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Vincent Bénard - Pourquoi il faut avoir la peau de l’EFSF

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(article du 10 octobre 2011)

Le post qui suit m'a été inspiré par une réflexion marquée du sceau de la peur panique donnée par Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit Agricole, sur BFM Lundi matin, avec son inimitable accent du Sud Ouest.

Les haircuts, les banques n'aiment pas !

Monsieur Betbèze, donc, a eu cette réflexion pleine de bon sens agricole près de chez vous, à propos des probables "haircuts" (en bon français, des réductions de principal de dette) imposés aux détenteurs d'obligations grecques. Je résume sa pensée, avec l'accent :

"Les Haircuts, attentiong, ça peut avoir des effets pervers. Imaginez qu'on dise à la Grèce que OK, on vous coupe de 50 ou 60 pour ceng. Qu'est ce qui empêchera les portugais ou les irlandais, voire, pire, les espagnols ou les italiengs de réclamer la même chose ?". Il n'a pas rajouté "et les français, cong", mais le trémolo inhabituellement vibrant de son timbre ne laissait aucun doute sur la nervosité que lui inspirait cette perspective.

Il est vrai que cette angoisse est parfaitement compréhensible, tant la pérennité de son job certainement très bien rémunéré à la tête de la recherche économique de Crédit Agricole S.A. dépend de la capacité de tous les émetteurs de daubasses souveraines "qui ne pouvaient pas faire faillite" à tenir leurs promesses de remboursement. Laquelle est de plus en plus incertaine, alors que des vagues de mécontentement populaire sans précédent pourraient conduire les états à décréter qu'ils vont planter leurs créanciers avant de planter leurs fonctionnaires ou leurs retraités. Vous voyez le tableau ? Si certains s'imaginent que les populations accepteront des plans non pas de rigueur, non pas d'austérité, mais d'ascétisme maladif, sans demander aux banques d'en prendre leur part, ils se mettent le doigt dans l'oeil.

La faillite désirable ?

Mais il y a tout de même quelque chose de paradoxal dans le propos de JP Betbèze. En effet, rappelons nous défaut de l'Argentine en 2001, et du Haircut imposé à l'époque aux créanciers. Les jours qui avaient suivi avaient été particulièrement sombres pour les argentins, qui avaient vu leur épargne en Pesos massacrée, et qui ont dû s'adapter à un pays où non seulement l'état providence, mais aussi l'état régalien, avaient totalement sombré en quelques jours. Et cela avait donné ceci, un pays où la priorité quotidienne était d'abord de survivre.

Rien de bien séduisant, donc, et l'on voit mal au premier abord pourquoi M. Betbèze serait inquiet à l'idée que d'autres pays que la Grèce puissent s'engager volontairement dans une voie si peu désirable. A moins, évidemment, qu'il n'y ait une différence entre les deux situations ?

Vous m'avez vu venir. La différence, c'est l'EFSF, le fonds commun de stabilité européen, dont l'Argentine ne bénéficiait évidemment pas. C'est parce que l'EFSF existe que l'hypothèse de JP Betbèze a du sens, ô combien !

L'EFSF, l'élément perturbateur

Sans l'EFSF, si la Grèce faisait défaut, du jour au lendemain, l'état hellène verrait tout accès au crédit coupé, car le créancier juste planté se fait prêteur rétif, et il est déjà très méfiant (le 1 an grec se négocie à nettement plus de 130% sur le marché secondaire, la "cote argus" des obligations). L'état grec, qui dépense à peu près 2 euros pour un encaissé, et encore, devrait donc instantanément couper en deux toutes ses prestations : salaires, retraites, commandes militaires, dépenses de santé, etc... Le spectre d'émeutes radicales serait plus que menaçant, dans un tel contexte. Pas de quoi envisager un défaut de paiement dans la sérénité, la joie et le bonheur électoral.

Avec l'EFSF se substituant aux prêteurs refroidis par le défaut de paiement, avec cet fonds qui assurera le "Roll Over" des 25 à 40% de dette qui n'auraient pas été abandonnées (on parle de 60 à 75% de Haircut maintenant, contre 21% en juillet !), le gouvernement grec, s'il ne peut espérer une faillite facile et sans douleur, peut espérer limiter la casse, voire même continuer à faire semblant de réformer son état providence sans le faire réellement, en toute lâcheté politicienne.

Incentives Matter

Et, en économie plus qu'ailleurs, les incitations sont la clé de tout. Incentives Matter.

Si la Grèce obtenait à la fois un haircut et le secours de l'EFSF, alors il n'y aurait plus aucune barrière à l'exigence d'avantages similaires par les gouvernements des autres PIIGS, sous la pression de leurs populations. Et dans ce cas, même les français et les allemands, réputés solvables, se demanderaient pourquoi ils devraient financer l'EFSF et continuer, eux, à suer le burnous pour payer les dettes des autres. Les incitations à faire défaut deviendraient tout simplement trop importantes.

Mais évidemment, l'EFSF ne pourrait pas sauver la France ou l'Allemagne. Et les Allemands le savent. Il est donc probable que rapidement, le peuple allemand forcerait sa classe politique à arrêter cette sinistre plaisanterie, et sans doute à sortir de la zone Euro.

Par conséquent, il ne peut y avoir "haircut" que dans la douleur pour l'état qui déciderait de faire défaut, sans quoi, cela deviendrait trop "facile", pour un état sous stabulation de l'EFSF, de se dire "je fais défaut, je continue de faire la fête chez moi, vous me prêtez de quoi payer les petits fours, et je vous emm...". Un haircut ne peut réussir que SANS INTERVENTION DE L'EFSF.

L'alternative, c'est l'EFSF sans Haircut. Elle n'est absolument pas viable pour une Grèce dont le PIB chute sans fin, et dont la Dette dépasse sans doute 180% du PIB d'ores et déjà. Car là aussi, tous les PIIGS en danger d'effondrement voudraient "en croquer". Et L'EFSF ne pourra pas soutenir à bout de bras la Grèce, le Portugal, l'Italie, etc... Et quand bien même il le pourrait, tôt ou tard, le peuple allemand dirait "Nein".

Sulik : L'EFSF, un danger mortel pour l'euro et l'Europe

Donc un défaut au moins partiel de la Grèce est inévitable, et d'au moins 75%. Et il ne peut en aucun cas être accompagné de l'existence d'un fonds de secours de type EFSF. Donc il faut qu'en cas de difficultés liées au défaut d'un état, les banques impactées restructurent leurs passifs, comme je m'époumone à l'écrire article après article.

C'est ce qu'a très bien compris Richard Sulik (photo), président du parti libéral de Slovaquie, membre de la coalition gouvernementale, qui dit, dans cette interview au "Spiegel", que le plus grand danger pour l'Euro, c'est l'EFSF. Traduction-résumée-imagée par mes soins :
 

Spiegel : "le refus slovaque de ratifier l'EFSF pourrait il briser l'Euro ?"

Sulik : "C'est à l'inverse l'EFSF qui est le plus grand danger pour l'Euro"

Sp : Ah que hein quoi donc ? Comment cela ?

Su : C'est une tentative de lever toujours plus de dette pour résoudre une crise de la dette. Cela ne peut pas marcher. Cela n'a jamais marché.

(...)

A noter que le Journaliste joue à merveille le rôle du candide imprégné des préjugés communément véhiculés par ses confrères, ce qui permet à Sulik de Briller. Bravo à l'interviewer !


Sp : (...) Mais alors, la solidarité européenne, vous vous en fichez ?

Su : Si nous suivons notre propre chemin, cela en serait fini de cette prétendue solidarité et ce serait tant mieux. Cela obligerait chaque pays à arrêter de vouloir se réfugier dans une spirale de dette aux dépens des autres (...) Dans notre contrat d'adhésion à l'Euro, il n'était pas question de devoir adhérer à des montages aussi loufoques que l'EFSF, qui mettent en danger notre monnaie. Il n'était pas question de demander aux slovaques de payer 2,5 points de TVA en plus pour financer la retraite ultra avantageuse que les grecs ne peuvent plus se payer.

Sp : Si l'Euro est le problème, pourquoi la Slovaquie ne le quitte-t-elle pas ?

Su : Je ne vois pas l'Euro comme un problème, c'est un bon projet, à condition que chacun respecte les règles.
 

Et voilà pour les commentateurs franchouillards qui voient dans tout refus de l'EFSF une preuve d'Euro scepticisme, et qui présentent les libéraux slovaques comme de dangereux euro-sceptiques nationalistes. Continuons :


Sp : A quelles règles faites vous allusion ?

Su : Celles définies par l'article 125 du traité de Lisbonne, à savoir que l'Europe ne peut pas être responsable de la dette d'un pays membre. Deuxièmement, qu'il faut laisser la Grèce faire défaut de 50 à 70% de sa dette et laisser les banques restructurer leurs bilans en fonction des pertes qui en résulteront. Enfin, les états doivent comprendre qu'ils doivent redevenir financièrement sérieux.

Sp : Vous n'avez pas peur que cela ne précipite la chute des marchés ?

Su : C'est le problème des investisseurs, pas celui des politiques.
 

Je bois ici du petit lait, en revoyant non sans émotion De Gaulle affirmer que "la politique de la France ne peut se décider à la corbeille", et Edith Cresson, injustement critiquée sur ce coup là, rappeler que "La bourse, on n'en a rien à cirer". Je l'aime bien, ce monsieur Sulik. Et encore une gifle à ceux qui veulent faire croire que les libéraux ne pensent qu'aux marchés financiers.
 

Sp : Mais les banques pourraient avoir à encaisser des pertes faramineuses sur les dettes souveraines ?

Su : Et alors ? Elles ont mal estimé leur risque, elles doivent payer, c'est la règle dans une économie de marché. Il faut juste s'assurer que les mécanismes de liquidation des banques préservent autant que faire se peut les avoirs des simples déposants. Cela coûtera nettement moins cher qu'un bailout intégral des banques.


J'adore ce type. Je suppose que Jean-Paul Betbèze l'apprécie nettement moins.
 

Sp : Quels conseils donneriez vous aux Grecs ?

Su : (1) dégraissez votre état (2) Implémentez une Flat Tax

 

C'est beau comme une page d'objectif liberté, tiens.

Equation mortelle : EFSF + haircut = implosion

Mais il y a une autre raison fondamentale qui empêchera l'EFSF de fonctionner en cas de haircut.

Un haircut de la Grèce, suivi de haircuts "d'aléa moral" d'autres pays sous la pression de la population, signifieront d'importantes provisions pour les investisseurs institutionnels -Banques, Assurances, fonds d'investissement- qui ont prêté aux états. Ces investisseurs, en supposant qu'ils échappent à la faillite, verront de toute façon leurs fonds propres massacrés à la tronçonneuse. Dans ces conditions, ils devront réduire considérablement leurs emprunts au passif de leur bilan (baisse de l'effet de levier), et donc devront réduire le total de leurs actifs.

Le simulateur interactif de Thomson-Reuters permet de calculer l'intensité des pertes (appelées pudiquement, ici, "besoin de recapitalisation") des principales banques de la zone euro selon diverses hypothèses. Naturellement, les banques hors eurozone, les Hedge funds et les assureurs ne sont pas comptabilisés. Un scénario "cataclysme" (75% de haircut) sur tous les PIIGS équivaut à environ 400 milliards d'euros de pertes pour les banques. L'estimation "médiane" du FMI à 200 milliards est donc tout à fait plausible.

Donc, admettons que l'EFSF renfloue ces banques. Mais qui prêtera à l'EFSF et aux états qui le composent ?

Comment des investisseurs aux fonds propres massacrés pourront ils financer l'intégralité des appels d'offres obligataires des états encore "solvables" garantissant l'EFSF ? Comment ces mêmes états peuvent espérer susciter un effet de levier auprès de ces investisseurs pour financer l'accroissement des pertes qui plombent les comptes de ces mêmes investisseurs ? Comment peuvent ils croire que ces investisseurs conserveront indéfiniment leur confiance indéfectible à la signature de la France et de l'Allemagne si autour de ces pays, les revendications populaires de haircuts se généralisent ? L'EFSF, de par ses mécanismes de financement, engendre un cercle financier tout ce qu'il y a de plus vicieux.

Et la perspective de voir la Russie, la Chine ou le Qatar se poser en chevaliers blancs et nous dicter leurs exigences financières et géopolitiques en échange de leur soutien, n'est pas réellement de nature à rassurer. Après tout, dans la Rome antique, le débiteur insolvable devait accepter de devenir esclave...

Bref, que l'on considère l'aléa moral ou de simples considérations d'effets de levier, haircuts + EFSF = implosion. Ou hyper-monétisation des dettes par la BCE, ce qui transformerait une saine déflation en épisode hyper-inflationniste dramatique. Les scénarios possibles et divergents ne manquent pas.

Voilà pourquoi, puisque les haircuts sont inévitables, il faut tuer l'EFSF, tout de suite, et mettre en place un mécanisme de recapitalisation des banques par les détenteurs d'obligations, et pas par les états.

Conclusion

C'est à la Grèce, et à la Grèce seule, de décider si elle doit faire défaut sur sa dette, et de combien. C'est une décision qui appartient aux institutions grèques, élues par le peuple grec. Mais elle se doit d'en supporter toutes les conséquences. En aucun cas, nous ne devons, à travers l'EFSF, la monétisation ou tout autre mécanisme similaire de déresponsabilisation des insouciants, créer auprès des états sur-endettés l'illusion d'une possibilité de défaut de paiement sans douleur. Il n'y a pas de repas gratuit.

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Lire également :

La Grèce aurait tout intérêt à adopter la Flat Tax

Grèce etc, pas de sauvetage européen pour les pays sur-endettés

Gérer une faillite bancaire sans appel au contribuable | méthode A | méthode B.

Cinq scénarios possibles pour l'économie en folie

Et encore :

Interview de Richard Sulik au Spiegel

Simulateur de besoin de recapitalisation, Reuters

Analyse de Gilles Dryancour sur la dynamique de la dette grecque épidode 1 | épisode 2

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Commentaires

Le 10 octobre 2011 par : Brucibru3

excellent.


Le 10 octobre 2011 par : Patrick

Pour l’instant les dirigeants occidentaux (en totale collusion avec les "détenteurs d’obligations") continuent à suivre une certaine "orthodoxie financière" : ils endettent les peuples sans leur accord à des niveaux que ces mêmes peuples ne pourront JAMAIS rembourser. Pour l’instant ils estiment que ce n’est pas encore trop grave car cela touche uniquement les "pequenos fainasses exotiques grecs périphériques..." et la taille du problème leur semble gérable... Mais dès que les intérêts de cette dette ne pourront plus être remboursés (comme en Grèce) pour des pays proche du centre (Italie, Espagne, France, Allemagne, USA) ils s’affoleront et, pour conserver l’Euro, lentement mais sûrement on basculera dans la vraie création monétaire (la vraie planche à billets sans demande de remboursement de cet argent donné aux états centraux...). Dans un 1er temps on compensera simplement le montant des dettes par de la création monétaire... Ensuite... et bien cela dépend de la sagesse ou non des politiques ... ?

Le problème est bien dans la système de création monétaire à "Réserve Fractionnelle" (ou plutôt "Effet Levier" monstrueux ou "Pyramide de Ponzi" ou "A la Madoff")

Si on ruine les "détenteurs d’obligations" (= banques) pour désendetter les états il n’y aura ensuite plus d’argent disponible si LES Etats ne reprennent pas leur pouvoir de création monétaire à 0% de taux d’intérêt (ou l’autorité dirigeante européenne dans le cadre de l’Europe si on conserve l’Euro ou autorité dirigeante mondiale dans le cadre d’un nouvel "Etat Mondial" avec une monnaie mondiale... ?).

Que l’on conserve l’Euro ou que l’on revienne aux monnaies nationales de toutes façons, et tant que les humains auront besoin de conserver des unités de compte (argent) pour mesurer la valeur des échanges entre eux, il faudra bien créer ou re-créer ces unités de compte (qui dans le système actuel des Réserves Fractionnelles disparaissent purement et simplement une fois que la dette est remboursée). On peut imaginer des systèmes Sans Argent mais j’imagine que les humains n’y sont pas encore mentalement prêts pour l’instant ou suffisamment coopératifs entre eux pour le faire... ?


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Pour l’instant ils ne démordent pas de conserver l’Euro... :

Crise : l’Europe est "sur un volcan qui peut dynamiter le continent" (Fillon)

Le Premier ministre français François Fillon a estimé lundi que l’Europe se trouvait "sur un volcan qui peut dynamiter à tout moment le continent", affirmant que la crise actuelle pouvait "mettre en péril 60 années de construction européenne".

"Personne ne doit s’y tromper : nous sommes sur un volcan qui peut dynamiter à tout moment le continent européen, sa prospérité, son contrat démocratique, son unité monétaire, son unité politique", a déclaré M. Fillon dans un discours de clôture de la journée parlementaire du parti du Nouveau centre (NC).

"Ne croyez pas que j’exagère. Si la faillite d’une banque d’affaires aux Etats-Unis en 2008 a frappé de plein fouet le système financier et a provoqué une récession dans le monde entier, je veux dire que la crise actuelle peut mettre en péril 60 années de construction européenne", a-t-il mis en garde.

Selon le chef du gouvernement français, "les nostalgiques du protectionnisme, les partisans d’une Europe divisée (...), les militants d’une sortie de l’euro, toute cette cohorte est à l’oeuvre". "Et dans la confusion actuelle, il faut bien reconnaître que leurs arguments peuvent faire mouche auprès de nos concitoyens", a-t-il relevé.

Abordant le cas spécifique de la Grèce, il a jugé que le pays, "dans une situation difficile", devait "renforcer ses efforts". "Mais notre devoir de solidarité européenne, c’est de l’accompagner. Dans une famille on ne laisse pas tomber celui qui marche moins vite que les autres, ou alors il n’y a plus de famille", a poursuivi M. Fillon.


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Voyez : Ils nous disent qu’il faut conserver l’Euro et qu’il est très facile de s’en sortir... :

La crise de la zone euro facile à résoudre, selon les Nobel d’économie :

Christopher Sims (g) et Thomas Sargent, Prix Nobel d’économie, lors d’une conférence de presse à l’université de Princeton, le 10 octobre 2011 © AFP Stan Honda

La crise de la dette publique de la zone euro est facile à résoudre d’un point de vue économique, ont affirmé lundi les deux économistes américains lauréats du prix Nobel, Christopher Sims et Thomas Sargent, tout en reconnaissant la difficulté politique.

"Je pourrais dire qu’il n’y a pas de questions nouvelles pour la théorie économique avec l’Europe et l’euro", a déclaré M. Sargent lors d’une conférence de presse à Princeton (New Jersey, Nord-Est des Etats-Unis).

"La difficulté, c’est la politique", a-t-il estimé.

Ce chercheur a expliqué qu’il prônait de suivre la voie choisie par les Etats-Unis pour résoudre la crise budgétaire de ses treize Etats fondateurs après l’indépendance en 1776, qui décidèrent de restaurer leur crédibilité en unissant leurs budgets avec la Constitution de 1787.

"Nous sommes nés avec une solution déterminée aux problèmes auxquels est confrontée l’Europe actuellement. Et ce fut une solution globale, mise en oeuvre dans un certain ordre. Cela s’est fait de manière simultanée grâce à un processus qui ressemble à un miracle", a-t-il rappelé.

"Est-ce que quelque chose de ce genre pourrait se passer en Europe ? Certainement", a-t-il indiqué.

Son confrère, M. Sims, a également plaidé pour le fédéralisme budgétaire en Europe.

"Mon point de vue est que si l’euro doit survivre, il faudra que la zone euro conçoive une manière de partager les fardeaux budgétaires et de relier la compétence budgétaire à la Banque centrale européenne (BCE) et son rôle de prêteur en dernier ressort", a-t-il dit.

Selon lui, "aujourd’hui, aucun de ces liens n’est clair et si ces liens restent aussi peu clairs et qu’ils [les Européens] essaient de revenir à un système où il n’y a de fait aucun pendant budgétaire à la BCE, les perspectives pour l’euro seront sombres".

M. Sims a rejeté l’idée que les problèmes de la zone puissent être résolus en faisant abandonner la monnaie unique aux Etats les plus faibles.

"L’idée selon laquelle les choses s’arrangeront en zone euro si tout simplement quelques pays la quittent est irréaliste. Cela pourrait se produire dans le cadre de l’évolution du système, mais ce n’est d’aucune manière un remède", a-t-il prédit.

Le lauréat du Nobel a estimé que plus généralement, les hommes politiques devraient consulter davantage les économistes.

"Il y a tout à fait la place pour que nous donnions des conseils aux responsables politiques [...] Mon point de vue est qu’une analyse macroéconomique technique, prudente, fondée sur des statistiques, est notre espoir pour nous sortir des difficultés actuelles", a-t-il avancé.


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Le système monétaire est un problème mais, à mon sens, le vrai problème est plus sur l’organisation de l’économie.

Economie : "L’économie (du grec ancien οἰκονομία / oikonomía : « administration d’un foyer », créé à partir de οἶκος / oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et νόμος / nómos : « loi, coutume » ; ce terme désignait donc la gestion de la maison, en opposition à la politique, la gestion de la cité) est l’activité humaine qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services."

L’Economie est confrontée à 2 évolutions majeures : 1) le progrès technologique exponentiel : robotisation et intelligence artificielle qui réduit de plus en plus vite le besoin des humains pour la production des biens et services... 2) Les limites "technologiques" des ressources naturelles (énergies mais surtout Fer, cuivre, etc... Le progrès technique peut repousser les limites sur les ressources => à la rigueur on peut imaginer aller exploiter robotiquement des mines sur Mars par exemple... pourquoi pas... ?).

A mon sens, ces 2 évolutions majeures remettent en question les fondements du capitalisme... Imaginez que, disons, 100 robots ultra-perfectionnés dans le monde soient capables de produire la totalité des biens pour 6 Milliards d’humains à des coûts défiant toute concurrence car ces robots sont Ultra-Productifs... 1 ou 2 entreprises contrôlent ces 100 robots... 6 Milliards d’humains ou presque au chômage... ? Cela peut-il fonctionner si on ne paie pas les chômeurs pour consommer les produits... ?? C’est un exemple extrême mais c’est pourtant bien ce qu’il se passe plus ou moins rapidement en ce moment... Et insensiblement cela pèse de plus en plus.

Pour moi c’est une totale contradiction. Un formidable progrès technologique de l’humanité tel qu’on le connaît depuis 100 ans devrait conduire à une formidable évolution positive de la société et pas à une régression sociale pour la majorité et un formidable accroissement de richesses pour une minorité... Qui au final, si nous poursuivons dans la voie actuelle conduira à un Chaos pour Tous... !!!


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Certains nous dirons que "globalement" on progresse... Oui, sans doute,... mais les écarts se creusent aussi de plus en plus vite et ça c’est TRÈS dangereux !


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Je trouve que les "autorités" (banquiers, politiques,...) manquent d’imagination concernant le système monétaire... Ce dernier nage de toutes façons déjà dans un monde absurde tel que celui de "Alice au pays des Merveilles"...

Plutôt que de laisser le pouvoir de création monétaire "pur" (pas sous forme de dettes...) aux banques centrales... pourquoi ne pas le "délocaliser" directement au sein des banques privées ou publiques... ?

On a déjà donné le pouvoir aux banques d’évaluer comptablement les actifs pourris selon leur "bon vouloir" avec leurs propres critères... Pourquoi ne pas aller plus loin en leur permettant de compenser le défaut d’un actif par de la création monétaire "pure" aussi... ?

Exemple : un prêt de 100 Millions d’Euros ne peut-être remboursé... ? Pas de problème, la banque va créer ces 100 Millions d’Euros dans sa comptabilité et abandonne la créance... Résultat = le débiteur est désendetté et la banque n’a pas de pertes et peut continuer à prêter sans faire faillite...

Pourquoi être obligé de passer par une banque centrale = cela multiplie les intermédiaires... pourquoi ne pas le faire directement "à la source" (ça fait des économies !)... ?

Cela ne me semble pas plus "débile" que le système "à réserves fractionnelles" en cours...

Les grincheux diront "ça crée de l’inflation"... Oui... Et la fin du système actuel par une faillite monumentale ça crée quoi... ? Un Chaos généralisé et la fin de la civilisation... ?


Le 11 octobre 2011 par : Fredo

raaaaa Patrick est partout !!!


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Au moins il semble "conscient"... :

https://www.boursorama.com/actualit...

BRUXELLES (Reuters) - La crise a atteint une dimension systémique le mois dernier, a déclaré mardi Jean-Claude Trichet qui s’exprimait devant la commission des Affaires économiques et financières du Parlement européen en qualité de président du Comité européen du risque systémique (CERS).

"La crise a atteint une dimension systémique (...) le mois dernier, les tensions sur la dette souveraine se sont déplacées des petites économies vers les économies les plus importantes de l’Union européenne", a-t-il déclaré.

"Les signes de tensions sont évidents sur les marchés de la dette souveraine de beaucoup de pays européens, tandis que la forte volatilité sur les marchés d’actions européens montre que les tensions se sont propagées aux marchés du monde entier", a-t-il ajouté.

"Au cours des trois dernières semaines, la situation est restée très difficile. La crise est systémique et elle doit être combattue avec la plus grande résolution. Les gouvernements nationaux et les autorités, ainsi que les institutions européennes, doivent se dresser pour relever le défi et agir de concert au plus vite. Prendre du retard ne ferait qu’aggraver la situation."


Le 11 octobre 2011 par : jboss

Qu’est-ce qui ralentit la solution de ce problème de dette en Europe ? Eh bien, la dette elle-même et de la France en particulier. Sarkozy ne veut pas creuser la dette du pays plus que prévu avant la présidentielle. Avec Dexia déjà on met un coup supplémentaire, si on favorise les haircuts il faut ensuite recapitaliser les banques alors qu’elles ont déjà besoin d’être recapitalisées, mais avec quel argent ? On tourne en rond car on ne veut pas perdre de le triple A... Ce n’est pourtant qu’une question de temps, le triple A va être perdu, Sarkozy le sait et joue la montre. On se prépare des lendemains qui déchantent.


Le 11 octobre 2011 par : gwladys

Eeeh Patrick, on t’aime bien, mais frédo à p’t-êt’e un peu raison.... 4 posts consécutifs, on ne lit plus !

Sinon, autre chose, je suis bien heureux que cet article soit si bien noté (nous sommes pourtant bien loin du journalisme consensuel qui tend à nous faire penser que seule la solution du "tenir à n’importe quel prix" est acceptable).


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

La Slovaquie a temporairement "dégommé" le FESF...

https://www.boursorama.com/actualit...


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Je te lis Glwadys. Si tu envoies 100 posts je n’en serais point gêné, au contraire, je serais très intéressé de te lire !


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Olivier Delamarche : "EFSF : La Dictature des Banquiers"

http://www.dailymotion.com/video/xl...


Le 11 octobre 2011 par : Patrick

Du factuel qui vient de ZEROHEDGE... http://www.zerohedge.com/news/casus... Casus Belli ? US Accuses Iran Of Plotting Assassination, Attempt To Blow Up Saudi, Israel Embassies Submitted by Tyler Durden on 10/11/2011 15:20 -0400

Iran / Iraq / Israel

Marc Faber

The war watchers (such as Marc Faber and everyone else who knows what follows an episode of epic Keynesian failure) have just lowered DefCon to level 2 after in a very surprising development the US accused Iran of backing a plot to assassinate the Saudi ambassador to the US and to blow up the Saudi and Israel embassies in Washington. "The plot was part of a $1.5m “international murder-for-hire scheme” that was directly linked to Iran’s Islamic Revolutionary Guard Corps, said Eric Holder, attorney-general." Now, any press report that details Eric Holder being active in any capacity is almost certainly a confirmation of a false flag, although we will gladly reserve judgment for now. However, if this is indeed the precursor to war, at least CVN 74 and CVN 77 will be quite busy in the next few months. Also, the price chart of Brent will surely to quite surely point from the lower left to the parabolic up.


Le 12 octobre 2011 par : Patrick

http://www.zerohedge.com/news/evolu...

The Evolution Of The EFSF, And Its €726 Billion In Max Losses

Now we have a new plan. EFSF would take first loss on the full guarantee amount of 726 billion. Given everything that EFSF can now invest in, and the fact that it is taking first loss risk, the potential loss is 726 billion. So in a little over a year, the risk of loss transfer from private companies to sovereign nations has increased from 120 billion, to 270 billion, to 360 billion, to the possibility of 726 billion ! That seems bad enough, but the situation is worse than that. At each turn, Greece has underperformed and been found to have bigger needs than previously thought, but the latest IMF decision to go ahead with the next tranche anyways, sends a clear signal to Greece that they are in the drivers seat. Why do more now when IMF will keep picking up the tab until you finally decide that drachma’s suit you better. Portugal cannot be blind. It sees where Greece has failed but still gotten money, and that Italy barely goes through the motions of pretending to try, so why should they ?


L'auteur
Vincent BENARD

Analyste à l’institut TURGOT, Conseiller national du Parti Libéral Démocrate, www.lepartiliberal.fr -

Spécialiste du logement, du libéralisme, des retraites et de l’économie en crise ; Auteur de "Foreclosure Gate, les Gangs de Wall Street contre l’état US", éditions Edouard Valys - http://bit.ly/foreclosure-gate

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