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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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« Les États-Unis corrigent un mensonge, pardon, révise la croissance 2013 en baisse ! »

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Mes chères contrariennes, mes chers contrariens !

Alors que tout le monde a les yeux tournés vers Kiev, capital de l’Ukraine, les États-Unis en ont profité pour corriger un petit mensonge concernant la forte reprise de l’économe américaine dont on nous rebat les oreilles depuis plus d’un an.

J’ai beau expliquer que non la météo ne peut pas expliquer des chiffres aussi faibles et surtout aussi contradictoires, que non cette croissance économique n’est pas autonome, qu’elle est liée à plus d’endettement, que cet endettement ne génère pas de création de richesse, ce qui veut dire que pour chaque dollar emprunté on ne crée que quelques cents de nouvelle richesse, ce qui en fait un « investissement » à perte !

J’ai beau expliquer que c’est la FED (la Banque centrale américaine) qui rachète pour des dizaines de milliards de dollars chaque mois les créances pourries des banques US et du coup font de « faux » bénéfices en reprenant des provisions (pour risques) et en licenciant massivement des milliers de salariés.

J’ai beau expliquer que c’est encore la FED qui, pour le moment, finance le Trésor américain en achetant pour environ 30 milliards de dollars les propres émissions de dette de l’État américain, ce qui a pour conséquence de maintenir les taux d’intérêt au plus bas. Que si la FED stoppe son soutien, les taux vont remonter et étouffer une croissance économique anémique, le secteur de l’immobilier même pas convalescent mais sous perfusion permanente depuis 2007, sans même parler des ménages et des entreprises américaines… tous endettés à taux variables !

J’ai beau expliquer que la population active US est bien moins nombreuse en 2014 qu’en 2007, les Américains ne cherchant même plus à travailler puisqu’il n’y a plus de travail, que les salaires sont en baisse, que les bénéficiaires des food stamps (les tickets resto pour la soupe populaire moderne 2.0) continuent à augmenter même si c’est à un rythme plus faible qu’au pire moment de la crise.

J’ai beau expliquer tout cela, de toute façon, les statistiques officielles disent officiellement que tout va beaucoup mieux et que la croissance est forte. En général, j’explique aussi que les autorités adorent nous donner d’excellents chiffres, ce qui fait directement monter les marchés qui parient sur la tant attendue croissance salvatrice. Puis deux ou trois mois après, on publie une « révision » en politiquement correct, c’est-à-dire une correction du mensonge précédent. Le chiffre brillant annoncé quelques semaines ou mois plus tôt est nettement moins favorable… mais de toute façon tout le monde s’en fiche, et une autre nouvelle viendra chasser ce petit entrefilet décevant auquel personne n’accordera d’importance.

Cela a beau se vérifier… je suis quand même un pessimisto-catastrophico-déclinologue… Ce n’est pas grave, car voici une nouvelle preuve, un nouvel élément exprimant pourtant simplement les évidences factuelles pour ceux qui veulent juste faire l’effort d’essayer de comprendre (un peu mieux, à défaut de parfaitement) la situation économique. Non la croissance aux USA, malgré des centaines de milliards de dollars injectées chaque année, est loin d’être fulgurante. Elle est même très basse eu égard aux sommes dépensées ! En réalité, c’est une fausse croissance qui cache une véritable récession et une profonde dépression économique mondiale.

USA : moins de croissance que prévu fin 2013

C’est un tout petit article du Figaro qui reprend de façon pour le moins laconique cette information :

« Le gouvernement américain a révisé en baisse la croissance économique des États-Unis au dernier trimestre 2013, laissant présager une expansion moins soutenue pour le premier trimestre 2014.

La croissance du Produit intérieur brut (PIB) s’est établie à 2,4 % d’octobre à décembre, en rythme annualisé et données corrigées des variations saisonnières, contre une première estimation de 3,2 %, selon les chiffres du département du Commerce publiés vendredi.

Il n’est pas rare que le gouvernement réévalue nettement les chiffres du PIB, mais l’ampleur de cette révision a surpris les analystes qui s’attendaient dans leur prévision médiane à une croissance de 2,6 %. »

J’aime beaucoup la phrase de fin de cet article qui vise à banaliser le fait de réévaluer régulièrement les statistiques économiques. Sachez, mes braves contrariens, qu’une statistique est calculée pour être fausse et recalculée ultérieurement et que tout cela est parfaitement normal et logique…

Mais sur ce coup, cette révision a tout de même « surpris » les analystes par son ampleur ! Sachez donc que de nos jours, les analystes font des prévisions sur les statistiques qui vont sortir et également sur les corrections des statistiques sur lesquelles ils avaient fait des prévisions.

Il ne vient à l’esprit de personne de se demander pourquoi ces mêmes analystes ne cherchent pas à prévoir directement le véritable chiffre, c’est-à-dire en l’occurrence le « bon » chiffre de la croissance. D’abord, ils gagneraient du temps et feraient deux fois moins de travail (ce qui est toujours moins fatiguant) et puis surtout leurs prévisions auraient un sens.

Je trouve intellectuellement assez choquant le fait de prévoir les corrections sur les prévisions… admettant par-là même que tout le jeu du calcul des statistiques est totalement bidonné afin de correspondre et de coller au plan média de ces grands mamamouchis qui nous dirigent.

Le pire c’est que cette stratégie, globalement, fonctionne. À force de répéter un message, il s’insinue au plus profond de votre inconscient et de votre esprit et vous finissez par faire vôtre un message que pourtant l’on vous impose. C’est exactement de cette manière dont fonctionne la publicité. Par répétition. L’un des exemples les plus évidents actuellement dans notre pays étant, et je vous laisse vous-même finir la phrase à voix haute : « Carglass répare, Carglass… » ! Eh oui, vous la connaissez tous car cela fait des années que vous subissez un véritable bourrage de crâne. Résultat : en cas d’impact sur votre pare-brise évidemment… vous penserez comme par hasard à Carglass… qui répare et remplace et que même qu’ils viennent chez vous !

La croissance actuelle ou le mieux dans l’économie c’est la même chose. Rien de tout cela n’est vraiment vrai mais c’est le message que l’on vous répète, matin, midi et soir. À chaque JT, sur chaque radio, dans chaque journal… tout va beaucoup mieux. La crise de l’euro est finie, la croissance aux États-Unis et très forte, la consommation est en hausse (pourtant pas la mienne et je ne suis pas le plus à plaindre…), les banques sont solides et fortes (dixit mon ami Pierrot à qui je prêterais bien ma plume mais il n’en veut pas).

Pourtant, pourtant, la situation est évidemment mauvaise. Ils tentent par tous les moyens de le masquer pour au moins deux raisons. La première, remonter le moral des troupes, c’est-à-dire des ménages, pour qu’ils continuent à acheter plein de trucs dont ils n’ont absolument pas besoin avec du pognon qu’ils n’ont pas. La deuxième raison est de gagner du temps en espérant sans doute que la sainte croissance reviendra enfin tous nous sauver et c’est à peu près la teneur du pari de notre président qui croit encore qu’il inversera la courbe du chômage… Or, et il est très important de s’en rendre compte, les statistiques se parlent les unes entre les autres. En clair, certaines auxquelles les « communicants » ne pensent pas nous renseignent indirectement de façon très pertinente sur la réalité. C’est le cas avec le fonds de garantie des salaires qui, dans notre pays, prend en charge les salaires des gens lorsque l’entreprise est en faillite et ne peut même pas payer les soldes de tout compte ! Vous ne pouvez pas espérer inverser véritablement et durablement la courbe du chômage si le nombre d’entreprises faisant faillite augmente significativement (voir l’article du Contrarien que j’avais consacré à ce sujet récemment en lien).

On nous ment, nous le savons, cela ne dérange pas grand monde, ils sont les victimes consentantes d’un système à bout de souffle. Heureusement, un petit village de contrariens résiste encore et toujours à l’envahisseur grâce à une potion magique à base de vérité et de réflexion.

Restez à l’écoute.

À demain… si vous le voulez bien !!

Charles SANNAT

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes »

Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Le Contrarien Matin est un quotidien de décryptage sans concession de l’actualité économique édité par la société AuCOFFRE.com. Article écrit par Charles SANNAT, Directeur des études économiques. Merci de visiter notre site. Vous pouvez vous abonner gratuitement www.lecontrarien.com.
Article complet du Figaro ici

Article du Contrarien Matin sur l’augmentation des salaires impayés!
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