Vous n'êtes pas membre (devenir membre) ou pas connecté (se connecter)
Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

promospeciale

Brèves de crise: Chypre, Nouvelle Zélande, Draghi et l'étalon-daube, et une proposition pour la sécurité de vos dépôts

Audience de l'article : 4703 lectures
Nombre de commentaires : 1 réaction
Quelques brèves d'actualites sur l'économie en Zone Euro. N'ayant actuellement pas le temps de produire les articles "lourds" habituels, je me contenterai de courts "flashes" visant surtout à combattre les idées les plus absurdes propagées soit par la presse, soit par des officiels et politiques.

Le triomphe de l’Euro-daube ?


Entendu jeudi matin sur BFM: “Certains envisagent que la BCE accepte, contre des liquidités, que des banques amènent en collatéral des prêts à des PME”. Draghi n’a pas démenti lors de son allocution de l’après midi.

Sont ils devenus fous ? Tout comme les rachats de crédits immobiliers massifs par Fannie Mae et Freddie Mac ont encouragé des organismes de crédit (Countrywide, Indymac, Ameriquest...) à accorder des prêts “abusifs” à des clients peu solvables en mentant sur les fondamentaux des prêts, un rachat massif de créances envers des PME donnera aux banques les moins scrupuleuses un signal délétère: “prêtez n’importe quoi à n’importe qui, la BCE rachètera”.

Draghi est tout sauf idiot et il le sait. La BCE tentera d’édicter des règles minimales de recevabilité des créances, mais les banques les plus douteuses ou les plus mal en point feront comme Countrywide, elles mentiront purement et simplement sur la qualité des prêts accordés. Et la BCE n'aura pas les moyens de vérifier que chaque prêt apporté en collatéral sera aussi propre qu'il en a l'air. 

Là encore, Draghi le sait parfaitement. Aussi est il probable, si cela venait à se faire, que la BCE assortisse la prise en collatéral de “repurchase agreements” draconiens: si le débiteur venait à être en retard ou défaillant, la banque originatrice serait tenue de racheter la créance et de rendre les liquidités, et donc d'absorber la perte à la place de la BCE. Mais rien n’empêchera la banque malhonnête d’assurer le Rollover par un prêt à une société écran qui elle même reprêtera au débiteur initial... Pourquoi une banque ferait elle cela ? Si elle est déjà en difficulté, elle pourra décider de “faire jouer l’orchestre le plus longtemps possible” et distribuer des bonus, avant la chute. C’est ce qu’on fait les établissements de crédit précités avec les prêts "subprime" aux USA. 


Ainsi les euros en circulation seront-ils de plus en plus gagés non pas sur de la création de valeur pérenne mais sur une part croissante de mal-investissement. Comme je l’ai déjà dit, ce sera le triomphe de “l’étalon daube”. Jusqu’à ce que la pyramide de créances “creuses” n’explose lamentablement, provoquant une nouvelle débâcle financière.


Notons qu’à quelques nuances près, c’était une idée poussée par le Parti Communiste dans les années 70 pour nationaliser “sans douleur” le crédit. Espérons que cette folie sera écartée d’un revers de manche par le board de la BCE.


----------------


Nouvelle zélande et incompétence de presse


Lu sur forex.fr : “La Nouvelle Zélande envisage une taxe sur les dépôts comme à Chypre”. Cet article est hélas représentatif du niveau déplorable de ce que l'on peut lire soit sur le sujet, soit sur le second plan chypriote, qui suscite les mêmes incompréhensions. 


Le titre est trompeur et laisse croire qu’une telle action serait une taxe, pourrait être proche et concerner l'ensemble des dépôts: c’est évidemment faux. Il s’agit juste de la procédure décidée par la banque centrale Néo-Zélandaise pour agir dans le cas “peu probable” d’une faillite bancaire. Il n’y a donc aucune menace imminente.

En outre, la mesure proposée n’est en rien une taxe mais un dispositif de participation éventuelle des déposants de la banque en faillite à la restructuration du passif. En outre, la part des dépots risquant un “gel” conservatoire en vue d’une éventuelle conversion en actions n’est pas fixée à l’avance mais est une simple “possibilité” que se laisse la Reserve Bank of NZ pour régler une
faillite particulièrement sévère.


Le seul (gros) reproche que j’adresse à la procédure imaginée par les kiwis est qu’elle traite les déposants semble-t-il “pari passu” (cad “sur un pied d’égalité") avec les autres créanciers financiers “senior”, alors que ces derniers devraient supporter un risque plus élevé de se faire convertir en actions, car ils sont en général mieux informés et leur risque est mieux rémunéré. Ce point semble poser de gros problèmes politiques en Nouvelle Zélande à la lumière des faillites chypriotes.

Mais malgré ce défaut,  le système Néo Zélandais a un quadruple avantage:

(1) Il rend très improbable une mobilisation des contribuables
(2) En assumant l’absence d’assurance des dépôts (laquelle ne peut être financée que... par une taxe à faible taux et récurrente sur les dépôts, justement ce que la procédure choisie évite), le législateur admet que de telles assurances “incitent autant les déposants que les banquiers à ne pas apporter autant de soin que nécessaire à la gestion des risques”.
(3) La loi NZ prévoit, dans un autre texte, qu’en cas de faillite, si les déposants sont impactés, alors le dirigeant de la banque sera rendu responsable sur ses biens propres. Lesdits dirigeants ont donc intérêt à ne pas faire n’importe quoi.
(4) Il est décrit à l'avance ! Pas d'improvisation légale lorsqu'il faudra le mettre en oeuvre, et la règle, simple à comprendre, est connue de tous. 

En savoir plus : le mécanisme de résolution expliqué par la Reserve Bank of NZ

Mon analyse des plans chypriotes: le premier, désastreux, et le second, techniquement bien meilleur, mais tellement mal amené (et entaché de délits d'initiés de la part d'officiels, ce qui n'aide pas !) que son acceptabilité et son efficacité s'en trouvent menacées.

-----------

Comment réduire considérablement le risque de panique bancaire: et si on instaurait la super-séniorité du déposant ?


L’analyste économique George Kaplan (nom d’emprunt) explique dans deux articles absolument limpides comment protéger au maximum les dépôts bancaires en cas de faillite. Sa proposition celle que j'ai pu faire par ailleurs, mais expliquée de façon absolument limpide. 

Dans le premier, “La banque pour les nuls”, il explique de façon limpide comment lire les grandes masses d’un bilan de banque. Dans le second, “séniorité des déposants”, il explique le mécanisme d’absorption progressif des pertes éventuelles de la banque par les différent ayants droits au passif de la banque, des plus exposés (“junior”) aux plus protégés (senior). En accordant aux déposant un statut “super sénior”, qui n’est pas aujourd’hui garanti par la législation dans tous les pays (dont la Nouvelle Zélande, Cf supra, et la France...), le législateur rendrait très improbable la mise en oeuvre d’un gel d’une partie des dépôts pour compenser des pertes, mêmes importantes, à l’actif.


Deux articles chaudement recommandés à tous les non initiés de la chose bancaire pour comprendre le second plan de sauvetage des banques chypriotes, qui, je le répète, ne constitue pas une “taxe”, quoi que vous lisiez dans la presse ou certains blogs.

Les plus initiés rétorqueront que l’article ne parle pas d’un sujet de controverse qui agite les débats de spécialistes: celui du droit que prennent les banques d’inscrire vos fonds à leur bilan, et de les reprêter sans conserver assez de liquidités pour faire face à un éventuel bank run. Ce système, dit de “réserve fractionnaire”, fait l’objet d’attaques récurrentes y compris chez de nombreux libéraux. Analyse du pour et du contre, si je trouve le temps, dans de futurs articles.


--------

C'est tout pour aujourd'hui !
--------
Poster un commentaire

1 Commentaire