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A quand « l’euro contre-pouvoir » face à l’exorbitante suprématie du dollar ?

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Nombre de commentaires : 1 réaction
Européens, ouvrez les yeux. Il y a urgence à développer et renforcer l’utilisation de l’euro, véritable contre-pouvoir potentiel à la toute-puissance du dollar américain dont s’accommodent jusqu’ici les Européens, mais très mal les Russes, Chinois, Brésiliens ou Indiens. Ce que nous, Européens, ne feront pas, les « Emergents » le feront.




FATCA ne vous intéresse pas ?

Vous avez tort, car c’est une véritable lame de fond émergente qui finira par vous concerner tôt ou tard. La multiplication des échanges automatisés des données bancaires et financières entre états est à l’œuvre ; dernière épisode en date, la signature de l’accord FATCA avec les US par François Hollande.

Ce mouvement est général. L’objectif ici est de pouvoir contrôler exhaustivement tous les flux (et avoirs) financiers que vous émettez/recevez, quels qu’ils soient, d’où ils viennent et où qu’ils aillent, notamment pour les taxer. Les états dispendieux et sur-endettés traquent l’argent comme le carnassier sa proie... Notez au passage que la détermination des politiques à réduire au minimum les règlements « cash » au profit des paiements numériques traçables partout et en permanence, procède probablement de la même volonté




Une forme de chantage...

Mais ce qui dérange le plus dans cette histoire est probablement cette forme de « vassalisation » que les Américains nous imposent.

FATCA est ni plus ni moins une forme de chantage. N’ayons pas peur des mots. Les US imposent à toutes les banques de la planète de livrer automatiquement et systématiquement toutes les données bancaires et financières des ressortissants américains au fisc US (IRS).

Et si la Banque ne se plie pas aux exigences américaines ?

La banque récalcitrante verra taxer de façon systématique et à hauteur de 30% tous les revenus et paiements qu’elle recevra en provenance des US et elle se verra interdire toute activité aux Etats-Unis. Dissuasif...

Alors les banques obtempèrent donc sans sourciller, à gros renfort d’investissements car les exigences américaines sont telles qu’il faut adapter les systèmes d’information bancaires : en moyenne 50 et 150 millions d’euros par banque... une paille.

Elles sont ainsi 77 000 banques dans 80 pays à avoir déjà signé pour FATCA. Inutile de vous dire que FATCA n’est pas réciproque, hégémonie américaine oblige...




De privilège en privilège...

Dans la même veine, le privilège exorbitant que dénonçait déjà le Gal De Gaulle en son temps (la suprématie du dollar et la capacité des Américains à financer leur train de vie en imprimant du dollar « sans limite ») est en train de se transformer en un privilège juridique tout aussi exorbitant.

De fait, l’utilisation du dollar dans les transactions internationales (qui passent par les chambres de compensations américaines) étend de façon illimitée le champ d’application territorial de la réglementation USA. Au diable la règlementation du pays dont vous êtes ressortissant, balayé de droit international... à croire que la volonté de la règlementation américaine veut être applicable à tous, partout dans le monde...




Le droit américain se substitue au droit international.

L’incroyable amende infligée à BNP Paribas ou encore le risque de mise en faillite de l’Argentine en proie au fonds vautours sont symptomatiques de cette toute puissance américaine.

Le plus inquiétant est sans doute que les dés sont pipés, biaisés, car cette règlementation a été créée pour défendre un seul et unique intérêt : celui des Américains et de leurs entreprises. La défense des intérêts peu reluisants des fonds vautours, contre celui du peuple argentin, en est la preuve éclatante. Intérêt versus éthique & moral...

Notez au passage que le traité de libre-échange actuellement en cours de discussion entre l’Europe et les USA prévoit la mise en place d'un tribunal d’arbitrage privé pour juger les litiges entre entreprises et Etats. L’Europe devra être très prudente sur ce point.

La puissance monétaire et financière des Etats-Unis leur permet d’asseoir leur hégémonie et de défendre leurs intérêts partout dans le monde ; une situation dont s’accommodent curieusement les Européens, mais très mal les Russes, Chinois, Brésiliens ou Indiens.




A quand l’euro « contre-pouvoir » ?

Peut-être serait-il temps que les Européens ouvrent les yeux et se rendent compte de l’importance de développer et renforcer l’utilisation de l’euro, véritable contre-pouvoir potentiel à la toute-puissance du dollar américain. Pourquoi diable un Airbus construit en Europe et vendu à des Italiens doit-il être payé et facturé en dollar ?

Le président de Total, Christophe de Margerie, l’a très bien compris. De façon très diplomatique il s’exprimait récemment pour dire qu’il ne voyait pas pourquoi les échanges internationaux de pétrole ne sont pas libellés dans d’autres monnaies que le dollar.

Notre ministre des finances Michel Sapin va dans le même sens lorsqu’il encourage les pays européens à utiliser davantage l’euro.

Des mots ! me répondrez-vous. A quand les actes ?




Ce que les Européens ne font pas, les Emergents le feront...

... avec à leur tête, la Chine. Cette dernière, devant l’accumulation de ses avoirs en dollars, cherche à s’extraire et contrer de la suprématie du dollar depuis longtemps.

Elle est déjà en train de mettre en place des chambres de compensation en yuan (Londres, Singapour, Frankfort...). De même, elle multiplie les accords de swaps avec ses partenaires commerciaux (dont le Japon) pour substituer la monnaie respective des pays partenaires au dollar US dans le paiement des transactions. Des accords de swaps ont été signés avec 22 pays à ce jour, faisant ainsi passer le yuan de 3% des échanges internationaux en 2010, à 11% aujourd’hui.

Mais les choses vont plus loin encore puisque la Chine se bat pour faire émerger le DTS (panier de monnaies), un panier de monnaies étant plus stable que le seul dollar qui, aux dires des Chinois, met la planète financière et monétaire en danger...

Les pays du G20 réunis à Londres en avril 2009 ont ainsi demandé au FMI de reprendre les allocations de DTS. Initiative pour le moment encore freinée par les Etats-Unis qui voit d’un mauvais œil l’utilisation du DTS comme monnaie de réserve potentielle, et pour cause... D’où les rumeurs récurrentes selon lesquels les pays émergents chercheraient à créer leurs propres FMI et Banque Mondiale, pour contrer la suprématie du dollar. Affaire à suivre...

Quoi qu’il en soit, l’euro est pour nous une bouée de sauvetage, un véritable contre-pouvoir qu’il nous faut développer et utiliser à tout prix pour « exister » et « résister » dans ce monde en pleine mutationqui verra bientôt émerger le yuan aux côtés du dollar...

Isabelle Mouilleseaux  @IsaMlx

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1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire N vendredi, 08 août 2014 09:07 Posté par Nico455

    Les chinois ont raison, l'avenir n'est pas dans le dollar, ni dans l'euro ou le yuan, mais dans une monnaie type DTS, avec des critères prenant en compte plus de monnaie qu'actuellement, et une révalorisation en temps réel selon les cours et le poid des monnaies le composant.


    Alors que le poid du dollar augmente légérement face a l'euro dans le panier de devise DTS, il est interressant de voir la perte "d'influence" du dollar dans la valorisation DTS liée au taux de change avec l'Euro..... Si cette "monnaie" servait dans les échanges commerciaux, les Americains auraient beaucoup plus de difficultés.