ARTICLE

Vincent Benard - Si la restauration était gérée comme la santé...

(79) votes | note : 4.22
Votez pour cet article
1 carré orange : note minimale
5 carrés orange : note maximale
(article du 29 septembre 2010)

 

Les dernières annonces autour de la sécu (déficit de 21 milliards - nouveaux déremboursements) ne doivent pas nous empêcher d'en rire ! Pour comprendre le système de santé français, voici un petit traité sur l'art de créer des problèmes là où il serait dommage qu'il n' y en ait pas.

Dans ce petit restaurant où vos activités professionnelles vous conduisent à déjeuner le midi, une « formule du jour » avec entrée et plat vous est facturée 10 euros. Pour améliorer l'ordinaire, vous devez ajouter 6 euros pour un dessert, 16 euros pour une bouteille de vin, 20 euros pour du homard.

Au début, vous payez votre repas, seul. Vous vous contentez généralement de la formule à 10 euros, et vous ne vous offrez que très rarement un petit dessert, juste pour vous faire plaisir. Vous ne prenez du vin que si un collègue vous accompagne et partage l'addition. Le soir, vous préparez votre repas à domicile. Vous vous offrez parfois un autre restaurant plus raffiné, ou plus exotique, le choix ne manque pas. Vous aimez cela, mais en bon père de famille, vous n'en abusez pas, car vous savez que votre budget n'est pas infiniment extensible.

crustacé breton Mais certains trouvent qu'ils ne peuvent profiter de ces plaisirs assez souvent. Ils en avisent les décideurs politiques. Alors un beau jour, la loi, soucieuse de permettre l'accès à une alimentation de qualité pour tous, oblige chaque restaurant à additionner la note de tous ses convives à chaque service, et à diviser équitablement la note entre tous. Dans ce cas, le homard à 20 euros, partagé entre les 100 couverts du restaurant, ne vous revient plus qu'à 20 centimes : vous ne vous en privez pas, tout comme du vin... D'ailleurs, vous n'avez plus intérêt à rester raisonnable. En effet, si les 99 autres convives consomment du homard et pas vous, votre addition est tout de même augmentée de quasiment 20 euros : Tant qu'à payer plus cher, autant en profiter ! Cependant, un nombre croissant de convives réclamant du homard, des desserts et du vin, votre addition monte à 40 euros et plus, et vous vous dites que vous feriez mieux de manger des sandwiches au bureau... Une fracture alimentaire se produit entre ceux qui peuvent aller au restaurant et ceux qui doivent se contenter de repas sur le pouce. Inacceptable, selon certains partis politiques et associations.

L'état, soucieux de corriger cette inégalité devant le couvert, oblige alors les restaurants non pas à vous facturer directement le repas, mais à envoyer la note à une caisse centrale, qui, après l'avoir augmentée de 5% de frais de gestion, en prélève une quote-part proportionnelle à votre salaire sur votre feuille de paie, en la camouflant sous les sobriquets de CAG - contribution alimentation généralisée - et de charges patronales, vous laissant croire que « c'est votre patron qui paie ». L'illusion de gratuité étant totale, vous délaissez le sandwich et fréquentez deux fois par jour les restaurants, rebaptisés « établissements d'alimentation », l'ancien vocabulaire ayant une connotation par trop... ancien régime. L'état profite de votre manque de vigilance pour prélever aussi sur votre salaire une partie de la note des retraités et d'autres inactifs, qui peuvent ainsi participer au festin à vos frais, sans que vous ne vous en rendiez vraiment compte. Cependant, les restaurateurs, submergés par la demande, sont obligés de supprimer le homard et les autres raffinements de leur carte, faute de pouvoir en fournir en quantité suffisante. Le menu de base devient l'ordinaire de tous. Anciennement vendu 10 Euros au client, il est désormais facturé à 20 euros à la caisse de compensation, puisque le consommateur ne regarde plus à la dépense.

Vous remarquez que bien des gens qui autrefois déjeunaient chez eux préfèrent désormais le restaurant « gratuit », n'hésitant pas parfois à y consommer trois ou quatre repas quotidiens. La demande est telle que la pression à la hausse sur le prix des aliments entrant dans la composition des repas est importante. L'état décide donc d'en réglementer les prix. Les fraudes se multiplient, les restaurants n'hésitant pas à facturer à la caisse des repas fictifs.

Comme il subsiste une certaine concurrence entre restaurants, on en trouve encore qui pratiquent une restauration correcte, à condition toutefois de pouvoir payer des suppléments, parfois légalement, parfois en dessous de table. Par contre, les trois étoiles, autrefois fierté de notre pays, ont disparu. Les plus riches vont déguster les mets les plus fins aux tables des grands chefs de Suisse ou de New York qui ne désemplissent pas. Les hauts "serviteurs" de l'état, fort heureusement pour eux, échappent à la médiocité ambiante en se créant sur mesure des tables spécifiques, comme "l'avale de grâce", cantine militaire de haut luxe où notre président de la république aurait ses habitudes. Notre président ne perd d'ailleurs pas une occasion de rappeler l'excellence de notre système d'alimentation à chacun de ses passages, sans se soucier des rabat-joie qui font remarquer par voie de presse que la plupart des français n'ont pas accès au même niveau de prestations.

Mais voilà, l'état ne peut augmenter indéfiniment le prélèvement sur les feuilles de paie des individus pour financer l'augmentation de la consommation de services de restauration, aussi la caisse de compensation affiche-t-elle un déficit chronique. Afin de limiter la hausse des prix, l'état décide de fixer arbitrairement le prix du menu à 15 euros. Chaque année, la négociation du prix légal du repas entre restaurateurs et état tourne à l'affrontement. Quant au rationnement des tarifs, il freine les vocations de restaurateurs dans les campagnes dépeuplées.

Les politiques, dans une nouvelle tentative d'en freiner l'emballement financier, réforment encore le système en le rendant plus contraignant, rationnant l'accès à l'alimentation, par le système du « restaurant référent », restaurant auprès duquel vous devez vous inscrire pour un an afin de bénéficier de l'intégralité de la prise en charge du repas. Du fait de cette diminution de la concurrence entre restaurants, la qualité des repas baisse dramatiquement, les clients étant généralement priés de manger en moins d'un quart d'heure. La qualité de service devient déplorable.

Face à cette situation aberrante, certains plaident pour le retour au système antérieur de restauration libre, dont les avantages s'effacent progressivement des mémoires. Ils sont traités de sans-coeur, de fossoyeurs des acquis sociaux et, naturellement, d'ultra-libéraux, ce qui suffit à empêcher tout débat serein autour des avantages et inconvénients de chaque système. Toute velléité de retour à une restauration privée, nécessairement « à deux vitesses », est farouchement combattue par les syndicats, qui, il est vrai, utilisent la caisse de compensation des établissements d'alimentation comme moyen de financer leurs activités, comme finissent par le révéler quelques journalistes d'investigation.

Et votre bon sens vous taraude : « comment en sommes nous arrivés là » ?

Naturellement, tout ceci n'est que pure fiction. Aucun gouvernement sérieux ne s'autoriserait d'ingérence dans la gestion d'un secteur d'activité selon des principes aussi stupides.
-----

 



Vous souhaitez lire d'autres articles de "Vincent BENARD"


Vous souhaitez être averti par email quand Vincent BENARD publie un nouvel article

Vous souhaitez vous abonner à la Synthèse ObjectifEco chaque semaine

Votre email Saisissez votre email et validez par OK.Format non valide.


Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

[Connexion] [s'inscrire] [mot de passe oublié ?]


Commentaires

Le 29 septembre 2010 par : fbastiat

Bravo. Même Sarko et Lagarde pourraient comprendre s’ils avaient la patience de lire ce petit essai de politique fiction.


Le 29 septembre 2010 par : Laid Pateurisé

Bonjour Vincent. Votre comparaison entre la Sécurité sociale et la Restauration souffre d’un gros défaut : Si tout individu peut choisir ou non d’aller au restaurant tous les jours ou rarement, il n’en est pas de même pour les malades. Certes, il y a de trop nombreux abus parce que laxisme politique il y a eu depuis des décennies. Mais un malade chronique ou un malade tout court, lui ne choisit pas d’être malade. Il le devient. Vous êtes jeune et en bonne santé pour réfléchir ainsi. Il en est tout autre quand on est malade et parfaitement légitime de demander les meilleurs soins dans ce cas. Vous verrez, ce n’est qu’une question de temps et vous comprendrez aussi. Mettez-vous à la place d’un épiletique de naissance ou à un diabètique de type I qui n’ont pas demandé d’être malade en pleine jeunesse mais qui voudraient eux aussi... aller au restaurant quand ils le désirent.

Pour moi, le restaurant est un leurre, la meilleure cuisine reste celle qu’on fait à la maison, pour autant qu’on aime la faire et qu’on ne soit pas paresseux. Ce qui est loin d’être une généralité dans notre société qui nous "mâche" tout à l’avance... sans jeu de mot !


Le 30 septembre 2010 par : Vincent BENARD

@Laid Pasteurisé

C’est une objection courante, mais en l’occurrence je puis aisément y répondre :

1) le fait que le soin de santé soit un bien indispensable et non substituable, contrairement au restaurant qui est, lui, hautement substituable et pas indispensable, n’enlève rien au fait que les distorsions opérées par l’état sur le marché de la santé le rendent totalement dysfonctionnel

2) C’est, en général, quand on est en bonne santé que l’on négocie son assurance. (je reviendrai sur le cas du malade chronique)

3) si on veut rendre solvable la partie la plus pauvre de la population, des assurances 100% privées, des prestataires de soin ultra majoritairement privés, et un "chèque santé" (universel et dégressif en fonction du revenu pour éviter les effets de seuil) sont très nettement supérieurs à une caisse centrale publique d’assurance.

C’est ce système qui fonctionne, avec des variantes mineures, en Suisse et aux Pays Bas. Qui ne s’en plaignent pas (la suisse à voté à 71% contre une caisse de sécu "à la française" il y a quelques années, malgré une propagande de folie des socialistes locaux).

4) La suisse traite le malade chronique et le handicap par une allocation spécifique ciblée et une interdiction de refus de vente stricte. Le système suisse a des imperfections, mais par rapport au notre, il n’y a vraiment pas photo.


L'auteur
Vincent BENARD

Analyste à l’institut TURGOT, Conseiller national du Parti Libéral Démocrate, www.lepartiliberal.fr -

Spécialiste du logement, du libéralisme, des retraites et de l’économie en crise ; Auteur de "Foreclosure Gate, les Gangs de Wall Street contre l’état US", éditions Edouard Valys - http://bit.ly/foreclosure-gate

Boutique ObjectifEco

1070€ AU LIEU DE 3188€ - TOUS LES CONSEILS - TOUTES LES STRATEGIES PDF - TOUS LES AUTEURS

[Cette offre n'est valable que pour 20 clients. Abonnez vous à Loïc Abadie pour votre PEA, Charles Dereeper si vous souhaitez jouer sur le CAC 40 avec succès, Claude Mathy sur les Trackers. Lisez David Renan sur les petites valeurs ou Sacha Pouget pour le secteur explosif de la santé. Découvrez les stratégies de Samuel Rondot, celles de Cédric Froment ou de Eric David sur le Forex. A un prix CANON : -66% !

Il reste actuellement 3 places disponibles ! ->http://www.objectifeco.com/offre-co...]