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Vincent Benard - Risque Zéro : Angela Merkel annonce un moratoire sur l’automobile

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(article du 18 mars 2011)

Chaque année, l'automobile tue environ 4 000 personnes en République Fédérale d'Allemagne, et plusieurs centaines de milliers dans le monde, soit plusieurs milliers de fois plus que les accidents nucléaires, sans parler des centaines de milliers de blessés graves. En outre, les rejets polluants de ces "assassins de métal" énergivores sont jugés de plus en plus inacceptables par une partie croissante de l'opinion publique.

Devant l'ampleur du drame automobile et de la menace que ce moyen de transport représente pour la vie humaine, les politiciens restaient sourds. Heureusement, l'horreur automobile chaque jour répétée a fini par infléchir la politique d'une grande puissance.

La chancelière Angela Merkel, n'écoutant que son coeur et celui de son opinion publique, a décrété l'arrêt immédiat et obligatoire des véhicules agés de plus de 10 ans, et un moratoire sur la mise en fabrication de tout nouveau modèle. Elle annonce un grand plan pour convertir l'Allemagne à la mobilité éco-responsable dans les plus brefs délais et désigne la promotion du transport en vélo comme axe majeur de cette nouvelle politique révolutionnaire. Selon elle, la mortalité routière sera ainsi réduite à quantité négligeable en quelques années.

Le lobby puissant des constructeurs automobiles -la peste soit de ces capitalistes assoiffés d'argent et du sang des travailleurs !- lui a fait remarquer que les accidents mortels concernaient en priorité les véhicules les plus anciens, que les investissements réguliers dans des modèles mieux conçus et des infrastructures routières plus sûres devraient contribuer à réduire des risques d'accident mortel eux-mêmes déjà en forte chute depuis les années 70, que les recherches sur les véhicules non polluants étaient prometteuses et laissaient espérer de gros progrès dans les 30 années à venir quant aux émissions nocives.

Des ingénieurs -la peste soit de ces prétentieux !- ont fait remarquer que tout de même, le vélo ne rendait pas tout à fait les mêmes services que l'automobile, qu'il était très difficile de s'en servir sur de longues distances, de transporter des enfants ou des charges lourdes, que les personnes âgées ou obèses risqueraient de ne pas pouvoir se déplacer. En outre, par grand froid, la pratique du vélo peut entraîner moult complications médicales chez les personnes aux poumons fragiles.

Des économistes, dont on soupçonne qu'ils pourraient être liés à la droite conservatrice, voire, horresco referens, à des think tanks libéraux -La peste soit de la liberté de pensée de ces parasites-, ont essayé de faire croire à la chancelière que d'une part l'industrie automobile faisait vivre des milliers d'emplois directs et induits, et que sans même parler de ces pertes directes, la terrible réduction dans la mobilité ainsi infligée aux allemands les empêcherait de mettre en compétition autant d'options de consommation et d'employeurs qu'aujourd'hui, réduisant considérablement leur niveau de vie.

Qu'importe. Heureusement guidée par son coeur et un amour sincère de l'électorat, pardon, du peuple allemand, Madame Merkel a ignoré ces arguments prétendûment "de bon sens", dont on voit bien qu'ils sont dictés par des individus inféodés au lobby automobile, voire, pire encore, pétrolier. D'ailleurs, la "voiture pour le peuple" n'était-elle pas un axe majeur du programme politique d'Adolf Hitler ? Voilà bien une preuve supplémentaire que l'automobile est d'essence (sic) diabolique.

Madame Merkel a pris la seule décision qui valait la peine d'être prise en ces temps de forte émotion : plus d'autos, vive le vélo ! Bravo, Madame Merkel, vous verrez que le peuple allemand vous remerciera pour votre clairvoyance et votre capacité à prendre des décisions fondées sur la seule vraie rationalité qui vaille, celle qui ose remettre en cause les prétendus acquis de notre société capitaliste mortifère et nous emmène le coeur joyeux vers la société du risque zéro et de la vie frugale.

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Addendum : Trêve d'amusements faciles, redevenons ennuyeux l'espace de quelques lignes. Vous avez compris que je ne parlais pas d'automobile.

Je suppose qu'il se trouvera un lecteur de passage pour dénoncer l'amalgame évidemment "honteux" que je fais sous couvert d'une satire gentillette. "comment osez vous comparer les accidents de la route à un risque d'accident nucléaiiiiiire ? cela n'à rien à voâââr, votre comparaison implicite est biaisée. Le nucléaiiiiire c'est une énergie sataniiique !".

Effectivement, malgré son caractère spectaculaire, malgré toutes les représentations terrifiantes que le public associe au nucléaire, il est très peu probable que l'accident de Fukushima tue autant de personnes qu'une année d'accidents automobiles et que les suites médicales de l'accident, pour regrettables qu'elles soient, créent autant de malheur que le nombre de cas de tétraplégies consécutifs aux accidents routiers. Ma comparaison n'est donc pas du tout fair play pour le nucléaire, j'espère donc que Mme Lauvergeon ou M. Proglio ne se sentiront pas insultés par la comparaison.

Pourtant, malgré les risques indiscutables que l'usage de l'automobile induit, personne de sérieux ne songe à un moratoire sur l'automobile : les gens ont trop bien compris que les avantages de l'automobilité ont infiniment plus de valeur économique que n'en détruisent les risques mortels associés, fussent-ils bien réels, connus, et quantitativement tout à fait significatifs.

Vérifier la sécurité des réacteurs existants ? Bien sûr. Tirer les leçons de Fukushima et renforcer d'éventuels points faibles ? Evidemment. Fermer quelques centrales trop vieilles ou trop dangereuses, et les remplacer par des moyens de production modernes et sûrs, nucléaires ou non ? Tout à fait souhaitable. Mais remplacer le nucléaire par les énergies renouvelables, qui constituent une offre technologique d'une qualité tout à fait déplorable à un coût ahurissant, est-ce bien sérieux ?

L'annonce hélas bien réelle par Madame Merkel d'une démarche volontariste de conversion massive de l'Allemagne vers les énergies renouvelables est donc, en l'état actuel des technologies disponibles, un exemple absolument déplorable de décision politique passionnelle et déconnectée de tout fondement raisonnable. Il n'y a hélas pas d'autre mot que "crétinisme majeur" pour qualifier le niveau d'intelligence de cette intervention.

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Lire également :

Les énergies renouvelables sont elles vraiment du développement durable ?
Faut il subventionner les énergies vertes ?
Eolien Off Shore : 20 milliards jetés à la mer pour du vent

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Commentaires

Le 18 mars 2011 par : enzov12

Bonjour Vincent. D’habitude je trouve vos articles fort intéressants mais là je ne suis pas du tout d’accord avec vous.

Premier point. Vous êtes non sans bonne raison climato sceptique. Dans ces conditions, pourquoi ne pas remplacer le nucléaire par ces bonne vielles énergies au carbone ?

J’ai entendu l’argument du coût économique. Mais dans un pays communiste comme la France, je doute de l’hônnêteté comptable :

Est ce que dans le prix du killowatt heure sont inclus :

- Les coûts de recherche (financement du CEA) ?
- Les coûts de construction des centrales nucléaires ?
- Coût de démantellement des centrales ?
- Du retraitement des déchets nucléaires ?
- Du financement des autorités de sûreté nucléaire etc.
- Des frais de santé occasionnés par la surexposition du personnel qui travaille dans ces centrales. Personnel qui peine souvent à faire reconnaitre ses maladies comme liées au nucléaire
- Etc.

Comment font nos voisins, italiens ou espagnols par exemple ?

C’est vrai, eux au moins ils ont tout compris : ils préfèrent acheter le courant à ces couillons de français qui doivent se démmerder à stocker et gérer pendant des... dizaines d’années les déchets nucléaires .

En plus un autre élément peu rassurant : le nucléaire, pour des raisons évidentes de sécurité coûte cher :

- Quid des centrales vieillissantes ?
- Quid de la gestion des catastrophes naturelles les plus dangereuses : tsunami au Japon : si les japonnais avaient prévu une digue qui aurait tenu, combien ça aurait coûté en plus, etc.

Je ne parle même pas des risques de catastrophes naturelles :

- risques sismiques.
- inondations
- tornades et ourgans
- sécheresse etc.

Cordialement.


Le 18 mars 2011 par : Helios

Il me semble que le bilan de Tchernobyl dépasse nettement les quelques milliers de morts, bien que cela soit (volontairement) obscur.

Ce qui est surtout souhaitable c’est qu’on ne se contente pas de produire des centrales les plus sures possibles, mais qu’on développe, construise et entretienne des dispositifs destinés à traiter les incidents graves. Je pense que cela a été oublié quand on voit l’impression de bricolage donnée par les efforts actuels des Japonais. C’est comme si on construisait des batiments (théoriquement) ininflammables et qu’on en profitait pour ne pas financer les pompiers.

Bien sûr le coût de ces dispositifs doit être intégré dans le prix de l’électricité nucléaire.


Le 18 mars 2011 par : Vincent BENARD

@ enzo V12

Vous semblez élargir mon propos au delà de ce que j’ai écrit.

Vous avez bien noté que j’écris :

"Fermer quelques centrales trop vieilles ou trop dangereuses, et les remplacer par des moyens de production modernes et sûrs, nucléaires ou non ?" : je ne ferme donc pas la porte au non-nucléaire.

Mon texte vise surtout une réaction totalement excessive, disproportionnée et fondée sur l’émotion plutôt que la raison de Mme Merkel.

A terme, d’autres alternatives que "nucléaire sale ou pétrole" existeront. Aujourd’hui, elles sont immatures. Donc condamner toutes les centrales nucléaires existantes est pour le moins inapproprié.

Vous avez parfaitement raison de noter que la nature le plus souvent étatique ou para-étatique du nucléaire a entrainé une mauvaise prise en compte de certains coûts :

Est ce que dans le prix du killowatt heure sont inclus :

- Les coûts de recherche (financement du CEA) ?

peu probable, hors taxes.

- Les coûts de construction des centrales nucléaires ?

Oui

- Coût de démantellement des centrales ?

mal, cf. Cour des comptes.

- Du retraitement des déchets nucléaires ?

oui, c’est une prestation facturée.

- Du financement des autorités de sûreté nucléaire etc.

Via taxes, mais non, pas directement, tout comme l’automobiliste ne finance pas directement la police routière. C’est plutôt heureux...

- Des frais de santé occasionnés par la surexposition du personnel qui travaille dans ces centrales. Personnel qui peine souvent à faire reconnaitre ses maladies comme liées au nucléaire

Peu probable.

- Etc.

Malgré tout, cela ne rend pas une "substitution du nucléaire par le renouvelable" souhaitable tout simplement parce qu’aujourd’hui, le renouvelable est une solution de très basse qualité à cout prohibitif.

pour ce qui est du fossile, c’est évidemment la seule alternative aujourd’hui. mais peut on opérer un mouvement volontariste de substitution autoritaire de tout le nuc’ existant vers le fossile, compte tenu des pbms économiques et géopolitiques que cela pose aujourd’hui ? J’en doute fortement. En tout cas, une telle décision ne peut être prise à chaud sous l’effet de l’émotion de fukushima.

A plus long terme, on peut espérer que des très grosses évolutions technologiques (nucléaire à combustion lente, filières non-uraium), etc... ou des ruptures paradigmatiques (fusion controlée, shale gas, etc...) changeront la donne et nous permettront de sortir doucement du nucléaire dans des conditions acceptables. Mais aujourd’hui, c’est tout à fait prématuré.

Dernière chose : comme je l’ai dit dans un autre post, sur ob’lib’ canal historique, construire des centrales nuc’ de type uranium ou plutonium sur des failles sismiques ne me parait pas une bonne idée, même avec des précautions supérieures à celles de fukushima. Mon petit côté "peur du cygne noir" sans doute. Mais cela ne condamne pas toute cette filière dans son ensemble.


@ Helios : certes, les hypothèses de stress sur la centrale au moment de sa conception ont été insuffisantes.

Cela devra être pris en compte dans tout projet futur, ce qui augmentera le coût du nuc’ et rendra désirable les progrès dans d’autres filières.

cf. "Tirer les leçons de Fukushima et renforcer d’éventuels points faibles ? Evidemment"



Le 18 mars 2011 par : enzov12

Merci beaucoup Vincent pour votre réponse que je trouve particulièrement intéressante.

J’ai l’impression que nous tomberons tous les deux d’accord pour dire que le coût réel et global de l’énergie nucléaire étant mal évalué, son avantage économique par rapport aux seules alternatives viables, c’est à dire les énergies fossiles, car je vous l’accorde totalement les énergies renouvelables représentent à l’heure actuelle une alternative totalement irréaliste, n’est plus si évident et cela au delà du fait que le nucléaire assure notre "indépendance énergétique", argument qui me semble relever plus de la propagande que de la science.

Cependant, j’ai l’impression que la gestion du nucléaire manque cruellement de transparence en France.

Question numéro un : comment font nos voisins et sont ils plus stupides que nous ? Et oui, au niveau mondial la part du nucléaire est minoritaire dans la production totale d’électricité.La France en tire t’elle donc un avantage si décisif ?

Question numéro deux : met-on vraiment tout en oeuvre pour entretenir comme il se doit les installations nucléaires et celles présentant des risques seront vraiment fermées et démantelées comme il se doit ? Imaginez qu’entre temps la France face faillite donc le risque économique est-il réellement pris en compte ? Le fait de prolonger des centrales en fin de vie n’est-il pas en lui même un aveu de dangereuse volonté de réduire les coûts, et ce au détriment de la sécurité ? La France en a t’elle encore tout simplement les moyens ? Et oui je suis particulièrement méfiant voir même paranoiaque, je l’avoue un peu...

Enfin troisième question à laquelle vous ne m’avez, me semble t’il pas répondu : quid de l’ intégralité des catastrophes naturelles :

- sismiques : les normes de Fessenheim sont une véritable plaisanterie : les installations sont prévues pour résister a un seisme seulement deux fois plus puissant que le plus puissant ...recensé par les hommes !...Or tout le monde sait bien que l’échelle de Richter est logarithmique...
- Quid des cyclones, ouragans, tornades, inondations et... sécheresse comme en 2003 lorsque la centrale est proche d’un cours d’eau douce, et oui l’eau est nécessaire au refroidissement comme on le voit au Japon en ce moment.
- Quid également des normes des rejets autorisés à la Hague : il ne fait pas bon de rester trop longtemps près de la fameuse conduite...
- Quid enfin des risques de terrorisme ?

Pour conclure ce message, on nous dit le plus tranquillement du monde que le risque zéro n’existe pas. Seulement voilà, en cas de catastrophe nucléaire il faut considérer une zone d’exclusion définitivement perdue. Mais il est évident que cette zone sera considérablement minorée pour des raisons évidentes : impossible par exemple de perdre Tokyo si besoin était !

Je souhaite également vous demander pourquoi en France il est impossible de se procurer des pastilles d’iode alors que semble t’il nos voisins peuvent le faire. Bien sûr il ne faut les prendre n’importe quand. Mais le gouvernement a t’il seulement prévu un plan d’organisation de distribution de masse ? J’en doute vraiment. Encore une fois, de toute façon quoi qu’il arrive j’ai déjà la réponse : la France ne cours aucun danger de la catastrophe japonaise...

Bien sûr il ne faut pas sortir du nucléaire n’importe comment mais avant tout il faut prendre une décision. Lionel Jospin avait courageusement décidé de couper SuperPhenix. Quand on veut démanteler le nucléaire, on peut.

Cordialement


L'auteur
Vincent BENARD

Analyste à l’institut TURGOT, Conseiller national du Parti Libéral Démocrate, www.lepartiliberal.fr -

Spécialiste du logement, du libéralisme, des retraites et de l’économie en crise ; Auteur de "Foreclosure Gate, les Gangs de Wall Street contre l’état US", éditions Edouard Valys - http://bit.ly/foreclosure-gate

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