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Guy Wagner

Guy Wagner

Je suis chief economist à la Banque de Luxembourg.

Dans mon blog, je commente les derniers développements sur les marchés financiers ainsi que mes évaluations sur leur future évolution.
Ces pages s’adressent aux investisseurs dans des fonds et actions avec un certain intérêt pour les marchés boursiers.


Mon parcours

Licencié en Sciences Economiques de l'Université Libre de Bruxelles, je rejoins la Banque de Luxembourg en 1986, où je fus successivement responsable des départements analyse financière et Asset Management. Depuis 2005, je suis administrateur-directeur de BLI - Banque de Luxembourg Investments.

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Discussions sur la crise de l’euro (3)

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Guy :

Il est clair que l’euro sous sa forme actuelle peut survivre même en l’absence d’un redressement de la compétitivité de l’Europe du Sud. Mais dans ce cas, on condamne les citoyens de l’Europe du Sud (et surtout les jeunes générations) à un avenir plutôt sombre. Et les barrières linguistiques, entre autres, ont pour effet de limiter la mobilité des travailleurs à l’intérieur de l’espace européen. En plus, ces pays continueraient à enregistrer des déficits commerciaux importants, avec l’endettement et la dépendance par rapport aux capitaux extérieurs qui en découlent. L’Europe du Nord serait donc obligée de leur apporter durablement un soutien financier.

Dieter :

La situation globale décrite précédemment explique, à mon avis, pourquoi les mesures prises actuellement pour remédier aux défauts de conception de l’euro arrivent trop tard. A un moment donné, un pays, peu importe lequel, en aura assez et un dirigeant populiste annoncera le retrait de son pays de l’euro sous les acclamations d’une population en liesse. En Grèce, les partis de gauche ont déjà inscrit le retrait de l’euro dans leurs objectifs. Toutes les mesures qui en découlent (nationalisation du secteur financier, contrôle de la circulation des capitaux, des personnes, des services et des marchandises, blocage des comptes à l’étranger, gel de la balance extérieure, etc.) ne visent en apparence que «les riches » et « les étrangers » et sont certainement, d’un point de vue populiste, aussi simples à mettre en œuvre que le retrait de l’euro.

Pour les autres pays, ce serait une catastrophe économique, politique et juridique. Toutes les dettes et créances qui, comme tu le dis justement, se reflètent dans la balance extérieure seraient alors irrécouvrables. Différentes banques seraient insolvables, des entreprises deviendraient déficitaires, des emplois seraient détruits, on verrait naître des ressentiments à l’égard des étrangers, etc.

Espérons que je me trompe et que les tensions n’atteindront pas le niveau critique avant que les mesures prises portent leurs fruits. On pourra toujours dire ensuite que les gouvernements aux commandes aujourd’hui ont fait tout ce qu’il fallait. Pour plus de sécurité, à leur place, j’avancerais dans deux directions parallèlement, en plus de la voie poursuivie actuellement je prévoirais une sortie ordonnée de l’euro pour un pays ou un groupe de pays.

Guy :

Qu'est-ce qui se passerait d'après toi concrètement en cas d’éclatement de l’euro ?

Dieter :

Tout Français, Italien, Espagnol, Grec, etc. irait auparavant retirer des euros au guichet de sa banque. Il se mettrait au volant de sa voiture et prendrait la direction de l’Allemagne (ou du Luxembourg) pour déposer ces euros dans une banque allemande. Un cas classique de ruée sur les banques. Pour éviter cela, il faudrait restreindre la libre circulation des capitaux et introduire des contrôles assez stricts aux frontières. Et ce, avant même que ne s’ébruite la rumeur d’une dissolution de l’euro.

En fait, je pense qu’après la dissolution de l’union monétaire, la ruée sur les banques resterait limitée. Ce qui pose problème c’est le moment même de la rupture et la période qui la précède. En outre, un éclatement de l’euro signifierait aussi la fin de la BCE et de sa fonction de consolidation, les déficits extérieurs intracommunautaires ne seraient plus compensés entre eux mais figureraient à l’actif et au passif du bilan des banques centrales nationales. Est-ce que quelqu’un est en mesure de calculer le coût que cela représente pour tel ou tel pays ?

Et puis il y a encore des problèmes juridiques, politiques, économiques et pratiques (à commencer tout simplement par l’émission de nouveaux billets et de nouvelles pièces) qui ne peuvent pas être résolus du jour au lendemain.

Guy :

Il me semble quand même que le climat de panique entretenu par les politiques, qui prétendent que l’éclatement de l’euro ferait éclater l’Europe, est exagéré et contreproductif. Ce qui met l’Europe en péril en réalité c’est bien plus un taux de chômage des jeunes de 50 %, des tensions sociales et des dissonances entre pays liées à la crise de la dette qu'une éventuelle dissolution de l’union monétaire. Il est évident que cette dissolution devrait être préparée en détail à l’avance et appliquée quasiment du jour au lendemain. D’ailleurs, le terme « dissolution » ne me semble pas approprié. Il ne s’agirait pas nécessairement de dissoudre complètement l’union monétaire et de voir chaque pays réintroduire sa propre monnaie. Le président du Conseil d'Administration de Linde a par exemple déjà préconisé à plusieurs reprises une solution Nord/Sud.

Dieter :

D’ailleurs, la ruée sur les banques a déjà commencé. En effet, les banques grecques et irlandaises ont vu les dépôts de particuliers fondre de plus de 12 % au cours des derniers mois.

Guy :

Il est évident aussi que l’Europe du Nord, et surtout l’Allemagne, profite actuellement en partie de la crise. Son statut de valeur refuge lui permet de bénéficier de taux d'intérêt très bas et donc d'un coût de financement très faible.

Dieter :

L’avantage de taux d’intérêt bas existe en effet aujourd'hui en Europe du Nord et surtout en Allemagne, il n’y a plus beaucoup de marge à la baisse. Si tel était l’unique objectif, le Nord n’aurait aucune raison de chercher une solution rapide à la situation actuelle : la faiblesse de l’euro liée à la crise a entraîné un boom extraordinaire des exportations allemandes. Pour l’Allemagne, un taux de chômage de 7 % comme au Luxembourg appartient au passé, le taux d’intérêt est inférieur à l’inflation et les recettes fiscales augmentent sous l’effet de la croissance économique, de la bonne tenue du marché de l’emploi, etc. Il est clairement dans l’intérêt de l’Allemagne (si on fait abstraction de quelques problèmes au niveau des banques) de maintenir aussi longtemps que possible la situation actuelle!

Guy :

Il est cependant impossible, à mon avis, de maintenir le statu quo encore longtemps. Et dans le cas d’une union fiscale, d’euro-obligations garanties, etc., les taux d’intérêt allemands augmenteraient. Une union fiscale supposerait par ailleurs de mettre en place une administration fiscale européenne qui aurait le pouvoir de lever des impôts et en contrepartie d’émettre des euro-obligations.

 

Guy Wagner

Source : http://www.guywagnerblog.com/fre/entry/zone-euro-annee-de-verite-3

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