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Vincent Benard - TGV Paris-Rennes : 3 milliards la demie-heure ! Le délire ferroviaire continue...

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(article du 1er août 2011)

Tgv Ca y est, toutes trompettes dehors, RFF (Réseau Ferré de France) a annoncé avoir conclu un Partenariat avec Eiffage pour construire le tronçon Rennes-Le Mans du TGV ouest. La presse "mainstream" reprend SANS LE MOINDRE ESPRIT CRITIQUE les communiqués officiels. On y apprend donc que pour le modique ticket de 3,3 milliards d'Euros, 214 kilomètres de voies nouvelles seront construites (15 M€/km - "dans la norme") par Eiffage, qui avancera 1,9 milliards puis percevra ensuite un loyer versé par l'état, RFF, autre entité étatique, apportant de son côté 1,4 Milliards, et, à ce prix, espère être "rentable", c'est à dire que les redevances d'usage versées par la SNCF lui permettront de rembourser les dettes contractées pour cet investissement... Compte non tenu, évidemment, des 1,9 milliards que l'état remboursera à Eiffage, intérêts non inclus. Mais je suppose que la dette vis à vis d'Eiffage a le bon goût de ne pas être comptabilisée dans le chiffre de l'endettement public, contrairement à un emprunt classique sur les marchés financiers !

Un projet ruineux aux bénéfices discutables

Contrairement au projet de la LGV de Bordeaux, déjà évoqué par Objectif Liberté, Eiffage ne semble même assumer aucun risque commercial, si j'en crois les déclarations d'un officiel de RFF sur BFM ce lundi soir, car les natures des partenariats sont différentes. C'est secondaire, d'ailleurs.

Bref, l'état, c'est à dire vous et moi, vont payer en étalant la dépense sur 25 ans, 3,3 milliards pour permettre au voyageur Rennais de gagner 37 minutes sur Rennes Paris, soit 90 minutes au lieu de 127.

Cela en vaut-il la peine ? A l'évidence, la réponse est non.

Plutôt que de réécrire tout le raisonnement, je vais citer les articles déjà écrits ici même à l'occasion d'autres projets ferroviaires tout aussi contestables. Les arguments n'ont pas changé.

Tout d'abord : "La LGV de Bordeaux montre que les lignes de TGV nouvelles sont des gouffres financiers".

Le raisonnement est identique pour les deux lignes, même si les chiffres diffèrent. Extrait :
 

"Autrement dit, en supposant que Vinci ne se soit pas trompé dans ses prévisions, pour que le projet soit rentable sans subvention, il faudrait qu'il coûte 3,8 milliards. Comme il coûtera deux fois plus, on peut donc considérer qu'une ligne de TGV gérée au mieux entre la capitale française, forte de 10 millions d'habitants, et une grande ville de province, le tout dans une zone sans difficulté géographique particulière ne nécessitant aucun ouvrage d'art hors normes, ne couvre que la moitié de ses coûts d'investissement et de fonctionnement. (...)

4 Milliards de subventions, sans lesquels le projet ne se serait pas fait, constituent bel et bien un cadeau à Vinci et ses alliés. (...)

Je n'ai rien contre Vinci en particulier, ni contre ses confrères qui participeront aux autres lignes LGV, mais l'idée que quelques milliards de nos impôts vont servir à permettre à des groupes privés de s'assurer des revenus récurrents qu'ils n'auraient pu envisager sans notre petit coup de pouce me rend particulièrement maussade, surtout en ces temps où les hypothèques qui pèsent sur les finances publiques se révèlent particulièrement angoissantes. (...)

Tout ça pour quels bénéfices ? Nous l'avons vu, le gain de temps entre Paris et Bordeaux sera d'environ 50 minutes, que l'on arrondira à 1 heure. Qui utilise le TGV ? A pratiquement 50%, des cadres et CSP+, alors qu'ils représentent moins de 10% de la population. Autrement dit, ce sont les contribuables de toutes conditions et de toute situation géographique d'aujourd'hui et de demain qui permettront au boboïde germano-pratin et au notable du bordelais de multiplier la fréquence de leur rencontres. Merveilleux exemple de redistribution sociale, non ?


S'il est si important de gagner 50 minutes sur Bordeaux-Paris ou 37 minutes sur Rennes Paris, alors la clientèle des TGV doit être prête à en assumer la totalité du coût. Mais comme le ticket est subventionné, les voyageurs extorquent (sans en être conscients) aux non-voyageurs le prix de leur temps de voyage réduit.

Les co-investissements public privés, une fausse bonne idée

A relire également, sur Objectif eco cette fois ci : "Les Partenariats Publics Privés, une dangereuse illusion anti économique" - Les PPP ont ceci de pervers qu'ils constituent à la fois une subvention publique à la rente privée et une subvention privée à la gabégie publique. Au point que les "partenaires privés" peuvent être rebaptisés de... "Ponctionnaires" ! Extrait :
 

Le PPP consiste à opérer une ponction sur le contribuable pour permettre à un parasite privé de gagner de l'argent sur son dos, c'est à dire le vôtre, cher lecteur. Le PPP est l'outil "tendance" de cette forme moderne du capitalisme socialisé, ou "kleptocratie" (...) .


Ou encore : "oligarchie, ou la démocratie confisquée". Suite de la critique des PPP :
 

Mais de fait, la multiplication d'investissements qui ne sont "rentables" que du fait de l'interpénétration entre investissements privés et subventions publiques porte en germe une menace pour l'économie dans son ensemble : que l'état, s'écroulant sous le poids de ses dettes, doive arrêter du jour au lendemain toute forme de subvention de fonctionnement aux investissements privés ainsi suscités, et les faillites en cascade s'enchaineront comme les bourdes dans un discours politique. La faillite des énergies renouvelables en Espagne, où le gouvernement doit arrêter, faute d'argent, ses subventions massives, donne un avant goût de ce qui pourrait arriver sur une échelle plus large en cas de choc financier majeur : licenciements, familles incapables de rembourser leur banque, marasme.

Notez que l'emploi du terme "menace" est impropre : l'arrêt d'une situation anormale serait, à long terme, une opportunité de rebâtir une économie sur des bases saines. Mais à court terme, des centaines de milliers de licenciements à gérer, dans une économie qui n'aurait plus les moyens d'écoper les voies d'eau de l'UNEDIC et des autres Titanics sociaux fort sollicités par ces chocs, ne seraient pas sans causer quelques troubles à un état régalien réduit à peau de chagrin par sa paupérisation rampante (que voulez vous, il faut bien financer les PPP). Et le désordre, quoiqu'on en dise, c'est très mauvais pour l'entrepreneuriat.

 

L'état Aggrave le risque systémique

C'est ainsi que par la faute de ses bricolages financiers, l'état accroît les risques encourus par l'économie : en cas de graves difficultés financières publiques, le recours systématique au PPP, en socialisant une partie non négligeable de l'économie que l'on dit privée, porte en elle le germe d'un risque systémique industriel qui va croissant. Toujours le même article :
 

Si l'état, en dépit du bon sens, veut absolument que des aménagements non rentables voient le jour, qu'il l'assume et qu'il le finance intégralement par l'impôt. Public, privé : zéro interpénétration ! L'inefficacité congénitale de l'état limitera sa capacité à multiplier les investissements les plus imbéciles, et la nécessité de se faire réélire obligera, tôt ou tard, les politiciens à faire attention à la facture fiscale. La multiplication des PPP n'est qu'un moyen de masquer le coût réel de l'ineptie publique, mais en cas d'accident financier, la chute de l'économie n'en sera que beaucoup plus brutale.


Enfin, je rappellerai, comme je l'ai fait pour le "méga-risqué" projet de métro du grand Paris, que les estimations de coût et de trafic avant projet sont toujours affectées d'un biais d'optimisme que personne ne semble savoir éviter. Extrait :
 

Mais le principal biais affectant les estimations des grandes infrastructures est à la fois sociologique et politique.

En effet, les bureaux d'études et consultants qui produisent les estimations ont souvent intérêt à ce que les avant-projets se convertissent en projets, et tendent à enjoliver les estimations. En outre, un consultant en politique des transports qui rejetterait un peu trop systématiquement les projets d'infrastructures sur des bases économiques risquerait d'être sorti rapidement du marché du conseil aux collectivités. Cela affecte tous les types de projets.

A ces biais affectant l'état d'esprit des équipes technico-économiques en charge du volet conception, s'ajoutent des distorsions politiques affectant les maîtrises d'ouvrage, distorsions qui sont, cette fois, très majoritairement inhérentes aux seuls projets ferroviaires.

B. Flyvbjerg a étudié la communication institutionnelle des maîtrises d'ouvrage et a effectué des enquêtes anonymisées auprès de diverses équipes-projet. Ces investigations montrent que le "biais" politique en faveur du rail, mâtiné d'idéologie anti-voiture, tend à ajouter sur les équipes d'ingénieurs et de consultants une pression supplémentaire pour rendre aguichants les projets ferroviaires. Bref, à une composante de mauvaise évaluation du risque technique, et de biais optimiste des projeteurs, se greffe une pression politique plus forte dans le cas des projets ferroviaires. Les projets d'infrastructures ne sont d'ailleurs pas les seuls à souffrir de cette dissonance politicienne.

 

Autrement dit, il est probable que pour voir le jour, ces projets aient vu leur coût sous-estimé. Je serais curieux de savoir qui assume les risques en cas de dépassement de devis...

Ceux qui n'ont pas perdu patience pourront également relire pourquoi "il faut en finir avec le fantasme pro-ferroviaire". Pas d'extrait, je vous épargne.

Et en guise de conclusion, rappelons cette vérité simple et pourtant oubliée de quasiment tous les décideurs :

Une activité non rentable CONSOMME PLUS DE RESSOURCES QU'ELLE NE CREE DE VALEUR. Elle est donc PAR DEFINITION constitutive d'un DEVELOPPEMENT NON DURABLE.

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Commentaires

Le 1er août 2011 par : Balthazar

Bon article. Parfaitement argumenté. Comme tous vos articles. Merci


Le 2 août 2011 par : brucibru2

^^ Comme d’hab, magnifique


Le 2 août 2011 par : brucibru2

Vraiment, superbe. Le fond du problème indubitablement mis à nu par l’exemple, je suis sans voix. Bravo !


Le 2 août 2011 par : jctrader56

Bon article . Etant breton du bord de mer, sincèrement quel intérêt de gagner 30 minutes ...puisqu’on va perdre 1 heure dans les transports parisiens... La course au temps n’améliore rien..sauf les profits de quelques uns... :))


Le 2 août 2011 par : etienneh

Une autre façon de démontrer l’absurdité de ce projet est de calculer le nombre de passager qu’il faudra pour rentabiliser l’investissement. Je prends comme hypothèse qu’une heure gagnée par un passager vaut 20 € (c’est approximativement le coût du travail moyen chargé d’un cadre, on va dire qu’une heure de loisir gagnée a la même valeur). 3 Mds / 20 € = 150 millions d’heures. Or le projet fait gagner 1/2h par trajet. Donc il faudra 400 millions de voyageurs pour rentabiliser l’investissement !


Le 2 août 2011 par : etienneh

400 millions de voyageurs, c’est plus de 3 fois le nombre annuel total de voyageurs TGV (je n’ai pas trouvé le trafic par ligne). source : http://www.veilleinfotourisme.fr/12...


Le 2 août 2011 par : Helios

Ce qu’il faut noter aussi c’est le coût considérable du transport ferroviaire pour les voyageurs, qui n’est plus compétitif avec le voyage en voiture, même lorsqu’il s’agit que d’une personne (alors qu’il y a un vingtaine d’années le train était moins cher que la voiture pour une personne seule).

Il y a quelques mois de cela j’en ai fait l’expérience, avec un voyage pour 5 personnes entre la grande banlieue au Sud-Est de Paris et Lorient.

Comme j’était alors irrité par les taxes j’ai même boycotté les péages. Résultat : 45€ environ pour la voiture, le train aurait couté 325€ !!!


Le 3 août 2011 par : jctrader56

Helios , ’t’as pas non plus une Porsche Panamera... ;))


Le 4 août 2011 par : Helios

Je ne prends pas ma Porsche Panamera quand j’ai 5 personnes à transporter....


Le 5 août 2011 par : Pouli44

Bonjour,

Merci pour ce nouvel article enrichissant.

Je joins un interview de M. Du Mesnil :

http://www.20minutes.fr/article/656...

Tout va bien, vraiment ?

Cordialement. Pouli44


L'auteur
Vincent BENARD

Analyste à l’institut TURGOT, Conseiller national du Parti Libéral Démocrate, www.lepartiliberal.fr -

Spécialiste du logement, du libéralisme, des retraites et de l’économie en crise ; Auteur de "Foreclosure Gate, les Gangs de Wall Street contre l’état US", éditions Edouard Valys - http://bit.ly/foreclosure-gate

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