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Biélorussie, la crise dont personne ne parle...

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Nombre de commentaires : 1 réaction

La Biélorussie vient de connaitre un incroyable mercredi noir...
Un mercredi noir qui avait suivi un bien sombre mardi d'ailleurs.

Les prix ayant tous littéralement explosé dans la nuit de 56 a 115 % en moyenne pour l'ensemble des denrées de consommation courante ( riz, pain, fruits, légumes, produits d'entretien... ) suite a la dévaluation de la monnaie nationale effectuée par la banque de Biélorussie a hauteur de 56%.
En moins de deux nuits la folle valse des étiquettes de Minsk nous a ainsi rappelé l’ampleur de la crise monétaire qui couve par le truchement de ces chiffres zimbabweiens après dévaluation. Le tout pour un petit pays pas si loin de chez nous, frontalier de la Pologne, a moins de 800 kms de l'Allemagne.

Par exemple, le kilo de tomates sur les marchés de Minsk, Mahilyow ou Gomel étant passé lui de 8300 Byr a 19970 Byr entre lundi et mercredi...
L'hyperinflation a trouvé un nouveau terrain de jeu sous son aspect le plus dur pour les populations : celui de l'alimentation de base.
 


La viande elle a explosé de plus de 150 % en un jour et demi, devenant en outre la denrée la plus recherchée.
 
Il faudra désormais débourser 4930 roubles biélorusses pour un dollar, et 6915 pour un euro. Mais le temps de lire cette phrase ceci a déjà certainement changé. Les bureaux de change ont donc du travail, d'autant plus que plus personne ne veut plus prendre ces roubles biélorusses et que les rares vendeurs de dollars demandent une prime de plus de 20% sur le dernier cours spot du greenback. Le pays se retrouvant aujourd'hui totalement a court d'autres devises étrangères, y compris le rouble russe devenu fort recherché par la population totalement prise au piège.
 


Etonnant de voir que nos médias traditionnels, ces chers experts européens ne relayent pas beaucoup -pour ne pas dire pas du tout- les effets de la crise économique et financière qui eux se propagent a Minsk aujourd'hui. Une ``petite`` capitale de 1,8 millions de gens - le double d’Athènes intra muros - minées par la profondeur de ces déficits budgétaires. Cette ex-petite république soviétique devenue russo-dépendante est gouvernée d'une main de fer par le sympathique Nicolai Lukachenko depuis 16 ans. Elle se retrouve actuellement en plein marasme et voit peu a peu sa souveraineté d'apparat s'effondrer sur l'autel de déficits abyssaux si habilement cachés au peuple depuis 2003. La marionette Lukachenko n'a pas grand intérêt politique ni d'ailleurs la moindre compétence financière mais affiche cependant une belle fidélité au cousin russe omnipotent qui lui dicte depuis toujours sa politique intérieure. C'est cela qui compte sur le fond et il tient bon la rampe depuis Boris Eltsine, passant même le cap épineux de la révolution orange ukrainienne de 2004. 
La Biélorussie (ou Belarus) a cependant une position industrielle importante auprès de Moscou -et aussi désormais de Kiev version Viktor Yanukovitch- ceci de par sa capacité de production industrielle a bas coût local ( tout l'électroménager notamment ) , ses denses territoires forestiers, ainsi et surtout par ses voies stratégiques de transport gazier vers l'Europe du nord que Gazprom tente de contrôler totalement.

La forte hausse des matières premières et de bien mauvais engagements budgétaires ont terminé le travail que la crise financière de 2007-2009 avait déjà entrepris. La flambée de ses encours énergétiques ayant elle définitivement plombé les comptes de façon dramatique, multipliant les impayés abyssaux sur un gaz russe très politique et coûteux générant une sortie de crise violente devenue alors moins politique mais dont le couperet budgétaire a lui fini par tomber en mars dernier.
 
 


Vladimir Poutine - toujours sur tous les fronts et en surtout pleine campagne de communication pré-mandat présidentiel - est en charge totale de l'aide ``stratégique`` a la dévaluation actée du rouble biélorusse ( ne pas confondre avec le rouble russe ). 
L'ex-président russe (et futur élu je vous l'annonce, ne me demandez pas mon secret...) a d'ailleurs mandaté un audit des comptes du plus haut comique mais surtout réuni une cellule de crise au sein du CEEA - communauté économique eurasiatique- afin de prévenir en urgence la Bielorussie du défaut via un prêt commun de 3,5 milliards de dollars sorti du fond anti-crise local. 
Ce montant ayant été revu plusieurs fois a la hausse - multiplié par trois au final - devant l'urgence de la situation locale dans les principales villes.

Comme toujours, les peuples souffrent et payent les additions les plus salées. Les magasins se vidant partout a une vitesse grand V rappellant ainsi des images du passé fort douloureuses pour beaucoup. On s'agite, on discute, on court a droite et a gauche, on se débarrasse de ses devises a la va-vite par tous les moyens de consommation et-ou de change possible. Bien entendu on stocke tout ce que l'on peut stocker, on fait la queue devant les distributeurs de billets ; on achète par exemple des frigos en urgence de peur de les payer 50 % de plus demain, certes, mais on ne plus rien y mettre dedans...
 
 

Il y a comme comme un parfum de crise d'union Soviétique 1991 dans ce qui se passe au Belarus depuis trois mois et qui éclate depuis une semaine. Je ne sais pas vous mais dans l'ambiance actuelle je trouve que la situation la-bas est a considérer avec réel sérieux en perspective de la problématique grecque soumise au ``ni-ni`` européen : ni restructuration, ni dévaluation.
 

 
On espère que la population va trouver le courage et la ressource pour passer cette étape délicate, mais quelles seront les conséquences économiques et les impacts éventuels pour le géant russe ? Géant russe en plein grands travaux a crédit qui vient - avec le riche Kazakhstan- de se tourner encore davantage vers le yuan chinois d'ailleurs devant le spectre du défaut américain (que cette zone a en outre déjà programmé avec la Chine). Un signal clignotant vient de s'allumer en zone slave, une zone dite CEI de façon un peu obsolète mais dont le maillage économique est total et prend ses véritables sources financières entre Moscou et Shanghai. On va devoir suivre cela de près, imaginez juste un instant si les prix des hydrocarbures corrigeaient sévèrement, comme il le firent brutalement en 2008...

Inquiétant que ce signal biélorusse et donc encore un argument de plus pour les sceptiques de ces politiques de planches a billets névrotiques et des ces titres 100% ``algorithmés``, montés au buzz par une poignée gérants principalement américains.
 
Gageons que le G8 sera moins stérile qu'a l'accoutumée même si cette réunion des ``grands de Deauville`` est parfaitement bien partie pour ne rien nous annoncer de concret, malgré cette urgence globale qui nous concerne tous. Enfin ne rien nous annoncer a part bien entendu le joli décorum politico-marketing que nous connaissons déjà et peut-être aussi une belle image de communication solidaire mondialisée : Barack et Angela courant l'un vers l'autre, cheveux au vent pour Angela, sur de mélodieux ``cha ba da ba da - cha ba da ba da ....``

 

Pascal Vinosoft

 

 

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