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Charles Sannat : Prévisions pour le marché immobilier en 2011

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(article du 20 janvier 2011)

2011, l’avenir incertain du marché immobilier


S’il est un exercice obligé en début d’année c’est bien celui des prévisions économiques et sectorielles. Le marché de l’immobilier résidentiel est l’un des plus scrutés par l’ensemble des acteurs économiques en raison de son rôle essentiel dans la croissance et le dynamisme d’une économie... ou sa récession.

En analysant les grandes tendances il ressort de très forts facteurs de risque et d’aussi nombreux et puissants facteurs de soutien permettant à ce jour d’équilibrer la balance.

Des prix au plus haut :
L’envolée des prix des douze derniers mois semble totalement irrationnelle (+20% à Paris, et +9% environ en moyenne nationale). De telles augmentations évoquent toujours une bulle spéculative en formation et/ou sur le point d’exploser. A y regarder de plus près il y a bien des explications à cette envolée. Mais regardons d’abords les épées de Damoclès qui menacent l’immobilier en France.

Des taux au plus bas :
Les taux d’intérêts n’ont jamais été aussi bas. Ils semblent vouloir depuis quelques semaines remonter, ce qui désolvabiliserait mécaniquement un nombre exponentiel d’acheteurs.
Or jamais dans la période contemporaine le pouvoir d’achat immobilier n’a été aussi bas, avec un ratio revenu disponible sur prix au mètre carré catastrophique.
En clair jamais l’immobilier n’a été autant décorrélé du pouvoir d’achat des ménages (voir le Tunnel de Friggit).
L’immobilier est trop cher. Des taux d’intérêts passant de 3.5% à 4.5% auraient donc des effets dévastateurs sur les prix.

Des plans de relance dont l’impact diminue et les conséquences se matérialisent :
Des centaines de milliers de logements neufs ont été construit partout dans le monde y compris en France (et pas toujours au bon endroit) lors de cette dernière décennie avec l’appui des différents gouvernements qui ont tous lancés leurs plans de soutien (robien, scellier etc…) faisant apparaître des zones très excédentaires ou les prix baissent.
Avec la fin des plans de relance, les restrictions budgétaires, et le manque de foncier disponible pour la construction neuve dans les zones à très forte demande il y a de quoi avoir quelques inquiétudes.

Une tendance baissière dans les grands marchés occidentaux :
Enfin, au niveau international, le marché allemand n’a pas connu l’envolée des prix du marché français de ces dernières années, aux Etats-Unis c’est carrément un krach immobilier qui entraîne avec lui la première économie mondiale, en Espagne les prix s’effondrent, et au Royaume Uni la baisse des prix bien que plus légère est néanmoins réelle et perceptible.
L’immobilier se porte mal en général en occident, et le marché français à terme ne devrait pas faire exception à ce mouvement de correction plus ou moins brutal après plus de 12 ans de hausse.

Bref, le marché immobilier français devrait baisser, pourtant…. il ne baisse pas, il se paye même le luxe d’augmenter.
Quels sont donc les principaux facteurs de soutien pouvant expliquer cette étonnante résistance pour ne pas dire cette santé insolente ?

Tout d’abord « la peur »
Il est symptomatique de remarquer, que la hausse des prix de l’immobilier en 2010 a commencée quelques jours seulement après la médiatisation des problèmes de la Grèce.
De nombreuses personnes ont anticipé une crise des dettes souveraines généralisées et ont adapté leur patrimoine financier en conséquence.
En clairs de très nombreux ménages ont sorti l’argent « en banque » pour le réinvestir dans la pierre, échangeant du cash immatériel contre du tangible qui de plus possède une véritable valeur « d’usage » (on peut loger ses enfants dans un appartement, pas dans un contrat d’assurance vie). Contrat d’assurance vie d’ailleurs dont les rendements financiers baissent fortement améliorant d’autant l’attractivité des investissements immobiliers.



Ensuite « un fort déséquilibre entre l’offre et la demande ».
Au même moment et pour les mêmes raisons à savoir cette inquiétude forte sur d’éventuelles faillites d’Etats, ceux qui était déjà détenteurs d’immobilier le conservent, et ceux qui n’en ont pas cherchent à tout prix à en acquérir, ce comportement renforçant la pénurie d’offre à la vente.
Principe de base de l’économie, en cas de décalage trop fort entre l’offre et la demande, l’ajustement se fait par le prix.
En ce début d’année 2011, la demande d’immobilier résidentiel reste tout aussi dynamique que sur l’année 2010 et les volumes de biens à la vente aussi anémiques.

Des taux bas dont le coût éventuel à hausse serait compensé par le PTZ+
En cas de remontée un peu plus importante des taux, le nouveau dispositif PTZ + (prêt à taux zéro) lancé par le Premier Ministre François Fillon ces derniers jours devrait permettre de compenser d’un côté la perte occasionnée de l’autre par une hausse des taux d’emprunts bancaires.

Un marché locatif dynamique attirant les investisseurs :
Le marché locatif reste très dynamique notamment en Ile de France et sur la façade ouest de notre pays, sans oublier certaines grandes villes.
Le marché immobilier attire aussi de très nombreux investisseurs qui n’ont aucun problème à trouver des locataires, dans le cadre d’opérations plus sécurisées (assurances loyers impayés). Un succès qui ne se dément pas, avec pour beaucoup d’investisseur une optique de préparation de leur retraite, malgré des rendements financiers souvent faible compte tenu des prix du marché (de l’ordre de 2 à 3%).

L’immobilier valeur refuge pour « Stocker de la Valeur » :
C’est un aspect souvent occulté dans la hausse « exubérante » que nous venons de vivre, il convient de reconnaître l’aspect « stockage de valeur » de l’immobilier notamment parisien. Paris est une ville internationale, avec un immense bassin de population, de pouvoir d’achat et d’emplois autours (12 millions d’habitants) et une quantité de foncier limitée. Les investisseurs se servent donc de l’immobilier et en particulier de l’immobilier parisien pour stocker de la valeur et convertir dans un moment de forte incertitude leur monnaie contre des actifs tangibles.

La course vers les actifs tangibles ne fait que commencer :
En réalité nous assistons actuellement à une course vers les actifs tangibles, qu’il s’agisse des matières premières, de l’or ou même d’une certaine façon des actions particulièrement des pays émergeants (qui il ne faut pas l’oublier sont des titres de propriété) et sur lesquels viennent s’investir en masse les liquidités issue de la création monétaire désormais hors de contrôle.

Est-ce donc l’immobilier qui augmente ou le « pouvoir d’achat » monétaire (c'est-à-dire la valeur de la monnaie) qui diminue ? C’est à mon sens dans cette optique qu’il convient de voir l’avenir du marché immobilier pour l’année 2011.

Une aggravation des craintes sur la pérennité de l’euro et sur les dettes d’Etats pourrait propulser le marché immobilier vers des sommets insoupçonnés.

Une brutale remontée des taux d’intérêts sur des anticipations de retour de l’inflation avec une stabilisation du marché monétaire et la mise en place de systèmes efficaces de sauvegarde de la monnaie unique et de gestion de la dette souveraine pourrait entraîner un Krach d’une ampleur inégalée.

Alors hausse ou baisse, ni pour ni contre bien au contraire.
Il se pourrait aussi que ce soit les deux mais à des moments différents, avec au premier semestre 2011 un marché immobilier euphorique le temps que les mécanismes de stabilisation monétaire européens se mettent en place suivi d’un deuxième semestre qui pourrait être désastreux.

Dans tous les cas bien malin celui qui peut dire aujourd’hui avec certitude ce qui sortira de cette année 2011 sur le marché immobilier français qui n’a jamais autant dépendu de paramètres extérieurs immaîtrisables et de l’Histoire qui s’écrira dans les mois à venir.

Charles SANNAT
Chargé d'Affaires BNP Paribas



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Commentaires

Le 22 janvier 2011 par : chti

pas étonnant dans ces conditions que le patrimoine des Français a doublé en 10 ans , d’ ailleurs il paraît que nous sommes plus riche que les allemands et les américains ...mais la dette aussi à doubler de 8000 à 17000 milliards et le déficit courant depuis 2007 de 38 à 150 milliards/an . le nombre de voitures brûlées aussi pour atteindre 40000/an la natalité la plus forte d’ europe je ne vous parle pas du taux de chômage... je pense que nous battons beaucoup de record , gare au retour du bâton ... je me demande d’ ailleurs si le triple AAA ne pourrait pas disparaître en 2011 , un coup des américains jaloux de nos records et je crois qu’ OBAMA n’ a pas beaucoup d’ estime pour notre président qu’ il serait bien contentt de voir tomber en 2012


Le 4 août 2011 par : chat1234567

Analyse fort intéressante... Je vais m’attacher aux soutiens du niveau des prix, qui auront un rôle à jouer fort important dans un futur proche, peut-être au cours d’un 2nd semestre 2011 qui va voir le système imploser :
- la peur : je vais reprendre ici de mémoire une expression qui m’a frappée en parcourant un certain nombre de discussions sur l’immobilier : "sans avenir, sans logement, sans travail, ... sans peur" !!! Une explosion sociale peut être un contre-coup de cette spirale infernale.
- le déficit structurel de biens : le constat actuel est une baisse du volume de ventes, une reconstitution des stocks ; le papy-boom est toujours d’actualité, il va tendre à augmenter le stock.
- soutiens gouvernementaux : médiatisation du problème des dettes publiques => l’opinion publique ne comprendrait pas que le gouvernement continue à "laisser filer la dette". Les échéances électorales nécessitent une grande publicité autour des mesures de réduction des déficits. Grande redistribution des cartes politiques en vue suite aux élections.
- "stockage de la valeur" : les institutions financières estiment les prix français surévalués ; toute la presse relaie => cette valeur est intangible dans un certain sens également (pas de hausse indéfinie possible,"tunnel de Friggit", l’immobilier n’est pas un placement à risque 0, quelques exemples en 1930 (a priori, même mécanisme), en 1990-98
- fuite vers les actifs tangibles : on ne peut pas manger de l’or...mais on peut spéculer sur le blé. Loin de moi cette idée, il faudrait préciser ma pensée : on peut spéculer sur le blé, mais on ne peut pas manger de l’or.

Je rejoins votre constat :
- la masse monétaire est totalement hors contrôle
- la planète "finance" et les pouvoirs politiques sont en désarroi total ; la solution alternative de se rabattre sur certains actifs tangibles, notamment l’immobilier, qui sont en cours de saturation, montre ses limites (endettement à l’extrême limite des ménages=> risques de crédit pour les encours bancaires (désolée, je ne maîtrise pas les termes techniques) => ...=> durcissement des conditions de crédit => augmentation de l’endettement de l’Etat => ...). Le cercle vicieux creuse une abysse de la dette, avec des créanciers de plus en plus pressés et sévères (agences de notation occidentale et,... une petite chinoise qui a vocation à devenir déterminante)

Oui, beaucoup vont y laisser des plumes, surtout les plus avides d’entre nous. D’autres ont choisi une vie plus centrée vers leurs vrais besoins.

Et vous ?


L'auteur
Charles Sannat

Directeur des Etudes Economiques Aucoffre.com EX Chargé d’affaires chez BNP PARIBAS. Professeur d’Economie Internationale.

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