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Charles Sannat

Charles Sannat

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Études Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Économique d'AuCoffre.com en 2011. Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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«L’obsolescence programmée de l’Euro… !»

Audience de l'article : 2443 lectures
Nombre de commentaires : 3 réactions
Mes chères contrariées, mes chers contrariens !

Comme je le dis depuis très longtemps l’une des raisons de la crise très profonde que nous traversons (qui est loin d’être la seule) c’est les délocalisations. Nous fermons nos usines ici pour les ouvrir dans des pays à la main d’œuvre low-cost.

Cela provoque dans les pays occidentaux un appauvrissement que certains continuent à ne pas vouloir voir mais en Grèce comme au Portugal ou en Espagne, ils ne peuvent plus dire que la mondialisation c’est le bonheur et la félicité pour les peuples.

Parallèlement, l’exigence de rendement des entreprises monte chaque année. Désormais un « ninvestisseurs » veut du 20% de croissance par an. Il est évidemment illusoire de gagner 20% tous les ans sur des marchés en croissance de … 0. Résultat ? Ravioli aux bœuf finalement au cheval, huile de tournesol avec 40 000 tonnes d’huiles de moteur (ne rigolez pas vous êtes encore en train d’en boire), lait pour bébé plein de produits toxiques moins chers que le lait… d’où la mort de quelques centaines de nourrissons. Ça ce sont les résultats les plus graves de l’appât du gain. Moins dramatique, on vous vend de la « merdeuuu » comme dirait Jean-Pierre Coffe au prix du caviar et nous sommes dans l’ère du tout jetable, tout devant être remplacé très vite pour gagner encore plus d’argent. Finalement il n’y a rien de pire pour le big business que quelque chose qui dure et qui se répare.

C’est dans ce contexte et vous savez comme je peux être critique qu’un projet de loi fort intéressant est en train de pointer le bout de son nez. Une loi pour lutter contre l’obsolescence programmée.

Que dit la proposition de loi contre l'obsolescence programmée ?

C’est un article de FranceTVinfo qui tente une première synthèse sur ce sujet.

« Le président du groupe Europe Ecologie-Les Verts au Sénat, Jean-Vincent Placé, doit présenter, mardi 23 avril, une proposition de loi pour lutter contre l'obsolescence programmée. L'élu de l'Essonne dénonce un stratagème de certains industriels pour écourter la durée de vie de leurs produits afin de contraindre les consommateurs à renouveler leurs achats. Pour lui, c'est "une aberration écologique et sociale ».

Je ne suis pas un écologiste idéologique, loin de là. Mais disons-le, la croissance infinie dans un monde fini basée sur une croissance liée à une consommation de masse est une aberration intellectuelle et cela ne sera pas tenable dans le temps. Nous voyons déjà les limites d’un tel système avec la raréfaction des ressources, la pollution etc…

Plusieurs principes devraient donc être rapidement discutés.

Vers la définition du "délit d'obsolescence programmée"

Créer un tel délit permettrait d'engager des poursuites en justice. La proposition de loi prévoit jusqu'à 37 500 euros d'amende et deux ans de prison pour les industriels qui feraient usage de ce procédé.

Prolonger la garantie

Le texte prévoit de prolonger de six mois à deux ans le délai durant lequel le consommateur pourrait faire jouer la garantie sans besoin de prouver le défaut de conformité

Rendre les pièces détachées disponibles pendant 10 ans

Cette mesure entend faciliter la réparation des produits. « Le droit d'utiliser des produits fiables, réparables et durables doit être garanti ».

Pour le sénateur Jean-Vincent Placé, cela « permettrait une réindustrialisation locale et la création d'emplois non délocalisables pour l'entretien et la réparation.

Il a parfaitement raison sur ce dernier point. Réparer les choses et les rendre plus durables c’est enrichir notre pays. C’est également permettre à des entreprises françaises ou européennes de redevenir compétitives avec des offres de produits que l’on vend moins souvent, mais plus chers car beaucoup plus fiables. Logiquement le paramètre coût de la main d’œuvre tiendra moins de place dans le prix de revient.

C’est donc une véritable rupture économique qui pourrait être enclenchée avec cette loi. Les normes sont notre meilleure protection, et pourtant elles sont sous-utilisées comme outil nous permettant de sauvegarder l’emploi et l’activité économique. C’est un excellent début et ce projet de loi est vraiment à suivre. Il est simplement à redouter qu’il soit vidé par de multiples amendements de sa substantifique moelle. Mais pour une fois, je suis content des perspectives positives ouvertes par un nouveau projet de loi qui ne propose pas avant tout… un nouvel impôt !!

Justement à propos d’obsolescence programmée, et si l’euro était programmé pour s’autodétruire prochainement ? C’est en tout cas ce que pensent les analystes de la Banque CITI dont la note a été reprise dans un article de la Tribune étrangement passé sous silence.

« CITI met le feu aux poudres en prédisant la sortie de la Grèce et de Chypre de l'euroland »

« Dans une récente note sur les perspectives économiques de l’Euroland, CITI a ainsi maintenu sa prévision de sortie de la Grèce et de Chypre de la zone euro à court ou moyen terme. Nous nous attendons à ce que la zone euro reste en récession cette année et en 2014, avec des récessions très accentuées dans la plupart des pays de la périphérie, et avec de nouveaux épisodes d'agitation sur les marchés financiers est-il ainsi écrit ».

Et de rajouter : « à raison certainement, CITI considère que Chypre va être contraint de demander une restructuration de sa dette, Athènes est d'ailleurs sur la même ligne d'après des responsables politiques grecs, afin de faire la demande à la troïka d'une nouvelle restructuration ».

Pour conclure que « l'Italie et l'Espagne finalement entrent d'une manière ou d'une autre dans un programme du MES cette année ».

On voit donc bien le grand scepticisme des américains sur l’avenir de la monnaie unique. Certains argueront que pour sauver le dollar les américains doivent tuer l’euro. Pourquoi pas. Mais si l’on regarde bien, nous n’avons pas d’aide extérieure à l’Union Européenne pour nous empêtrer tout seul dans des situations économiques inextricables. Nous y arrivons parfaitement seuls et une histoire millénaire de divergences profondes, de guerres et de culture radicalement différente y sont pour beaucoup.

D’ailleurs, la FED n’a pas hésité un instant à prêter directement plus de 8 000 milliards de dollars à la BCE qui ne pouvait pas faire fonctionner sa propre planche à billets…

Le débat sur l’austérité reprend de plus belle en Europe qui s’en meurt effectivement avec comme seule alternative proposée… une relance à crédit avec de l’argent que nous n’avons pas et qui ne fonctionnera pas plus que la relance précédente… puisque nous ne produisons plus rien. Lorsque nous relançons,… c’est la Chine que nous faisons travailler. Nos amis chinois me sont fort sympathiques et ils auraient bien tort de ne pas profiter d’une telle manne, mais nous ne sommes pas obligés d’être totalement stupides.

Avec la loi sur l’obsolescence programmée, pour une fois nous arrêtons d’être bêtes, et franchement de vous à moi, une vraie bonne nouvelle de temps en temps cela fait du bien ! Mais cela n’empêchera pas l’euro d’être déjà obsolète.



Charles SANNAT
Editorialiste et rédacteur du Contrarien Matin
Directeur des Études Économiques Aucoffre.com
http://www.lecontrarien.com/

Ceci est un article 'presslib', c'est à dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Le Contrarien Matin est un quotidien de décryptage sans concession de l’actualité économique édité par la société AuCOFFRE.com. Article écrit par Charles SANNAT, Directeur des études économiques.  Merci de visiter notre site. Vous pouvez vous abonner gratuitementwww.lecontrarien.com 

http://www.francetvinfo.fr/que-dit-la-proposition-de-loi-contre-l-obsolescence-programmee_309719.html


http://www.latribune.fr/bourse/devises-forex/20130423trib000761220/citi-met-le-feu-aux-poudres-en-predisant-la-sortie-de-la-grece-et-de-chypre-de-l-euroland.html





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3 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Sebastien vendredi, 26 avril 2013 14:19 Posté par sase

    Bonjour,

    Merci pour cet article, très agréable à lire comme toujours.

    Il y a quelques jours cette loi contre l'obsolescence programmée a fait l'objet d'un autre article, par un autre contributeur (très productif):
    http://www.objectifeco.com/economie/politiques-economiques/fonctionnaire/quand-des-senateurs-luttent-contre-lobsolescence-sauf-la-leur.html

    Il arrive souvent que les points de vue divergent, mais là l'écart est très grand !

    C'est bien de lire différents points de vue.
    Mais différents à ce point, 2 articles postés sur le même blog, je suis assez surpris.

    D'une façon générale il est probable que le coût de réparation soit plus faible en utilisant un atelier de reconditionnement en Chine.

    Concernant l'Euro, ma question est la suivante:
    Vous semblez être conre l'imprimante à billets et l'inflation. Quelles sont vos idées pour relancer l'Europe ?

  • Lien vers le commentaire BARF jeudi, 25 avril 2013 08:43 Posté par barf

    Jeudi 25 avril 2013 :

    Le chômage en Espagne a encore progressé au premier trimestre 2013, atteignant le nouveau seuil historique de 27,16%, avec plus de six millions de sans-emploi, alors que le pays reste plongé dans la récession.

    A la fin mars, l'Espagne, quatrième économie de la zone euro soumise à un effort de rigueur sans précédent, comptait 6 202 700 chômeurs, soit 237 400 personnes de plus qu'au trimestre précédent, selon les chiffres publiés jeudi par l'Institut national de la statistique.

    Parmi les pays de l'Union européenne, le taux de chômage en Espagne se situe juste derrière celui de la Grèce, le plus fort de la région, qui atteignait 27,2% en janvier.

    Dette européenne : Pimco réduit ses positions sur l'Italie et l'Espagne.

    Pimco, premier gestionnaire obligataire au monde, réduit ses positions sur les dettes espagnole et italienne, sans préciser le montant de ce changement, a indiqué mercredi au Wall Street Journal son directeur de la gestion des portefeuilles européens Andrew Balls.

    Cette action intervient alors que les dettes espagnole et italienne bénéficient d'une forte détente de leur taux d'emprunt depuis plusieurs jours. Ces taux, qui évoluent en sens inverse des prix, se situent désormais à leurs niveaux de 2010.

    Cet engouement pour des pays longtemps jugés fragiles résulte de la mise à disposition de liquidités par les grandes banques centrales, occultant pour le moment les problèmes économiques et budgétaires en zone euro, explique M. Balls au Wall Street Journal.

    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp-00516879-dette-europeenne-pimco-reduit-ses-positions-sur-l-italie-et-l-espagne-561543.php

    Andrew Balls n'est pas sensible à "la mise à disposition de liquidités" par la Banque Centrale Européenne.

    Pourtant, la BCE fait de l'alchimie.

    Depuis cinq ans, la BCE reçoit dans ses livres des centaines de milliards d'euros d'actifs pourris, en provenance des banques privées françaises, des banques privées espagnoles, des banques privées italiennes, etc.

    En échange, la BCE fournit des centaines de milliards d'euros à toutes ces banques privées, par l'intermédiaire de la Banque de France, de la Banque d'Espagne, de la Banque d'Italie, etc.

    En clair : depuis cinq ans, la BCE reçoit de la merde en provenance d'Europe du sud, et elle transforme la merde en euros.

    Mais ça, Andrew Balls ne peut pas le dire, car c'est un homme poli, courtois.

    A la place, Andrew Balls dit : "Cet engouement pour des pays longtemps jugés fragiles résulte de la mise à disposition de liquidités par les grandes banques centrales, occultant pour le moment les problèmes économiques et budgétaires en zone euro."