Loïc Abadie : Revenu de subsistance (2), la décentralisation.
C’est pour moi un point essentiel : La décentralisation sous sa forme actuelle est une absurdité, puisqu’elle consiste à décentraliser les dépenses tout en laissant les recettes centralisées.
La stratégie optimale et rationnelle aujourd’hui pour chaque collectivité consiste alors à dépenser au maximum les fonds que l’état lui octroie, puisque si elle ne le fait pas ces fonds seront donnés à une autre collectivité. Dans cet esprit, chaque collectivité va entrer en compétition avec les autres pour proposer à l’état des projets onéreux et peu justifiés, dans le seul but d’obtenir et de dépenser le plus de fonds possible.
La conséquence : un immense gaspillage d’argent public à l’échelle nationale.
Voici un petit exemple sur l’île de la Réunion où je vis, mais il en existe des centaines de ce type dans les différentes collectivités : Un projet pharaonique de basculement des eaux a été réalisé pour irriguer 7000 ha de terres agricoles dans l’Ouest de l’île.
Coût : environ 1 milliard d’euros
Sachant qu’il faut environ 7ha pour qu’un agriculteur plantant de la canne à sucre (subventionnée à plus de 60% par l’état et l’europe !) puisse vivre de son exploitation, on pourra installer environ 1000 agriculteurs sur les 7000 ha irrigués par ce projet.
On aura donc dépensé dans ce projet au moins un million d’euros par agriculteur installé, sans compter les subventions au prix de vente de la canne.
A ce prix, on aurait au moins pu espérer que les agriculteurs concernés roulent sur l’or ! En réalité, ils ne verront jamais la couleur de leur million d’euros, vu que les 7ha irrigués qu’ils auront leur permettront difficilement de gagner un SMIC (et encore, grâce aux subventions accordées au prix de vente de la canne à sucre).
Et pourtant, du point de vue des décideurs locaux, ce projet était un choix relativement rationnel, puisqu'il a permis de faire rentrer un milliards d'euros dans le département !
Pour que la décentralisation ne soit pas un système d’incitation au gaspillage maximal, il faudrait que les recettes soient aussi décentralisées, donc que l’état ne verse aucune aide aux collectivités, qui seraient seules responsables de leur budget devant leurs administrés.
Problème : La continuité territoriale et la cohésion de notre pays impose une solidarité nationale entre les régions les plus favorisées et les moins favorisées, donc un mécanisme de redistribution de l’état en faveur des régions les plus défavorisées.
L’allocation universelle pourrait jouer pleinement ce rôle, puisque chaque citoyen toucherait la même somme de l’état, ce qui corrigerait en partie les inégalités existantes.
On pourrait même imaginer de moduler un peu cette somme, en augmentant légèrement l’allocation pour les régions les plus défavorisées et en la réduisant un peu pour les autres.
L’état n’aurait alors plus à aider les collectivités, et celles-ci seraient alors fortement incitées par leurs électeurs-contribuables à éviter le gaspillage d’argent public et à ne pas leur faire subir des taux d’imposition excessifs.
La « décentralisation » deviendrait alors une vraie décentralisation responsabilisante (la responsabilité est une des bases d’un libéralisme bien compris), où chaque collectivité serait directement redevable de ses dépenses vis à vis de ses administrés, et serait incitée à ne rien gaspiller.
Conséquences : des dépenses publiques des collectivités réduites et surtout plus utiles, grâce à l'allocation universelle !
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Le 20 novembre 2011 par : loulou
Bonsoir Loïc
peux tu m’expliquer se qui risque se passer pour les retraités avec une allocation de 500€ ?
Le 20 novembre 2011 par : Donatien
Je n’ai pas compris la logique du deuxième billet.
La population d’une région riche bénéficie elle aussi de l’allocation universelle. Il n’y a aucune redistribution.
Une région vraiment défavorisée aurait une base fiscale bien maigre pour financer ses infrastructures et développer son attractivité (que prélever sur 500 euros ?).
Moduler l’allocation universelle rendrait attractives pour les inactifs des régions déjà peu compétitives. Il faut au contraire que les pauvres aillent vers les région riches - ce qui se fait d’ailleurs assez bien naturellement, par exemple, les jeunes diplômés fauchés par leur 5 années d’études sont plus nombreux à aller bosser à la défense que dans leur campagne natale désertifiée, la plus grande difficulté étant les y faire retourner une fois riches.
Le 20 novembre 2011 par : Balthazar
Votre analyse est tout a fait exacte etje suis d’accord avec la solution meme si je n’aime pas l’idée de la modulation qui a terme serait la porte ouverte à de nouveaux abus et favoritismes
Le 4 décembre 2011 par : cook
Voilà ce que tu cherches :
PEREQUATION FINANCIERE (appliquée en Suisse)
http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A...
http://www.ecosys.com/spec/ecosys/d...
(le deuxième document expose très bien les tenants et aboutissants, et les méthodes de calcul)
Je ne dis pas que le système est parfait, mais en tout cas il marche très bien, car il n’incite pas à dépenser plus pour avoir plus. Encore un exemple de ce qu’une démocratie directe peut mettre en place... Malheureusement, il commence aussi à s’y installer une corruption croissante, avec les grosses corporations qui achètent tous les droits avec leurs énormes sommes d’argent. A mon avis, il faudrait donc en plus interdire les concentrations d’argent dépassant telle ou telle somme, que ce soit dans le public ou le privé...
