Charles Dereeper : Les Français misent massivement sur l’immobilier - ont ils raison ?
S’il y a bien un marché qui m’a pris totalement à revers, c’est l’immobilier français et particulièrement à Paris et proche banlieue.
Les Français acceptent de payer des prix au m² assez élevés contre toutes mes attentes. Ils s’endettent en conséquence très fort depuis 18 mois. La production de crédit immobilier est sur un niveau historique.

En outre, pour pouvoir acheter, la majorité des crédits dure entre 20 et 25 ans. Cela signifie clairement que désormais, par rapport aux revenus disponibles, les ménages ne peuvent acheter qu’une seule maison ou deux max dans leur vie, contre trois ou quatre dans le passé.

En Angleterre, les prix sont redescendus un peu suite aux excès 2005 / 2006. En France, la correction a été très limitée.

Cela pose plusieurs questions.
1 – Le niveau d’endettement est déjà poussé à son maximum. Comment espérer entretenir un mouvement de hausse des prix à l’avenir ? Avec quels financements ? Ce n’est pas la vigoureuse croissance du PIB français qui va créer de la nouvelle richesse ou même l’excellente fuite perpétuelle des capitaux à l’extérieur du pays… accompagnée des nouveaux records mensuels négatifs de la balance des paiements…
2 – Si les prix stagnent à défaut de monter (puisque pas assez d’acheteurs solvables), pourquoi autant de candidats à l’achat, car les coûts de portage d’un bien immobilier en France sont particulièrement chers pour les propriétaires, entre les taxes diverses en forte augmentation depuis plus d’une décennie, la charge d’intérêt versée à la banque largement supérieure à un loyer (à surface égal de m²), les frais de notaire, agents immobiliers… Amortir l’acquisition d’un bien va exiger énormément de temps, 20 / 25 ans, alors que les Français changent en moyenne tous les 7 ans d’habitation… C’est d’ailleurs cet élément précis qui m’échappe : les Français sont ils aussi idiots et nuls en maths au point d’occulter les pertes financières inévitables ? Ou sont ils juste angoissés terriblement au point d’accepter des conditions impossibles pour posséder un bien immobilier qui les sécurise ?
3 – A stériliser autant d’argent dans de la pierre improductive surcotée, détournant les flux des entreprises et de la consommation, l’impact à terme sur la santé de l’économie est totalement négatif. Le royaume du court terme hypothèque l’avenir potentiellement radieux.
4 – Dernier point totalement tabou, les détenteurs d’un bien immobilier dans tous les pays européens ou américains, connaissent des taux de chômage bien supérieurs, car bloqués chez eux, sans mobilité géographique souple, à ne pas pouvoir revendre sous peine d’y laisser leur équilibre financier.
Et pourtant, malgré tous ces points, ils courent, ils courent les acheteurs. En tant qu’investisseur, un des trackers que je surveille pour le long terme est celui qui réunit les constructeurs de maisons US. C’est encore trop tôt, mais je n’ai aucun doute que ce secteur rebondira. En tant qu’entrepreneur, si la fiscalité des promoteurs français n’était pas à tomber par terre, il y a bien longtemps que je produirais des maisons et des appartements (quoique la perspective de revivre en France m’enchante guère…). Quand autant de pigeons frétillent, confirmés par les discours politiques qui accompagnent le mouvement, pourquoi se priver ? Loïc Abadie dans sa lettre de mars Boostez votre PEA ! relate un petit promoteur immobilier coté, spécialisé dans les villes secondaires. J’ai bien aimé le concept. J’ai eu envie d’acheter tout de suite le titre !
Charles Dereeper
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Le 24 mars 2011 par : LETOXIS
Bonjour,
Investir dans la pierre est peut être une manière de se protéger contre l’(hyper)inflation ou la faillite des systèmes financiers à venir. Il arrive un moment, quand tout va mal, ou seuls les biens reels et palpables ont de la valeur. les divers articles d’objectif Eco,globalement de très bonne qualité, ne sont pas très rassurants. l’immobilier n’est pas un bon investissement, mais surement plus une bonne protection contre une éventuelle spoliation bancaire...
L
Le 24 mars 2011 par : Charles DEREEPER
hello LETOXIS,
vous avez surement raison. Seule la peur et l’angoisse peuvent amener les gens à prendre des décisions économiquement discutables... L’environnement s’y prête bien !
charles
Le 24 mars 2011 par : Patsux
Bonjour,
J’adore cet article - et les précédents sur l’immobilier. Il résume bien ce que j’entends autour de moi.
Je m’explique, je suis un jeune étudiant en alternance et tous les gens autour de moi m’expliquent qu’il faut que j’achète le plus tôt possible : mes parents, mes amis et les personnes avec qui je bosse.
Leur argument ? Toujours le même : l’immobilier ça ne peut que monter. Que la pierre ça ne perd pas de valeur ; au pire, ça stagne.
Ils sont donc loin de prendre en compte un déménagement au bout de 7 ans...Alors que pour un étudiant comme moi, il y a de grande chance que cela arrive !
Merci pour vos articles.
Le 24 mars 2011 par : Charles DEREEPER
Eh bien écoutez, le mieux, ce serait de leur faire lire cet article et d’observer leurs réactions et surtout de leur demander s’ils ont déjà calculé les coûts financiers réels lorsqu’on détient un bien immobilier en France, en comparaison d’une consommation de logement à travers la location. Vous pourrez constater que la vaste majorité répète inlassablement qu’il faut acheter sans n’avoir jamais calculé les deux options... Tout le monde sait bien que mettre son argent dans la pierre est judicieux, mais curieusement, personne ne calcule ni ne vérifie...
Le 24 mars 2011 par : Patsux
Vous avez raison, à la prochaine personne qui m’annonce en cœur qu’elle va acheter, je lui demanderai pourquoi, et si financièrement c’est logique.
Évidement, elle aura droit à la lecture de vos articles...
Le 25 mars 2011 par : joseph
Eh oui, quand on demande au gens s’ils connaissent une valuer sûre, ils me disent : L’immobilier ! Acheter de l’immo pour le louer = argent facile ! Acheter en loi Scellier pour défiscaliser, c’est le must (surtout dans des zones où il n’y a pas de demande de location, je trouve celà fantastique comme plan d’avenir) !!!
Et quand je leur dit qu’aux USA les prix ont chuté comme jamais, on me répond que c’était à cause de leur pratiques douteuses de prêts (taux variable)...et là je me dis qu’ils ont raison, car en France les taux variables ça n’existe pas n’est ce pas !!!
Comment se rassurer comme dans une discussion de comptoir sans se demander si on dit n’importe quoi !!! Juste pour se rassurer et avoir raison.
Alors, je leur dit qu’en France on ne peut être épargné à terme. En effet si la première puissance économique mondiale a connu une telle débacle ça ne devrait pas nous laisser sans conséquences...
Réponse : mais chez nous c’est pas pareil !!
Alors, moi à ce stade j’arrête de discuter avec des perroquets et je passe mon tour.
Bref, nous concernant içi : hausse des prix de l’immo, hausse des taux, inflation, salaires gelés, chômage....je vois pas comment les gens vont conserver leur mode de vie alors que le niveau se dégrade !
Mais bon puisque "la Pierre" ne baisse JAMAIS hein !!!
Le 25 mars 2011 par : Harry Haller
Bonjour,
Juste un petit truc dans vos graphiques, il semblent ne pas tenir compte du phénomène des rachats de crédits immo avec les bons taux de 2010, ce qui fait gonfler les stats de crédit et réduit souvent la durée initiale d’emprunt.
Sinon je m’interroge comme vous.
Depuis le rebond en Ile-de-France début 2010, les baissiers cherchent des raisons à ce phénomène : investisseurs étrangers, investisseurs français (retraite), pied à terre pour les retraités partis en Province, divorces et familles recomposées, bref un mix de peur+socio+pétro$ ? En France, le boulot est à Paris, donc beaucoup de transports, une région limite invivable, mais pas besoin de mobilité. ;)
De l’autre côté : vos arguments, notamment sur les coûts de mutations largement ignorés durant la décennie 2000 où une augmentation annuelle à 2 chiffre donnait l’illusion d’un effacement des "frais de notaire" dès la première année. J’ajouterai les charges qui flambent et l’état de captivité face aux hausse d’impôt locaux et nationaux.
Les prix semblent se replier en ce début d’année mais Paris et l’Ouest parisien résistent.
Mon pari perso : les conditions de vie vont continuer de se dégrader sur Paris-RP face au coût de la vie et au mauvais habitat, les indépendants, les plus jeunes n’ayant pas le choix au moment de se mettre en ménage, vont commencer à partir. Une délocalisation des emplois de bureau est elle aussi parfaitement envisageable en proche province. Si aucune normalisation du marché immo n’intervient, le coût des biens et services à Paris va alors décrocher du reste du pays et la migration s’accentuer.
A suivre...
Le 25 mars 2011 par : Charles DEREEPER
A Harry Haller, effectivement, vous venez d’apporter un point sur lequel je vais faire des recherches pour essayer de dénicher un beau graphique, à savoir, le montant des rachats de crédits immobiliers. Je vais être franc avec vous. je n’y ai jamais songé avant. c’est peut être cela l’explication du gonflement des crédits à un niveau record.
Le 25 mars 2011 par : Balthazar
@ letoxis et @ charles D.
Le risque inflation est tout de meme pas une vue de l’esprit à moyen terme :
Je doute que l’Irlande, la Grece, le Portugal et à plus long terme la France et l’Italie (et j’en oublie ...) remboursent un jour leur dette dans les conditions actuelles.
Meme avec des plans d’austérités maousses costauds, à un moment donné la BCE sera contrainte d’injecter de la monnaie pour dissoudre le niveau d’endettement.
Car augmentation de la masse monétaire => inflation => augmentation artificielle du PIB => illusion de croissance et de rentrées fiscales.
En fait la BCE s’exécute déjà. Où va l’argent prété à l’Irlande, la Grece à votre avis ? Dans l’économie Européenne tout simplement. Et je pense que c’est que le début. Et comme par hasard les prix augmentent :)
Et imaginons le pire : sortie de la France de l’euro. Ca va etre taillo-taillo pour les investisseurs. Ce serait un sell-off sur le franc français. Parce que la Banque de France qui aurait une politique de Franc fort ... ça signifierait une inflation à deux chiffres :)
Donc vouloir se prémunir de l’inflation en soi, n’est pas vide de sens. Reste à savoir si l’immobilier est la meilleure réponse. Mais c’est un autre débat.
Le 25 mars 2011 par : Balthazar
N’oublions pas un principe gravé dans le marbre en finance :
Quand tout le monde pense que ça va pas baisser, y compris les analystes les plus baissiers ... c’est à ce moment que les plus belles baisses se produisent.
Il ne restait plus que Charles Dereeper à convaincre. Nous sommes donc peut etre en route pour la vraie baisse cette fois ;)
Le 25 mars 2011 par : Charles DEREEPER
suis ni baissier, ni haussier. je crois au tunnel à dix ans...
Sinon, pour l’inflation, il existe des pays, genre Japon où l’injection de monnaie n’a jamais créé d’hyperinflation. qui plus est, on ne constate pas historiquement d’inflation sur les pays où il y a reflux démographique.
je suis convaincu qu’il ne va rien se passer du tout. si tout avait du craquer, cela aurait déjà du avoir lieu...
Le 25 mars 2011 par : LETOXIS
@balthazar
une inflation entre 3 et 5% permet d’alléger la dette non indexée et permet surtout de proclamer que les salaires ne diminuent pas. Vu que la dévaluation n’est plus possible, qu’augmenter les taxes est impopulaire,que diminuer les fonctionnaires est également impopulaire et générateur de chômage, je ne vois que cette solution immédiate pour commencer à payer notre dette. Les anglais ont eu le courage d’agir. nous verrons après mai 2012, si on les suit... L
Le 25 mars 2011 par : Balthazar
Mon dernier post était un peu sur le ton de la plaisanterie.
Effectivement, la crise de 2007 était un magnifique pretexte à une forte chute .. qui ne s’est pas vraiment produite à Paris.
Le 25 mars 2011 par : Balthazar
@ Letoxis
Je fais exactement la meme analyse que vous.
Quant à l’exemple du Japon, non. On a rien a voir avec le Japon. On est pas exportateur comme eux, on pourra jamais s’endetter à 200 % sans que les taux montent, on a pas connu la crise quand le reste du monde connaissait l’euphorie, ni l’euphorie quand tout le monde ramait, on a pas fait des prets immobiliers sur 100 ans, on a jamais vu 150 k€ le metre carré sur les Champs Elysées comme ça a été le cas à Tokyo-centre, on n’a pas connu l’ivresse du succes dans les 80’ ...
Je dis pas qu’on connaitra pas la déflation. Je ne suis pas devin. Mais prendre le Japon comme exemple pour l’affirmer ne me convainc pas. Pas comparable.
Le 25 mars 2011 par : Charles DEREEPER
Vu que la conversation va une nouvelle fois disparaître dans le flux d’éditos, je vous propose de vous déplacer sur les forums et qu’on maintienne en vie l’échange. je viens de mettre le graphique des prix immobiliers entre 1840 et 1999 visible ici http://www.objectifeco.com/nos-forums/viewtopic.php?f=13&t=24
j’ai fait des recherches, mais je n’ai pas trouvé de stats sur les rachats de crédit en France avec leurs montants annuels. quelqu’un a t il une piste ?
Le 29 mars 2011 par : gaco06
Bonjour Un ami banquier qui gère les portefeuilles de gros clients sur Nice mais ne fait que tres peu de crédits immobilier( supérieur au million d’euro) m’a dit que l’an dernier ses collègues lui disaient qu’environ un quart des crédits accordés étaient une renégociation de crédit obtenus en 2008 ou bien avant 2004.
