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Vincent Benard

Vincent Benard

Vincent Bénard est analyste à l'Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l'Institut Hayek (Bruxelles). C'est un spécialiste du logement et  de la crise financière de 2007-2008 (subprimes). Grand défenseur du libéralisme économique, Vincent décortique tous les errements des Etats providence !

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Hommage : la dernière enquête du Lieutenant Columbo

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Nombre de commentaires : 3 réactions

 

En exclusivité, voici la dernière enquête du lieutenant Columbo, Alias Peter Falk, décédé ce 24 juin 2011.

 

 

Le lieutenant le plus sagace du PAF se penche sur le cadavre de l'économie mondiale.

 

 

Reposez en paix, lieutenant.
 

 

Columbo, The last episode
"Eco Lumbo"
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Acte I, Scène 1

 

 

Famous-clunker

 

 

Columbo - Sergent Wilson, qui est la victime ?

Wilson - Et bien, lieutenant, c'est l'économie mondiale. Regardez moi ça, Lieutenant, un vrai bain de sang. Ceux qui ont fait ça sont des sauvages... Regardez comment cette bulle a éclaté. Il y a des tripes et des cadavres partout. Vous voulez voir les relevés médico légaux, Lieutenant ?

Columbo (au bord du vomissement) - Euh, non, occupez vous en, Wilson... Je lirai votre rapport. Y-a-t'il un suspect ?

Wilson - Oui, l'enquête est trop facile. Le suspect est un certain Friedrich Hayek, que ses amis appellent Freddie. Nationalité autrichienne. Ses théories ont permis aux gouvernements de déréguler les marchés ! Euh, vous m'écoutez, lieutenant ?

Columbo (pensif) - Oui, Wilson, continuez à chercher de ce côté là... Ah, un instant, Wilson, qu'est-ce que c'est que ce papier, à côté de la victime ?

Wilson - Euh... Attendez...

Columbo - On dirait un billet de mille dollars... A peine de quoi s'acheter un plein d'essence aujourd'hui... Bon, faites analyser, Wilson.

Wilson - OK, Lieutenant !
 

 

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Acte II, scène 1
Une riche maison d'une grande ville inconnue. On sonne

 

 

encore un petit détail qui ne colle pas...

 

 


Lord Keynes - Pardon, monsieur, mais je ne reçois pas les clochards

(il ferme la porte. On sonne à nouveau)

Lord Keynes - Ecoutez, si vous insistez, je fais appeler la police.

Columbo (sortant sa carte) - Ce ne sera pas la peine, M'sieur Keynes... Elle est déjà là. Lieutenant Columbo, de la criminelle...

Keynes - Ah, pardon, c'est que vous n'avez pas l'air d'un policier... Comme quoi l'habit ne fait pas le moine !

Columbo - Ah, ça... C'est comme ma femme, tiens. Elle me dit toujours...

Keynes - Euh, oui, OK, Lieutenant, mais je suis pressé. Quel est l'objet de votre visite ?

Columbo - Ah oui, excusez moi M'sieur. Oui, c'est à cause de ce qui est arrivé à l'économie mondiale, je suis chargé de l'enquête.

Keynes - Ah oui, l'économie... Et ce pauvre Freddie Hayek, que tous les journaux désignent comme le coupable. Vous l'avez arrêté ?

Columbo - Euh, non, pas encore.

Keynes - Pas encore ? Sa culpabilité parait pourtant évidente, non ? En prônant la dérégulation à outrance, il a permis aux banques de se lancer dans des montages financiers scabreux, non ?

Columbo - Ah oui, ça ne fait aucun doute, M'sieur Keynes... Mais pour procéder à une arrestation, M'sieur Keynes, il faut un dossier parfait dans les moindres détails. Et mes chefs me demandent de compléter mon rapport... Et j'ai pensé que vous pourriez m'aider.

Keynes - Moi ? Mais en quoi puis-je vous aider, Lieutenant ?

Columbo - Et bien... Vous êtes, me dit on, un des plus grands économistes de tous les temps, et moi, tous ces trucs, l'inflation, la monnaie, le crédit, je n'y comprends rien, à tous ces trucs. Mon beau frère, c'est différent, il est dans la finance, chez Goldman Sachs, c'est un vrai mozart du trading, il se fait des milliards... Quoique bon, le milliard, c'est plus ce que ça a été. Tenez, ma femme est allé mettre de l'essence dans la 403 hier.

Keynes - Dans la quoi ?

Columbo - Oh, excusez moi, c'est ma voiture. Elle est vieille, mais j'arrive pas à m'en séparer. On m'a bien proposé une chevrolet volt, mais parfois, pour une enquête, je dois faire beaucoup de kilomètres, et les batteries se vident trop vite. Bon, enfin bref, ma femme, elle va faire le plein: 900 dollars ! C'était encore 20 dollars il y a deux ans, M'sieu Keynes, c'est fou, hein... C'est l'inflation, il parait...

Keynes - Oui, oui, la cupidité des spéculateurs est sans limites, c'est ce que ce pauvre Freddie n'avait pas compris !

Columbo - Vous dites "ce pauvre Freddie"... Mais pourtant, il se dit que vous vous êtes souvent opposés. De vous à moi, nous l'avons interrogé, et, vous savez quoi ? Vous allez rire..

Keynes - Je parie qu'il affirme que c'est moi, le coupable, hein ?

Columbo - Ah ben ça alors ! Vous lisez dans mes pensées, vous ! Ma femme avait raison, tiens. Il faut dire qu'elle a lu tous vos bouquins, notamment un truc, "théorie générale de...", euh

Keynes - "Théorie Générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie" - Mon plus grand succès ! Votre femme l'a lu ?

Columbo - Pour ça oui, M'sieur. Et elle est vachement calée en économie, ma femme. ça doit être de famille, avec mon Beau-Frère. Mais où en étais-je ? Ah oui, nous parlions de M. Hayek. Il affirme, vous allez rire, que c'est vous le coupable, que ce sont vos théories interventionnistes qui ont provoqué le désastre ! C'est drôle, hein ?

Keynes - Drôle, Lieutenant, non... Mais dites moi, Lieutenant, la brigade criminelle, chez moi, cela voudrait il dire que vous accordez quelque crédit aux allégations de Freddie ?

Columbo - Non, M'sieur. Ses déclarations sont trop... décalées, si vous voyez ce que je veux dire. Mais bon, souvent, les coupables essaient de faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre. Ils n'assument pas toujours leur responsabilité... Mais dites moi, pourquoi avez vous dit "ce pauvre Freddie" ?

Keynes - Et bien... J'ai de la compassion pour lui. D'ailleurs, mes théories économiques sont compassionnelles, vous savez ? Je réconcilie l'humanité et la prospérité, le capitalisme avec la fraternité, grâce à l'intervention étatique ! Saviez vous que lorsqu'il a du fuir l'Autriche, je l'ai hébergé, chez moi, à Londres. Et voilà comment il me remercie. En m'accusant, moi, qui ai failli sauver l'économie mondiale...

Columbo - Oui, oui, on m'avait dit, pour Londres. C'est pour ça que je suis venu vous voir. Je me suis dit que vous pourriez m'éclairer sur la personnalité de M. Hayek. Si vous pouviez m'aider, voyez vous, je pourrais certainement boucler très vite mon rapport, et procéder à l'arrestation. C'est qu'il ne faut pas laisser trainer l'affaire, voyez vous. Au bout de quelques semaines, la mémoire des témoins se fait moins précise, les scènes de crime doivent être rendues à la vie civile...

Keynes  - Je comprends, Lieutenant. Mais là tout de suite, j'ai un rendez vous très important, avec M. Bernanke, de la Banque centrale. On doit mettre au point le Quantitative Easing numéro VI.

Columbo - Leeeeuh quoi ?

Keynes - Quantitative Easing n°6, je vais vous expliquer...

Columbo - Euh, non. Ce ne sera pas nécessaire, je vais lire votre théorie générale, je ne vais pas prendre plus votre temps aujourd'hui. Je reviendrai demain...

Keynes - Avec plaisir, Lieutenant.
 

 

Acte II, Scène 2

(Columbo sort - Le téléphone sonne)

 

 


Keynes - Allô ? Ah, c'est toi, Ben. Oui, j'arrive tout à l'heure, comme prévu. Comment ? Oui, un policier est venu. Mais rassure toi, Ben, il marche à fond dans la combine Hayek, et il n'a pas l'air trop malin. Oui, c'est ça, benichou, à tout à l'heure, ma poule.

(on sonne)
 

 

Acte II, Scène 3

 

 

Hayek-vs-keynes
Hayek Vs Keynes - Le duel en vidéo

 

 


Keynes - Encore vous, lieutenant ?

Columbo - Oui, j'allais oublier, juste un petit détail... C'est à propos de ce billet de mille dollars que nous avons retrouvé auprès du cadavre de l'économie.

Keynes - Oui, et bien ?

Columbo - Et bien voilà, M'sieur Keynes, il est possible que ce billet ait joué un rôle dans la mort de l'économie mondiale, enfin, c'est ce qu'on essaie de savoir. Mais je voulais vous demander... C'est bien ce M. Bernanke, avec qui vous avez rendez vous, qui émet ces billets ?

Keynes - Oui, bien sûr... Pourquoi posez vous cette question ?

Columbo - Oh, pour rien de précis... Mais avouez que c'est curieux, quand même...

Keynes - Curieux ?

Columbo - Et bien oui... On dit que c'est une crise ultra libérale... Et pourtant, cette monnaie, elle est bien émise par un monopole octroyé par l'état fédéral ? Et aucune monnaie ne peut lui faire concurrence ?

Keynes - Oui, et alors ?

Columbo - Rien, je disais ça comme ça. C'est toujours pareil. Au moment de rédiger mon rapport, je bute toujours sur des petits détails qui ne collent pas. Et tant que je ne recolle pas les morceaux, pas question de transmettre le dossier au procureur... Si vous, M'sieur Keynes, pouviez m'aider à comprendre ?

Keynes - C'est très simple, Lieutenant. Les grands méchants spéculateurs mettent les banques en faillite, alors, pour éviter un risque systémique, vos comptes en banques gelés et tout le toutim, la banque centrale est obligée d'intervenir pour injecter de la liquidité dans le système, pour empêcher les prix de baisser !

Columbo - De monter, vous voulez dire ?

Keynes - Ha ha ha, lieutenant, vous êtes impayable. Mais non, il faut surtout empêcher les prix de baisser. Quand les prix baissent, c'est terrible ! Les gens se disent: "arrêtons de consommer, ce sera moins cher demain". Plus une seule voiture ne se vend ! Plus un seul Ordinateur... Ah, non, c'est vrai, ils se vendent quand même. Mais bon, vous voyez le truc: plus de commerce. La fin du monde. Alors la banque centrale réinjecte de la monnaie ! C'est parce que la banque est centrale et monopolisitique qu'elle peut contrôler la quantité de monnaie qu'elle injecte dans le système

Columbo - Ah oui, je comprends... Je note: "Quand les prix baissent, c'est une catastrophe". Merci M'sieur Keynes, vous avez sauvé mon rapport, là, je crois... Ah, mais, euh...

Keynes - Quoi encore, Columbo ?

Columbo - Mais tout de même, M'sieur Keynes, quand le plein d'essence passe de 20 à 900 dollars, vous croyez pas que le Q/E à un peu trop bien marché ?

Keynes - Ce n'est pas grave. Votre salaire a augmenté aussi.

Columbo - Oh, oui, pour ça pas de problème, je suis fonctionnaire, quoique ces derniers temps, je suis payé en IOUs... Mon Beauf, celui de Goldman Sachs, lui aussi, ça va bien. Il se fait des couilles en étalon or, si vous voyez ce que je veux dire. Par contre, mon neveu, qui est dans la mécanique, lui, c'est la cata. Son revenu n'a pas suivi l'inflation... Son patron a du baisser les salaires de moitié dans sa boite, et a aussi licencié la moitié du personnel.

Keynes - Et oui, la cupidité du capitaliste livré à lui même et aux seules forces du marché est sans limite: il baisse les salaires pour maximiser son profit ! Mais c'est du court termisme. Grâce à moi, l'état fédéral a réglementé ces pratiques douteuses.

Columbo - Mais le patron de mon neveu, lui, il dit que les taxes sont trop élevées, qu'il y a trop de réglementations, et que ça l'empêche de rester dans le business contre les chinois. Enfin bon, j'y comprends rien, de toutes façon...

Keynes - Bon, Lieutenant, on continuera la leçon demain. Je dois vraiment y aller, à ce Rendez vous.

Columbo - Ah oui, avec M. Bernanke !

Keynes - C'est cela. Avec M. Bernanke. Au revoir, Lieutenant

Columbo - Au r'voir, M'sieur.

 

 

Comment Columbo parviendra-t-il à faire craquer Lord Keynes ?

 

 

>> Lire la suite de cette enquête sur mon canal "Historique", Objectif Liberté

 

 

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Bye-bye-peter
 

 

 

Lire également :

La crise expliquée ? Retrouvez les sujets évoqués dans cette parabole, et quelques autres dans mon livre "Foreclosure Gate, les gangs de Wall Street contre l'état US".

Dans la vraie vie, Ben Bernanke, Angelo Mozilo et Franklin Raines vivent heureux, à l'abri des tracasseries judiciaires.

Autres références : mon dossier crise financière / La catégorie "crises" de ce blog / Le Foreclosure Gate

 

 

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3 commentaires

  • Lien vers le commentaire Vincent BENARD samedi, 25 juin 2011 12:31 Posté par Vincent BENARD

    @ Alcide: ce n'est pas parce que nos critiques du plan TARP sont passées inaperçues qu'elles n'ont pas eu lieu.

    Tenez, trois jours après l'annonce du plan TARP:
    http://www.voxeu.org/index.php?q=node/1670 par un digne représentant de l'école de Chicago.

    le lendemain (4 jours après, donc), je l'analysais en Français :
    http://www.objectifliberte.fr/2008/09/paulson-plan.html

    Extraits:

    "Et voilà pourquoi ce sont les contribuables américains qui vont boire la tasse, plutôt que les investisseurs ! La promiscuité des politiciens de Washington et des grands dirigeants des institutions financières, généralement issus des mêmes grandes universités de l'Ivy League (harvard, yale, princeton et quelques autres), aboutit à ce que le gouvernement privilégie ses amis au détriment des cochons de payants qui ne comptent pas. Voilà qui n'est pas sans rappeler le fonctionnement de notre énarchie. Les USA ont finalement quelques problèmes assez comprables aux notres. "

    et encore:

    "Non, nous ne voulons pas d'un tel système. L'état doit cesser de prétendre être le garant des mauvais résultats de toutes nos turpitudes, car il ne fait alors qu'aggraver les situations de crise au profit de quelques intérêts bien en cour. Nos adversaires ont beau jeu de dénoncer "le libéralisme triomphant au service des riches" lorsque la complicité de l'état et de profiteurs du capitalisme aboutit à de tels résultats. Ce à quoi nous assistons n'est pas à la faillite du libéralisme sauvé par la main vertueuse de l'état, mais au sauvetage du "capitalisme de connivence" (crony capitalism) par l'état fédéral américain complice des prédateurs. Ce n'est pas ainsi qu'une société juste doit fonctionner. Et c'est aussi contre cela que les vrais libéraux se battent."