Vincent Benard - Chroniques de la strangulation économique ordinaire
Quittons un moment les eaux marécageuses de la finance, du foreclosure gate, de la macro-économie et des indicateurs plongeants, pour le monde merveilleux de la micro-économie à la Française.
Quel rapport y a-t-il entre Mohamed Bouazizi et la patronne du petit hôtel de village de la vallée de la Loire où étaient logés quelques uns de mes camarades du Parti Libéral Démocrate le week end dernier ? A priori, ils ne se ressemblent guère. Et pourtant.
Mourir pour un chariot de légumes
Mohamed Bouazizi est le jeune homme qui, en s'immolant par le feu en Tunisie, a déclenché une vague de révoltes populaires qui ont emporté Ben Ali, Moubarrak, Kadhafi, et peut être demain El Assad et Saleh. Beau carton ! Certes, rien ne dit que ce que qui surgira de ces révoltes populaires sera au final positif, mais du point de vue de ceux qui ont risqué leur vie pour renverser les tyrans en place, au moins, cela valait la peine d'essayer.
Mohamed Bouazizi s'est immolé en décembre 2010 parce que la police lui avait saisi un chariot de légumes, parce qu'il n'avait pas toutes les autorisations nécessaires pour les vendre. Il s'est suicidé parce qu'il voulait seulement qu'on le laisse vendre ses légumes. Comme l'écrit Habib Sayah, Son message est ouvertement libéral :
Foutez moi la paix ! Cessez de m'étrangler !"
En Tunisie, il faut souvent plusieurs mois de démarches, plusieurs mois de revenu moyen de pots de vin, pour pouvoir ouvrir un commerce ou un business, et en cas de succès, le profit est taxé à 62%. En conséquence, le pays est pauvre, beaucoup survivent de petites combines au black. Et lorsque la coupe est pleine, les empêcheurs de travailler d'hier sont sous le feu, c'est le cas de le dire, de la colère populaire.
Atlas Shrugs
Quel rapport avec notre hôtelière des environs de Langeais ? Dans une conversation à bâtons rompus, celle ci, une petite dame près de la retraite, que l'on devine courageuse et dure à la tâche, nous explique avec lassitude qu'elle va devoir fermer. L'administration, nouvelles normes oblige, exige que son établissement renforce ses normes anti incendie et installe des portes coupe feu un peu partout. Elle veut que sa charpente du XVIIIème siècle et son toit en ardoises reçoive des trappes de désenfumage. Elle veut, enfin, que sa vieille bâtisse du même siècle, en pente et pleine de marches, soit mise aux normes handicapés. Pour janvier 2012.
Elle va jeter l'éponge, notre petite hôtelière. Son établissement est modeste, une douzaine de chambres, à 60 euros l'une, à peu près. Elle pourrait s'endetter une fois de plus, pour complaire aux exigences de l'état emmerdeur. Mais elle n'a plus la force. Elle est proche de la retraite. Elle va fermer, de guerre lasse.
Et elle ajoute qu'elle connaît plusieurs petits hôteliers de la région dans la même situation. Même état d'esprit. "Atlas Shrugs". Fermeture. Rideau.
Admettons que 10 hôtels par département ferment. 1000 en France. C'est peu en apparence, mais c'est 1000 propriétaires dont le capital productif est stérilisé par une administration qui, depuis qu'on lui interdit, fort justement d'ailleurs, de faire concurrence au secteur privé, se réfugie dans l'hyper-normatisme pour justifier son existence. La France fait actuellement fructifier hors de tout contrôle les catégories de fonctionnaires dont l'unique et inique raison d'être est de pourrir la vie des autres.
Mais la sécurité, qu'en faites vous, sale exploiteur ?
Je sens les bonnes âmes et les fonctionnaires de la direction départementale du tourisme (sic !) bondir. "Comment, mais vous voulez donc que les touristes et les VRP dorment dans des établissements pas aux normes, donc terrrrriblement dangereux ?"
Tout d'abord, notons que sur ces centaines hôtels un peu vieillots qui vont fermer, aucun n'avait brûlé depuis pas mal de temps, alors même qu'ils n'étaient conformes qu'aux normes de 1976 ou 1998. Et même si un mouroir à clandestins a brûlé il y a trois ans au nord de Paris, entraînant la mort de plusieurs familles, fallait il surréagir et faire fermer TOUS les établissements qui ne sont conformes qu'à la dernière version de la norme ?
La France se "Ben Alise" : une administration tentaculaire étouffe de plus en plus les petits, les "entrepreneurs d'en bas". Notre hôtelière ne s'immolera pas par le feu. Pas encore. Le niveau d'exaspération n'est pas le même. Parfois, bien sûr, un petit chef d'entreprise se suicide, après une séquence de racket fiscal. Tout le monde s'en fout. C'était un sale capitaliste, un vil exploiteur, de toute façon.
Solution de bon sens
Je suggère modestement, dans le cas hôtelier qui nous occupe, une solution plus simple au problème de mise aux normes de sécurité : En admettant que la norme soit révisée tous les 10 ans (je n'en sais rien, c'est pour illustrer), en plus du classement étoiles NN de l'hôtel, indiquer son classement "S 2011" pour les hôtels dernier cri, "S 2001" pour les hôtels un peu plus anciens, et ainsi de suite. Les consommateurs choisiront comme des grands s'ils acceptent de confier leur vie à un hôtel qui ne respecte que la norme de sécurité de 2001 ou de 1991.
Ce sera d'ailleurs un puissant incitatif, pour les hôteliers, à se mettre à une norme pas trop ancienne : question d'image, montrer que l'on a pas fait de gros travaux depuis 1976, ce n'est pas terrible. Mais notre hôtelière, au lieu de devoir financer de gros travaux sur un délai très court, pourrait choisir de les étaler sur 7/8 ans. Et n'afficherait son précieux S-2011 qu'en 2018. Et ce serait très bien comme cela.
Quant à l'accès aux personnes à mobilité réduite, reconnaissons que s'il est important qu'elles aient accès à un nombre suffisant d'hôtels adaptés, il est également idiot de forcer TOUS les hôtels à être aptes à les recevoir. Notamment ceux qui exploitent des vieilles bâtisses du XVIIIème siècle au charme fou, mais qui ne peuvent pas aplanir le terrain en pente et installer un ascenseur.
C'est encore loin, Tunis ?
Mais notre histoire ne s'arrête pas là.
Notre hôtelière ajoute, dans la conversation, que ce qui lui fait le plus mal, c'est que non seulement les chambres d'hôtes qui prolifèrent autour d'elles ne sont pas soumises aux mêmes contraintes, mais qu'en plus, le Conseil Général local (d'Indre et Loire), le même qui vient d'augmenter ses impôts fonciers de plus de 30% ces trois dernières années, subventionne leurs travaux d'aménagement à hauteur de 65% (! !), subvention auxquelles les hôteliers n'ont évidemment pas accès. Sans doute un élu important de la majorité avait il de bons amis qui tiennent une chambre d'hôte...
Vous comprenez pourquoi la Tunisie n'est pas si loin ?
Non seulement le bras droit de l'administration (l'état) étrangle jusqu'à l'étouffement tout ce qui ose entreprendre, mais le bras gauche (Collectivités locales) choisit les gagnants de la compétition économique et distribue l'argent public à ses clientèles préférées, les deux bras se terminant par une main enfoncée de plus en plus profondément dans vos poches.
Cela a beau avoir les apparences légales du résultat d'un vote démocratique, les différences avec la Tunisie sont assez cosmétiques, vous ne trouvez pas ? De là à imaginer que cela se finisse de la même façon, un jour...
Le mot de la fin
"Si ça bouge, taxez. Si ça bouge encore, réglementez. Quand ça ne bouge plus, subventionnez !", disait avec son sens incomparable de la formule choc Ronald Reagan, en parlant des préceptes économiques en vigueur dans les cercles de décision de l'état.
Il aurait pu ajouter : "Et quand les gens se révoltent, planquez vos fesses, salopards !"
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Lire également :
"Tunisie, une révolution sociale pour la liberté d'entreprendre", par H. Sayah
Sinon, l'Europe, l'état et les collectivités locales subventionnent aussi les hôtels de luxe, et ça m'éneeerve aussi.
La France crèvera de sa bureaucratie
Meurtre étatique de la petite industrie pétrolière
Quand l'état réglemente la ratatouille surgelée (véridique)
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Le 6 septembre 2011 par : Sinclair
Vous avez tout à fait raison sur l’excès de réglementations et votre idée basée sur l’incitation est juste.
On pourrait parler aussi des nouvelles normes sur les ascenseurs, qui coûtent une fortune aux propriétaires pour un apport dérisoire. Tout ça parce qu’il y a eu un ou deux accidents mortels en 10 ans, que les médias s’en sont emparés, que nos bons dirigeants ont réagi dans l’instant en légiférant, bien épaulés par les lobbys des ascensoristes.
Il y a toutefois une différence fondamentale avec la Tunisie. La France est un mélange de bureaucratie et d’oligarchie capitaliste, mais aussi une démocratie. Rien ne nous empêche théoriquement de virer tous ces salauds par les urnes.
La Tunisie était une kleptocratie entièrement dédiée au profit de la famille règnante, la corruption bien plus forte et la bureaucratie nettement plus absurde.
Il en faut beaucoup pour déclencher une révolution. La France est bien trop riche et molle, vieillissante et et effrayée même par son ombre.
Le 7 septembre 2011 par : lars nielsen
Ce matin dans les news à la une du Monde, voici avec quel titre on annonce l’adoption de la loi sur l’allongement du paiement des plus-values immobilières de 15 à 30 années :
"Les députés adoptent l’exonération de la taxe sur les plus-values immobilières"
ils sont très forts ! et toujours rien en ce qui concerne les dépenses souvent peu pragmatiques décidées par nos politiques avec l’argent de ceux qui se mettent chaque jour en danger pour faire vivre leur entreprise. Du smicard au patron de PME en passant par l’artisan et la profession libérale, j’entends sérieusement chaque jour qui passe une grogne monter.
Le 22 septembre 2011 par : Vestipak
Je suis partagé vis à vis de l’article. C’est un peu trop extrémiste (sans doute un peu volontaire ?)
Par exemple votre solution sur un label "Certifié Norme 2011" sans obligations. ça semble une bonne idée. Seulement qu’est-ce que sera le résultat ?
Les établissements les plus aux normes seront plus chère. Les pauvres dans les établissements moins sécurisé, les riches dans les sécurisés. C’est certainement un peu caricatural, mais ça sera plus ou moins ça. Pour 5€ d’écart ceux qui ont un budget un peu juste ferons vite le choix. Du coup, les gens ne choisirons pas une établissement par rapport à la norme 2011 et 1984 mais à cause du prix. Et ça ne solutionne pas vraiment le problème.
A mon avis, le gros problème c’est qu’il est toujours plus facile de dire après coup "Merde, on aurait dû faire comme ça" Les accidents sont imprévisible. On peut au mieux établir des pourcentages et des moyennes de risques.
Alors peut être que cette hôtelière dont il est question dans l’article n’aurais jamais eu de problème avec son vieux bâtiment. Ou bien peut être que le toit ce serait effondré. On ne sais pas vraiment, on ne peut pas savoir. Dans le doute il faut peut être mieux prévenir que guérir ? Après il faut voir à quel "prix" (et pas seulement dans le sens pécuniaire).
Dans tous les cas, dire qu’on laisse le soins aux personne de jugé par elle même c’est une solution bancal. On se dit que le toit est là depuis 70ans. Statistiquement, peu de chance qu’il tombe pile la nuit où je vais dormir dessous. Pourtant il tombera bien un jour si on assure pas un minimum de sécurité. Alors oui, on à des gens consciencieux qui ne laisserons jamais personne dormir sous un toit qui pourrait tomber. Mais on le sais très bien que ça n’en générais pas d’autre si sa leur permet d’économiser un peu d’argent...
Le problème est un peu le même pour les accès handicapés. ça semble idiot d’obliger tout le monde d’être aux normes. D’un autre côté, il faut être honnête, c’est pas rentable, et si on laisse le choix au dirigeant des établissements, c’est peu probables qu’ils optent pour quelque chose qui leur fera perdre plus d’argent que d’en gagner.
Un autre problème qui peut se présenter c’est la monté en flèche des procès bidons mais qui pourtant rapporte un maximum aux plaignants. Si on laisse la responsabilité de la sécurité au bon vouloir des dirigeants lorsqu’ils y aura un problème, il risque d’y avoir peu de recours pour s’en sortir, alors qu’avec des normes, si elles sont respectées ça me semble plus facile juridiquement de se défendre.
Je suis pas tellement fan non plus des accusations gratuites sur un élu qui préfèrerais ses bon amis. Peut être que les chambres d’hôtes sont économiquement plus intéressantes (créations de plus d’emplois par exemple) que les chambres sous le toit du XVIIIém.
Mais je partage le point de vue à propos du gouvernement qui par précaution (soyons positif) étouffe complétement les PME, je suis certains qu’on à énormément de progrès à faire de ce point de vue là pour laisser un maximum de liberté à ceux qui veulent entreprendre
