taille modeste, mais capable de se faire respecter !).

    Il faut aussi noter que cette (mauvaise) décision d'arrimer le peso au dollar avait été prise en réaction à une période précédente d'hyperinflation, provoqué par un état ne maîtrisant pas ses dépenses et utilisant la planche à billets pour compenser (ce qui va à l'opposé des principes libéraux).

    P.S : Mais surtout, continuez de dire à vos enseignants divers que cette crise est le résultats des politiques de "méchants ultralibéraux".
    90% d'entre eux sont des héritiers de l'idéologie soixante-huitarde, acquis à la cause de "l'étatisme mou" (état qui dépense à tour de bras, tout en étant faible et incapable de contrôler ce qu'il fait, avec nombreuses zones de collusion entre public et privé qui ne devraient jamais exister).

    Dans les examens et concours, le candidat est là pour montrer ses "capacités grégaires" et proposer à ceux qui le jugent un produit conforme à leurs attentes et à leurs valeurs (cf le début de l'amusant et instructif livre de Zoé Shepard.)
    Une fois que vous aurez vos diplômes, vous pourrez enfin faire et dire ce que vous voudrez !

  • Lien vers le commentaire london511 dimanche, 26 juin 2011 09:25 Posté par london511

    Bonjour, je suis actuellement étudiant en License d'économie-gestion et nous avons étudiées la crise en Argentine. Selon mes différents enseignants cette crise est issue du manque de réglementation et de l’excès de " l'ultralibéralisme".
    Selon vous quels sont les causes réels de cette crise ?
    Merci