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L’argent n’est pas la richesse

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L’une des erreurs les plus fréquentes que commet le non-initié lorsqu’il s’essaye au raisonnement économique est de confondre l’argent et la richesse. Le brillant et regretté économiste Frédéric Bastiat a écrit que cette incompréhension était la cause d’un nombre incalculable de misères humaines. Cette confusion est dévastatrice uniquement parce qu’elle est si répandue. Il convient aujourd’hui de la démêler pour comprendre réellement ce qu’est la monnaie. Cette mise au point servira également de base pour, par la suite, comprendre le rôle de Bitcoin.


La monnaie

La monnaie – que l’on appelle également dans la vie courante, l’argent -  constitue uniquementun moyen d’accession à la production économique, c’est la production économique qui est la vraie richesse. Accumuler de la monnaie n’a de sens qu’en relation directe avec les biens et services qu’il est possible d’obtenir contre cette monnaie. On ne peut pas se nourrir de lingots d’or, on ne peut pas se chauffer avec des bitcoins, on ne peut pas se vêtir de billets de banque : la valeur d’une monnaie réside uniquement dans ce qu’elle permet d’acheter. C’est un moyen, pas un but en soi. Et que ce soit pour son bien-être psychologique comme pour son bien-être financier : attention à ne pas prendre le moyen pour la fin.

En dernière analyse la monnaie est simplement un intermédiaire entre échanges de biens et/ou services. Intermédiaire qui permet d’éviter les inconvénients du troc et qui donc fluidifie et augmente le nombre d’échanges possible entre être humains. Dans l’histoire de l’humanité, l’émergence de la monnaie est sans doute l’un des moments les plus importants. Son existence a été le prérequis indispensable à l’ensemble du progrès économique, technologique et civilisationnel que le genre humain a connu.

Beaucoup d’entre vous ont sans doute l’impression que la monnaie a depuis bien longtemps cessée d’être un intermédiaire entre  deux biens (ou services) échangés pour devenir l’un des deux biens échangés à part entière. Lorsque vous achetez un paquet de pâtes et réfléchissez à l’aspect superficiel du processus, vous avez l’impression d’échanger la monnaie elle-même contre les pâtes. Or, à un niveau plus fondamental, vous échangez le service pour lequel vous avez obtenu la monnaie contre les pâtes : vous travaillez contre de la monnaie, et vous achetez des pâtes contre de la monnaie, donc au final vous avez échangé votre travail contre des pâtes.

La monnaie nous donne la possibilité d’échanger des biens et services avec un décalage dans le temps. Cette possibilité est d’une utilité sans borne, mais celui qui ne prend pas la peine d’analyser en profondeur ce processus va immanquablement s’illusionner sur son rôle et la considérer comme étant davantage qu’un simple intermédiaire dans le processus d’échange marchand.

La monnaie peut également avoir une autre fonction que celle de faciliter l’échange de biens et services : celle de quantifier la valeur. Une monnaie est une unité de compte lorsque qu’une grande partie de la production d’une économie est valorisée relativement à cette unité. A l’heure actuelle les deux unités de compte les plus répandues sur Terre sont l’euro et le dollar. Ceux sont elles qui règnent dans la vie courante et la vie des affaires, mais on peut tout à fait utiliser d’autres unités de compte (c’est souvent ce que font les économistes), par exemple l’once d’or, le baril pétrole, une heure de travail non-qualifié, etc.

Les fonctions de médium des échanges et d’unité de compte ne coïncident pas nécessairement. Par exemple dans la Rome antique les médiums des échanges étaient l’or et l’argent (le métal précieux), alors que l’unité de compte était le cuivre – plus précisément le sesterce, qui était fait de cuivre. De même, en lisant le récit de Saint-Patrick l’on s’aperçoit que l’unité de compte dans l’Irlande du Ve siècle était un esclave de sexe féminin. Évidemment, les gens n’échangeaient pas des esclaves lors de leurs transactions quotidiennes, en revanche ils exprimaient la valeur des choses en proportion de la valeur d’une esclave, et réglaient le prix de cette valeur avec des métaux précieux, plus facilement transportables.

La richesse

Nous pouvons définir la richesse économique d’un individu (bien entendu, il y a d’autres formes de richesse, mais ceci dépasse le cadre de ce blog) comme la proportion de la production totale de l’économie qu’il possède. Un individu sera d’autant plus riche qu’il aura la possibilité de s’approprier une proportion importante de la production économique. C’est le fameuxpouvoir d’achat.

La richesse économique d’un homme se mesure à son pouvoir d’achat, pas au nombre d’unités de compte qu’il possède. La plupart des Zimbabwéens était multi-milliardaires dans leur unité de compte nationale (le dollar zimbabwéen), pourtant ils demeuraient extrêmement pauvres car 100 milliards de leur unité de compte nationale ne leur permettaient pas d’acheter un modeste ticket de bus. De l’autre côte du spectre se trouve John D. Rockfeller, l’homme le plus riche de l’histoire de l’humanité. Son pouvoir d’achat était valorisé à environ 1,4 milliard de dollars (des années 30), cela équivaut aujourd’hui à une valeur d’à peu près 250 milliards de dollars (de 2014).

Nous voilà avec un même patrimoine (celui de feu Rockfeller), une même unité de compte (le dollar) et pourtant deux mesures totalement différentes. Quelle est la raison de ce mystère ? L’unité de compte n’a pas conservé une valeur identique entre 1930 et 2014 relativement au reste de l’économie – on verra pourquoi dans un prochain article -, il faut donc ajuster à la hausse le nombre d’unités de compte pour exprimer une richesse identique.

Conclusion

Résumons : la monnaie est un bien qui sert d’intermédiaire entre échanges marchands. Elle s’acquiert en rendant des services marchands et permet d’obtenir des services marchands. A un instant donné, la monnaie la plus répandue peut également (mais pas forcément) servir à la comptabilité, à l’évaluation et à la comparaison des différentes valeurs économiques.

Le moyen théorique le plus fiable et rigoureux de compter votre richesse sans vous laissez abuser par la variabilité de la valeur de l’unité de compte est de valoriser votre patrimoine dans une certaine unité de compte, de valoriser dans la même unité de compte la production économique globale, et de faire la proportion entre les deux chiffres obtenus. Connaître le nombre absolu d’unités de compte que représente votre patrimoine n’est pas une information suffisante, la valeur de son patrimoine est relative à la valeur du reste de l’économie. En économie comme ailleurs : rien n’est absolu, tout est relatif.

Cela donne quelque chose comme : mon patrimoine vaut 0,000 [...] 001% de l’économie totale (pour Rockefeller, c’était un soixante cinquième de la production économique américaine). Évidemment, pour des raisons pratiques on ne compte pas comme cela dans la vie de tous les jours. Il est plus simple de dire « j’ai gagné 1 000 euros » que de dire « mon patrimoine est passé de 0,000[...]00101% à 0,000[...]00102% de l’économie mondiale ». Et c’est ce hiatus entre la réalité de la richesse et la perception quotidienne qu’en ont les gens qui rend possible de les voler insidieusement par l’inflation. Cela sera l’objet d’un prochain article…
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