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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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«Le bilan dramatique de l’euro !»

Audience de l'article : 1775 lectures
Nombre de commentaires : 2 réactions
Mes chères contrariées, mes chers contrariens !

Je me considère comme profondément européen comme j’ai pu déjà, à de multiples occasions, l’exprimer. Je suis le produit de la « génération ERASMUS » et d’une époque où les cours d’histoire étaient une matière importante. Comme ceux de mon âge, nous sommes également les derniers pour qui la dernière guerre mondiale ne remonte pas aussi loin que ça. À travers les récits familiaux, nous en avons été des témoins indirects. Tout ça pour vous dire que je ne supporte pas les « procès » d’intention d’europhobe intentés à tous ceux qui remettent en cause certaines réalisations européennes, ou souhaitent pouvoir parler des « alternatives d’Europe ».

N’oublions jamais que l’Europe est celle que nous construisons. L’Europe est ce que nous voulons qu’elle soit.

Avant de parler de l’euro, partons aux USA !

Le grand mamamouchi en chef de nos errements monétaires vient de parler. Oui c’est ça, celui qui disait il y a encore quelques jours que comme tout allait mieux que bien, il allait falloir réduire les impressions sauvages de billets intitulées pudiquement « quantitativ easing ». Je vous disais et vous répétais qu’il n’en serait rien puisque le monde occidental en entier est tombé dans le piège des taux bas. Si les taux remontent… c’est la banqueroute généralisée. Pour maintenir les taux au plus bas, il faut continuer à injecter sans cesse de la fausse monnaie jusqu’à ce que l’hyperinflation apparaisse… Et nous y sommes.

CercleFinance.com « sans surprise, Ben Bernanke confirme que le ‘QE-3′ va être poursuivi pour une période indéterminée, les conditions économiques actuelles restant fragiles, une inflexion de la politique monétaire ultra accommodante serait prématurée : l’impression massive d’argent frais va continuer sans horizon de temps. »

C’est illimité et sans limitation de temps !

Voilà mes chers contrariens, décidément vous ne comprenez rien. Cette fois-ci c’est totalement différent. On peut imprimer autant de monnaie que l’on veut pour la durée que l’on souhaite sans dégâts collatéraux. C’est fabuleux. C’est une nouvelle ère révolutionnaire et monétaire qui s’ouvre sous vos yeux. L’argent coule à flots (pas pour vous, faut pas déconner non plus) pour les banquiers et les États. Mais c’est pour votre bien !

Ben Bernanke est un alchimiste qui a trouvé la nouvelle pierre philosophale. Les arbres vont pouvoir grimper jusqu’au ciel et pour l’éternité. D’ailleurs, il y a une énorme bulle spéculative sur l’or mais pas du tout sur les actions qui montent de 10 % chaque mois.

Alors Ben le magicien s’inquiète pour la forme des « mauvaises incitations » que permettent aux investisseurs les taux très bas. Il prévient qu’attention… dès que la croissance repart, je vous remonte les taux et plus d’impression monétaire car… « il y aurait des risques » ! Sans blague.

Mais Ben n’en fera rien car il ne peut plus rien faire et la croissance ne repartit pas, encore moins avec les coupes budgétaires automatiques à l’œuvre actuellement aux États-Unis. Cela dit, comme il est un grand magicien, Ben devrait être encore capable de nous acheter encore un peu de temps avant la grande catastrophe financière qui n’est de l’intérêt de personne, raison pour laquelle peu ou prou les choses ont tenu jusqu’à maintenant.

Enfin, et c’est le dernier commentaire que je souhaitais partager avec vous sur ce sujet, l’inflation engendrée par cette création monétaire ne se retrouve pas tant dans les prix à la consommation que sur les marchés financiers à savoir les Bourses et les marchés obligataires qui connaissent des bulles sans précédent dans l’histoire économique moderne.

Revenons au bilan négatif de l’euro !

C’était de cela dont je voulais vous parler aujourd’hui.

Je me demandais ce que l’euro nous avait donné ou apporté et ce qu’il nous avait coûté ou pris en dehors de tout débat idéologique. Je n’étais pas bien vieux lors du référendum de Maastricht et je n’avais pas encore le droit de vote, mais j’étais déjà passionné par la politique donc je me souviens très bien de ce que l’on nous avait dit et, disons-le, de ce qu’on nous avait promis.

Alors sans idéologie, discours ou baratin comme dirait Coluche faisons les comptes paisiblement et intelligemment.

Le positif :

Ça ne rapporte pas un kopeck à qui que ce soit mais il convient de reconnaître que l’euro est un symbole fort, très fort de la construction européenne. Mais cela reste de l’ordre du symbolique au même titre qu’un drapeau ou que l’hymne européen que peu de personnes connaissent…

Ensuite, nous sommes tous d’accord sur la praticité de l’euro pour les échanges commerciaux. Plus de frais de change, des déplacements facilités par l’absence de changement de monnaie et, évidemment, des gains financiers pour les entreprises puisqu’il n’y a plus de risque de change à gérer pour le commerce intra-européen.

Sauf que ces gains sur les frais de change ou les risques de change n’ont jamais mis en péril une industrie ou une société car leur coût bien que réel reste très modéré.

Enfin, il ne faut pas oublier que l’on arrive à commercer aussi bien avec l’Asie qu’avec les États-Unis sans que cela nous pose de problème si ce n’est justement la valeur de l’euro qui, elle, va saboter la compétitivité de nombreuses entreprises françaises par exemple.

Je ne vois pas d’autres points positifs à évoquer et à mettre au crédit de la monnaie unique. Si vous en voyez, n’hésitez pas à me le dire pour que je puisse enrichir objectivement cette liste !

Le négatif :

Les taux d’intérêt sont très bas depuis l’arrivée de l’euro. Voilà qui a été vendu comme un grand avantage et une grande réussite de l’euro. Sous le parapluie du sérieux et de la rigueur allemande, tous les pays même les moins vertueux ont profité de cette manne de l’argent peu cher.

Il faut être honnête. Ce que certains regardaient avec un air ébahi était en réalité une catastrophe pour les pays les plus fragiles puisque cela a permis de masquer les difficultés jusqu’à la faillite.

Les taux bas allemands appliqués à tous ont eu pour résultat un surendettement de la Grèce et sa faillite, un surendettement du Portugal et sa faillite. La formation d’une bulle immobilière en Espagne ou en Irlande avec, à la clef, la faillite de ces pays. Bref, on ne peut pas parler de bilan brillant grâce aux taux bas.

Nous avons fait la fête. Aujourd’hui c’est la gueule de bois. C’était parfaitement prévisible et cela a été parfaitement prévu.

Force de l’euro assimilé à tort à une monnaie allemande a grandement participé à laminer les secteurs industriels et productifs de tous les pays de la zone sud de l’Europe dont la France. Cela n’est pas la seule explication puisque l’automatisation et les délocalisations jouent un rôle très important dans le processus de d’industrialisation, mais l’euro a été un fort accélérateur de cette catastrophe industrielle.

Depuis la création de l’euro le pouvoir d’achat des ménages n’évolue pas franchement à la hausse. Le chômage partout sur le vieux continent augmente pour atteindre des sommets depuis le début de cette année 2013, sans que l’on voit le bout du tunnel de la hausse du chômage. Chômage devenu endémique qui touche encore une fois beaucoup plus les pays qui se désindustrialisent comme ceux du Sud.

Petite remarque sur le chômage des jeunes en France. On aime chercher des modèles et des exemples ailleurs puisqu’il est beaucoup plus facile de faire comme l’autre que d’imaginer une solution tout seul…

On bat notre coulpe à longueur de chroniques et d’éditos sur l’intelligence allemande. Mais nos amis allemands ont un gros problème. Ils ne font pas beaucoup d’enfants. Résultat : leur population baisse alors que la nôtre augmente.

Une partie non négligeable du miracle allemand sur le chômage est liée à sa démographie déclinante, comme c’est également le cas pour le Japon. C’est encore plus frappant pour le chômage des jeunes, très fort chez nous. Cela est peu surprenant puisque chaque année, la France doit faire rentrer sur son marché du travail deux fois plus de jeunes qu’en Allemagne… pays pourtant beaucoup plus peuplé que le nôtre.

Évidemment de tout cela on ne vous parle jamais. On aime à comparer ce qui n’est pas comparable. On aime se culpabiliser (même si des fois il y a de quoi !!).

Le bilan de l’euro après plus de 12 ans est sans contexte négatif

Ce n’est pas anti-européen que de dire ça. C’est même l’inverse. Il faut être un « europathe » pour affirmer droit dans les yeux que l’euro est un succès.

L’euro est un échec économique, il est un échec politique, il est l’échec de nos élites et de nos dirigeants, et il vaudrait mieux envisager d’en sortir en bon ordre plutôt que d’attendre qu’il devienne un échec populaire et l’échec de l’Europe.

L’Europe est une idée bien trop importante pour l’assimiler uniquement à l’euro qui doit rester ce qu’il est, à savoir une monnaie unique créée pour des raisons politiques et pas pour des raisons économiques pour une zone économique qui plus est hétérogène.

Alors à tous les europathes de tous les pays je dis : pour sauver un corps malade une bonne amputation vaut mieux qu’une belle gangrène. Mais nous aurons vraisemblablement les deux car lorsque l’amputation est trop tardive, la gangrène ne peut être arrêtée.



Charles SANNAT
Editorialiste et rédacteur du Contrarien Matin
Directeur des Études Économiques Aucoffre.com
http://www.lecontrarien.com/


Ceci est un article 'presslib', c'est à dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Le Contrarien Matin est un quotidien de décryptage sans concession de l’actualité économique édité par la société AuCOFFRE.com. Article écrit par Charles SANNAT, Directeur des études économiques.  Merci de visiter notre site. Vous pouvez vous abonner gratuitementwww.lecontrarien.com 



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2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire BARF vendredi, 24 mai 2013 13:44 Posté par barf

    Vendredi 24 mai 2013 :

    Jens Weidmann souhaite qu'un pays de la zone euro puisse faire défaut à l'avenir.

    Le président de la Bundesbank (Buba), Jens Weidmann, a plaidé vendredi pour qu'un pays de la zone euro puisse à l'avenir faire défaut, une option que les Européens ont à tout prix cherché à empêcher pendant la crise.

    "Avec la crise, nous avons fait très attention à éviter les risques de défaut, par crainte d'un effet de contagion", a expliqué M. Weidmann, réputé pour sa défense stricte de l'orthodoxie monétaire et budgétaire, lors d'une conférence organisée par la Banque de France et la banque centrale d'Allemagne.

    Il a, en revanche, laissé ouverte une telle possibilité à l'avenir.

    "A long terme, nous devons faire en sorte qu'un Etat puisse, en dernier ressort, faire faillite", a relevé le patron de la Buba, ajoutant que cette possibilité était un élément clé pour permettre de discipliner les marchés.

    "C'est pour cela que nous travaillons au fait de découpler les Etats et les systèmes bancaires", a-t-il par exemple fait valoir.

    1- Médaille d'or : la Grèce. Dette publique de 303,918 milliards d'euros, soit 156,9 % du PIB.

    2- Médaille d'argent : l'Italie. Dette publique de 1988,658 milliards d'euros, soit 127 % du PIB.

    3- Médaille de bronze : le Portugal. Dette publique de 204,485 milliards d'euros, soit 123,6 % du PIB.

    4- Irlande : dette publique de 192,461 milliards d'euros, soit 117,6 % du PIB.

    5- Belgique : dette publique de 375,389 milliards d'euros, soit 99,6 % du PIB.

    6- France : dette publique de 1833,810 milliards d'euros, soit 90,2 % du PIB.

    7- Royaume-Uni : dette publique de 1387,436 milliards de livres sterling, soit 90 % du PIB.

    8- Chypre : dette publique de 15,350 milliards d’euros, soit 85,8 % du PIB.

    9- Espagne : dette publique de 883,873 milliards d’euros, soit 84,2 % du PIB.

    10- Allemagne : dette publique de 2166,278 milliards d’euros, soit 81,9 % du PIB.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22042013-AP/FR/2-22042013-AP-FR.PDF

  • Lien vers le commentaire BARF jeudi, 23 mai 2013 19:59 Posté par barf

    A propos de l'Italie :



    Mario Monti laisse derrière lui une dette publique de 1988,658 milliards d'euros, soit 127 % du PIB. Mario Monti a fait la preuve de sa nullité. Mario Monti a fait la preuve de son incompétence.



    Concernant le secteur privé en Italie, lisez cet article :



    Le Nord de l'Italie "au bord du précipice économique" (Confindustria).



    La crise qui frappe l'Italie touche aussi le Nord très industrialisé et traditionnellement prospère qui est "au bord du précipice économique", a affirmé jeudi le patron des patrons Giorgio Squinzi.



    Si le Nord s'effondrait, "il entraînerait à sa suite tout le pays qui retournerait en arrière de 50 ans et serait exclu de l'Europe qui compte", a déclaré M. Squinzi en ouverture de l'assemblée annuelle de la Confindustria, l'organisation patronale italienne, à Rome.



    Le patron des patrons italiens s'est dit très préoccupé aussi par la poussée du chômage (11,5% et 38,4% chez les actifs de 15-24 ans).



    "Le manque de travail est la mère de tous les maux sociaux", a souligné M. Squinzi en appelant à affronter ce problème "sur le plan structurel et de façon équilibrée en intervenant à la fois sur les coûts, la productivité et la réglementation". Selon lui, "les entreprises sont prêtes à soutenir l'action du gouvernement par des investissements et des embauches".



    Il a souhaité que le gouvernement dirigé par Enrico Letta qui est le premier de l'après-guerre à rassembler la gauche et la droite, ait "devant lui le temps de mettre en oeuvre les politiques nécessaires". Le patronat voudrait en particulier "une fiscalité qui soutienne qui crée de la richesse et la distribue, qui soit transparente et respectueuse des droits des citoyens et des entreprises".



    Selon lui, la relance de l'économie italienne doit "avoir comme pilier porteur la politique industrielle".



    Le président du Conseil Enrico Letta assistait à cette réunion et a estimé qu'il faut "redonner la priorité à l'industrie" dans les économies européennes.



    "On a pensé en Italie et en Europe pouvoir se passer de l'industrie, faisant de la croissance sans industrie ou en laissant la tête ici et en envoyant le reste ailleurs", a expliqué M. Letta. Mais cette phase s'est terminée "par des résultats non positifs: l'UE a perdu son leadership". Selon lui, l'Europe doit être la force de propulsion pour atteindre de "grands objectifs comme porter le PIB de l'industrie manufacturière à 20% du total en 2020".



    M. Squinzi a aussi évoqué "le drame" du secteur de la construction "une crise si profonde que nous demandons à vous, Monsieur le président (du Conseil) une intervention spéciale pour sauver ce volant fondamental de l'économie".



    Le patron des patrons a aussi évoqué la nécessité de contrecarrer "la troisième vague de menace de credit crunch (réduction radicale des crédits alloués par les banques)", illustrée par le fait que le stock de crédits accordés a chuté de 50 milliards d'euros ces 18 derniers mois alors qu' "un tiers des entreprises ont des liquidités insuffisantes par rapport à leurs besoins d'activité".



    http://www.romandie.com/news/n/ItalieLe_Nord_de_l_Italie_au_bord_du_prpice_nomique_Confindustria_RP_230520131339-26-361755.asp